Chapitre 27
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 27 : Mourir au combat est facile, mais ouvrir la voie est difficile (5)
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Le commandant resta stupéfait devant la déclaration audacieuse de Kriel, qui promettait de massacrer les wyvernes. S’il s’était agi de wyvernes ordinaires, il aurait peut-être compris son assurance.
Depuis longtemps, les habitants de Tirnanog étudiaient l’écologie des espèces qu’on appelait les monstres. Les wyvernes ne faisaient pas exception. Il existait des différences selon leur habitat, comme entre les variétés du nord et celles du sud, mais on avait déjà appris toutes sortes de choses à leur sujet, notamment la distance qu’elles pouvaient parcourir en vol après un repas et les limites de leur vitesse.
En recoupant les lieux et la fréquence des attaques, on pouvait circonscrire les endroits où se trouvait probablement un nid. Mais ces wyvernes étaient différentes.
Elles avaient clairement été corrompues par les Abysses. Les connaissances écologiques ordinaires ne servaient pas à grand-chose face aux espèces abyssales. Les améliorations accordées par les Abysses étaient impossibles à quantifier.
Dès qu’un être atteignait le rang de Démonide, même une évidence telle que « les humains meurent quand on leur sépare la tête du corps » pouvait ne plus avoir aucun sens.
Des montagnes entouraient la Cité-portail ; le nid des wyvernes devait donc se trouver dans les environs. Mais ce n’était qu’une hypothèse. Impossible d’exclure qu’un Démonide particulièrement retors soit venu de loin, les wyvernes à sa suite.
Le commandant de la Garde-frontière résuma tout cela en une seule phrase.
« Messire Kriel. Mais y a-t-il un moyen de retrouver leur piste ? »
Kriel hocha la tête. En temps normal, non.
Mais la situation changeait s’il recourait aux pouvoirs d’un Chevalier Noir.
« … Ça ne veut pas dire que je peux leur dire la vérité. »
Comme ils en étaient convenus, Kriel tira la Dague à corne. Le commandant tressaillit à ce mouvement brusque, mais se détendit quand Kriel posa la dague sur la table.
Orisin s’éleva alors de la Dague à corne.
[Bonjour ! Quelle matinée vigoureuse et pleine d’entrain ! Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Orisin, l’esprit de la Licorne !]
La licorne, enveloppée d’une lueur argentée de bon augure, était impressionnante. Pour un esprit, l’absence de corps sous le cou n’était pas un défaut bien important. Les soldats de la Garde-frontière admirèrent son apparence.
Kriel fournit une explication convenable aux soldats de la Garde-frontière, qui fixaient Orisin les yeux brillants.
« C’est une arme forgée de la main même de la Sainte de l’Église d’Eve Kaha. Un esprit y réside et lui confère des pouvoirs particuliers. »
Ce fut tout ce qu’il dit au sujet d’Orisin.
« D’ordinaire, il serait difficile de débusquer les serviteurs des Abysses tapis dans l’ombre. Mais le pouvoir que renferme mon équipement me permet de les attirer au grand jour. Faites-moi confiance et accordez-moi une journée. »
L’essentiel, c’était qu’il n’avait pas précisé qu’Orisin était l’équipement qu’il possédait. Sa formulation pouvait prêter à confusion, mais il n’avait pas menti.
« Ma Noblesse ne baissera donc pas. »
Si les Abysses le faisaient, c’était une arnaque. Si c’était lui, c’était de l’improvisation astucieuse. Kriel admira son propre esprit tandis qu’il attendait la réponse du commandant.
« Une épée créée par une Sainte bénie par un esprit ! Ce doit être une relique sacrée extraordinaire. »
Sous son casque, le visage de Kriel se crispa. Morgina était bien une Sainte et Orisin un esprit.
Cela dit, même avec une épée sous la gorge, il n’aurait pas pu prétendre qu’il s’agissait d’une Sainte et d’un esprit ordinaires.
Heureusement, son casque dissimulait son air embarrassé. Tout au plus pouvait-on apercevoir un léger froncement de sourcils. Le commandant prit cela pour le sérieux d’un chevalier sacré qui se concentrait sur sa tâche.
« Merci pour votre dévouement, Messire Kriel. Nous, la Garde-frontière, suivrons vos instructions à la lettre. Il suffit de donner l’ordre. »
Une question traversa l’esprit de Kriel. Maintenant qu’il y pensait, il s’agissait de l’armée d’un autre pays. Était-il vraiment convenable d’en prendre le commandement aussi facilement ?
