Chapitre 77
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 77 : J’ai fait mes preuves
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L’Épée divine suprême ne cherchait pas à combattre loyalement et honorablement. C’était plutôt un art meurtrier, poussé à l’extrême dans sa recherche d’efficacité.
Son fondement, c’était la vitesse.
Comme le mien.
« Épée extrême. »
La première forme de l’Épée divine suprême.
Une technique élémentaire qui unifiait le corps et l’esprit, condensait toute la force en un instant, puis la libérait dans un simple coup d’épée.
Une lame meurtrière, trempée dans les regrets, traça une ligne dans l’obscurité.
Clang !
Un choc violent parcourut le bras qui avait encaissé le coup.
C’était la troisième fois que je croisais le fer avec Aren.
La première avait eu lieu pendant l’examen d’entrée.
À cause de l’écart entre nos Fragments, la Mise à mort instantanée s’était déclenchée.
La deuxième, le premier jour de cours.
Notre duel en deux contre deux avait tourné court après que nos armes se furent brisées.
Et maintenant…
Une énergie rouge et noire ondulait sur la lame de Sauveur.
Un équipement axé sur l’attaque, qui misait tout sur des Fragments rouges et noirs de niveau trois au minimum.
Clang ! Clang, clang !
Le métal résonnait à chacun de nos échanges.
La voix d’Aren se mêla au fracas.
« Tu aurais mieux fait d’esquiver, non ? »
« Tu m’en diras tant. »
J’avais envisagé d’esquiver.
Avec ma statistique de Fluidité, j’avais largement de quoi éviter son attaque.
Mais les humains étaient des créatures d’habitude.
J’avais passé trop de temps plongé dans des combats au tour par tour, au point d’oublier jusqu’à l’idée même d’esquiver.
Ce monde m’avait fait croire qu’il était plus efficace d’encaisser un coup puis de contre-attaquer que d’esquiver et de réajuster ma posture.
Je repoussai son épée et reculai.
Mon bras picotait après avoir bloqué de justesse un seul coup.
Mais Aren ne me laissa pas reprendre mon souffle.
Elle fondit de nouveau sur moi et abattit son épée droit dans ma direction.
Deuxième forme : Amour-propre.
Des coups aux trajectoires imprévisibles jaillirent de toutes parts, laissant derrière eux plusieurs images rémanentes.
Alors, voilà l’Épée divine suprême d’Aren.
Dans le jeu d’origine, j’avais souvent participé à des événements où l’on affrontait des utilisateurs de l’Épée divine suprême.
Un des Évêques la maîtrisait, et il y avait aussi des événements où l’on combattait le commandant des chevaliers ou Maître Jin.
Mais jamais on n’y affrontait le protagoniste.
Clang ! Clang, clang, clang !
Même quand je bloquais un coup, le suivant se faufilait dans les brèches.
Plus je parais d’attaques, plus le choc qui s’accumulait dans mes bras s’intensifiait.
Esquive !
Je le savais, rationnellement.
À ce rythme, mes bras céderaient les premiers.
Mais mon instinct me soufflait autre chose.
Je dois encaisser.
Tout ce qu’Aren avait à donner.
C’était moi qui lui avais demandé de faire ses preuves.
Elle tentait de me prouver sa valeur ; je devais donc, moi aussi, prouver que le chemin que j’avais parcouru en valait la peine.
La première chose que j’avais tentée dans le Donjon de Halibal, c’était d’affronter de front l’attaque tournoyante de Varhatan.
Je n’arrivais pas à utiliser la Garde parfaite contre Varhatan.
Et maintenant ?
Après des dizaines, voire des centaines d’essais, j’étais parvenu à bloquer les cinq attaques tournoyantes de Varhatan avec la Garde parfaite.
Fff ! Clang !
Guidé par ce souvenir, je pivotai à la taille et laissai délibérément une ouverture.
Je lui tendis un piège.
Le coup d’Aren se glissa dans l’interstice comme un serpent, comme s’il n’avait attendu que cet instant.
Je distinguais nettement la pointe de sa lame.
Maintenant !
Clang !
Un craquement aigu retentit, et un éclat cendré jaillit à l’endroit où nos épées s’entrechoquaient.
La Garde parfaite.
Une fois le premier coup brisé, toutes les images rémanentes qui le suivaient perdirent leur force et se dissipèrent dans les airs.
« …Comment ? »
Aren était déconcertée.
À mon tour, maintenant.
Crrr.
Je comprimai toute la force de mon corps dans ma cuisse, comme un ressort.
Plongée temporelle.
BOUM !
Je pris appui sur le sol et fonçai sur Aren.
