Chapitre 95
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 95 : Quel âge as-tu cette année ?
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Le lendemain de la conquête du donjon.
La conquête du Donjon des morts-vivants provoqua une agitation qui éclipsa de loin les deux précédentes.
Tout d’abord, les vastes Plaines de Ronwood, autrefois le plus grand grenier de l’Empire avant d’être contaminées par l’énergie démoniaque, réintégrèrent le territoire impérial.
En outre, l’énergie démoniaque qui recouvrait l’est de l’Empire, des Plaines de Ronwood jusqu’au désert de Kokokus, où se trouvait le Cinquième Abîme, disparut.
Les voies d’approvisionnement et de circulation vers le front étaient donc désormais ouvertes d’un seul coup.
Du jour au lendemain, la ligne défensive orientale de l’Empire cessa d’être un front et devint une base avancée pour progresser vers le Cinquième Abîme.
Les habitants de l’Empire acclamèrent avec ferveur cette série de victoires contre le Dieu maléfique.
Au cœur de cette liesse, on retrouvait les noms suivants.
Alicia Cyrus, les « Écailles rouges ».
Mine Rose, la « Sainte ».
Aren Bright, l’« héritier de l’Épée divine suprême ».
Et cinquante-trois autres personnes.
Grâce aux égards de Regnar, je fus inclus parmi ces cinquante-trois autres et échappai à l’attention des habitants de l’Empire.
Cela dit, même lui ne put empêcher les rumeurs de circuler.
On racontait que, lorsque la Bourrasque ensoleillée avait été envoyée pour ramener ceux d’entre nous qui avaient conquis le donjon, le duc Ren était apparu en personne, avait emmené quelqu’un avec lui et s’était éloigné tranquillement.
Les citoyens ordinaires de l’Empire ignoraient peut-être qui était cette personne, mais, à Ruidel du moins, tout le monde le savait.
Des histoires à mon sujet commençaient déjà à se répandre sous le manteau, et même les instructeurs se montraient plus prudents en ma présence.
Seule Adeline continuait à me traiter comme d’habitude, avec un air à moitié fier, à moitié amer.
Quelques jours plus tard.
« Félicitations, héros de l’Empire. »
« Un des cinquante-trois autres, en réalité. »
Richard s’assit en face de moi au café pendant que je sirotais ma boisson.
À peine installé, il posa sur la table la Lance fracassante que je lui avais donnée, comme pour la montrer.
Depuis qu’il avait décidé de devenir lancier à l’Académie, Richard avait beaucoup progressé.
Il avait porté son maniement de la lance à un niveau proche de celui qu’il avait atteint à l’épée dans le jeu original.
Grâce à la Lance fracassante, il obtenait d’assez bons résultats, même au sein du Corps de raid.
Mais surtout, il commençait à faire preuve d’un peu de bon sens.
Je m’en étais rendu compte au fil de nos rencontres. Richard était plus raisonnable que prévu et pas aussi mauvais que je le pensais.
Il avait toujours cette fâcheuse habitude de prendre les roturiers pour des idiots, mais au moins, il ne dépassait plus les limites.
Était-ce à cause de moi ?
Quoi qu’il en soit, ce n’était pas intentionnel, mais il était devenu, sans que je sache trop comment, l’un des rares amis masculins que j’avais à l’Académie.
« Au fait, qu’est-ce qui t’amène ? Tu veux voir les nouveaux éclats que j’ai trouvés ? »
« Non… Je voulais seulement te demander si tu comptais assister au banquet de la victoire. »
« Le banquet de la victoire ? »
« Ne fais pas semblant de ne pas savoir. Le banquet organisé au Palais impérial pour célébrer la victoire. »
J’ignorais vraiment de quoi il parlait ; je me contentai donc de cligner des yeux.
En voyant ma tête, Richard tapota du doigt le manche de sa lance.
« Tu es toujours le dernier au courant. La Famille impériale prépare un grand banquet pour honorer les héros de l’Empire. Si tout se passe bien, tu pourrais même rencontrer Sa Majesté. »
« Je peux y aller, moi aussi ? Je suis un des cinquante-trois autres. »
« J’ai entendu dire que, conformément aux idéaux de Sa Majesté Cyrus, l’Empereur fondateur, tous les étudiants de l’Académie seraient invités. J’ai été mis au courant en avance grâce à mes relations, mais l’annonce officielle ne devrait pas tarder. »
Cyrus, l’Empereur fondateur, avait espéré que les étudiants de l’Académie uniraient leurs forces pour transpercer le cœur du Dieu maléfique.
