Chapitre 25
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 25 : Mourir au combat, c’est facile, mais prêter le chemin, c’est dur (3)
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« Euh… eh bien. »
Le commandant, qui venait de recevoir des éloges fort éloignés de la vérité, se demanda s’il devait répondre franchement.
Pardonnez-moi, mais vous ressembliez tellement à une engeance des Abysses que j’ai ordonné aux soldats d’ouvrir le feu dès que je vous ai aperçu. Cela dit, nous avons réussi à abattre un wyverne, alors tout est bien qui finit bien.
… Ce n’était pas vraiment une façon convenable de souhaiter la bienvenue.
En tant que noble impérial, le commandant avait appris toutes sortes de subtilités de conversation pour ce genre de situation.
Le problème, c’était qu’il était resté si longtemps loin de la capitale impériale qu’il les avait presque toutes oubliées.
« Sans mentir ouvertement… »
« Les soldats qui ont mené l’opération ne sont-ils pas plus impressionnants que celui qui l’a planifiée ? J’ai ordonné l’attaque, mais si les résultats diffèrent de mes attentes, c’est entièrement grâce au talent des soldats. »
Parfait. Le commandant admira intérieurement son éloquence, toujours aussi affûtée.
Il était vrai qu’il avait planifié l’attaque. Il était également vrai que le talent des soldats avait donné des résultats différents de ceux qu’il escomptait. Une manière impériale admirable de dissimuler qui avait été la cible initiale.
Les soldats derrière le commandant observaient leur supérieur d’un air partagé. Mais si le commandant avait conçu le plan, eux l’avaient exécuté ; ils gardèrent donc tous le silence.
« Comme je l’avais entendu dire. L’élite de la Garde-frontière est vraiment impressionnante. »
Heureusement, le Chevalier Noir sembla se contenter de passer aux politesses d’usage, sans chercher à éclaircir cette histoire encore obscure. Le commandant faillit pousser un soupir de soulagement.
Dieu merci, il n’était pas l’un de ces chevaliers politiques de l’Empire. Comme un digne chevalier sacré du Royaume Sacré, il semblait préférer les conversations franches et pragmatiques aux échanges compliqués, chargés de sous-entendus politiques.
Si leur visiteur avait été l’un de ces chevaliers politiques à l’échine raide, il aurait peut-être déjà exigé qu’on rende des comptes pour le tir fratricide, avant d’éplucher le moindre défaut et de chercher des poux à la garde pour une absurdité comme des normes insuffisantes en matière de repos et de discipline.
Après quelques banalités, le commandant se décida à poser la question qui le taraudait vraiment.
« … Puis-je vous demander à quel ordre vous appartenez ? »
Bon sang. Quel ordre de fous fabriquait des armures pareilles ? Heureusement que la ville se trouvait dans une région frontalière du Royaume Sacré, la nation la plus éloignée des Abysses, et que le pays voisin était un allié.
Si quelqu’un était apparu sur le front contre les Abysses avec une armure pareille, on l’aurait exécuté sur-le-champ sans même l’écouter.
« Hein ? Ce n’est pas si différent de ce qu’on a fait, non ? »
« Ah. Vous voulez parler de mon ordre. »
Kriel laissa sa phrase en suspens. Ce serait gênant de tout expliquer encore une fois. Il évalua rapidement la situation.
Avait-il agi d’une manière indigne d’un chevalier ?
Non. N’avait-il pas volé au secours d’une ville attaquée par les pouvoirs des Abysses ? S’il était resté immobile et avait détourné le regard, sa Noblesse en aurait pâti.
Cela risquait-il de jeter le déshonneur sur l’Église d’Eve Kaha ?
Il arrivait que la quête de Noblesse d’un chevalier et les décisions prises dans l’intérêt d’un groupe s’opposent. Par exemple, si un village impérial avait un fonctionnaire corrompu, un chevalier honorable devait dénoncer ses agissements, prendre les mesures qui s’imposaient — le punir physiquement ou transmettre un rapport aux autorités impériales — puis reprendre sa route.