Voie de la Bourrasque.
Aren croisa les bras pour bloquer ou détourner les coups tournoyants.
« …Urgh ! »
Un grognement lui échappa.
Mais sa confusion ne dura pas.
Elle recula le pied droit et abaissa sa posture.
À un moment, son épée avait regagné son fourreau.
« Tu es vraiment forte. Mais je ne peux pas céder ici. Jamais. »
L’épée dans son fourreau gronda violemment, comme si elle allait en jaillir d’un instant à l’autre.
« Je vais te montrer. L’épée que j’ai forgée en risquant tout ce que j’avais. »
Hummm !
La troisième forme de l’Épée divine suprême, et sa seule technique de dégainage.
À ma connaissance, c’était l’Art le plus puissant qu’Aren pouvait employer à ce stade.
« Coup fatal. »
Fff !
Une ligne d’un blanc immaculé fendit l’obscurité.
Avec la sensation glaçante que l’espace entier venait d’être coupé en deux, tout ce qui se trouvait sur cette ligne fut tranché d’un seul coup.
…C’est dingue.
Un soupir admiratif m’échappa malgré moi.
Une posture parfaite, sans le moindre mouvement superflu.
Un coup peut-être encore plus net que celui de l’Aren d’origine.
Dans le jeu d’origine, le Coup fatal était un Art dont l’usage était limité.
Comme il fallait le charger, il était difficile à utiliser contre les boss. La deuxième forme, Amour-propre, était plus efficace pour éliminer des groupes d’ennemis, tandis que la quatrième, Brise-ciel, convenait mieux aux boss.
Mais maintenant que j’avais le regard d’un joueur et celui d’un épéiste, je le voyais.
Le Coup fatal était la seule technique parmi les formes de l’Épée divine suprême à avoir été créée sans tenir compte du genre.
Et l’Aren qui se tenait devant moi avait perfectionné ce Coup fatal unique jusqu’à ses limites absolues.
Au même instant, je compris quelque chose.
C’était une entrave.
Une malédiction qui la poussait à lutter désespérément pour se conformer à la prophétie, tout en sachant qu’elle n’était pas l’Enfant de la Prophétie.
J’ignorais toujours pourquoi Aren était une femme et pourquoi la prophétie n’avait pas changé pour autant.
Mais son Coup fatal parfait ressemblait à une corde qui ligotait sa vie entière.
« C’est la fin, Halibal Velder. »
Un unique trait d’épée, chargé d’une vie d’efforts, de son désir désespéré d’être à la hauteur des attentes et de la douleur d’avoir été rejetée.
Au moment où j’en fus témoin, une sensation que je n’avais jamais éprouvée auparavant me transperça l’esprit.
⁎⁎⁎
Je vis un débarras couvert de poussière.
Sa porte était solidement verrouillée. J’avais beau tirer, elle ne semblait pas près de s’ouvrir.
J’avais vaguement pensé qu’elle s’ouvrirait si j’entrais dans un donjon avec Mine ou Alicia.
Apparemment, non.
CRAC !!
Lorsque le Coup fatal d’Aren pulvérisa le débarras, une fille aux cheveux noirs coupés au carré était accroupie à l’intérieur.
Ses mains étaient couvertes de callosités.
Du sang séché formait une croûte sur sa peau.
Malgré tout, elle continuait à manier son épée, les mains tremblantes.
Les yeux de la fille se superposèrent à ceux d’Aren.
Cette fille devait être l’entrave qui retenait Aren prisonnière.
Je tendis lentement la main vers la fille accroupie.
Alors seulement, une faible lueur revint dans ses yeux vides.
Au moment où sa main prit la mienne avec hésitation…
[De nouveaux Arts se débloquent à mesure que vous progressez.]
Quand je repris mes esprits, le Coup fatal filait toujours vers moi.
Dans cet instant qui m’avait paru durer une éternité, mon corps avait bougé de lui-même.
Je rengainai l’épée que je tenais.
Clic.
Je reculai du pied gauche et abaissai ma posture.
Ma main droite effleura la garde.
Épée ciselée, Lumière cendrée, Voie de la Bourrasque.
Jusqu’ici, tous les Arts que j’avais créés n’étaient que des improvisations, inspirées de l’escrime d’autrui et assemblées à partir de ses morceaux.
Cette fois, c’était différent.
La posture d’Aren était si parfaite que je distinguais clairement les principes d’escrime qu’elle renfermait.
Le Coup fatal que j’avais utilisé d’innombrables fois dans le jeu d’origine se superposa à celui qu’elle venait de lancer en y mettant toute sa force.
Et une nouvelle épée vit le jour.
