Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 18 : C’est quoi, ça ? Prends-le. (3)
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« C’est quoi, ce bordel ?! »
Kriel réagit au quart de tour.
Un chevalier ne devait pas seulement se battre pour l’honneur. Savoir agir sans hésiter face à un ennemi était également une vertu chevaleresque. Kriel l’attrapa par le col et la plaqua au sol.
« … Quoi ? »
Le coup fut si rapide qu’il lui coupa les pensées, alors qu’elle s’approchait, sa masse à la main.
L’attaque réflexe de Kriel la laissa encore plus perplexe. Il n’était pas du genre à maltraiter aussi brutalement une inconnue ordinaire.
*Il ne s’en prendrait pas comme ça à une personne ordinaire. Mais il l’a soulevée et s’est mis à la rouer de coups. Alors…*
Cela signifiait qu’elle n’avait rien d’ordinaire.
Morgina augmenta le poids de la masse qu’elle avait préparée pour intimider l’inconnue. L’arme fendit l’air dans un lourd sifflement.
[Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qu’il y a ?!]
Orisin poussa un cri alarmé. De l’extérieur, on aurait dit que Kriel s’était brusquement mis à battre une jeune femme.
« Viens m’aider ! »
Morgina cria, pressée. Un ennemi à l’apparence humaine parfaite, capable de mettre Kriel en état d’alerte ?
Qu’il s’agisse d’un monstre capable de prendre une autre apparence, d’un Démonide qui aurait pris Kriel pour un allié, d’un ancien dragon métamorphosé ou d’autre chose encore, toutes les possibilités étaient dangereuses. Il fallait l’expédier dans l’autre monde sur-le-champ.
« Attends. »
Une voix calme retentit.
Elle était belle, et n’avait absolument rien à faire dans cette situation.
« Maître, pourquoi me rejettes-tu ? »
Kriel s’immobilisa.
Il ne comprenait pas qui elle appelait maître.
À vrai dire, il ne voulait pas comprendre.
« Ne rejette pas le destin qui t’est échu. Tu m’as vaincue dans un combat de force pure ; tu es donc mon maître légitime. »
Kriel comprit instinctivement que l’être devant lui constituait la plus grande menace pour son projet : rester en bonne santé, sain d’esprit et vivre heureux jusqu’à un âge avancé.
*Le maître d’une des Sept Armes démoniaques ? Ma classe me cause déjà bien assez de problèmes !*
« Morgina, démolis-la ! »
Il lança cet ordre sans détour, sans se soucier de sa dignité ni de sa noblesse. Après tout, personne d’autre qu’Orisin et Morgina ne pouvait l’entendre ici.
« Cela ne servirait à rien. »
La jeune fille gris cendre s’exprima d’une voix lente et si détendue qu’elle en paraissait presque nonchalante.
« De même que je ne peux défier la volonté de mon maître, endommager mon corps ne saurait atteindre mon essence. »
[On est foutus.]
Orisin fut le premier à comprendre ce que voulait dire la jeune fille gris cendre. Morgina tourna les yeux vers la tête de cheval qui flottait dans les airs et claqua la langue.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
[Eh bien, d’après ce que je vois, cette chose semble liée à l’âme de Kriel.]
« Mais de quoi tu parles ?! »
[Ne t’énerve pas et écoute, brute de Sainte. Tu sais bien que Kriel n’est pas, euh… un chevalier ordinaire, pas vrai ?]
Morgina se mordit la lèvre, puis acquiesça. Depuis son passage dans l’Armée de l’Ouest, elle avait été témoin de suffisamment de choses pour ne pas pouvoir le nier.
[Et ce chevalier… euh, pas ordinaire, dont on parle, peut absorber la douleur physique et mentale, les âmes et tout le reste de ses adversaires vaincus, pas vrai ?]
Kriel lâcha le col de la jeune fille gris cendre. Trop de choses lui venaient à l’esprit.
