Chapitre 29
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 29 : Il est facile de mourir en combattant, mais difficile d’ouvrir la voie (7)
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Le mage eut l’impression que le regard du Chevalier Noir le mettait à nu.
Sans s’en rendre compte, il recula d’un pas, écrasé par la présence de Kriel. Un sentiment d’impuissance indescriptible le submergea.
Même s’il résistait à ce chevalier, il ne voyait aucun avenir où il en réchapperait vivant.
Avant même d’accepter la bénédiction des Abysses, le mage avait croisé bien des personnages puissants. Il s’était incliné devant eux et avait tout fait pour ne pas les approcher.
Sa vie avait été marquée par l’humiliation et la défaite. Pourtant, jamais il n’avait connu un désespoir aussi accablant.
« … Non. »
Ce n’était pas la première fois.
Il avait déjà connu un instant où il avait été certain de ne jamais pouvoir s’opposer à l’être qui se tenait devant lui.
Mais celui qui l’avait alors dominé se trouvait à l’exact opposé d’un chevalier sacré.
Un Démonide qui lui avait accordé la bénédiction des Abysses.
Le mage se rappela les paroles prononcées par l’épée que tenait le chevalier sacré.
Puis il repensa à la remarque du Chevalier Noir, à la facilité avec laquelle Kriel avait percé son rang à jour.
Il n’y avait qu’une seule explication possible.
« C’était un Démonide… ?! »
Et pas un Démonide ordinaire, qui plus est.
Il se prétendait ouvertement chevalier sacré alors qu’il parcourait le Royaume Sacré, et un ordre l’avait même nommé Champion.
Cela prouvait qu’il avait le pouvoir de tromper complètement les prêtres. Et ce, alors même qu’il se promenait vêtu de façon aussi flagrante comme un Chevalier Noir !
Peut-être avait-il dépassé le stade de Démonide et tendait-il désormais vers le royaume des démons. Dans ce cas, il était logique que l’Épée démoniaque du Chevalier Noir parle d’un « maître légitime ».
S’il avait accumulé suffisamment de Nature démoniaque puisée dans les Abysses pour s’élever au rang d’un nouveau démon, il était sans conteste l’être le plus puissant parmi les Serviteurs des Abysses de cette époque.
Le Chevalier Noir laissa échapper un « Hum » en expirant.
On aurait dit un soupir devant quelque chose de pitoyable et de misérable.
Bien sûr, le soupir de Kriel n’exprimait ni sympathie ni compassion pour le mage Bête démoniaque.
Il regrettait seulement que sa pose l’ait fait passer pour un Démonide, et déplorait d’avoir choisi cette classe.
Lorsqu’un être intelligent comme un humain ordinaire était consumé par les Abysses, sa dangerosité était considérée comme supérieure d’un demi-rang à un rang entier à celle d’une créature dépourvue d’intelligence du même rang.
Un humain transformé en monstre équivalait à un monstre transformé en Bête démoniaque, tandis qu’un humain transformé en Bête démoniaque équivalait à un monstre transformé en Démonide.
Les monstres ordinaires n’acquéraient une intelligence supérieure qu’une fois devenus des Démonides, alors que les êtres intelligents en étaient pourvus dès le départ.
Pour Kriel, cependant, c’était différent. Tout comme il trouvait les Démonides plus faciles à gérer que les Bêtes démoniaques, les créatures intelligentes des Abysses étaient plus faciles à duper que celles qui en étaient dépourvues.
Si celui qui se cachait derrière les wyvernes avait été leur chef plutôt qu’un mage humain, Kriel serait déjà en train de croiser le fer avec lui. Il décida donc de profiter autant que possible du malentendu du mage sur son identité et d’en finir rapidement.
Avant de lui parler, Kriel se rappela un principe de la chevalerie de Tirnanog.
« On peut tromper les Abysses ! »
« Si vous connaissiez votre place, pourquoi ne pas adopter l’attitude qui convient ? C’est vraiment décevant. »
Kriel se remémora ses années dans l’armée. Sur Terre comme à Tirnanog, n’était-ce pas pratiquement le rôle des gradés d’être déçus par leurs subordonnés ?
