Chapitre 17
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 17 : Qu’est-ce que c’est ? Prends-le. (2)
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Le Roi-prêtre se tenait le front en contemplant les trois Saintes qui avaient fait irruption dans son bureau à l’aube.
« Vous savez bien que je suis toujours votre roi, n’est-ce pas ? »
« Allons, Votre Sainteté. Que signifie “toujours” ? Nous, les Saintes, sommes profondément émues par l’esprit de sacrifice dont a fait preuve le Roi-prêtre, Votre Sainteté, en se portant volontaire pour assumer cette lourde responsabilité. Nous vous sommes fidèles de tout notre cœur. »
Le vieux moine martial balaya sans effort l’agacement du Roi-prêtre. Celui-ci se rappela une fois de plus que, malgré sa réputation éclatante et ses exploits écrasants sur le front des Abysses, le vieil homme était un renard rusé qui avait su éviter de devenir roi.
« Vous devez avoir une bonne raison de venir me voir à une heure pareille. »
« Nous n’aurions pas osé troubler le repos de Votre Sainteté. Nous sommes simplement venus attendre dans votre bureau, et nous avons découvert que Votre Sainteté travaillait déjà, soucieuse du bien-être du peuple. Il serait donc malvenu de dire que nous vous avons convoqué. »
« Ah, mais franchement ! »
Le jeune Roi-prêtre ne put contenir sa colère en entendant pareilles absurdités de la bouche de cet homme-là. S’il travaillait jusqu’à l’aube, ce n’était pas par souci du peuple. C’était tout simplement le lot du Roi-prêtre.
« Alors, avez-vous récupéré sans encombre ce qui sert de corps principal à la graine ? »
« Bien sûr. »
Les Saintes désignèrent le cercueil d’un blanc immaculé. Le Roi-prêtre se rappela que ces personnes peu scrupuleuses s’en étaient servies comme d’un bélier pour défoncer sa porte au lieu de frapper.
En maugréant, le Roi-prêtre se leva. Il leur fit une remontrance parfaitement justifiée sur la façon désinvolte dont elles avaient traité un cercueil de scellement, mais les Saintes se contentèrent de hausser les épaules.
« Vérifions une dernière fois avant de l’enterrer. Ouvrez le couvercle. »
« Ah, Votre Sainteté. Même nous ne pouvons l’ouvrir sans le briser. C’est pour cela que nous vous l’avons apporté. »
« Quoi ? »
Pour défaire correctement un sceau composé de plusieurs couches de Pouvoir divin emprunté à de nombreux dieux, il fallait quelqu’un habilité à coordonner le Panthéon.
Si plusieurs prêtres ordinaires avaient créé un sceau similaire, les Saintes auraient pu démêler tranquillement les entrelacs de Pouvoir divin, comme on défait un écheveau emmêlé, grâce aux pouvoirs qui leur avaient été accordés et à leur sagesse accumulée. Mais ceux qui avaient participé à ce sceau étaient des Saintes de rang égal…
« Votre Sainteté doit le démêler vous-même, proprement. Et tant que vous y êtes, veuillez aussi remettre de l’ordre dans la formule de scellement. »
« Bon sang ! Vous vous dites mes sujets ? »
« Nous, les Saintes, témoignons toutes un profond respect au plus haut représentant du Panthéon. »
Le Roi-prêtre soupira et leva la main. Il décida de ne pas penser au sommeil qu’il allait perdre en laissant ses dossiers inachevés.
Bien que personne n’eût touché au cercueil, son couvercle se mit à trembler. Un cliquetis métallique retentit, suivi de bruits semblables à des engrenages qui s’emboîtaient. Le Pouvoir divin, emmêlé à la va-vite, fut soigneusement redistribué selon son but et sa fonction, donnant au sceau une structure plus raffinée.
Les Abysses auraient plus de mal à s’échapper, et l’entretien du sceau, par infusion de Pouvoir divin, serait plus facile.
Le Roi-prêtre soupira.
