Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 28 : Il est facile de mourir au combat, mais difficile de céder le passage (6)
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Les remarques marmonnées par Orisin sur l’apparence de Kriel ne lui firent aucun effet.
Du moins, c’était ce que pensait Kriel.
« Comme si j’avais jamais voulu jouer les chevaliers sur un cheval blanc… »
Le problème, c’était sa classe de Chevalier Noir. Kriel avait toujours aimé ce qui en jetait. Le Chevalier Noir était sa classe préférée, parce qu’elle associait deux mots qui claquaient : ténèbres et chevalier.
Bien sûr, chercher à incarner le genre de prestance propre à un Chevalier Noir dans un monde devenu réel lui vaudrait sûrement d’être traité de rejeton des Abysses. C’était pour cela que Kriel avait voulu se procurer un équipement digne et irréprochable, à la hauteur d’un chevalier modèle. Pourtant, son rêve de devenir un exemple de chevalerie était toujours resté… un rêve.
Ses armes lui avaient posé problème dès le début. À l’achat, une épée avait l’air tout à fait normale, mais à force de s’en servir, elle s’assombrissait peu à peu, comme si elle avait été brûlée. Après avoir découpé une centaine d’ennemis, elle finissait complètement noire et dégageait une aura inquiétante.
Son armure n’échappait pas à la règle. Kriel se souvenait de la première fois où il avait acheté une armure de plates en argent étincelante, la tenue d’apparat par excellence d’un chevalier. Le métal, parfaitement forgé, brillait d’un éclat pur, et d’élégants motifs y étaient gravés avec subtilité. Il avait payé une fortune pour cette armure.
De l’argent, mon cul. Il n’avait pas fallu longtemps pour qu’elle se couvre de marques semblables à des taches de sang, comme si elle avait roulé sur un champ de bataille.
Chaque fois qu’il encaissait quelques coups et saignait, l’armure semblait se teinter, puis s’assombrissait peu à peu jusqu’à prendre la couleur du sang séché.
Il avait même essayé à plusieurs reprises de blanchir son armure et son épée.
En vain. Les larmes aux yeux, Kriel s’était consolé en se disant que la chevalerie se mesurait au cœur, pas à l’apparence.
Après tant de déceptions, Kriel avait appris à ne plus se laisser ébranler par les remarques sur son allure.
[Franchement, même Morgina ferait un bond en te voyant.]
Celle-là lui fit un peu mal.
« Tu n’as jamais vu Morgina se battre pour de bon. Si tu la voyais fracasser des crânes avec une masse de fer dans chaque main, poignarder quelqu’un en plein cœur te semblerait presque courtois, à côté. »
Au début de la campagne, Morgina ne laissait pas paraître son tempérament. Quand elle se comportait en simple prêtresse, son côté violent surgissait sans prévenir. Le comparer à quelqu’un comme elle… Kriel tâcha d’ignorer les absurdités de cette tête de cheval et s’adressa à Tuon :
« Alors ? Tu as trouvé quelque chose ? »
[C’est faible, mais j’arrive à le voir. C’est dans un endroit souterrain et sombre…]
[À ton avis, combien y a-t-il de souterrains dans ces montagnes ? Sois plus précis. Ou montre-nous directement une vision.]
Sous la réprimande d’Orisin, la lame de Tuon trembla. Une goutte de sang accrochée à sa pointe s’éleva contre la gravité et glissa vers la garde.
Bientôt, la goutte absorba le sang alentour et grossit jusqu’à atteindre la taille d’une petite perle.
[Avalez-la.]
« Tu parles de moi ? »
[Maître, Orisin est un fantôme. Il ne peut rien avaler physiquement.]
La réponse de Tuon sous-entendait clairement : « Tu ne le savais pas ? » Bien sûr, Kriel n’avait pas posé la question parce qu’il l’ignorait vraiment. Il ouvrit la bouche, l’air embarrassé.
La perle rouge sang disparut comme si elle avait fondu au contact de sa langue. Le résidu magique qui circulait dans le sang de la vouivre prit forme sous les yeux de Kriel. Un mince filet rouge s’enfonçait dans les montagnes.
* * *
Le mage se gratta furieusement la tête. Il n’avait toujours pas de nouvelles de ses abrutis de compagnons.
Il avait laissé un message codé dans leur repaire au cas où, mais quelque chose lui disait que ses compagnons ne reviendraient jamais ici.
« Ils se sont enfuis ? »
Peut-être avaient-ils pris peur à l’idée de s’opposer à l’Empire, même après avoir accepté le pouvoir des Abysses. Ridicule. Dès lors qu’ils s’étaient aventurés dans les Abysses, il n’y avait plus de retour possible.
« Ces abrutis. Si tout s’était déroulé comme prévu, nous aurions pu nous emparer de postes clés dans la Cité-portail. »
Il avait presque fini de ramener les vouivres dans leur habitat d’origine et de les y cacher. Il leur avait forcément gravé des ordres ; quand il reviendrait, rassembler à nouveau le troupeau ne serait donc pas difficile.
Maintenant, il comptait quitter la Cité-portail de nuit et se diriger vers une autre frontière de l’Empire. S’il attendait, une nouvelle occasion de s’emparer de la Cité-portail finirait par se présenter.
Alors, une douleur lui déchira tout le corps.
« Urgh… ! »
La magie d’illusion qui dissimulait la grotte fut brisée de force. Le choc ébranla tout son corps en frappant son circuit de mana.
Le mage se retourna péniblement.
Un chevalier en armure noire approchait sans un bruit.
