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Traductrice/éditrice : Irevi
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Chapitre 8 : Miracle
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Un plafond familier.
Le plafond sans couleur de l’infirmerie où j’avais passé tant de temps, par intermittence, pendant trois ans.
J’avais apparemment perdu connaissance juste après avoir utilisé Brisure.
« Vous êtes réveillé ? »
Je forçai mes paupières mi-closes à s’ouvrir, et une voix inconnue s’éleva à côté de moi.
Une jeune fille était assise près du lit.
Des cheveux violets. Des yeux verts. Comme Cecilia, elle avait l’air un peu plus jeune que dans mes souvenirs, mais son visage m’était familier.
Mine Rose, la Sainte impériale. La meilleure guérisseuse de l’Académie de la Fin et l’une de ses héroïnes principales.
Dans le jeu, ses capacités de guérison hors norme l’empêchaient d’entrer en scène avant le milieu, voire la seconde moitié du chapitre deux.
D’abord Cecilia, et maintenant Mine. À ce rythme, je rencontrerais toutes les héroïnes avant même de m’inscrire à l’académie.
« Le soldat Halibal Velder vous présente ses salutations, Sainte impériale. »
« …Vous savez qui je suis ? »
« Oui. La capitaine m’a parlé de vous de temps à autre. Elle m’a dit que vous étiez une belle femme aux cheveux couleur de violette. »
Quand je récitai mot pour mot la présentation de son personnage, Mine détourna discrètement le regard.
Au moins, ça n’avait pas l’air de lui déplaire.
Mais surtout, si j’étais vivant, cela voulait dire que j’avais vaincu Shukarit, non ?
Tous les monstres de classe boss de l’Académie de la Fin laissaient tomber des objets rares ou des éclats.
Alors, si j’avais tué cette chose, quelque chose avait forcément dû tomber.
Pourtant, je portais une chemise de malade. Je ne savais pas qui m’avait changé, mais tout mon équipement avait disparu.
Ne me dites pas que quelqu’un me l’avait pris pendant que j’étais dans les vapes.
Je demandai aussitôt :
« Les gens qui étaient avec moi sont-ils en sécurité ? »
Combien étaient-ils, déjà ?
Plus de vingt, je crois.
À l’idée de devoir retrouver et interroger chacun d’eux, ma vue s’assombrit.
Mine me regarda, le visage empreint de compassion.
« …Je le savais. Monsieur Halibal, vous êtes du genre à vous inquiéter pour la sécurité des autres avant la vôtre dès votre réveil. »
« …Ce n’est pas vraiment ça. »
« Si, ça me rend heureuse. Vous êtes exactement comme je l’imaginais, l’Épée Funèbre, monsieur Halibal. »
Puis elle m’adressa un sourire radieux.
« Tous ceux qui ont participé au rituel sont sains et saufs. C’est grâce à vous, monsieur Halibal. »
Ouf. Quel soulagement.
Si quelqu’un était mort, j’aurais peut-être dû fouiller son cadavre. Quoi qu’il en soit, ça aurait été du plus mauvais effet.
« Alors, pourriez-vous me raconter ce qui s’est passé après que je me suis effondré ? »
« Bien sûr. »
⁎⁎⁎
Un miracle.
Pour Mine, il n’y avait pas d’autre mot pour décrire ce dont elle avait été témoin.
Combien de temps le donjon avait-il été englouti par l’énergie démoniaque ? Enfin, celle-ci s’apaisa et l’entrée, qui était restée hermétiquement scellée, s’ouvrit.
Adeline et Mine se précipitèrent aussitôt à l’intérieur.
« Ah… !! C’est dame Adeline ! »
« La Sainte est là aussi ! Nous sommes sauvés ! »
« Il y a un chevalier, là-bas ! Il a été grièvement blessé en combattant le monstre pour nous protéger… !! »
Au milieu de la confusion, la première personne qu’elles trouvèrent fut Halibal, un soldat couvert de suie de la tête aux pieds.
Derrière lui gisait un monstre gigantesque, le torse fendu en deux. On aurait dit qu’il avait succombé à un seul coup.
Au centre de la scène, Halibal se tenait debout, l’épée levée vers le ciel.
Des éclats gris cendre jaillissaient de la pointe de sa lame et se dispersaient autour de lui, telles des rémanences.
« Halibal, tu… as utilisé Brisure… ! »
Même aux cris d’Adeline, il ne répondit pas.
C’était bien normal. À cet instant, il avait puisé jusqu’à la dernière parcelle de ses forces et dépassé les limites de son corps.
Et il avait sûrement fait ce choix pour protéger des gens avec lesquels il n’avait aucun lien.