Toujours pas convaincue, Morgina exigea des explications.
Un être abyssal qui affirmait que Kriel l’avait vaincu dans un combat de force. Il était facile de deviner son identité.
« J’ai lié Gratuon et l’ai envoyée dans la Cité sainte. L’épée n’a pas été détruite, alors comment est-ce possible ? »
Morgina regarda Kriel, les yeux tremblants. Il posa une main sur son front.
« Maître, voulez-vous que je vous explique ? »
« Tais-toi… »
À ces mots, la jeune fille gris cendre se tut et hocha la tête.
[Eh bien, d’après ce que je sais, les combats entre êtres des Abysses peuvent parfois s’achever lorsque l’esprit de l’un des deux camps est brisé, même si aucun ne détruit physiquement l’autre.]
Orisin énuméra plusieurs exemples. Lors d’un combat entre deux démons, celui qui reconnaissait sa défaite servait le vainqueur. Un Démonide pouvait soumettre une Bête démoniaque d’un simple regard et en faire sa monture de guerre.
[Comme dans ces cas-là, Gratuon a peut-être accepté sa défaite au fond d’elle-même…]
Morgina sentit sa nuque se raidir.
Cette chose s’était attachée à son Champion. Elle avait prévu d’emmener Kriel au quartier général de l’Église d’Eve Kaha et de le persuader autant que possible.
À ce rythme, elle devrait convaincre les anciens de l’Église plutôt que Kriel.
[Quand même, c’est étrange. Je n’ai jamais entendu dire que Gratuon avait un Esprit de l’épée.]
Orisin pencha la tête et se plongea dans ses réflexions. Les informations sur les Sept Armes démoniaques étaient rares, mais si Gratuon avait possédé un Esprit de l’épée assez développé pour se matérialiser ainsi, les archivistes du Royaume Sacré n’auraient pas pu passer à côté.
*Les guerriers qui ont manié Gratuon jusqu’ici n’étaient peut-être tout simplement pas assez puissants pour éveiller son Esprit de l’épée. Ce n’est pas impossible.*
Orisin sentait que quelque chose clochait, sans parvenir à déterminer précisément quoi.
Tandis qu’Orisin et Morgina poursuivaient leur savante discussion sur la nature des Abysses, Kriel ferma les yeux et s’enfonça en lui-même.
Il tentait d’accéder à ce qu’il appelait le système, cet instinct acquis qui lui apprenait à utiliser ses compétences.
Son monde intérieur ressemblait à une sorte de constellation. Chaque étoile représentait une capacité qu’il pouvait utiliser. Il n’y trouvait pas de descriptions bien pratiques comme dans un jeu, mais il savait instinctivement ce que représentait chaque étoile et quel résultat elle produirait.
*… Bon sang.*
Comme il s’y attendait, une nouvelle étoile était apparue. Elle était bleue. Même cette couleur lui était inconnue.
*Les compétences de classe fournies par le système étaient rouges. Les techniques ordinaires que j’ai apprises en luttant dans ce monde, y compris l’Énergie de combat, étaient jaunes.*
Il observa la lueur bleue qui tremblait en lui et sentit l’essence de l’étoile. S’il devait lui donner un nom, c’était une compétence appelée Épée fantôme. Une autorité qui permettait de manier la puissance d’une Épée démoniaque.
Kriel savait depuis longtemps que ce système à moitié fichu ne proposait rien d’aussi pratique que la suppression des compétences.
Il rouvrit les yeux et leva la tête vers le ciel.
« Il essaie déjà de me précipiter dans les Abysses… ? »
Foutu ciel. Qu’est-ce que le Panthéon céleste pouvait bien fabriquer pour laisser arriver des trucs pareils ?
* * *
[Tuon, cuisine.]
« Je n’obéis pas à plus faible que moi. »
[Qu’est-ce que tu as dit ?]
