Chapitre 15
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Order
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 15 : Dans les Abysses, les épées manient les hommes (3)
──────
[Quoi ? Un roman ?]
Son ton exprimait clairement : « Ce connard a perdu la tête ? » Kriel eut un sourire amer.
Bien sûr, ce n’était pas un roman de Tirnanog. C’était une histoire qu’il avait lue sur Terre, où figuraient un Chevalier Noir comme lui et un véritable paladin.
Kriel se rappela que le personnage qui utilisait cette technique avait toujours un clerc à proximité. Sans Pouvoir divin pour le soigner, il était bien trop douloureux de tenir bon par la seule force de sa volonté.
« Ça fait plus mal que je ne le pensais. »
[Non, tu peux faire ça juste parce que tu as lu un bouquin ? Je te recommande quelques romans avec des attaques ultimes incroyables ?]
« Je suis difficile en matière de romans. »
Kriel repoussa ces absurdités par d’autres absurdités, puis examina l’état de son corps. Son Énergie de Sang était complètement épuisée et, même en activant son corps avec son Énergie de combat, il récupérait au ralenti.
Sans doute parce qu’elle avait été forgée directement par le Roi Démon, l’arme semblait entraver la régénération. Kriel se jura de briser cette foutue épée en deux.
Mais pas tout de suite. Il attendrait l’arrivée de Morgina et de son Pouvoir divin.
Des pas résonnèrent au loin. S’appuyant sur la Dague à corne — [Aïe, aïe, t’es lourd !] — Kriel se releva.
« Comme c’est calme, j’imagine que vous avez déjà tout réglé ? Si vous avez fini, venez m’aider par là… »
« Tu en as mis du temps. »
À la vue de l’état de Kriel, Morgina se précipita vers lui, horrifiée. L’armure de plates que les prêtres de la cathédrale avaient minutieusement consacrée d’une bénédiction anti-Abysses était en miettes, et une immense blessure lui barrait les côtes gauches, assez profonde pour laisser voir ses organes.
Mais ce qui stupéfia encore davantage Morgina, c’était que la plaie ne se refermait pas.
« Espèce d’idiot obsédé par les chevaliers, encore une fois ! Le Pouvoir divin agit à peine sur toi ! »
Morgina enveloppa ses deux mains d’une lueur divine et les plaqua contre Kriel. Si une clerc de rang Sainte utilisait directement un miracle de guérison, de la chair fraîche aurait dû pousser aussitôt là où la lumière le touchait, refermant la plaie sans même laisser de cicatrice.
Mais le Pouvoir divin et les Abysses étaient des ennemis naturels.
En temps normal, déverser du Pouvoir divin sur les serviteurs des Abysses ne les guérissait pas. Cela les blessait. C’était pour cette raison que les clercs combattaient les Abysses en première ligne.
Kriel était un Chevalier Noir, mais il s’était également en partie affranchi des Abysses. Contrairement aux serviteurs ordinaires des Abysses, le simple contact avec le Pouvoir divin ne le blessait pas.
Pourtant, ses fondations — ou, plus précisément, les paramètres fondamentaux de sa classe de Chevalier Noir — demeuraient profondément liées aux Abysses. Le Pouvoir divin ne lui faisait pas de mal, mais le soignait très peu.
C’était aussi pour cela que Morgina recourait à des méthodes indirectes, comme renforcer son armure, plutôt que de lui accorder des bénédictions qui amélioraient son corps.
Les objets bénis par le Pouvoir divin restaient utiles à Kriel. Une épée pouvait, par exemple, gagner en tranchant, ou une armure recevoir une bénédiction anti-Abysses. En revanche, les effets dépassant le cadre de l’objet pour agir sur son utilisateur — comme augmenter la force physique de celui qui la portait — ne lui servaient guère.
Le Pouvoir divin, qui semblait avoir été extrait jusqu’à la dernière goutte, se déversa sur Kriel. Il sentit la même pression subtile que lorsqu’il portait la Marque du Grand Guerrier.
On aurait dit des bandages compressifs enroulés autour de tout son corps. Kriel força sa bouche à s’ouvrir.
« Il y a quelque chose de plus urgent que de me soigner. »
« Qu’est-ce qui pourrait être plus urgent que de m’occuper de toi alors que tes entrailles sont à l’air ? »
« Cette épée était maudite et empêchait la guérison. Mon corps tire déjà très mal parti du Pouvoir divin, et voilà que la malédiction s’ajoute au reste. Essayer de me soigner, c’est vraiment du gâchis. »
Kriel leva la main droite et désigna l’épée au sol. La lame avait perdu son éclat bleu tourbillonnant et n’était plus que gris cendre.