Même si on nous avait tous rangés dans la catégorie des « autres », six étudiants de l’Académie avaient participé à ce raid. C’était donc logique.
Le calendrier correspondait à peu près, lui aussi. Dans le jeu original, la fête de la victoire avait eu lieu après la conquête du troisième donjon.
J’avais même acheté un cadeau pour Aren.
Mais pourquoi la Famille impériale ?
Et pourquoi un banquet de la victoire ?
Dans le jeu original, il s’agissait d’une petite fête entre étudiants, dans le grand auditorium de l’Académie.
Pourquoi avait-on soudain transformé ça en banquet impérial ?
Est-ce parce qu’Alicia y a participé ?
C’était sans doute ça. La Princesse impériale avait dirigé le raid en personne.
« Merci pour l’information, mais à quoi bon me demander si je vais y assister ? »
Puisque la Famille impériale organisait l’événement, je devrais y aller même si je n’en avais pas envie.
« …Enfin, je voulais seulement en avoir la confirmation. Quelqu’un souhaite te voir. »
« Qui manquerait un banquet impérial de la victoire ? »
« J’ai entendu dire que tu n’avais pas assisté au banquet après la conquête du Premier Abîme non plus. À cause de toi, tous ceux qui espéraient faire ta connaissance sont repartis déçus, alors que le principal intéressé n’était même pas là. »
À l’époque, m’entraîner à la Garde parfaite avait été plus important.
Quoi qu’il en soit, dès que je lui eus confirmé que j’irais, Richard tendit la main, comme si sa visite était terminée.
Il voulait des éclats.
Je lui en donnai environ cinq de niveau deux. Il posa une bourse sur la table et se leva.
« Tu n’as pas besoin de continuer à me payer pour ça. »
« …Pff. »
J’avais maintenant beaucoup d’argent.
Malgré tout, cet arrangement me donnait vaguement mauvaise conscience.
Alors que Richard se tournait pour partir, il ajouta :
« Au fait, qui est ta partenaire ? Si tu n’as encore choisi personne, je peux te présenter une jeune dame convenable. »
« … ? »
« Ne me dis pas que tu ne sais pas ? C’est un banquet impérial. Il est de bon ton d’arriver en couple, homme et femme. Pff… Voilà bien les roturiers… »
Après s’être moqué de moi, Richard quitta le café.
Je fixai ma boisson, qui avait refroidi, et me tapotai la tempe.
Une partenaire.
Dans le jeu original, il y avait eu un événement de gala où Aren était venue accompagnée.
L’événement et la scène cinématique changeaient selon l’héroïne qu’elle choisissait, et il était aussi possible d’augmenter les niveaux d’affinité.
Mais ce n’était pas le banquet de la victoire.
Dans la fête de la victoire du jeu original, l’événement principal consistait en Richard qui cherchait des noises à Aren, se mettait Alicia à dos, puis se faisait expulser.
Il n’y avait aucun événement où l’on venait accompagné d’une héroïne.
J’avais mal à la tête.
Comme le banquet se tenait au Palais impérial, de nombreuses personnalités influentes de l’Empire y assisteraient, en plus des étudiants.
Entrer dans un endroit pareil au bras d’une personne précise revenait presque à déclarer publiquement que je m’étais rangé du côté de cette femme.
Le visage de Regnar me revint en tête.
S’il n’allait pas empêcher ça, pourquoi était-il venu me voir ? Et pourquoi m’avait-il frappé ? C’était injuste.
Et si j’y allais tout seul, tant pis pour les bonnes manières ?
Une partie de moi pensait que je pourrais m’en tirer comme ça.
Après tout, mon titre de baronnet n’était qu’une façade. Au fond, n’étais-je pas juste un roturier sans manières ?
Richard ne m’avait jamais appris la moindre règle de l’étiquette impériale.
Parfait.
Je peux te présenter une jeune dame convenable.
Non.
Si j’hésitais, je finirais par être fiancé de force à une jeune dame d’une famille noble que je n’avais même jamais rencontrée.
Mais qu’est-ce que j’étais censé faire, bon sang ?
Ah.
À bien y réfléchir, il y avait quelqu’un à qui je pouvais demander conseil dans ce genre de situation.
⁎⁎⁎
Glouglou.
