Chapitre 21
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 21 : Cet ordre a besoin d’un Grand Guerrier (3)
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Huff, huff. Morgina fit irruption, à bout de souffle.
« Vous avez fini votre petite conversation secrète, pas vrai ? Dites-moi comment démissionner de mon poste de Champion ! »
« Nous en parlions justement. J’ai laissé le choix à Messire Kriel. »
Messire.
Un titre étrangement inhabituel.
Dans l’Armée de l’Ouest, on m’avait généralement considéré non comme un chevalier servant de commandant sur le terrain, mais simplement comme un homme doté d’une force redoutable. Comme lorsque l’on m’avait envoyé abattre Orisin.
Manier l’épée en solitaire me convenait mieux que recevoir des ordres ou commander les autres. J’étais chevalier, mais, en tant que Chevalier Noir, je n’avais jamais été adoubé officiellement.
« Un choix ? Pour Kriel ? Grand-mère, ne me dites pas que… ! »
« Tu m’as interrompue juste au moment où j’allais t’expliquer. Il s’agit simplement de choisir s’il portera la Marque du Champion ou non. De toute façon, tu ne comptais la donner à personne d’autre qu’à Messire Kriel, pas vrai ? »
« … »
De plus, les gens assez proches de moi pour m’appeler par mon prénom le faisaient généralement, plutôt que d’employer un titre officiel comme « Messire ». Même quand Morgina faisait encore semblant d’être faible, je ne l’avais jamais entendue m’appeler ainsi.
« Vous avez dit que je pourrais m’en servir uniquement quand ce serait nécessaire, sans aucune obligation ? »
La cheffe de l’ordre hocha calmement la tête.
« J’accepte avec gratitude. Je ferai de mon mieux pour ne pas ternir l’honneur ni le prestige de l’Église d’Eve Kaha. »
Oui.
Pour la première fois depuis que j’étais devenu Chevalier Noir, j’avais enfin obtenu des papiers en règle.
* * *
Morgina ronchonna après Kriel.
« Si tu comptais accepter aussi facilement, pourquoi as-tu tant insisté pour me refuser ? »
« Être Champion est une fonction importante. Elle devrait revenir à quelqu’un de plus adapté, à une personne qui en soit digne. »
Morgina claqua la langue. Hah ! Il n’existait pas de chevalier plus digne que cet idiot pour être Champion.
« Mais la cheffe de l’ordre m’a dit que même si je démissionnais, tu ne nommerais personne d’autre. Je ne suis qu’un vagabond sans le moindre papier d’identité. Je vais l’emprunter jusqu’à ce que tu trouves quelqu’un qui convienne. »
Quand Kriel ajouta, de son ton habituel, qu’il la lui rendrait aussitôt si nécessaire et qu’elle n’aurait qu’à le prévenir dès qu’elle aurait trouvé un candidat adéquat, Morgina sentit quelque chose se tordre en elle.
« … Hé, attends une seconde. »
Morgina pencha la tête.
Elle se rappela le grabuge provoqué par Kriel lors du duel judiciaire. Pour régler l’affaire, le commandant de l’Armée de l’Ouest était venu négocier quelque chose avec lui.
« Tu n’avais pas un poste de chevalier en chef d’une unité indépendante de rôdeurs, directement rattachée au commandant de l’Armée de l’Ouest ? »
« C’est un statut qui disparaîtra quand je quitterai l’armée. »
« Tu as dit que tu ne pouvais pas quitter l’armée. »
Kriel détourna le regard. Quoi qu’il dise à ce sujet, cela ne ferait que le blesser.
Il traitait son poste de chevalier en chef comme s’il n’avait aucune importance. Convaincue qu’il avait vraiment une personnalité bizarre, Morgina reprit :
« Tu comptes partir comme ça, hein ? »
« J’ai terminé tout ce que j’avais à faire au quartier général de l’Église d’Eve Kaha. »
À l’origine, il était venu pour renoncer à son poste de Champion. Son lien avec Tuon lui avait ajouté une autre affaire à régler, mais on avait aussi estimé qu’il n’y avait pas de problème pour l’instant.