« Combien de temps vas-tu encore tenir… ?! »
En voyant Adeline serrer les dents, Mine posa une main sur son cœur.
Depuis son enfance, Mine avait grandi à Erandar en tant que sainte, et toute sa vie, on lui avait enseigné qu’elle devait se dévouer aux autres.
Mais pouvait-on vraiment vivre ainsi ?
Combien de personnes dans le monde risqueraient leur vie pour des inconnus dont elles ne connaissaient même pas le nom ?
À présent, elle avait la réponse à cette question sous les yeux.
C’était l’Épée Funèbre, Halibal Velder.
Quelqu’un capable de consumer jusqu’à son propre corps dans le seul but d’en protéger un autre.
Pour la première fois, Mine eut envie de vénérer non pas un dieu, mais une autre personne.
Le garçon devant elle lui semblait plus grand que toutes les doctrines qu’elle avait apprises.
Puis, soudain, cela se produisit.
Les monstres alentour commencèrent à se disperser comme de la poussière, un à un.
Et, comme par magie, l’énergie démoniaque qui recouvrait l’entrée du donjon se dissipa lentement.
« Qu’est-ce que… !! »
« Le donjon est en train de disparaître… ? »
Normalement, même après la conquête d’un donjon, l’énergie démoniaque ne disparaissait jamais complètement.
Avec suffisamment de temps, les monstres qui s’y trouvaient ressuscitaient.
Mais cette fois, c’était différent.
Centrée sur le monstre gigantesque coupé en deux, l’énergie démoniaque était arrachée jusqu’à la racine.
Autrement dit, l’entrée du Donjon des Bêtes n’était plus sous le domaine du Dieu maléfique. Elle était devenue le territoire de l’humanité.
Plus incroyable encore, Halibal avait accompli tout cela seul, sans Mine, la « clé ».
Personne, dans toute l’histoire de l’Empire Cyrus, n’avait jamais réussi pareil exploit.
Non, c’était la première victoire de l’humanité contre le pouvoir du Dieu maléfique.
En contemplant le garçon qui brandissait son épée, le corps couvert de brûlures, Mine comprit soudain quelque chose.
Le mot « dévouement », qu’elle avait toujours prononcé si facilement, n’était jamais venu du fond de son cœur.
Le titre de Sainte impériale n’était qu’une enveloppe dont l’Empire l’avait affublée. Elle n’était qu’une enfant que le devoir avait façonnée.
Et pourtant, ce garçon agissait ainsi sans que personne le lui ordonne ni le contraigne.
Plus saint que n’importe quel prêtre.
Bien plus noble qu’elle, qui était pourtant une sainte.
Les mains tremblantes, Mine regarda l’épée de Halibal.
Les éclats qui jaillissaient de sa pointe avaient presque disparu, mais leur lueur persistante s’était profondément ancrée dans son cœur.
Elle savait que ce sentiment était dangereux.
Elle savait qu’en tant que sainte, elle ne devrait pas l’éprouver.
Et pourtant, elle n’arrivait pas à s’en détourner.
Elle se surprit à vouloir en savoir davantage sur son nom, sa voix et la personne qu’il était.
Halibal Velder.
En répétant son nom dans son esprit, elle sentit son cœur trembler.
« Cette personne est probablement différente de tous ceux que j’ai rencontrés dans ma vie. »
Peut-être ne rencontrerait-elle plus jamais quelqu’un comme lui, aussi longtemps qu’elle vivrait.
Et peut-être était-ce un autre miracle qu’il avait provoqué : elle, qui n’avait jamais laissé personne lui ravir son cœur, était tombée amoureuse d’un tel homme.
Sur cette pensée, Mine tendit délicatement la main et insuffla son pouvoir sacré à Halibal, qui s’était effondré.
« Hein… ? »
Quelque chose qui brillait au milieu du cadavre du monstre attira son regard.
⁎⁎⁎
« Halibal Brisure ! »
Alors qu’elle quittait le donjon, Adeline s’arrêta en entendant un enfant crier derrière elle.
Halibal et Brisure. C’était étrange d’entendre ces deux mots familiers associés ; elle interrogea donc l’enfant.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Le chevalier l’a dit juste avant de vaincre le monstre ! »
« Il n’a pas simplement dit “Brisure” ? »
« Si ! Je vous jure ! Il a dit ça, puis flash ! De la lumière a jailli de sa main, et boum ! Le monstre est tombé en un seul coup ! »
Le regard d’Adeline vacilla.
« Maintenant que j’y pense, l’Épée ciselante et la Lumière cendrée… Aucune des techniques de cet enfant ne ressemble à celles que je connais. »
Au début, elle avait pensé qu’il avait simplement adapté des techniques existantes pendant leur séance d’entraînement.