« Cette épée est le corps principal de la Graine. Le Démonide qui la maniait n’était pas très futé : il s’est fait manier par l’épée et il est mort. Trouve comment l’emballer sans risque avec le Pouvoir divin. »
« Quoi ? »
« Arrête de gaspiller ton Pouvoir divin sur moi et scelle cette épée. »
Après l’avoir traité de fichu crétin, Morgina s’approcha de l’épée gris cendre. Des informations sur les Armes démoniaques lui revinrent en mémoire.
Peut-être parce que les archives étaient très anciennes, ou parce que l’épée avait été modifiée pour servir de Graine, certains détails comme ses ornements différaient. Mais elle reconnut facilement une arme aux mêmes caractéristiques distinctives.
« L’Épée goûte-tout… »
Orisin s’agita en s’exclamant qu’ils savaient bien qu’il s’agirait de l’une des Sept Armes démoniaques. Les rumeurs que Kriel avait consultées n’étaient que des récits populaires, pas des ouvrages de référence détaillés comme la Grande Bibliothèque du Royaume Sacré, qui mentionnait jusqu’à leurs noms. Les paroles de Morgina lui étaient inconnues.
« Goûte-tout ? On dirait le nom d’un truc qui aime goûter à tout et n’importe quoi. »
[Hé. On dirait moi, quand tu parles comme ça.]
En son for intérieur, Morgina était d’accord avec Orisin. Elle lança un regard noir au crétin et prit la parole.
« Pas goûte-tout dans le sens où elle goûterait de la nourriture. Elle dévore même les cadavres. L’Épée dévoreuse de cadavres Gratuon. L’Invité indésirable du champ de bataille. »
« L’Invité indésirable ? »
C’était un surnom plutôt banal pour une épée démoniaque célèbre. Même son nom d’origine, Épée dévoreuse de cadavres, avait une connotation bien plus brutale.
[Ah. Je peux expliquer. Sur les champs de bataille que traverse cette épée, il ne reste ni vainqueurs ni vaincus.]
Comme le Démonide qui, quelques instants plus tôt, était devenu la marionnette de l’épée, tout guerrier qui saisissait Gratuon finissait inévitablement sous l’emprise de cette lame démoniaque. Il la brandissait jusqu’à ce qu’elle lui ait arraché la moindre parcelle de force vitale, puis s’effondrait, inconscient.
[Et cette épée attire les gens par nature, tu vois ? Que quelqu’un la ramasse après sa chute ou qu’il tue son premier porteur pour la lui prendre, elle trouve toujours un nouvel esclave.]
Son pouvoir de séduction était si fort que, même après l’anéantissement de l’armée d’un camp et la fin des combats, les alliés s’entretuaient pour s’emparer de Gratuon.
Une fois que chaque soldat du champ de bataille avait offert sa force vitale à Gratuon et s’était desséché, l’épée prenait le contrôle du dernier cadavre encore vivant et partait en quête de son prochain repas.
[Voilà pourquoi on l’appelle l’Invité indésirable. Elle dévore tout toute seule, puis s’en va.]
« Qu’est-ce que le Royaume Sacré fichait au lieu de sceller ce truc ? »
« Nous l’avions scellée. Nous avions à peine réussi à la sceller et nous la transportions vers Temlis lorsque plusieurs Démonides nous ont attaqués délibérément. »
Avec une expression qui montrait qu’elle ne voulait même pas y toucher, Morgina libéra son Pouvoir divin. Celui-ci prit une forme rouge, se matérialisa en chaînes et entrava l’épée gris cendre.
« Sortons d’abord. Nous avons scellé le Cœur de l’Abîme, alors l’entrée par laquelle nous sommes venus devrait avoir repris son état normal. »
[Mais, nous…]
« Quoi ? Accouche. »
Morgina brandit son poing serré d’un air menaçant en direction d’Orisin, qui virevoltait bruyamment autour d’elle. Orisin s’empressa de finir sa phrase.
[Kriel a forcé le passage vers le niveau inférieur en fracassant à la seule force de son entêtement cette portion de sol mal construite. Il existe seulement un chemin pour retourner à l’entrée ? On ferait pas mieux d’attendre tranquillement ?]
« Kriel s’en chargera. »
Kriel eut un rire sans joie en entendant la réponse de Morgina. Elle avait raison. Aussi labyrinthique que fût le Domaine abyssal, il s’agissait, fondamentalement, d’un lieu conçu pour les forces des Abysses.