Kriel renonça à maudire les cieux et demanda conseil à Morgina pour régler la situation. Avec un mince espoir, il lui demanda si les prêtres anciens du quartier général de l’Église d’Eve Kaha pourraient savoir quelque chose qui les aiderait.
Morgina réfléchissait avec lui à la question. Elle disait qu’il fallait d’abord se demander si Kriel allait se faire poignarder.
Pendant ce temps, l’Esprit de l’épée de Gratuon était assis sur une souche, après avoir reçu l’ordre de ne pas bouger.
Kriel avait une raison toute simple de ne pas rappeler Gratuon en lui. Si le système considérait d’une manière ou d’une autre que cela revenait à utiliser une compétence abyssale, il ne pouvait même pas commencer à en prévoir les conséquences. Pour le moment, Kriel décida donc de laisser Gratuon matérialisée.
Chargé de monter la garde, Orisin taquina l’Esprit de l’épée de Gratuon tout en observant soigneusement ses réactions.
[Eh bien, c’est fascinant. Tu es sortie de Gratuon ? L’épée devrait être dans la Cité sainte, mais je ne sens aucun lien.]
« À proprement parler, l’épée n’est pas mon véritable corps. »
[Hein ?]
« Je possède toutes les fonctions de Gratuon, je suis donc le véritable corps. L’épée scellée à Temlis n’est qu’une coquille vide. »
[Ah, oui. Tu es vraiment impressionnante. Alors, Tuon, qu’est-ce que tu sais faire ?]
« Je n’obéis pas à plus faible que— »
[Encore cette sale bête ?]
Orisin se souvenait du caractère de l’Esprit de l’épée. Elle était étrangement orgueilleuse et ignorait généralement les questions, mais réagissait bien quand on la provoquait.
Kriel s’approcha à pas lourds et las.
[Hé ! Tu as trouvé une bonne solution ?]
Morgina répondit à la place de Kriel, qui avait le moral dans les chaussettes.
« … On n’en est pas encore sûrs, mais on a décidé de suivre notre plan initial et de nous rendre au quartier général de notre ordre. »
[Cette stratégie casse-cou va vraiment marcher ?]
« Je me porte personnellement garante de lui en tant que Champion. Ils ne vont quand même pas essayer de le battre à mort dès qu’ils le verront ? »
Morgina tenta de paraître sûre d’elle, mais elle n’en avait pas l’air convaincue.
Kriel se tourna vers l’Esprit de l’épée.
« Tu peux prendre la forme d’une épée ? »
« Si tel est le souhait de mon maître. C’est mon devoir. »
Des fissures bleues se propagèrent sur tout le corps de la jeune fille gris cendre. Elles étaient de la même couleur que ses yeux.
Une lumière bleue jaillit des fissures et teinta tout son corps. Enfin, devenue un cristal à forme humaine, elle se brisa en d’innombrables morceaux.
La destruction fut éblouissante, comme des éclats de vitrail ou la lumière du soleil qui se brise sur les vagues. Puis tous les fragments se rassemblèrent et prirent une nouvelle forme.
Quand la lumière s’évanouit, une épée reposait là. Elle était de la même couleur gris cendre que la lame qui avait autrefois servi à ouvrir la poitrine de Kriel pour l’opérer.
« La forme est un peu différente. »
La différence était subtile. Gratuon, telle que Kriel l’avait affrontée auparavant, se distinguait par ses pointes étrangement acérées. Celle-ci, en revanche, était harmonieuse dans son ensemble et évoquait une croix.
L’épée était entièrement gris cendre, à l’exception du joyau incrusté au centre de sa garde. Lui seul était bleu.
Le joyau clignota en réponse au murmure de Kriel.
[J’ai abandonné ma coquille. Pourquoi conserverais-je mon ancienne forme ?]
Kriel fut un instant décontenancé de constater qu’elle pouvait encore parler sous forme d’épée.
Orisin marmonna :
[Trois épées. Je devrais en tenir une dans ma bouche ?]
Notes :
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