Chapitre 22
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 22 : Cet ordre a besoin d’un Grand Guerrier (4)
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Le miroir était immaculé, sans la moindre déformation.
Il reflétait un chevalier vêtu d’une armure raffinée, noire aux accents dorés.
Raffinée, certes, mais pas dans le genre élégant et ornemental. Les cornes torsadées qui l’ornaient et les pointes saillant des gantelets suggéraient qu’elle avait été forgée pour la bataille.
Cette armure noire alliait le raffinement d’une arme de guerre à une présence terriblement intimidante et à une protection inébranlable.
J’imaginai les armes qui iraient avec cette silhouette. Un espadon noirci. Ou la Dague à corne, façonnée dans une Corne de Bicorne et nimbée d’une aura quelque peu sinistre.
Ou peut-être une Épée démoniaque, dont la lame gris cendre était recouverte d’un éclat bleu.
Quelle que soit l’arme que j’ajoutais, je n’avais pas l’air d’être du côté de la justice. J’aurais sans doute fait meilleure impression en retirant toute cette armure pour me promener en vêtements ordinaires.
[Maître. Beaux vêtements.]
Hmm.
J’étais fichu. Il suffisait de me regarder pour comprendre que j’étais un Chevalier Noir.
« Euh, Kriel ? »
Morgina s’approcha, inhabituellement hésitante. Elle tenait ce qui ressemblait à un morceau de tissu noir.
« Ça… c’est une cape que nous offrons aux chevaliers saints de notre ordre. »
À moitié résigné, j’acceptai docilement la cape.
[Ah. Comme c’est la déesse corbeau, même la cape est noire !]
L’ourlet n’était pas coupé droit et net. Peut-être pour évoquer des plumes, il se terminait en pointes obliques, au style sauvage. Une armure noire et une cape noire.
À présent, on aurait sûrement dit que des ombres ondulaient à chacun de mes pas.
J’avais l’air du genre à faire baisser la tête aux monstres de passage et à pousser les gardes de toutes les villes où j’entrais à sortir se battre pour leur vie.
J’aurais pu passer pour un mini-boss de la faction des Abysses dans Tirnanog RPG. Le Démonide Chevalier Noir typique, sans doute.
« … Je peux la rendre ? »
« Attends un peu. Je ne m’attendais pas non plus à ce que ça donne ça. »
Morgina avait l’air tout aussi embarrassée. N’était-ce pas elle qui l’avait confectionnée ?
« Bon sang. J’étais à moitié folle en la faisant, alors le modèle… »
Je décidai de retirer l’armure pour le moment. Son poids était si bien réparti qu’elle ne me semblait pas lourde du tout, et elle était aussi confortable qu’une armure pouvait l’être.
Mais quand même.
[Sage décision, mon ami ! Je ne crois pas que ce soit une bonne idée de la porter dans le temple !]
Comme le disait Orisin, si des gens honnêtes chargés d’exterminer les Abysses me voyaient dans cette armure, ça risquait de mal finir.
Cette fois, même Morgina semblait incapable de se fâcher contre les railleries d’Orisin. Elle se contenta de se tenir le front et de baisser la tête.
Tandis que je retirais l’armure dans un tintement, Morgina se mit à ramasser le casque, les gantelets et les autres pièces.
« Hé. Remets-la. »
« Une articulation des plaques est mal alignée ? »
« Non. Remets-la, c’est tout. »
Je remis l’armure. En soupirant, Morgina tapota légèrement chaque pièce de la main.
C’était une sorte d’imposition des mains. D’ordinaire, lors de ce rituel, un prêtre touchait un croyant près de la tête en priant. Mais cette fois, il s’agissait de bénir toute l’armure.
Elle commença par le casque. Morgina se redressa sur ses jambes et leva les bras pour en toucher le sommet. Lorsque le Pouvoir divin pénétra l’armure, je sentis une pression étrange.
Puis elle passa à mon épaule. Curieusement, je sentis la chaleur de sa main à travers la cuirasse.
