Chapitre 16
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 16 : C’est quoi, ça ? Prends-le. (1)
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Morgina n’avait jamais eu l’esprit aussi occupé.
Et Kriel y était pour beaucoup.
Ce n’était pas parce qu’elle échafaudait une stratégie pour ses perspectives amoureuses avec lui. Kriel avait indéniablement contribué à dompter son tempérament naturellement explosif, que l’Église d’Eve Kaha avait jugé digne d’une délinquante irrécupérable.
Mais pas cette fois.
Ce qui occupait à présent les pensées de Morgina, c’était la « constitution » de Kriel, celle qui avait causé tant de problèmes à la porte du temple.
En temps normal, jeter Kriel dans la fosse aux Saintes aurait relevé du suicide. Il portait le titre de Champion d’Eve Kaha, alors elles ne l’auraient pas exécuté sur-le-champ, mais elles l’auraient roué de coups jusqu’à le laisser à moitié mort et incapable de se défendre.
Mais la situation avait changé.
« Pourquoi le Pouvoir divin n’agit-il pas sur lui ? Pourquoi détecte-t-on des traces des Abysses ? Nous pouvons tout expliquer. »
La malédiction de l’une des Sept Armes démoniaques expliquait pourquoi les soins divins étaient moins efficaces.
La malédiction de l’une des Sept Armes démoniaques expliquait aussi les traces des Abysses.
Et si elles confirmaient qu’un Pouvoir divin de niveau Sainte le guérissait correctement au lieu de le faire souffrir, les soupçons le présentant comme un sympathisant des Abysses seraient écartés, du moins pour le moment.
Voilà pourquoi Morgina avait traîné Kriel, réticent, jusqu’aux Saintes pour qu’elles le soignent.
« Si nous arrivons à passer cette épreuve, aucun clerc de la Sainte Cité de Temlis n’aura plus rien à reprocher à Kriel ! »
Morgina s’apprêtait à se lancer dans l’argumentaire soigneusement préparé qui ne lui ressemblait pas du tout.
« … ? »
Elle remarqua quelque chose d’étrange dans le regard des Saintes posé sur elle. De la perplexité, presque de la peur, de la curiosité et de la pitié ?
« Quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça… »
« Tss. »
Kriel l’arrêta avant qu’elle ne lâche une grossièreté. Elle fronça les sourcils et grommela : « Grr… », puis se reprit aussitôt.
« Soignez-le, maintenant. Je ne peux pas m’en occuper toute seule. »
Les Saintes ne prirent pas la peine de demander : « Mais tu es une Sainte, toi aussi, non ? » Elles avaient compris qu’il existait une meilleure façon d’échauffer le tempérament de Morgina. Elles se doutaient aussi que soigner Kriel, le Champion, et le faire parler leur apprendrait peut-être des choses intéressantes.
« Hé, le vieux. Prends ça. »
Sans prêter attention à l’impatience inquiétante qui se lisait sur le visage des Saintes regroupées autour de Kriel, Morgina lança l’Épée dévoreuse de cadavres Gratuon au moine martial âgé.
À première vue, elle ressemblait plutôt à un paquet de chaînes rouges. Le vieux moine martial la rattrapa sans effort, puis claqua la langue en sentant palpiter l’énergie sinistre qu’elle renfermait.
« C’est quoi, ça ? Même enveloppée dans ton artefact divin, elle dégage une présence terriblement malfaisante. »
« Gratuon. »
« L’une des Sept Armes démoniaques ? Ho ho, je me disais bien qu’une des Sept Armes démoniaques ne pouvait pas surgir comme ça dans un trou paumé pareil. »
« Tu es en gros le chef de cette bande, le vieux, alors fais ton rapport à la Sainte Cité. Moi, j’emmène ce type directement au quartier général de l’Église d’Eve Kaha. »
Le vieux moine martial se gratta les cheveux blancs. Les Saintes sillonnaient généralement le monde à la recherche de missions, plutôt que de rester dans la Sainte Cité. Mais cette affaire n’était-elle pas différente ?
« Vous avez récupéré l’une des Sept Armes démoniaques, tous les deux, non ? Si vous faites votre rapport à la Sainte Cité, il y aura peut-être même un défilé de la victoire. Enfin, peut-être pas, vu les mesures de sécurité nécessaires pour une des Sept Armes démoniaques. Mais vous recevrez quand même une récompense. »
« … Il ne veut pas. »
Morgina marmonna si bas que même le vieux moine martial, dont les sens dépassaient de loin ceux des gens ordinaires, ne sut pas s’il l’avait bien entendue.