Mais s’il agissait en tant que Champion de l’Église d’Eve Kaha, un noble impérial quelconque, lié au fonctionnaire corrompu, en voudrait sûrement à l’Église. Dans ces moments-là, Kriel empruntait le pouvoir de l’anonymat.
Des histoires du genre : « Un chevalier sans nom dénonce les atrocités d’un notable local ! » On en parlerait dans le coin pendant quelque temps, puis elles finiraient par tomber dans l’oubli. Kriel était plutôt sûr de savoir faire naître ce genre d’histoires.
« … Je me suis égaré dans mes pensées. »
Avait-il déteint sur lui à force de passer du temps avec ses compagnons d’épée, qui semblaient dire tout ce qui leur passait par la tête ? Kriel termina son évaluation de la situation.
Massacrer une wyverne corrompue par les Abysses ne semblait pas pouvoir nuire à qui que ce soit. Les puissances des Abysses en grinceraient peut-être des dents, mais ces salauds n’avaient jamais aimé ceux qui faisaient le bien, de toute façon.
Avant de répondre, il aurait dû se demander si révéler son identité risquait de causer des ennuis à l’Armée de l’Ouest. Mais Kriel n’avait pas l’intention de se soucier de l’armée pour l’instant.
Qu’est-ce que ça pouvait lui faire ? Après tout, il était un civil.
Plus précisément, c’était un vrai civil, mais Kriel voulait bien passer outre cette distinction mineure.
C’est ainsi qu’il se présenta.
« Je suis Kriel, Champion d’Eve Kaha. Je n’ai pas juré fidélité à la déesse aux ailes de corbeau, mais j’ai reçu la grâce de ses ailes. »
Autrement dit, il n’était pas un adepte d’Eve Kaha, mais il maniait bien l’épée et connaissait des gens au sein de l’Église ; on l’avait donc recommandé. Le commandant de la Garde-frontière hocha la tête.
N’importe quel ordre aurait voulu s’assurer les services d’un homme capable de bondir sur le rempart de la ville et d’abattre en plein vol la wyverne de tête.
À ces mots, plusieurs soldats derrière le commandant parurent nerveux. Se demandant si Kriel était un chevalier célèbre, le commandant esquissa un sourire.
« Pour commencer, pourriez-vous m’expliquer la situation ? J’avais des affaires à régler dans l’Empire, mais en arrivant dans cette Cité-portail, je l’ai trouvée encerclée par des wyvernes. »
« Eh bien, voyez-vous… »
* * *
Kriel suivit le commandant dans une autre pièce. Elle n’avait pas le faste caractéristique de l’Empire, mais elle reflétait l’esthétique ordonnée d’une caserne entretenue par une armée disciplinée.
« Tss. On sent presque l’autorité militaire dans l’air… »
Ayant pratiquement déserté l’Armée de l’Ouest, Kriel se sentait quelque peu mal à l’aise dans cette pièce, même s’il n’en laissait rien paraître. Cela n’aurait pas été digne d’un chevalier.
« Tout a commencé quand le Mage-conseiller de notre ville a reçu un message urgent. J’ai appris qu’un problème était survenu chez lui et qu’il devait quitter son poste. »
« Un Mage-conseiller. »
Kriel connaissait bien cette fonction. Le Mage-conseiller était responsable du système de défense magique d’une ville. Dans le domaine militaire, son rôle équivalait à peu près à celui d’un chef d’état-major chargé de la stratégie et de la tactique magiques.
Le Mage-conseiller de l’Armée de l’Ouest avait traité Kriel comme un bouton sur lequel appuyer pour obtenir des résultats.
Ce n’était pas une mauvaise personne, mais après avoir entendu plusieurs fois des échanges du genre : « Allez vous battre là-bas. » « Pardon ? » « J’ai dit d’aller vous battre. », difficile de ne pas la voir comme quelqu’un qui refilait aux autres des charges de travail explosives.
« Où est l’adjoint du Mage-conseiller ? »
Le poste de Mage-conseiller n’était pas à la portée du premier mage de bataille venu. Il fallait des compétences magiques, un bon jugement tactique et une grande capacité d’adaptation. C’était un rouage essentiel de la ville.