Son petit numéro, soutenu par d’innombrables références, se révéla d’une efficacité remarquable. Le mage tituba en arrière et tomba à genoux.
« Je n’ai pas reconnu celui qui arpente le plus sombre des Domaines abyssaux. Pitié, accordez-moi votre pitié… ! »
« La pitié ? Avez-vous compris ce que vous avez fait de mal ? »
« Je suis entré ici en piétinant tout sur mon passage, sans savoir qu’un Démonide y préparait déjà un complot. C’est ma première faute. Mes compagnons n’ont pas pu me rejoindre ici, et c’est ma deuxième faute. »
Ah. Il avait donc des compagnons.
Kriel hocha la tête. Le mage y vit un signe que le Démonide lui accordait sa clémence.
« Laissez-moi une chance de vivre. Même si j’ai fait échouer le plan du grand être, je vous offrirai mon humble personne et vous aiderai de toutes les façons possibles dans votre grande entreprise. »
« Vous avez attiré trop d’attention. »
« J’ai un plan ! Un moyen de m’installer au cœur de la Cité-portail sans éveiller le moindre soupçon ! »
Le mage voulut ajouter quelque chose, mais Kriel lui fit signe de la main. Il se tut aussitôt et s’inclina de nouveau jusqu’à terre.
« Que font vos gens ? »
« Nous comptions assassiner le Mage-conseiller de la Cité-portail. Nous devions frapper sur le chemin du retour… »
Il en avait assez entendu.
Kriel fit signe au mage de se relever. Celui-ci se redressa seulement jusqu’à la taille, toujours à genoux. Il n’osait pas se mettre debout et regarder un être pareil dans les yeux.
« M’avez-vous demandé de vous laisser une chance de vivre ? »
« Oui. Je ne savais vraiment pas qu’une personne favorisée par le Domaine abyssal séjournait dans la région. Mes compagnons sont peut-être insignifiants, mais leur détermination est inébranlable ! »
« Vraiment ? Approchez. »
Le mage rampa lentement vers lui.
Le Chevalier Noir leva son Épée croisée gris cendre. Le mage frissonna légèrement.
« Savez-vous ce qu’est cette épée ? »
« Mes connaissances sont limitées… »
Kriel insuffla de l’Énergie de combat dans Tuon. Une lueur froide enveloppa la lame gris cendre.
Un frisson émanait du tranchant. On aurait dit le vent désolé des Enfers.
Une lame gris cendre, une lueur bleue.
La liste des armes que tout serviteur des Abysses se devait de connaître lui revint en mémoire.
« Les Sept Armes démoniaques ! »
« Puisque vous vous êtes confessé et avez réclamé un jugement, je vais à mon tour vous parler en toute sincérité. Je suis le maître légitime de cette lame. »
Le maître légitime de l’héritage laissé par le Roi Démon.
Autrement dit, il était candidat au titre de prochain Roi Démon.
Le mage sentit la révérence l’envahir.
La lame gris cendre, nimbée de sa lueur froide, effleura l’épaule gauche du mage.
Cela ressemblait à une cérémonie d’adoubement.
Le mage éprouva à la fois le soulagement d’avoir survécu et la joie de prendre part au grand dessein des Abysses.
La lame allait ensuite passer sur son épaule droite, puis le Chevalier Noir réciterait les paroles de consécration. Bien sûr, il lui accorderait une bénédiction — du sang, des esprits vengeurs ou autre chose capable de renforcer sa Nature démoniaque.
Kriel porta la lame à son épaule droite et prit la parole.
« J’ai une question à vous poser. »
Le mage fouilla dans ses vieux souvenirs et trouva une réponse adaptée à la situation.
Les Démonides étaient puissants, mais capricieux. Il devait leur plaire autant que possible.