« Tss… Attends un jour. Il y a plein de chambres pour les pèlerins. Passe la nuit ici. »
Kriel renifla. Elle s’inquiétait pour des choses vraiment étranges.
« C’est parce qu’il fait nuit ? Tu sais mieux que quiconque que je vois très bien dans le noir. »
[Je vais vous montrer quelque chose de bien…]
Orisin intervint soudain. Il s’envola pile entre Kriel et Morgina, puis cria : « Hop ! »
[Admirez la licorne lumineuse.]
Orisin se mit alors à briller de mille feux. Même Kriel n’avait jamais vu ça.
[Même sa couleur change quand il n’y a que la corne ?]
Sans un mot, Morgina attrapa Orisin par la corne et le projeta au loin.
[Attaquer physiquement un fantôme, c’est de la tricheeee— !]
Comme la forme physique d’Orisin était liée à la Dague à corne, il pouvait revenir aussitôt qu’il le souhaitait, quelle que soit la distance à laquelle on l’avait envoyé. Après avoir tiré cette conclusion avec sang-froid, Morgina regarda Kriel.
« Ce n’est pas ça qui m’inquiète. Tu as bousillé ton armure, cette fois, pas vrai ? Je vais t’en faire une nouvelle, alors attends. »
« Oh. »
« Même si ce n’est que temporaire, tu es mon Champion. Je ne supporte pas de te voir te promener avec une dégaine minable. »
Kriel accepta la gentillesse de Morgina. Faire fabriquer une nouvelle armure lui coûterait une coquette somme. S’il retournait dans l’Armée de l’Ouest, il pourrait peut-être en recevoir une gratuitement, mais il n’avait pas l’intention de retourner si tôt à la caserne.
Le lendemain.
« Hum ! »
De l’eau éclaboussa le visage de Kriel. Cette humidité glaciale, comme une brise de matin d’hiver, le réveilla de force.
« Qu’est-ce qui se passe ? C’est comme ça que la journée commence à l’Église d’Eve Kaha ? On vous jette de l’eau si vous ne vous levez pas à l’heure prévue ? »
Pas étonnant que Morgina ait fini par avoir un caractère aussi tordu. Déplorant les règles impitoyables de l’ordre, Kriel tourna la tête.
Tuon se tenait là, un bol d’eau à la main, avec un air étrangement triomphant.
« … Qu’est-ce que tu fabriques ? »
La fille aux cheveux gris s’exclama, les yeux bleus étincelants :
« Jusqu’à présent, je n’ai rien dit par égard pour vos conditions de vie en plein air, mais la dignité d’un chevalier commence par une conduite irréprochable. Il faut se lever à l’aube, laver la crasse de la nuit passée et accueillir le nouveau jour l’esprit en ordre ! »
[Putain, Kriel. Une épée-servante qui gère ta routine quotidienne. C’est vraiment normal qu’une Épée démoniaque soit comme ça ?]
« La ferme, morveux. »
Kriel poussa un long soupir et prit la serviette que lui tendait Tuon. Il devait s’essuyer le visage trempé et réfléchir.
« … Tu ne devrais pas réveiller les gens comme ça. »
« Pourquoi pas ? »
« Comment ça, pourquoi pas ? Ce n’est pas impoli de jeter de l’eau sur quelqu’un qui dort profondément ? »
« Non. »
Que voulait dire ce « non » ? L’espace d’un instant, Kriel se demanda si cette épée avait la moindre notion de savoir-vivre.
« Depuis quand un Chevalier Noir est-il humain ? »
Kriel ferma les yeux.
« Je pourrais être humain. »
« Impossible. Tout comme les Démonides ne sont pas considérés comme humains, les Chevaliers Noirs ne le sont pas non plus. »
Kriel savait que les paroles de Tuon étaient exactes selon le système du jeu Tirnanog RPG. Dès que les PNJ découvraient que quelqu’un était un Chevalier Noir, ils le rejetaient généralement en criant : « Meurs, rejeton des Abysses ! »
Un Chevalier Noir, digne des Abysses, était forcément exclu de l’humanité.