Elle avait considéré que ces noms n’étaient qu’une affaire de préférence personnelle.
Mais si même sa Brisure avait pris une nouvelle forme, alors le talent seul ne suffisait pas à l’expliquer.
Les blessures taillées dans le cadavre du monstre n’avaient rien à voir avec les marques laissées par une Brisure ordinaire.
Brisure était une technique conçue pour fracasser les défenses. Elle n’avait pas la puissance nécessaire pour couper un monstre gigantesque en deux.
Il n’y avait qu’une seule conclusion possible.
« Il a créé sa propre version de Brisure… ! »
Autrement dit, Halibal avait le talent nécessaire pour créer son propre style d’épée.
Adeline déglutit sans s’en rendre compte.
« Le talent de cet enfant… serait-il celui d’un grand maître ? »
Une Épée rapide qui bloquait complètement les esquives de l’adversaire.
Une Épée fantôme dont les deux coups étaient si rapides qu’ils semblaient n’en former qu’un.
Et une Épée puissante dont la force augmentait chaque fois que ses techniques s’enchaînaient.
S’il avait tout créé lui-même, il méritait assurément d’être appelé maître un jour.
« Alors, ce serait l’École Halibal, première forme : l’Épée ciselante ? »
À ces mots qu’Adeline murmura dans le vague, l’enfant à côté d’elle s’écria, les yeux brillants :
« L’École Halibal ?! Trop classe ! C’est le style d’épée de ce chevalier ? L’École Halibal ?! »
« Hein… ? »
« Maman ! Tu as entendu, toi aussi ? L’École Halibal, l’École Halibal ! Tu crois que je pourrais l’apprendre dans un dojo ?! »
L’enfant se mit à courir partout, tout excité, et sa voix enjouée ne tarda pas à se faire entendre des autres.
« L’École Halibal de l’Épée Funèbre… rien que le nom en jette. »
« C’est donc grâce à l’École Halibal que nous avons survécu ! »
« Une fois dehors, répandons la nouvelle de ce style d’épée dans tout l’Empire ! »
L’enthousiasme qui se propagea en un instant décontenança Adeline.
Elle avait improvisé le nom d’École Halibal à la légère, en suivant les conventions de nommage des styles d’épée aristocratiques.
Ce n’était même pas un nom que Halibal avait inventé. Ne serait-il pas embarrassé si tout le monde se mettait à en parler ?
Pourtant, après réflexion, ce n’était pas si mal.
Halibal était un roturier.
À cause des profondes cicatrices de brûlure qu’il portait depuis le passé, beaucoup de gens l’évitaient et le méprisaient avant même d’apprendre à le connaître.
Mais tous ceux qui l’approchaient sans préjugés finissaient par être captivés par lui.
Si le nom de Halibal se répandait au loin, si tout le monde apprenait ce qu’il avait accompli, ne changerait-on pas aussi la façon dont on le voyait ?
Surtout, en tant qu’épéiste, elle ne pouvait pas laisser le talent de cet enfant sombrer dans l’oubli.
Adeline prit donc sa décision.
« C’est exact. L’École Halibal. C’est un style d’épée créé par l’Épée Funèbre en personne, Halibal Velder. Parlez-en autant que vous le voulez. »
Une fois sortie du donjon, elle se rendrait directement à l’Institut impérial d’escrime pour faire enregistrer l’École Halibal comme style d’épée officiel.
« Halibal Velder a vaincu le boss du Donjon des Bêtes avec Halibal Brisure !! »
« Ooooooh !! »
« Halibal Brisure !! »
« Halibal Brisuuuure !! »
Au milieu des acclamations, Adeline jeta discrètement un regard à Halibal, qu’elle portait sur son dos.
« Pas besoin de me remercier. Le simple fait d’avoir survécu ce jour-là m’a déjà tant apporté. »
Une semaine passa après ce jour-là.
Le nom de Halibal et l’École Halibal se répandirent dans tout l’Empire.
Avec sa technique suprême, Halibal Brisure.
⁎⁎⁎
« …Voilà ce qui s’est passé. »
Après avoir entendu toute l’histoire de la bouche de Mine, une seule pensée me resta en tête.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Les donjons du Dieu maléfique étaient conçus pour être plus difficiles que les autres.
Ainsi, chaque fois qu’un mini-boss était vaincu, l’énergie démoniaque était purifiée jusqu’à cet endroit, ce qui permettait d’y établir naturellement un point de sauvegarde et un camp de base.
Autrement dit, si les monstres ne réapparaissaient plus jusqu’à l’entrée du donjon, c’était simplement le fonctionnement du jeu.
Je n’avais rien fait de spécial.