« J-Je vous en prie, posez votre question. »
« Vous m’avez demandé de vous ouvrir une voie. Je vais donc vous interroger sur les chemins. Devant vous se trouvent une voie facile et une voie difficile. Laquelle choisirez-vous ? »
Était-ce une question destinée à éprouver sa loyauté ?
Le mage répondit dès que cette idée lui vint.
« Je suivrai n’importe quelle voie difficile ! »
« Vraiment ? Moi, je préfère les voies faciles. »
« Pardon ? »
Kriel abattit Tuon.
* * *
Sa peau était plus dure que je ne l’avais cru.
Au départ, j’avais prévu de lui trancher la tête dès qu’il serait assez près, mais en l’examinant de plus près, je compris que je ne pourrais pas lui couper le cou d’un seul coup sans force physique supplémentaire.
C’était peut-être parce qu’il commandait les wyvernes, mais sa peau s’était transformée et ressemblait à celle d’une wyverne. Si un Maître d’épée avait porté le coup, il aurait peut-être ri en déclarant : « Je vais le couper avec un couteau de cuisine », avant de faire une démonstration. Malheureusement, mon maniement de l’épée n’était pas si bon.
Je n’avais pas eu d’autre choix que de prétendre lui montrer l’une des Sept Armes démoniaques, de l’étourdir avec des paroles en l’air et de gagner assez de temps pour insuffler de l’Énergie de combat dans Tuon.
Heureusement, sa tête se détacha d’un seul coup.
S’il avait été encore vivant et s’était régénéré avant de m’attaquer de nouveau, la situation aurait pu devenir très compliquée. Affronter un mage dans son propre repaire n’était pas une décision très sage.
[Hé. Qu’est-ce que ça voulait dire ?]
« Quoi donc ? »
[Cette histoire de préférer les voies faciles.]
« Rien de spécial. Un vieux sage a dit un jour qu’il était plus facile de mourir en résistant à l’injustice que de l’accepter et de s’y résigner. »
[Oh. Voilà des paroles dignes d’un vrai chevalier.]
En l’occurrence, il aurait été plus juste de parler d’esprit de lettré que d’esprit chevaleresque.
Orisin ne comprendrait pas même si je lui parlais d’esprit de lettré, alors je ne pris pas la peine de corriger son erreur.
À un moment, Tuon s’était échappée de ma main, avait pris une forme humanoïde, puis était revenue en portant quelque chose.
« Tiens. »
« Hein ? »
C’était la tête tranchée du mage.
« Il vous faut bien une preuve pour revendiquer le mérite de cet exploit, non ? »
Ce n’était pas faux, alors je hochai la tête à contrecœur.
Montrer la tête d’un mage à la peau durcie serait bien plus convaincant que d’annoncer sans preuve que j’avais éliminé celui qui se cachait derrière les wyvernes.
Je devais rentrer vite et faire mon rapport au commandant des gardes-frontières. D’après les paroles du mage, le Mage-conseiller de la Cité-portail était peut-être lui aussi en danger.
* * *
À peine arrivé à la Cité-portail, je reçus une bonne nouvelle et une mauvaise.
La bonne, c’était que le Mage-conseiller était rentré sain et sauf.
On me raconta qu’il était retourné en toute hâte dans sa maison familiale après avoir appris que son cadet, qui s’était enfui, avait été retrouvé mort. En chemin, quelques créatures insignifiantes des Abysses l’avaient attaqué ; il les avait donc remises sur le droit chemin.
En l’occurrence, le droit chemin menait à l’au-delà.
Une fois arrivé sain et sauf chez les siens, il avait appris qu’aucune nouvelle de son cadet ne leur était parvenue. Sentant que quelque chose clochait, le Mage-conseiller était revenu à la Cité-portail aussi vite que possible.
La mauvaise nouvelle, c’était celle-ci.
« Ah, mon cadet… ! »
La créature des Abysses que j’avais laissée morte était le cadet du Mage-conseiller.
Il avait vraiment été retrouvé mort.
Notes de bas de page :
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