Cette étrange chaleur persista, comme une tiédeur résiduelle, même après que ses doigts se furent éloignés. Morgina poursuivit l’imposition des mains sur chaque partie de l’armure. Mes bras, mon torse, ma taille, mes cuisses, jusqu’à mes pieds.
Après que les mains de Morgina eurent parcouru chaque partie de l’armure noire…
« … Je ne peux de toute façon rien faire de mieux. Eve Kaha, je vous en prie, à vous de jouer ! »
« Jouer à quoi ? »
Morgina ferma les yeux et joignit les mains devant sa poitrine. Le dos des mains tourné vers l’avant, elle croisa les pouces. La forme dessinée par ses autres doigts écartés évoquait vaguement des ailes d’oiseau.
À cet instant, une lueur rouge se répandit sur l’armure et la cape. Lorsqu’elle s’évanouit enfin, je me sentis étrangement plus léger.
Ma vision aussi avait changé. Le champ de vision restreint par le casque s’était complètement dégagé. L’armure que je portais quelques instants plus tôt avait disparu.
[… Non. La déesse répond quand on prie comme ça ? Qu’est-ce que c’est que ça ?]
Aux marmonnements d’Orisin, Morgina passa vivement devant la tête de cheval déconcertée et vint se placer derrière moi.
« Assieds-toi. Tu es trop grand, c’est difficile d’ajuster ta cape. »
Je tirai une chaise près du miroir et m’assis. Morgina s’agenouilla et entreprit calmement de remettre mes vêtements en ordre, en commençant par l’ourlet de la cape. C’était bizarrement chatouilleux. Ses doigts effleuraient mon dos couvert par la cape.
Ses gestes ne ressemblaient pas à de simples lissages faits au hasard. Ils avaient une étrange beauté cérémonielle, comme s’ils constituaient un signe sacré de l’Église d’Eve Kaha.
Une fois debout, Morgina passa les bras au-dessus de mes épaules et rattacha la cape.
Contrairement à son habitude, elle avait mis de côté toute espièglerie et toute émotion superflue. Je compris instinctivement que ce n’était pas une simple manière de m’habiller, mais une partie d’un rituel au sens plus profond.
« Voilà, c’est fini ! »
« Qu’est devenue l’armure que je portais tout à l’heure ? »
« Elle est rangée dans la cape. Tu peux la faire apparaître dès que tu en as besoin. »
Morgina m’expliqua qu’il s’agissait d’une fonction spéciale des armures remises aux Champions. La Cape de l’Aile Noire, façonnée à l’image des ailes de la déesse corbeau, empruntait l’ombre de ses ailes pour y ranger l’armure.
« Je te préviens, ça ne marche qu’avec les objets fabriqués par notre ordre. Tu ne peux pas t’en servir comme d’un entrepôt universel pour y ranger tout ce qui te chante. Elle ne peut contenir que l’armure. »
« C’est remarquable. Une chose pareille est possible ? »
« On pourrait appeler ça un pouvoir réservé aux Champions. Tu veux rejoindre officiellement notre ordre ? »
Je souris et m’apprêtai à secouer la tête, mais l’apparence de l’armure qui venait de disparaître me revint à l’esprit.
« … Mais tu ne peux pas changer l’apparence de l’armure ? »
Morgina détourna les yeux.
« Morgina. »
« Quand on crée de l’équipement sacré, l’image mentale de son créateur s’y reflète. J’ai imaginé ce qui t’irait le mieux et… même si je la refaisais plusieurs fois, le résultat serait probablement similaire. »
« Dans ce cas… »
J’acceptai rapidement la situation. À bien y réfléchir, je venais de recevoir une armure de grande qualité, difficile à se procurer même avec de l’argent. Pour en trouver une d’une qualité comparable, il aurait fallu que je cherche des artisans nains.
Je ne pouvais pas jeter une armure aussi précieuse sous prétexte que son apparence ne me plaisait pas.