[Ouah… Avant, c’était moi le cinglé du coin. En tant que personne corrompue par les Abysses après coup, puis-je vraiment surpasser la folie pure de quelqu’un né rejeton des Abysses ?]
Sans prêter attention aux absurdités d’Orisin, Kriel répondit fermement :
« Je ne suis pas les Abysses. Je n’ai pas accumulé de Nature démoniaque jusqu’ici et je ne l’accepterai jamais. »
« Je vois… Si tel est le souhait de mon maître, alors soit. »
Agacé sans trop savoir pourquoi par son ton, Kriel rendit à Tuon la forme de l’Épée croisée. Depuis qu’il avait découvert la compétence appelée Épée fantôme, manifestée dans sa constellation intérieure, il savait instinctivement comment manier Tuon.
Jusque-là, il avait évité autant que possible de fréquenter Tuon, par crainte de la corruption abyssale. Mais maintenant que la cheffe de l’ordre l’avait assuré qu’il n’existait aucun lien direct entre le fait d’utiliser Tuon et les Abysses, il pouvait sans hésiter rendre sa forme d’Esprit de l’épée matérialisée à l’état d’épée.
La lame vibra de protestation, mais Kriel ne fléchit pas.
Toc, toc, toc. Quelqu’un frappa à la porte sur un rythme enjoué.
Kriel l’ouvrit. Morgina se tenait dehors, visiblement épuisée, comme si elle avait passé la nuit blanche.
« Hé. Viens avec moi. »
« Ça va ? Tu n’as pas l’air en forme. »
D’ordinaire, Morgina avait assez d’endurance pour tenir facilement un jour ou deux sans dormir. Elle le devait autant à son corps entraîné qu’aux effets réparateurs du Pouvoir divin sur la fatigue.
La dernière fois qu’elle avait eu l’air aussi épuisée, c’était après avoir fabriqué la Dague à corne qui contenait l’âme d’Orisin. Autrement dit, elle ne ressemblait à ça que lorsqu’elle avait épuisé à la fois son Pouvoir divin et ses forces physiques.
Comme la fabrication de la Dague à corne avait duré trois jours, l’épuisement causé par une dépense comparable de Pouvoir divin en une seule nuit devait être encore pire.
Entendant l’inquiétude de Kriel, Morgina lui adressa un sourire faussement détendu.
« En temps normal, c’est la Sainte qui a nommé un Champion qui forge son armure. C’est mon travail. Ne t’en fais pas. »
Malgré son épuisement, le sourire de Morgina était franc et lumineux. Sa fatigue avait adouci son tempérament fougueux habituel, ne laissant derrière elle que de la tendresse. C’était agréable, mais inhabituel.
Guidé par Morgina, Kriel s’enfonça dans la forteresse. Il semblait s’agir du centre où convergeait le sang rouge recueilli à l’extérieur.
Le sang coulait dans une ouverture ronde, semblable à un puits. Celui qui y tombait ressortait ensuite en circulant jusqu’aux douves.
Boum, boum. Morgina se mit à sortir des pièces d’armure du puits.
« Essaie-la. Je pense que les mesures devraient être bonnes… mais on ne sait jamais. »
Kriel passa la main sur la plaque d’un noir d’encre patiné. Elle n’était pas entièrement noire : de petits ornements dorés bordaient ses contours, peut-être pour l’esthétique, ou parce qu’ils servaient à canaliser une bénédiction.
Après un moment, Kriel eut enfin fini de l’essayer, casque à cornes compris.
Il fit bouger toutes ses articulations, du bout des doigts jusqu’aux orteils. L’armure lui allait parfaitement et ne le gênait nulle part.
« C’est une belle armure. »
Il était rare qu’il adresse à Morgina un compliment aussi direct. Pourtant, l’expression qu’elle prit en l’entendant était étrange.
« Euh… »
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Kriel ne comprenait pas son air mal à l’aise. C’était la meilleure armure qu’il eût jamais portée. Orisin surgit et chuchota :
[Excusez-moi, messire, seriez-vous intéressé par l’armée du Roi Démon ?]
Kriel se dirigea vers le miroir.
Notes de bas de page :
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