Chapitre 19
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 19 : Cet ordre a besoin d’un Grand Guerrier (1)
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Le nom « Tuon », choisi sur un coup de tête par Orisin, devint celui de l’Esprit de l’épée.
La première raison était simple.
« Kriel. Mieux vaut éviter de mentionner à la légère le nom de l’une des Sept Armes démoniaques. Appelons-la autrement, pour l’instant. »
Il s’agissait de dissimuler la véritable identité de Gratuon. La lame ressemblait déjà quelque peu aux Sept Armes démoniaques. Un chevalier qui portait une épée gris cendre comme Gratuon et qui l’appelait Gratuon ?
Le Royaume Sacré mettrait ma tête à prix le jour même…
La deuxième raison était la suivante.
[Gratuon n’était-il pas le nom d’un perdant vaincu, brisé et finalement déchu ? Il a acquis une nouvelle forme et un nouveau maître ; il est donc normal qu’il reçoive un nouveau nom.]
Pour une raison obscure, l’Esprit de l’épée lui-même semblait préférer Tuon à Gratuon.
Kriel se retrouvait ainsi vêtu d’une manière plutôt étrange. La Dague à corne d’Orisin pendait à sa hanche gauche, tandis que l’Épée croisée gris cendre de Tuon reposait à sa droite.
Son espadon, son arme principale habituelle, était accroché dans son dos. Orisin ne l’avait pas taquiné sans raison en disant qu’il devrait tenir une épée dans sa bouche pendant les combats.
En le regardant, Morgina était partagée. À ses yeux, une monstruosité abyssale comme Tuon n’aurait jamais dû s’attacher à Kriel.
Mais, rien qu’à voir sa tenue…
Elle correspondait parfaitement à ses goûts personnels — ou, d’après les rumeurs discrètes qui circulaient dans la Sainte Cité, aux goûts de l’Église d’Eve Kaha en général.
Il n’était pas rare que les fidèles d’Eve Kaha, la déesse des guerriers déchus, apprécient les apparences évoquant un champ de bataille.
Kriel se sentit mal à l’aise sous le regard étrangement ardent de Morgina.
« Ton regard n’a rien de pur. Tu pensais à quelque chose de louche ? »
« Qu’est-ce que tu racontes ? C’est grossier. Je réfléchissais à des moyens de remédier à ta condition maudite. »
« Ah bon ? Toutes mes excuses. »
Kriel hocha la tête, mais il était persuadé que la Sainte au caractère étrange s’était imaginé quelque chose de bizarre.
[Hiii, en route, tout le monde. Il faut se dépêcher d’aller voir le quartier général d’Eve Kaha, non ?]
Pressés par le cheval sans jambes, Kriel et Morgina se mirent en marche.
* * *
Les grands temples bâtis dans la Sainte Cité de Temlis servaient de vitrine à leurs ordres respectifs. Même les ordres qui prônaient la sobriété possédaient généralement une certaine splendeur ou une élégance raffinée.
Le Grand Temple d’Eve Kaha ne faisait pas exception. Orné avec discrétion de statues de corbeaux et de reliefs en forme d’ailes, il affichait une beauté tout en retenue.
Kriel ne s’était toutefois pas attendu à ce que le quartier général d’Eve Kaha soit aussi « beau ».
C’était tout simplement ainsi que fonctionnaient les temples. Temlis était la destination touristique la plus prisée du Royaume Sacré.
Pour attirer le regard des voyageurs, on décorait somptueusement les grands temples, tandis que le véritable lieu d’origine de chaque ordre — son quartier général — restait généralement dépouillé.
Après tout, seuls les pèlerins pieux et les prêtres de l’ordre se donnaient la peine de rejoindre un quartier général. C’était un calcul capitaliste : dépenser de l’argent en décorations n’augmenterait pas les revenus.
Et le quartier général d’Eve Kaha, berceau de la foi en la Déesse du Corbeau…
[Hé, c’est vraiment un temple ?]
« Techniquement, oui. »
Pour être gentil, c’était original. Pour l’être moins, ça ressemblait au château du Roi Démon.