Mais selon Mine, dès que la nouvelle de la purification du donjon s’était répandue, l’Empire avait envoyé un corps expéditionnaire et y avait construit un camp de base.
Et apparemment, ils y avaient planté un drapeau portant mon nom.
« Le miracle de l’Empire, Halibal Velder. »
Quel miracle ?
Si quelqu’un d’autre avait vaincu Shukarit, le résultat aurait été exactement le même.
Et l’École Halibal ? C’était quoi, ce foutu délire d’École Halibal, bande de geeks ?
Je ne pouvais pas utiliser les techniques ordinaires, alors je m’étais creusé la tête jusqu’à l’épuisement pour en bricoler quelques-unes.
Parler de style d’épée, c’était gênant. Je m’étais contenté de frapper fort deux fois pendant un seul tour.
Mais les gens y voyaient apparemment un style d’escrime incroyablement inventif.
Il existait tout un tas de techniques plus puissantes que l’Épée ciselante et la Lumière cendrée. Si j’avais pu les apprendre, je l’aurais fait depuis longtemps.
Et ajouter « école » à un nom signifiait qu’il s’agissait d’un style transmissible à d’autres.
Sauf que je ne pouvais enseigner ça à personne.
Où trouver ailleurs dans le monde quelqu’un qui combattait au tour par tour, à part moi ?
Et Halibal Brisure ?
Maintenant que j’y pensais, je me souvenais vaguement avoir dit un truc de ce genre.
À ce moment-là, ça m’avait échappé alors que j’étais à moitié inconscient, après l’attaque de ce rat électrique.
Quel taré donne son propre nom à sa technique suprême ? C’était la honte.
Bref, j’avais passé une semaine à l’hôpital et, pendant ce temps, Adeline et Mine s’étaient associées pour faire officiellement enregistrer l’École Halibal à l’Institut impérial d’escrime.
L’Épée impériale et la Sainte impériale s’étaient présentées en disant : « Enregistrez ça, s’il vous plaît », alors ils n’avaient probablement pas pu refuser.
Une semaine, et j’avais atteint un tout nouveau niveau de conneries.
« Je suis désolée. Nous avons fait avancer les choses sans même en discuter avec vous, monsieur Halibal. »
« …Ce n’est pas grave. »
Ça l’était, mais il était trop tard pour leur demander d’annuler maintenant.
Alors que je ne pouvais que soupirer intérieurement, Mine prit timidement la parole.
« Euh… veuillez accepter ceci. »
Elle sortit deux petites boîtes de sa robe.
« Qu’est-ce que… ? »
« C’est ma récompense pour vous, en reconnaissance de ce que vous avez fait. »
« Je n’ai rien fait qui mérite une récompense de la part de la Sainte. »
« Si. Vous avez redonné espoir à l’Empire et vous m’avez aidée à porter le fardeau qui pesait sur mes épaules. »
Mon numéro de chevalier était venu naturellement, alors j’avais refusé sans réfléchir, mais, pour être honnête, je n’avais pas envie de refuser.
Il fallait accepter tout ce qu’on nous offrait. Heureusement, elle insista une nouvelle fois, alors je pris les cadeaux avec empressement.
« L’un d’eux n’est pas vraiment une récompense. Il vous revenait depuis le début. »
« Quelque chose qui aurait dû me revenir ? »
Quand j’ouvris la boîte, je découvris…
[Nuage noir]
« C’est un éclat trouvé sur le cadavre du monstre que vous avez vaincu. Je l’ai ramassé. »
« Ah… »
« C’est pas vrai… Il est tombé ? »
Les éclats étaient généralement classés par couleur, mais il arrivait qu’on trouve des éclats spéciaux portant un nom unique, comme celui-ci.
Parmi eux, [Nuage noir] était un éclat rare qui augmentait la fluidité de huit points. L’un de ces fameux éclats de fin de jeu.
Les éclats spéciaux avaient le désavantage de n’autoriser qu’un exemplaire de chaque type dans un emplacement de noyau, mais vu leurs effets démesurés, cette restriction était justifiée.
Mes mains tremblaient ; je ne savais pas quoi en faire. Rien qu’avec ça, je pouvais littéralement devenir un démon du premier tour.
Des larmes me roulèrent sur les joues tant j’étais bouleversé, lorsque Mine ouvrit l’autre boîte.
« La récompense que j’ai préparée est… »
À l’intérieur se trouvait un flacon rempli de pouvoir sacré.
« …C’est un traitement pour vos cicatrices de brûlure. Si vous le prenez régulièrement pendant environ trois ans… »
Elle croisa mon regard et sa voix s’éteignit, tandis que les larmes coulaient sur mon visage.
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