« Hein ? »
« Il dit qu’il ne veut pas aller à la Sainte Cité. Merde. »
La fin de sa phrase, si peu digne d’une Sainte, trahissait une profonde déception.
* * *
J’entendais Morgina maugréer derrière moi.
« Je te dis que si on va à la Sainte Cité, ce gamin de Roi-Prêtre va sûrement dénicher une armure élégante qui prend la poussière dans la réserve des équipements cérémoniels depuis trois cents ans. Arrête de faire la tête. Viens avec moi. »
« Je n’ai rien à faire à Temlis. »
À vrai dire, je n’avais pas envie d’y aller.
Je ne savais pas que la porte du temple détectait aussi bien les Abysses. Au début, j’avais été assez paniqué pour me demander si j’allais me faire arrêter.
Dans Tirnanog RPG, le Royaume Sacré était le lieu de rassemblement de ceux qui se trouvaient en première ligne dans la lutte contre les Abysses. Si l’on jouait une faction abyssale, il représentait l’avant-garde et le dernier rempart que l’on devait affronter dans la guerre contre les Abysses.
Je n’avais pas fait quelque chose comme vénérer les Abysses, mais me rendre dans la Sainte Cité pour un entretien privé avec le Roi-Prêtre me pesait. Et s’ils me sortaient un truc du genre : « Messire le chevalier, on dirait qu’un démon abyssal s’est logé dans votre tête » ?
En suivant les conseils de Morgina, j’avais réussi à convaincre les Saintes que « ce type ne pouvait pas appartenir aux Abysses » en recevant d’elles une séance de physiothérapie au Pouvoir divin…
Mais seuls ceux qui l’avaient vu de leurs propres yeux seraient convaincus. Tout le monde n’accepterait pas une excuse tirée par les cheveux comme : « J’étais parfaitement sain, mais on m’a poignardé dans la poitrine de travers. »
Même entrer et sortir poserait problème. Ce serait gênant si la porte du temple s’illuminait chaque fois que je la franchissais. Tant que je portais la Marque du Grand Guerrier, ça allait, mais j’avais prévu de la rendre dès que j’aurais terminé mon travail.
« Hé, tête de cheval ! Raisonnes un peu cet imbécile ! »
[Moi ? Comment ? Je ne suis qu’une épée, je ne peux aller que là où mon porteur le souhaite.]
Après la réponse peu convaincue d’Orisin, Morgina se remit à se chamailler avec le fantôme à tête de cheval. Je ne pus que secouer la tête. Leurs disputes absurdes commençaient à faire partie du quotidien.
« Difficile de croire qu’ils se sont rencontrés il y a seulement quelques jours. »
Ni Orisin ni Morgina ne détestait vraiment l’autre. À ce stade, je pouvais sans doute les considérer comme des amis qui aimaient bien se lancer des piques. Quand leur dispute s’apaisa, je demandai :
« Tu ne peux pas simplement reprendre la Marque du Grand Guerrier et t’occuper de la procédure pour moi ? Je me souviens que tu me l’avais presque jetée à la figure quand tu me l’avais donnée. »
« C’était au Grand Temple. La cérémonie était déjà terminée quand je te l’ai remise, il ne restait que la présentation. Pour la reprendre, il y a une vraie procédure. »
Morgina s’était obstinément accrochée à moi lorsque j’avais essayé de rendre la Marque du Grand Guerrier et de prendre congé. Apparemment, elle pouvait me la donner comme bon lui semblait, mais la reprendre exigeait un protocole particulier.
Je devais participer à une cérémonie de démission, sous la supervision d’un haut dignitaire religieux au Grand Temple de la Sainte Cité, ou dans un lieu de rang équivalent.
Je me demandai naturellement si, en général, les procédures de nomination étaient plus compliquées que celles de départ.
Cela dit, le quartier général de l’Église d’Eve Kaha se trouvait près de ma destination. J’étais pratiquement en congé illimité de l’armée ; retarder mon retour d’un jour ou deux n’était donc pas impossible.
« Au fait, pourquoi tu vas dans l’Empire ? C’est exactement dans la direction opposée au Royaume-Uni occidental. »
« La magie y est la plus avancée. Mon prétexte pour quitter l’unité, c’était de purifier cette tête de cheval. »
« … Ce sera difficile pour la magie de purifier ce que le Pouvoir divin n’a pas réussi à purifier. »
« Je sais. Mais quand je rentrerai, il faudra que je remplisse mon rapport avec autant de tentatives que possible. Je dois pouvoir dire que j’ai essayé ceci et cela. »
[Hein ? Tu connais quelqu’un à la Tour des Mages de l’Empire ? Ou tu comptes débarquer sans plan, comme tu l’as fait à la Sainte Cité ?]