Kriel comprenait le choix peu pratique d’un emplacement au sommet d’une montagne sans nom. Pour recevoir la révélation d’un dieu, il fallait généralement se rendre dans un lieu particulièrement élevé ou particulièrement bas, ou du moins dans un endroit inhabituel.
Il avait aussi laissé passer la vue de centaines de corbeaux en vol et de rangées de vieux arbres qui leur convenaient parfaitement, en se disant que c’était logique pour une Déesse du Corbeau.
Le point d’orgue de ce sentier de randonnée étonnamment animé, où les corbeaux s’alignaient sur les branches des vieux arbres dénudés, était un lac rouge.
Le « rouge » n’était pas une métaphore désignant des eaux qui reflétaient un coucher de soleil ou les feuilles d’automne. Autour de la forteresse noire au sommet de la montagne s’étendait une rivière circulaire, semblable à des douves, dont chaque goutte était rouge sang.
Entre cette rivière circulaire et la forteresse se trouvaient de véritables douves, qui dessinaient des motifs complexes. Avec les douves menant au château, l’ensemble ressemblait à un immense cercle magique centré sur la forteresse noire.
Des corbeaux volaient autour de la forteresse noire, au centre du cercle magique. Pour une raison obscure, une brume rouge s’en élevait, décoration raffinée qui donnait au temple un petit air de cousin des enfers.
[Ouah. Il a l’air plus sinistre que le château du Roi Démon. Eve Kaha a vraiment des goûts épouvantables…]
D’ordinaire, quand Orisin disait quelque chose qui agaçait Morgina, Kriel prenait le parti de celle-ci. Le cheval fantôme était généralement celui qui cherchait la dispute par ennui.
Cette fois, pourtant, Kriel n’eut d’autre choix que de donner raison à Orisin. Morgina avait-elle grandi dans un endroit pareil pour finir comme ça ? Elle était la preuve vivante de l’importance du milieu dans le développement émotionnel d’un enfant.
Bien sûr, Morgina ne se contenta pas d’acquiescer en silence.
« Comment oses-tu insulter mon ordre ? »
[Est-ce qu’un pèlerin viendrait seulement dans un quartier général pareil ? Ils s’enfuiraient, terrorisés !]
Morgina enveloppa sa main de Pouvoir divin rouge et frappa Orisin. La scène aurait presque paru incomplète sans cela.
L’Épée croisée, à la hanche droite de Kriel, vibra.
[Je ne sais pas pourquoi, mais cette scène m’apaise. Elle me plaît.]
[Tu vois ? Même un rejeton des Abysses aime ça ! Eve Kaha a vraiment des goûts épouvantables !]
« Tais-toi ! C’est toi qui es bizarre de ne pas comprendre cette beauté ! »
Kriel hocha la tête en regardant une femme et un cheval fantôme se chamailler pour une broutille.
Je ferais mieux d’avancer tout seul.
Les deux ennemis mirent un bon moment à remarquer que Kriel marchait péniblement vers la forteresse noire.
* * *
L’eau rouge sang n’était pas de l’eau.
« Ah, c’est bien du sang. »
[Bon sang. Six Principes, vous n’allez vraiment pas tenir votre plus jeune déesse en laisse ?]
« … Ça ne sent pourtant pas le sang. »
« C’est parce que c’est un sang spécial. »
Morgina leva la main droite et lui en montra la paume. Grâce au Pouvoir divin, elle restait toujours pâle et sans la moindre marque, même si elle se la coupait chaque fois qu’elle combattait.
« Les miracles que nos prêtres accomplissent consistent à créer des armes en utilisant le sang comme médium, n’est-ce pas ? C’est le prolongement de ce principe. Nous recueillons le sang le plus pur de nos prêtres pour forger des armes. Pas des objets jetables, façonnés avec le Pouvoir divin puis abandonnés, mais les meilleures armes, remises aux véritables guerriers. »
[Donc, c’est une sorte de fourneau. Hé, Tuon. Tu veux essayer d’aller nager là-dedans ?]
« Qu’est-ce que tu fabriques ? »
Kriel arrêta Orisin, qui venait de lancer une idée étrange tout en fixant l’Épée croisée. Orisin semblait prêt à attraper l’épée avec sa bouche et à la plonger dans le sang.