À l’origine, un Chevalier Noir était une classe destinée à commander la Légion abyssale. Tout comme il pouvait repérer les faiblesses des niveaux supérieurs du Domaine abyssal, il pouvait aussi en saisir la structure dans ses grandes lignes.
« C’est vrai. Nous ne devrions pas nous éterniser ici. Sortons vite. »
* * *
Les Saintes attendaient calmement.
Ce calme ne signifiait pas qu’elles avaient succombé à des vices comme l’insouciance ou la paresse.
Elles étaient parfaitement sereines grâce à Morgina — ou plutôt, à cause d’elle.
Morgina était entrée dans le monastère avec son Champion. Son titre officiel était Sainte d’Eve Kaha, mais on la connaissait davantage sous des surnoms sinistres comme Faucheuse de crânes et Annonciatrice du malheur.
Si l’on jugeait les clercs uniquement à leur aptitude à combattre les Abysses, elle comptait parmi les cinq plus puissants clercs de guerre. Comme son compagnon avait demandé trente minutes, les Saintes en tirèrent cette conclusion :
« Ah. Elle va tout réduire en miettes et revenir dans les trente minutes. On ferait mieux de monter la garde pour empêcher quoi que ce soit de s’échapper ! »
Si Morgina ne ressortait pas dans ce délai, c’est que la situation était vraiment dangereuse. Il leur suffirait alors de charger toutes ensemble et de passer les Abysses à tabac.
Elles observaient le monastère en silence depuis plus de dix minutes quand quelqu’un prit soudain la parole.
« Quelqu’un sait qui est le Champion de cette brute ? »
Personne ne répondit. Après un bref silence, un vieux moine martial se gratta la barbe et prit la parole.
« J’ai entendu dire qu’un chevalier s’entendait bien avec Morgina quand cette enfant avait brièvement servi comme clerc militaire dans l’Armée de l’Ouest. Mais je n’ai jamais entendu dire que ce chevalier avait rejoint l’Église d’Eve Kaha… »
« Quoi ? Elle a donc confié le titre de Champion à un étranger ? Ça lui ressemble bien. »
« Nous ne pouvons pas conclure que ce chevalier est un simple étranger. »
« Vieil homme, de quoi tu parles ? »
« Eh bien, c’est souvent comme ça, non ? Si quelqu’un qui n’a pas rejoint la foi occupe une fonction comme celle de Champion, il est peut-être apparenté à l’un des fidèles de l’Église… »
Les Saintes firent d’étranges grimaces. Le vieux moine martial comptait parmi les personnes les plus expérimentées du Royaume Sacré actuel, mais cette fois, il semblait s’être trompé.
« Morgina a été élevée par l’Église d’Eve Kaha. Elle n’a aucune famille dans le monde laïc. Alors, si elle a créé un nouveau lien familial, ça veut généralement dire qu’elle s’est mariée… avec ce caractère ? »
Les Saintes acquiescèrent toutes ensemble, sans que personne ne lance le mouvement. Son tempérament était si brutal que le qualifier de capricieux ne suffisait pas.
Après que l’on eut appris que Morgina avait servi comme clerc militaire dans l’Armée de l’Ouest, aucune lettre de protestation ne fut jamais adressée à l’Église d’Eve Kaha. On aurait pu parler d’un miracle accordé par Eve Kaha. Morgina était du genre à frapper avant de parler.
Le vieux moine martial hocha la tête, mal à l’aise, comme pour dire : « Admettons ça pour l’instant. »
« Oh, les voilà ! »
Morgina et le Champion d’Eve Kaha ressortirent par la même porte que celle par laquelle ils étaient entrés.
Ils n’avaient plus la même allure qu’à leur arrivée. Pour une raison inconnue, le Champion avait une profonde blessure à la poitrine, et Morgina semblait le soutenir de force.
« Ne restez pas là à regarder, venez m’aider ! »
Morgina cria de toutes ses forces, mais sa voix tremblante trahissait clairement l’inquiétude qu’elle éprouvait pour son Champion. Les Saintes tournèrent les yeux vers le vieux moine martial.
Il haussa les épaules.
« Combien de couples, à votre avis, ai-je mariés ? »
Mais le vieil homme ne dit pas tout haut ce qu’il pensait.
« Pourtant, le Champion n’a pas encore l’air d’éprouver les mêmes sentiments… »
C’était le signe d’un séducteur vagabond qui ferait chavirer le cœur des nombreuses personnes qu’il rencontrerait.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>