« Je connais quelqu’un, mais… »
Ma voix s’éteignit. Je me souvenais de cette personne, mais je n’étais pas sûr qu’elle se souvienne de moi.
« On s’est seulement croisés quand je faisais du mercenariat. Même si on se revoit, elle risque de ne pas me reconnaître. Si j’ai de la chance et qu’elle me présente à un autre mage, tant mieux. Sinon, je n’aurai qu’à courir partout et me débrouiller comme d’habitude. »
« Maintenant que j’y pense, tu avais dit que tu avais travaillé un peu partout comme mercenaire avant d’entrer dans l’Armée de l’Ouest, non ? »
« Je suis allé dans pas mal d’endroits. On m’a envoyé dans la Grande Chaîne de montagnes pour régler un conflit minier entre les elfes et les nains. Dans l’Empire, je me suis retrouvé mêlé à des querelles territoriales et j’ai joué au chevalier quelques fois. »
[Quand tu jouais au chevalier, tu montais aussi à cheval ?]
« Là, tu touches un point sensible. Aucun cheval n’acceptait de me porter, alors je n’étais pas un vrai chevalier. »
[C’est ça. Impossible d’être chevalier si on ne sait pas monter à cheval !]
J’entrai dans le jeu d’Orisin et accélérai le pas. Dans ma tête, je préparais le plan du rapport justificatif que je remettrais à mon retour dans l’unité.
« Un expert du Pouvoir divin a vérifié si Orisin pouvait être purifié. Ensuite, je devrais consulter un expert en magie. Et si l’occasion se présente, un chaman ou un mage des esprits. »
Ma décision était prise.
Dès que j’aurais assez de matière pour écrire : « J’ai fait de mon mieux pour le purifier, mais, après trois tentatives, je n’ai pu que prendre des mesures provisoires », je voyagerais un peu et j’en profiterais.
* * *
Après que le vieux moine martial eut pris possession de l’Épée dévoreuse de cadavres Gratuon des mains de Morgina, les Saintes se séparèrent en deux grands groupes.
Le premier rassemblait des personnes comme Morgina et Kriel. Le travail qu’elles avaient laissé derrière elles était urgent ; elles annoncèrent donc qu’elles se sépareraient ici plutôt que de rentrer à la Sainte Cité.
Ce groupe représentait environ les deux tiers des Saintes. Il n’en restait que trois pour prendre la route de la Sainte Cité.
« Qu’est-ce qu’on en a à faire d’un défilé de la victoire ? Elles sont toutes incorruptibles à un degré ridicule. Qu’est-ce que Morgina t’a dit, le vieux ? »
« Qu’est-ce qu’elle m’a dit ? De demander au Roi-Prêtre d’augmenter le budget de l’Église d’Eve Kaha sous prétexte qu’on avait capturé cette arme. Puis elle est partie directement à sa poursuite. »
« Voir cette effrontée tomber amoureuse, ça donne l’impression que c’est la fin du monde. Ha ! »
En apparence, la conversation était paisible.
Mais les Saintes restaient sur leurs gardes. Elles transportaient l’une des Sept Armes démoniaques.
Gratuon ne semblait plus être enchaînée. Les Saintes, à l’exception de Morgina, avaient déployé tous leurs arts de scellement.
Les Saintes qui n’avaient pas pris la route de la Sainte Cité avaient elles aussi contribué à renforcer le sceau avant de partir. Résultat : Gratuon était emprisonnée sous plus de dix couches de sceaux différents, tissés à l’aide du Pouvoir divin.
À présent, le sceau de Gratuon ressemblait à un cercueil d’un blanc immaculé.
Peut-être parce qu’il avait été façonné à partir du Pouvoir divin, le cercueil dégageait l’aura sacrée d’un lieu où une Sainte aurait pu reposer. En vérité, il incarnait la détermination des Saintes à enterrer cette abomination à jamais.
C’était une prison dont aucun Démonide ne pouvait s’échapper sans aide extérieure, et qui aurait même pu donner du fil à retordre à un Démon.
Une fois Gratuon transportée jusqu’à la Sainte Cité et enterrée en sécurité dans quelque recoin, cette terrible arme disparaîtrait de l’histoire pour un temps.
Les Saintes prirent rapidement la route de la Sainte Cité.
Aucune d’entre elles ne songea, naturellement, à briser le sceau pour regarder à l’intérieur.
Notes :
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