Le thé ambré emplit la tasse.
C’était du thé au jasmin préparé par Adeline.
« C’est exact. La Famille impériale nous a directement envoyé un avis officiel hier. J’avais de toute façon prévu de l’annoncer d’ici demain… Mais Richard t’en a parlé lui-même ? »
« Oui. »
« Waouh… J’en avais entendu parler de temps en temps, mais tu as vraiment réussi à charmer le fauteur de troubles de la Maison Dain ? C’est fascinant de le voir de ses propres yeux. »
Je me suis contenté de lui soutirer des frais d’amitié.
Je me trouvais dans le bureau d’instructrice d’Adeline.
Cette affaire n’avait rien à voir avec mes connaissances du jeu original. Je ne pouvais pas être sûr que la conclusion à laquelle j’étais arrivé tout seul soit juste.
J’avais donc décidé de demander conseil à une adulte dont la situation ressemblait à la mienne : Adeline, née roturière et devenue titulaire d’un titre honorifique.
Je laissai le thé au jasmin couler dans ma gorge tout en observant Adeline préparer des biscuits de l’autre côté de ma tasse.
Je pensais qu’elle allait m’interroger sur le pouvoir de Renee.
À ma grande surprise, Adeline ne me posa pas la moindre question à ce sujet.
De mon côté, je n’avais aucune intention d’aborder quelque chose qu’elle ne m’avait pas demandé.
« …Je voulais donc vous demander conseil. Vous avez déjà vécu quelque chose de ce genre, instructrice ? »
« Bien sûr. »
« Je ne peux pas y aller seul ? »
« C’est la pire option. »
Elle frissonna, l’air dégoûté.
« Ce serait comme foncer sur un champ de bataille avec “Enlevez-moi” écrit dans le dos. Les nobles de haut rang te harcèleraient toute la soirée pour te présenter leurs filles et, tôt ou tard, quelqu’un t’embarquerait de force. »
Elle parlait clairement d’expérience.
« J’ai vécu quelque chose de semblable. Alors, au banquet suivant, j’ai pris une mesure spéciale. »
« Laquelle ? »
« J’ai porté une épée. »
Elle est folle.
Non.
« …Vous pouviez faire ça ? J’ai entendu dire que Sa Majesté pourrait être présent. »
« Bien sûr que non, mais qu’est-ce qu’un roturier sans manières pouvait bien savoir ? Quelqu’un aurait dû me l’apprendre. »
Sur ce point, nous nous comprenions parfaitement.
Et ça n’avait pas l’air d’une mauvaise idée.
J’ai consacré ma vie à l’épée.
Ça faisait très roman d’arts martiaux.
« Alors… »
« Mais ça ne s’applique pas à toi. À l’époque, j’étais déjà la Plus grande épée de l’Empire. Et je n’avais aucune relation avec des hommes… tandis que toi, tu as pas mal de fréquentations, maintenant, non ? »
« …Alors, pourquoi avoir parlé de cette idée ? »
« Pour te taquiner. »
Bon sang.
Adeline se pencha légèrement vers moi.
Un sourire malicieux se dessina sur ses lèvres.
Elle était manifestement venue prête à se moquer de moi pendant que j’étais dans l’embarras.
Ça ne m’aidait pas du tout.
« Excusez-moi. »
Alors que je tentais de me lever, Adeline me retint.
« Vraiment, personne ne te vient à l’esprit tout de suite ? »
Si. Le problème, c’était qu’il y en avait trop.
« Si tu hésites à cause des affiliations politiques, je peux te proposer une solution toute simple. »
« Pardon ? »
« Tu peux venir avec moi. »
Adeline haussa tranquillement les épaules.
« Tout le monde sait que je suis ton instructrice. Il y aura moins de risques de rumeurs absurdes, et mon nom a aussi un certain poids. »
Maintenant qu’elle le disait, elle avait raison.
Je ne pouvais pas réfuter son argument.
« Ça ne vous dérangerait pas ? »
« Pas du tout. De toute façon, il me fallait un partenaire. J’aurais dû venir avec Kruus ou l’instructeur Calux, mais aucun des deux n’est amusant. »
Elle reposa sa tasse et sourit.
« Alors, qu’en dis-tu ? Tu ne trouveras pas meilleure partenaire, si ? »
La Plus grande épée de l’Empire et mon instructrice. Qu’il s’agisse de la faction impériale ou de la faction noble, il leur serait difficile de tenter quoi que ce soit d’insensé face à ces deux arguments.