« Dès que mon mandat prendra fin, j’abandonnerai tout ça et demanderai à être affecté à mon diocèse natal. Ensuite, je rentrerai chez moi. »
Après avoir réinitialisé le sceau extérieur, le Roi-prêtre entreprit d’examiner celui qui se trouvait plus profondément. Il bougea les mains avec la précision d’un chef d’orchestre dirigeant ses musiciens. Le cercueil blanc s’ouvrit lentement de lui-même.
À l’intérieur reposait une épée gris cendre, entravée par des chaînes.
On aurait dit un prisonnier ligoté.
Le Roi-prêtre s’approcha lentement et posa un doigt sur la lame.
« Waouh, cette chose est vraiment vicieuse. La malveillance qu’elle dégage n’a rien d’une plaisanterie. »
Il retira aussitôt la main. La secouant comme s’il venait de toucher de l’eau bouillante, le Roi-prêtre invoqua une nouvelle fois l’autorité du Panthéon et modifia le sceau.
Le froid métallique propre aux lames bien forgées, ainsi que l’énergie abyssale qui semblait prête à dévorer corps et âme à tout instant : plus rien de tout cela ne sortirait jamais du cercueil blanc.
« Maintenant, enterrons-la dans un endroit convenable et oublions-la. Pour la paix dans le monde, mieux vaut enterrer au plus vite ces sept armes maudites. »
* * *
Kriel ouvrit les yeux.
Ce n’était pas parce qu’il avait senti une présence inquiétante, comme une intention meurtrière ou une énergie abyssale.
Son corps lui semblait étrangement lourd. La veille au soir, l’épée l’avait supplié de ne pas la remettre au fourreau, affirmant qu’elle monterait la garde. Kriel l’avait donc laissée à l’extérieur.
Elle parlait avec légèreté, mais faisait son travail. Elle n’aurait probablement pas laissé un intrus passer. Était-ce Morgina ?
Il lui avait pourtant dit plusieurs fois de ne pas faire ça…
La scène qui s’offrit à Kriel lorsqu’il ouvrit les yeux était bien différente de ce à quoi il s’attendait.
Tout d’abord, il y avait quelqu’un.
Quelqu’un qui s’était effondré sur lui.
Mais ses cheveux étaient différents. Ce n’étaient pas les beaux cheveux noirs de jais de Morgina, mais des cheveux gris, sans éclat, qui évoquaient la cendre. Sa peau pâle lui donnait davantage l’air d’une poupée ou d’une statue que d’un être humain.
Qu’est-ce que c’était que ça ?
Kriel était déconcerté.
Il ne se souvenait pas de cette personne.
[Merde, c’est le matin ! Tout le monde, debout ! J’ai dit que je monterais la garde, mais je ne pensais pas que vous alliez vraiment tout me laisser et dormir comme des bienheureux. Surtout toi, Sainte grande gueule. Tu disais ne pas me faire confiance, et pourtant tu arrives quand même à…]
Le moment ne pouvait pas être plus mal choisi.
Orisin, qui volait vers eux en dandinant joyeusement la tête, se figea dès qu’il aperçut Kriel et l’inconnue étendue sur lui.
« Pourquoi tu cherches la bagarre dès le matin ? Je t’ai fait confiance, moi, alors tu devrais être touché et faire de ton mieux… »
La situation ne fit qu’empirer.
Morgina, qui venait de se redresser, encore ensommeillée, lança cette pique à Orisin avant de tourner la tête vers Kriel.
« … ? »
Morgina se frotta les yeux.
« Mais qu’est-ce que… »
« Attends. Quoi que tu penses, c’est un malentendu. »
Kriel s’empressa de parler. Morgina fit : « Hein ? », puis claqua la langue.
« Tête de cheval, tu as vraiment monté la garde correctement ? »
[Ah, c’est injuste. Je suis resté seul sous la lune pendant des heures, l’air misérable, sans personne à qui parler !]