[Ton épée a dit que ça lui plaisait. D’après ce que raconte la Sainte brutale, le sang qui coule là est moins du sang biologique que l’essence du Pouvoir divin ayant pris la forme du sang. Je me demandais si elle réagirait mal au Pouvoir divin.]
Au début, Kriel s’était apprêté à protester contre le « ton épée » d’Orisin, mais, après avoir entendu la suite, la question l’intrigua. Au fond, il espérait que Tuon répondrait par l’affirmative.
[Je n’écoute pas ceux qui me sont inférieurs.]
Son refus était catégorique.
* * *
Il n’y avait aucun gardien à l’entrée du quartier général d’Eve Kaha. Morgina fit apparaître une masse forgée de sang et de Pouvoir divin, puis frappa la porte du château comme si elle battait un gong.
Boum !
Une profonde vibration résonna, et la porte s’ouvrit sans même grincer.
[Six Principes. Qu’allez-vous faire de votre benjamine, au juste…]
Orisin marmonna, choqué de découvrir que cette méthode barbare était la façon officielle d’entrer.
Morgina ignora simplement sa lamentation et saisit Kriel pour l’entraîner avec elle.
« Viens. Puisqu’on est là, autant saluer le Chef de l’Ordre. »
« Je ne suis pas venu en tant qu’étranger ? Je ne devrais pas attendre dans une salle de réception ? »
« Quel étranger ? »
Morgina esquissa un sourire.
« Tu es le Champion de notre ordre, pour l’instant, non ? »
À bien y réfléchir, Kriel s’était rendu au quartier général d’Eve Kaha pour démissionner de son poste de Champion. Il n’eut d’autre choix que de suivre Morgina et de rencontrer le Chef de l’Ordre.
L’intérieur de la forteresse noire était plus ordinaire qu’il ne l’avait imaginé. Autrement dit, les prêtres y menaient leur vie quotidienne, comme dans n’importe quel autre temple.
Certains prêtres d’Eve Kaha priaient en silence. D’autres nourrissaient les corbeaux, et Kriel apercevait parfois des prêtres s’exercer avec plusieurs armes ou les aiguiser avec soin.
Au lieu de se saluer à voix haute, Morgina et les prêtres échangeaient des révérences silencieuses. La scène marqua Kriel, qui n’avait presque vu Morgina que déchaînée, une masse à la main.
Ça me rappelle son arrivée dans l’Armée de l’Ouest.
À l’époque, il l’avait prise pour une simple prêtresse discrète d’une foi mineure. Timide, incapable de parler correctement et persécutée parce que son ordre était faible.
Il était vrai qu’elle avait du mal à parler. Le problème, c’était que ce n’était pas par timidité : elle était furieuse et se demandait si elle devait fracasser le crâne de ces brutes qui se faisaient passer pour des chevaliers.
Toc, toc.
Le bruit des coups à la porte tira Kriel de ses pensées. Pour la chambre du Chef de l’Ordre, la porte était plus ordinaire qu’il ne l’avait imaginé.
« Grand-mère, c’est moi. »
« Entre. »
Kriel resta interdit. Il avait entendu Morgina appeler plusieurs fois le Chef de l’Ordre « Grand-mère », mais elle l’appelait ainsi en face également ?
À en juger par la facilité avec laquelle le Chef de l’Ordre accepta cette appellation, cela devait être habituel. Comme l’Église d’Eve Kaha n’interdisait pas à son clergé de se marier, elles étaient peut-être vraiment parentes.
Kriel changea d’avis lorsqu’il aperçut la vieille femme derrière la porte ouverte.
Elle avait l’air bien trop aimable pour être apparentée à Morgina.
« Je suis là. Et voici… »
« Je sais. Le Grand Temple m’a prévenue. J’ai appris que tu avais nommé un nouveau Champion de façon autoritaire. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Tu sais de quoi il est capable ? »
« Je ne dis pas que tu as choisi quelqu’un d’incompétent. Je dis que tu as forcé quelqu’un qui n’en voulait pas à prendre cette place. »
Morgina détourna discrètement le regard. Après l’avoir réduite au silence, le Chef de l’Ordre se tourna vers Kriel.
« Vous devez être le Champion de Morgina. »
Notes de bas de page :
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