Adeline incarnait à elle seule la puissance militaire de l’Empire, au-delà des affiliations politiques.
« Très bien. C’est donc réglé. »
Adeline hocha la tête, satisfaite, apparemment convaincue que mon silence équivalait à un accord.
Non, ce n’est pas réglé.
Qu’est-ce qui se passait ? Pourquoi avais-je l’impression que les choses avançaient soudain sans tenir compte de ce que je voulais ?
« Au fait, tu as une tenue de cérémonie ? »
« Non… ? »
« Hein… Qu’est-ce que je vais faire de toi ? »
Adeline me regarda d’un air apitoyé.
« Ne me dis pas que tu comptais porter ton uniforme d’entraînement ? Même moi, j’avais mis une tenue de cérémonie quand je me suis présentée devant Sa Majesté avec une épée à la ceinture. »
« … »
« Tu devrais au moins te faire confectionner une vraie tenue de cérémonie… Attends… Quelle heure est-il ? »
Après avoir vérifié l’heure, Adeline tapa dans ses mains.
« Le moment est parfait. Je comptais justement t’acheter une tenue de cérémonie. On peut y aller tout de suite. »
Non. Excusez-moi.
Adeline venait de m’attraper le bras et essayait de me mettre debout de force quand…
Clic.
« Quoi ? Tu étais là ? Je te cherche partout depuis tout à l’heure. »
Alicia surgit de nulle part.
Elle entra dans le bureau de l’instructrice aussi naturellement que si elle était chez elle.
Puis elle regarda tour à tour Adeline, qui me tenait le bras, et moi, qu’Adeline retenait.
Pour une raison ou une autre, son regard était glacial.
« Qu’est-ce que vous faites, toutes les deux ? »
« Votre Altesse. »
Au lieu d’éviter le regard d’Alicia, Adeline me tira plus près d’elle, comme pour la narguer.
Elle tira si fort que j’eus l’impression qu’elle allait m’arracher le bras.
« Par coïncidence, j’ai moi aussi une affaire à régler avec Halibal. Une affaire très urgente. »
« S’il s’agit d’une affaire urgente… »
Alicia se tapota la joue avec son éventail avant de poursuivre :
« Est-ce que ça concerne le banquet de la victoire ? »
« Vous êtes bien informée. »
« Évidemment. »
Elle s’avança jusqu’à se retrouver devant moi, face à Adeline.
« Je suis l’une des hôtesses de ce banquet. »
Un frisson d’appréhension me parcourut l’échine.
Qu’est-ce qu’elles mijotaient, maintenant ?
« Tu tombes bien, Halibal. As-tu choisi ta partenaire pour le banquet de la victoire ? »
Avant que je puisse répondre, Adeline intervint.
« Nous venons de nous décider. Il viendra avec moi. »
« Qu’avez-vous dit ? »
« Je veux simplement m’occuper de lui en tant qu’instructrice. Ce garçon est un roturier comme moi, alors il ne connaît rien à l’étiquette et n’a même pas de tenue de cérémonie, apparemment. J’allais l’emmener tout de suite se faire confectionner des vêtements. »
« Une tenue de cérémonie. »
Alicia sourit doucement.
« Dans ce cas, l’intervention d’une instructrice est encore moins nécessaire. La Famille impériale a décidé de faire confectionner les plus belles tenues de cérémonie aux “figures de proue” du raid dans le donjon. »
« Est-il nécessaire de dépenser l’argent de l’Empire pour lui faire confectionner une tenue ? »
« Kuhuhut. Les finances impériales ne sont pas si mal en point qu’une instructrice doive s’en inquiéter. Le territoire des Plaines de Ronwood, que Halibal et moi avons reconquis, contribuera grandement au trésor impérial. »
« Je crains simplement que Halibal, que j’ai formé, ne soit devenu un fardeau pour Votre Altesse. »
Adeline lui rendit son sourire en inclinant légèrement la tête devant Alicia.
Et pourtant…
Elles souriaient toutes les deux, mais on ne l’aurait pas dit.
Quand leurs regards se croisèrent, je crus presque voir des étincelles invisibles jaillir entre elles.
« Instructrice Adeline Windsor. »
« Oui, Votre Altesse, Princesse Alicia. »
Les lèvres d’Alicia se courbèrent en un sourire fascinant.
« Quel âge avez-vous cette année ? »
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