« Je saurai en faire bon usage. »
« Hein ? D’accord. Enfin, une Sainte est censée fournir tout l’équipement au Champion qu’elle nomme. Je devrais aussi te fabriquer une arme, mais pour l’instant, tu as cette tête de cheval. »
[Oh. Alors moi aussi, je peux entrer dans cet étrange espace extradimensionnel, à l’intérieur de la cape ?]
« Non. Tu es souillé par les Abysses. Comment oses-tu salir les ailes de la déesse ? »
[Quelle mesquinerie !]
Tandis que Morgina plaisantait avec Orisin, elle claqua discrètement la langue, comme si elle venait de se souvenir de quelque chose.
« Je devrais t’expliquer comment la faire apparaître. Tu portes bien le collier du Champion ? »
Je soulevai l’ornement en forme de corbeau qui pendait à mon cou pour le lui montrer. Morgina sourit, satisfaite. Depuis qu’elle avait attaché ma cape, un Pouvoir divin encore plus puissant circulait dans le collier du Champion.
Non. Ce n’était pas du Pouvoir divin contenu dans le collier.
« Oh. Ton sens de l’observation est bon, comme prévu. Tu peux accéder à l’espace extradimensionnel par le collier. Concentre-toi sur l’objet que tu veux et canalise ton Énergie de combat vers lui. Il apparaîtra. »
Pour essayer, je visai le gantelet droit et y canalisai mon Énergie de combat. L’instant suivant, dans un éclair rouge, un gantelet noir d’encre recouvrit ma main droite.
« C’est incroyable ! »
Je ne pus m’empêcher de m’exclamer devant cette fonction. De l’extérieur, c’était pratiquement une transformation !
Ça me rappelait les héros des émissions télévisées sur Terre. Je m’exerçai à ne faire apparaître que certaines pièces de l’armure, puis finis par invoquer l’ensemble d’un seul coup.
Un éclair rouge balaya la pièce. Sentant le poids rassurant de l’armure envelopper tout mon corps, je fis un tour sur moi-même.
C’est alors que je croisai mon propre regard dans le miroir.
« …… »
[Kriel. Je peux juste te dire une chose ?]
« Non. »
[Franchement, on aurait dit un Démon des Abysses qui avait dissimulé son identité avant de révéler sa véritable apparence, non ?]
Je refermai la bouche.
[Ce n’est pas grave, Maître. Je trouve que tu as la classe.]
La voix de Tuon fut dévastatrice.
* * *
Morgina finit par prendre congé de Kriel. Elle aurait voulu l’accompagner dans son voyage vers l’Empire, à la recherche d’un remède pour cette tête de cheval, mais elle était venue au quartier général pour une raison précise et ne pouvait pas partir sur-le-champ.
« Bon, Grand-mère. Pourquoi m’as-tu appelée ? »
La cheffe de l’ordre ferma les yeux devant Morgina. Par où commencer ?
« Notre ordre a toujours été le premier à sentir les mouvements des Abysses. Partout où ils apparaissent, la guerre ne tarde pas à suivre, et la guerre entraîne son lot de morts. »
« Bon sang, c’était vraiment grave. »
« C’est aussi lié à la mission que tu as accomplie à la demande du Roi-prêtre. »
La cheffe de l’ordre déchiffra les signes dans le ciel. La constellation des Abysses s’agitait. Derrière la réapparition des Sept Armes démoniaques, disparues depuis si longtemps, les six Archidémons étaient sûrement à l’œuvre.
« Vu la tournure des événements, j’avais l’intention de te dire de nommer un Champion au plus vite. »
Morgina regarda la cheffe de l’ordre d’un air étrangement boudeur. Celle-ci balaya cette expression d’un rire.
« Cette affaire semble réglée. Passons donc au sujet suivant. »
Le regard de la cheffe de l’ordre se tourna vers l’est. Elle ne regardait pas par la fenêtre, mais bien au-delà, vers l’Empire, à l’est.
Notes de bas de page :
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