* * *
[N’aurait-il pas mieux valu entrer discrètement sans briser cette magie d’illusion ?]
Orisin chuchota. Je secouai la tête. Les mages compétents prévoyaient aussi le cas d’intrus qui se faufilaient sans briser leur magie d’illusion. Ils ne se contentaient pas de dissimuler l’entrée : ils semaient aussi des pièges partout.
Il était arrivé d’innombrables fois que des gens, fiers d’avoir franchi une entrée secrète sans alerter le mage, se fassent embrocher par une lame de lance cachée sous leurs pieds et expédier tout droit dans l’au-delà.
Plutôt que de diviser mon attention en surveillant d’éventuels pièges, mieux valait créer les conditions qui me permettraient de me concentrer entièrement sur le combat, quitte à ce que le mage remarque l’attaque.
[Non, j’aurais pu les détecter sans problème. Les esprits sont naturellement sensibles à ces flux de mana artificiels.]
« Ah. »
J’admis humblement mon erreur. Reconnaître rapidement ses torts était une vertu chevaleresque.
[Non. Maître a fait le bon choix. Un chevalier doit toujours écraser son ennemi de front.]
[Tu n’as pas dit exactement le contraire quand on chassait les vouivres ?]
[La racaille des Abysses doit obéir à Maître, quoi qu’il dise.]
[Quoi ?]
Tuon énonça avec assurance son étrange logique. Sa voix résonna dans la grotte. Elle avait assez de portée pour se propager dans toute la caverne, même si le son était si déformé que quiconque se trouvait plus loin aurait eu du mal à comprendre les paroles.
Je compris alors que les choses auraient mal tourné même si j’avais tenté de prendre le mage par surprise dès le début. Même si Orisin avait gardé le silence, Tuon aurait tout gâché en parlant.
C’était pareil au quartier général de l’Église d’Eve Kaha. Cette chose détestait-elle les embuscades ?
[Les Abysses sont fautifs : ils n’ont pas préparé le combat alors que Maître souhaitait un duel honorable. Pauvres imbéciles, vous n’avez pas reconnu votre souverain légitime. Je suis la lame du jugement qui s’abat sur vous !]
[Kriel, cette chose me fait peur…]
Peut-être était-elle simplement folle.
* * *
[La racaille des Abysses doit obéir à Maître, quoi qu’il dise.]
Une voix lugubre résonna dans la grotte. Le mage comprit aussitôt qu’il ne s’agissait pas d’une voix d’homme. D’après les rapports qu’il avait reçus dans les lettres, Kriel était sans aucun doute un homme.
Alors, à qui appartenait cette voix ? Elle venait de proclamer avec arrogance que tous ceux des Abysses devaient se soumettre à son maître.
Tout en observant Kriel et en préparant sa magie, le mage chercha l’origine de la voix. S’il y avait un autre ennemi que ce chevalier noir, il devrait modifier sa stratégie de combat et son plan de fuite.
Le chevalier noir avançait en silence. Il progressait étrangement, sans même faire entendre ses pas. La voix féminine qui avait envahi la grotte accompagnait sa marche comme le chant d’un chœur.
Au milieu des échos qui se chevauchaient, un fragment d’avertissement distinct lui parvint.
[Pauvres imbéciles, vous n’avez pas reconnu votre souverain légitime…]
Son regard perçant repéra le joyau bleu enchâssé au centre de l’Épée croisée, qui brillait chaque fois que la voix féminine retentissait.
Une épée à ego ?
Le mage était troublé. Il connaissait l’existence d’armes douées d’une volonté propre, comme les épées à ego. On disait que des armes habitées par des egos ayant hérité de l’âme d’anciens prêtres se trouvaient dans le dépôt secret du Royaume Sacré.
Pourtant, les paroles de cette épée étaient bien trop blasphématoires pour celles d’une épée sainte. Ne décrivait-elle pas son maître comme l’avant-garde des Abysses ?
L’Épée croisée gris cendré que tenait le chevalier noir oppressait le mage d’une façon inexplicable. Il rassembla de force son attention vacillante.
« N’approche pas ! Tu es déjà à portée de ma magie ! »
C’était du bluff. Sa magie n’était pas encore prête. Si le chevalier noir s’approchait davantage, il serait abattu avant d’avoir fini son incantation. Il avait improvisé.
Ça semblait avoir marché. Le chevalier noir s’arrêta aussitôt. Tout en repassant dans son esprit les paroles de l’épée à ego, le mage continua de préparer son sort.
Encore un peu. Quelques secondes de plus.
Il aveuglerait le chevalier noir avec une boule de feu. Si elle tuait ce salaud, tant mieux. Ensuite, il appellerait le troupeau de vouivres. Il pourrait alors attaquer avec elles ou, si les choses tournaient mal, s’enfuir sur l’une d’elles.
C’est prêt !
Au moment où il s’apprêtait à lancer son sort offensif, le chevalier noir prit la parole.
« Une Bête démoniaque, c’est ça ? »
La remarque calme du chevalier noir brisa la concentration du mage.
« Tu n’as même pas réussi à devenir un Démonide, et tu as pourtant causé tout ce remue-ménage. »
« Q-Qu’est-ce que tu racontes… ! »
« Je parle de ton rang. Ta Nature démoniaque s’est renforcée, mais elle ne s’est pas éveillée à la spiritualité. Autrement dit, tu es un raté qui n’a pas atteint le niveau d’un Démonide. »
Derrière le casque du chevalier noir, des yeux rouges luisaient comme des flammes.
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