« On ne m’a pas officiellement confié le commandement et mon autorité se limite à traquer les Abysses. Ça devrait aller. »
L’important, à présent, ce n’était pas les arrangements politiques, mais les innocents qui souffraient à cause des Abysses. Kriel prit la chevalerie pour prétexte afin de cesser d’y penser.
Pour préserver sa santé mentale, il préférait éviter les réflexions compliquées.
* * *
Même si on lui avait confié le commandement, Kriel n’avait pas l’intention de mobiliser sérieusement les soldats.
On avait beau l’appeler Chevalier Noir, Kriel manquait en réalité d’expérience dans le commandement. Dans l’Armée de l’Ouest, la plupart des ordres qu’il avait reçus se résumaient à : « Va démolir ceci ou cela. » Il ne connaissait donc pas grand-chose aux combats de grande envergure.
Ses ordres étaient simples : renforcer solidement les défenses de la Cité-portail et abattre les wyvernes qui s’en approcheraient.
Après avoir laissé les soldats avec ces instructions, Kriel s’enfonça seul dans la chaîne de montagnes qui entourait la Cité-portail.
[Maître. Comme je vous l’ai expliqué hier, nous devons abattre les wyvernes si nous voulons retrouver celui qui les commande.]
« Je sais. »
[Mais il n’y a aucune trace de wyvernes ici, n’est-ce pas ? Vous comptez fouiller toute la chaîne de montagnes tout seul ?]
Bien sûr que non. La Dague à corne dans la main droite, Kriel rangea toute son armure dans l’ombre de sa cape. Ses cheveux pâles apparurent au soleil, mais seulement un instant.
Kriel activa le pouvoir d’un Chevalier Noir.
Des ombres épaisses s’amassèrent et formèrent une brume noire. Les ténèbres s’accrochèrent à Tuon, à l’équipement de Kriel et à tout son corps.
Puis, sans hésiter, il s’entailla l’avant-bras et fit couler son sang. Floc. Un sang écarlate et vif s’infiltra dans la terre.
[Qu’est-ce que vous faites !?]
Contrairement à Tuon, qui avait sursauté, Orisin hocha la tête d’un air entendu.
[Vous avez fait quelque chose de semblable quand vous m’avez invoqué, pas vrai ?]
« Bonne mémoire. C’est ça. »
[Puisqu’il ne me reste que la tête, autant qu’elle soit bien faite !]
C’était proche de la méthode dont Kriel s’était servi pour attirer Orisin, devenu un Bicorne, sous prétexte de conclure un contrat. La différence, c’était que cette fois, il procédait de façon bien plus grossière.
Le principal problème, c’était qu’il n’avait aucun humain vivant à sacrifier. Mais il n’y pouvait rien.
Quand Kriel avait attiré Orisin après sa corruption, le père et la fille choisis comme fausses offrandes ne connaissaient rien aux rituels magiques ni aux Abysses. Même s’ils avaient vu Kriel préparer le rituel de contrat abyssal, ils n’auraient pas soupçonné quoi que ce soit.
En revanche, les soldats de la Garde-frontière avaient tous reçu au moins une formation élémentaire sur les Abysses. Si Kriel préparait un rituel de contrat avec les Abysses, allant jusqu’à se procurer un sacrifice vivant…
Ils tireraient peut-être leurs épées sur-le-champ en criant quelque chose comme : « Espèce d’ordure sans honte, tu oses te faire passer pour un chevalier sacré ! Goûte à la lame de la justice ! »
Il ne pouvait même pas faire semblant de vouloir sacrifier quelqu’un devant la Garde-frontière. Surtout pas maintenant qu’il se présentait comme le Champion d’Eve Kaha.
Kriel prépara donc un contrat très simple, en version abrégée. Il promit de fournir plus tard des sacrifices de grande valeur, comme des âmes humaines ou de la souffrance, et versa son propre sang en guise d’acompte.
C’était un contrat à paiement différé. Il versait d’abord une avance, puis réglerait le reste plus tard.
Esprit déchu, Orisin avait été intelligent de nature. Autrement dit, Orisin pesait soigneusement le pour et le contre. Un contrat aussi bancal et forcé ne l’aurait pas intéressé le moins du monde.
Mais celui que Kriel tentait d’attirer cette fois était un wyverne mutant, un simple monstre qui n’avait pas atteint le rang de Démonide et n’avait donc pas reçu l’intelligence qui allait avec.