« Tu n’as pas de jambes. Comment tu aurais pu t’asseoir ? »
Tout en se chamaillant avec Orisin, Morgina ne baissa pas sa garde. Elle porta sa main droite à sa bouche et s’entailla légèrement la paume avec un croc. Le sang coula de la longue coupure et prit la forme d’un long bâton.
Le Pouvoir divin afflua dans le bâton de sang. Tandis que la paume de Morgina guérissait, le bâton se déforma.
Lorsqu’elle le saisit avec satisfaction, ce n’était plus un bâton, mais une masse d’armes.
« Elle a échappé au regard d’un Esprit, évité la barrière que j’ai dressée et pénétré dans le campement ? »
L’hypothèse la plus probable était qu’il s’agissait d’un Esprit semblable à Orisin. Incarnations de la nature elle-même, ils pouvaient, dans une certaine mesure, dépasser les limites de l’espace sur leur propre territoire.
Par exemple, un Esprit de rivière pouvait créer une incarnation n’importe où le long de son cours, de l’embouchure jusqu’à la source. Si la femme qui se frottait à Kriel était une sorte d’Esprit de cette montagne, elle avait peut-être contourné la limite de la barrière et pénétré directement à l’intérieur.
Pourtant, cela aussi était étrange.
Les Abysses et la nature étaient des ennemis naturels. Alors pourquoi s’était-elle approchée de Kriel ?
« Soit quelque chose des Abysses l’a contaminée, comme cette tête de cheval, soit ce n’est pas un Esprit. »
À l’expression de Morgina, et surtout à la façon dont elle serrait la masse d’armes, Kriel comprit qu’elle ne rêvait que de la lui abattre dessus.
Sentant l’atmosphère dangereuse qui l’entourait, Kriel réfléchit à toute vitesse. Fort de l’expérience acquise en côtoyant Morgina dans l’Armée de l’Ouest, il tenta de deviner ce qu’elle avait en tête.
« Elle a échappé à la surveillance d’Orisin et à la barrière de Morgina : c’est forcément autre chose qu’un être humain ordinaire. »
Dans ce monde, la plupart des êtres que l’on qualifiait de « pas ordinaires » venaient des Abysses. Et même si ce n’était pas le cas, ils n’en étaient pas moins suspects.
Or, selon Morgina, la réaction la plus raisonnable et efficace face à quelque chose de suspect consistait à frapper la première.
Morgina avait manifestement décidé qu’il valait mieux commencer par administrer à la femme un choc approprié au cerveau à l’aide de sa masse. Il était bien plus sûr de ligoter un adversaire inconscient qu’un adversaire endormi.
Avant d’échouer dans ce monde, Kriel, le joueur de Tirnanog RPG, aurait compris cette façon de penser.
Mais, en tant qu’homme censé se conduire comme un noble chevalier, Kriel avait du mal à l’accepter. Laisser quelqu’un subir une correction physique sans être soupçonné de quoi que ce soit n’avait rien de chevaleresque.
« Mais n’est-ce pas exactement cette façon de penser qui m’a valu d’être entraîné dans un duel judiciaire quand j’ai défendu Morgina ? »
Le doute l’effleura un instant, mais Kriel décida d’agir au nom de la noblesse.
Il se redressa et se leva. Il se plaça devant la femme aux cheveux gris, comme pour la protéger de Morgina. Puis, par habitude, Kriel mit son casque. Sa cuirasse avait déjà été détruite ; avec son casque sur des vêtements ordinaires, il avait l’air ridicule. Il secoua la femme par l’épaule et dit :
« … Excusez-moi. Je ne sais pas qui vous êtes, mais réveillez-vous vite. Vous êtes dans une situation très délicate. »
La femme aux cheveux gris ouvrit lentement les yeux.
Ils étaient bleus.
Leur couleur était assez profonde pour évoquer des saphirs, mais Kriel trouvait son regard trop acéré pour le comparer à un bijou. C’était le bleu froid d’un glacier gelé.
Il avait vu cette nuance exacte peu de temps auparavant.
Et il ne s’était pas contenté de la voir.
Cette lame lui avait ouvert la poitrine.
Notes :
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