Mais les Mages-conseillers étaient humains, et il leur arrivait de ne pas avoir d’autre choix que de quitter leur poste, comme c’était le cas cette fois-ci. Pour parer à cette éventualité, les villes disposaient généralement de personnel capable d’assumer les fonctions d’adjoint, sans pour autant remplacer entièrement le Mage-conseiller : alimenter en mana les systèmes magiques de la ville, ou gérer la stratégie et la tactique magiques, par exemple.
Mais le commandant secoua la tête.
« Ce n’est une frontière que de nom. Qui empêcherait des prêtres d’entrer dans le pays ? Et aucun Serviteur des Abysses sensé n’envahirait à la légère un lieu en contact avec le Royaume Sacré. Nous n’avions aucune raison de craindre une invasion humaine ou abyssale, alors nous n’avons pas nommé d’adjoint. »
Puis le commandant ajouta à voix basse : « Surtout, cette ville n’a pas un sou. Ce n’est pas comme si les prêtres s’intéressaient au commerce. »
« Hein… Même comme ça, c’est une région frontalière. Vous ne suivez pas le manuel des opérations ? »
Le commandant eut un sourire amer.
« Il n’y a pas eu de conflit ici depuis des centaines d’années. C’est cette insouciance qui a permis aux wyvernes de bloquer la ville. »
* * *
Le commandant prévint Kriel que l’histoire risquait d’être longue, puis le conduisit dans la salle de réception de la Garde-frontière. Après leur départ, les soldats se mirent à chuchoter entre eux.
« Kriel ? Ce Kriel-là ? »
« Quoi ? C’est un chevalier célèbre ? »
Cela dit, ses talents martiaux étaient bien trop remarquables pour qu’il reste inconnu. S’il avait été un chevalier impérial, il aurait déjà reçu un titre et un fief, et mènerait une vie tranquille dans un domaine paisible.
« J’ai entendu parler de lui par une de mes connaissances dans l’Armée de l’Ouest. On m’a dit que c’était un fier chevalier qui n’obéissait à personne d’autre qu’au commandant. »
Le soldat poursuivit en racontant la réputation de Kriel, telle que la lui avait décrite sa connaissance : l’épée secrète du commandant de l’Armée de l’Ouest. Inconnue du monde extérieur, mais leur lame la plus acérée.
Un chevalier aux ordres directs du commandant, qui occupait au sein de l’Armée de l’Ouest une place juste sous celle d’un seul homme et au-dessus de dix mille autres. Pourquoi un homme pareil était-il devenu le Champion d’une Église ?
C’était vraiment étrange. Cela signifiait que l’Armée de l’Ouest avait dû envoyer son meilleur chevalier. Et si, dans le même temps, un ordre lui avait accordé le titre de Champion…
« Il serait à la poursuite des Abysses ? »
Si l’affaire était aussi urgente, il ne pouvait s’agir que d’une activité des Abysses. On disait qu’il existait trois catastrophes comparables aux Abysses, mais l’une d’elles — l’antique civilisation naine de l’ouest — tenait un front stable depuis plusieurs années déjà.
Vu son titre de Champion, il bénéficiait clairement du soutien de l’Église, ce qui rendait encore plus probable que sa cible soit liée aux Abysses.
Tandis que les soldats spéculaient sur les raisons qui avaient poussé l’arme secrète de l’Armée de l’Ouest à partir soudain vers l’est, en direction de l’Empire, l’un d’eux se glissa discrètement dehors. Il se dirigea vers l’ombre, au pied du rempart.
Là, il y avait un petit trou. Il était si étroit qu’un enfant n’aurait même pas pu s’y faufiler.
Après que le soldat eut jeté dans le trou quelque chose qui ressemblait à un petit caillou noir, un serpent en sortit bientôt, leva la tête et ouvrit la gueule.
Le soldat griffonna à la hâte quelques mots sur un minuscule bout de papier, le roula et le glissa dans la gorge du serpent. Après avoir avalé le billet, celui-ci disparut de nouveau dans le trou sombre.
Notes de bas de page :
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