Le sang offert directement par un Chevalier Noir comme Kriel avait beaucoup de valeur à ses yeux. Même sous l’influence d’un autre serviteur des Abysses, il aurait été difficile d’y résister.
« Même si l’adversaire est un Démonide, si tu as raison et que Tuon appartient au rang des Démons, quelques wyvernes enchantées devraient s’approcher. »
[Et ensuite, vous les abattrez sans conclure de contrat. Soyez honnête : combien de créatures abyssales avez-vous piégées comme ça ?]
« J’invoque mon droit de garder le silence. »
Tromper les Abysses était un acte noble, fondé sur la chevalerie. Face aux Abysses, Kriel était un chevalier à l’esprit exceptionnellement souple.
[Hé. Même vous devez reconnaître que ce n’est pas très chevaleresque. Je ne dis pas qu’il faut affronter les Abysses à la loyale, mais…]
Ayant eu le cou brisé et le crâne fracassé après s’être laissé prendre à l’un des faux contrats de Kriel, qui n’en était pas vraiment un, Orisin semblait partagé.
À la surprise générale, Tuon approuvait la manière de combattre de Kriel.
[C’est exact.]
[Hein ? Je croyais que tu vénérais l’honneur chevaleresque et tout ça. Accepter le pouvoir des Abysses, préserver sa dignité de chevalier… On dirait que tu racontes ce qui t’arrange sur le moment.]
[Les Abysses ne se soumettent-ils pas, par nature, aux plus forts ? Mon maître est le souverain légitime qui régnera sur une myriade de démons, au plus profond du Domaine abyssal. Les serviteurs inférieurs des Abysses doivent donc obéir aux ordres de mon maître, quels qu’ils soient.]
[Non. Ce type est encore plus fou que je ne le pensais. Vous essayez de fabriquer un Roi Démon ?]
Kriel laissa les épées bavardes se répondre sans les écouter, tandis qu’il attendait qu’un monstre approche.
Goutte. Goutte.
Les gouttes de sang se firent peu à peu plus nombreuses.
Quand le sang cessa de s’infiltrer dans la terre et commença à s’accumuler, un battement d’ailes retentit au-dessus de lui.
Fouh. Les branches voisines tremblèrent violemment. La clairière était un peu étroite pour qu’une wyverne s’y pose, mais son corps puissant, digne d’un monstre, se fraya un passage en brisant et en écrasant les arbres, puis atterrit devant Kriel.
La wyverne voulut lever les yeux vers Kriel. L’odeur de cet individu lui semblait étrangement familière.
Mais son doute ne dura qu’un instant.
Un homme aux cheveux pâles se tenait devant elle, enveloppé de ténèbres si intenses qu’elles auraient pu dévorer le soleil lui-même.
Son sang dégageait une autorité si écrasante qu’un simple monstre n’osait pas la remettre en question.
Lentement, la wyverne baissa la tête.
Puis, d’un regard, elle demanda : « Me feriez-vous l’honneur de me laisser goûter à votre sang ? »
À contre-jour, Kriel hocha la tête d’un air arrogant. Il avait l’allure d’un envahisseur venu vaincre un autre Démonide et s’emparer de son territoire.
La Nature démoniaque des Abysses obéissait à la loi du plus fort. Comprenant qu’un Démonide bien plus puissant que celui qu’elle servait, peut-être même un Démon, venait d’arriver, le monstre voulut devenir son premier serviteur et obtenir l’honneur de déchirer la chair de son ancien maître avant tous les autres.
La wyverne avançait à pas lents, la tête baissée. En ajoutant la longueur de la lame de Tuon à celle du bras de Kriel, un seul pas suffirait pour atteindre la distance idéale et transpercer le cœur de la wyverne.
Kriel dégaina Tuon dans un éclair et traça une ligne droite, du dos de la wyverne jusqu’à son cœur. La lame se glissa à la perfection entre ses écailles, évita les éléments complexes de son squelette, fendit sa chair et atteignit son cœur.
La wyverne mourut sans même comprendre ce qui lui était arrivé.
[Ah, je les vois. Les faibles Démonides qui s’agenouilleront aux pieds de mon maître !]
Tuon s’exclama tandis que toute sa lame se gorgeait avidement de sang. Absorbé par l’arme drapée de ténèbres, le sang de la wyverne fit rapidement pâlir son cadavre.
Orisin pencha la tête en observant la scène.
[Attendez, c’est vraiment censé se passer comme ça… ?]
Notes de bas de page :
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