« Épée divine suprême : Variante. »
« Toi… Ne me dis pas que… ? »
Si le protagoniste était entravé et ne pouvait plus avancer, alors je devais briser ses chaînes.
Que ce soit la prophétie, le protagoniste lui-même ou quoi que ce soit d’autre.
« Coup fatal : Renversement. »
L’épée dans son fourreau poussa un cri.
Fff !
Au moment même où l’épée d’Aren traçait une ligne blanche, la mienne fut dégainée et dessina un trait cendré.
Les deux lignes se croisèrent en un point unique.
Puis elles s’enroulèrent l’une autour de l’autre comme des serpents, avant de s’évaporer sans laisser de trace.
Après avoir tout donné dans cette attaque, Aren n’affichait plus qu’un regard vide.
Était-ce le contrecoup de l’éveil d’un nouvel Art ?
Ma force mentale était si épuisée que je tenais à peine debout sans m’appuyer sur mon fourreau.
Malgré tout, il me restait quelque chose à faire.
Je m’approchai d’Aren, figée là, le regard dans le vide.
Cette expression…
Elle n’avait visiblement pas encore repris ses esprits.
Son visage était aussi figé que celui d’un robot cassé.
En général, ce genre de truc se remet en marche quand on lui donne un coup.
Je serrai le poing droit.
Je fixai le visage d’Aren.
Ça ferait trois fois ?
Alors que je levais le poing vers elle…
« …ble. »
« Quoi ? »
« …Tu es horrible. »
Hein ?
« Tu es horrible, horrible, horrible, horrible, horrible, horrible… !! »
« …Attends. »
« Pourquoi ? Pourquoi… ! Tu sais combien j’ai travaillé dur ?! »
Toute la tension retomba d’un coup.
À ces mots, Aren éclata en sanglots bruyants et enfouit son visage contre ma poitrine.
« J’ai… J’ai tout abandonné ! J’ai renoncé à vivre en tant que femme et j’ai manié l’épée jusqu’à m’en faire saigner les mains… ! Je ne croyais qu’en une chose : je devais devenir l’Enfant de la Prophétie… ! »
Boum. Boum. Boum.
Elle me martela la poitrine de ses petits poings.
Ça ne faisait pas mal.
« Mais toi, tu es quoi, au juste ?! Comment tu peux apprendre si facilement ce qui m’a demandé toute une vie ?! C’est tellement injuste… !! »
« Hé… »
« En plus, tu es un homme et tu me prends même l’Épée divine suprême… Tu es horrible, horrible, horrible, horrible, horrible, horrible… !! »
Aren était hors d’elle.
D’une certaine façon, elle déversait tout le ressentiment qu’elle avait accumulé au fil de sa vie.
Mon épaule se trempa de larmes, de morve et de salive.
Ah, je n’avais lavé ces vêtements qu’hier.
C’était gênant.
Je savais comment tuer le Dieu maléfique, mais je n’avais aucune idée de la façon de consoler le protagoniste d’origine, devenu une femme, alors qu’elle pleurait à chaudes larmes.
Hum.
« Ouinnnn… !! »
Je tendis la main et tapotai doucement le dos d’Aren.
« Ouinnnn… !! »
Ah, ce n’était pas ça.
La voir pleurer si tristement me fit oublier l’idée de lui faire de la rééducation physique.
« A-Attends. Arrête un peu. »
« Snif… »
Son visage était dans un état lamentable, couvert de larmes et de morve.
Au bout d’un long moment, elle finit par se calmer et s’affaisser contre moi.
Je lui tendis l’eau que j’avais apportée.
« À vrai dire… Depuis que je t’ai perdue à l’examen d’entrée, je suis jalouse de toi. Encore plus parce que tu avais déjà terminé le Donjon de la Bête à l’époque. »
« Il y avait plein d’autres élèves comme toi. Ce n’était rien de spécial. »
« Je n’étais pas comme les autres élèves. Mais jusque-là, ça allait. J’étais toujours la personne au monde qui correspondait le mieux aux conditions de la prophétie. »
Aren eut un petit rire sans joie.
« Mais après que tu as terminé le Donjon de la Poupée… j’ai commencé à paniquer. N’importe qui voyait que tu prenais de l’avance. »
« Ce n’était que temporaire. J’ai eu de la chance, moi aussi. Rien ne garantit que ça va durer. »
Elle releva la tête et contempla le ciel.
« Et ensuite, on s’est retrouvées dans le même dortoir. »
« …Désolé pour ça. »
« Chaque jour où je te voyais, j’avais tellement le cœur tordu que je croyais que j’allais en mourir. J’essayais de ne rien montrer. »
Vraiment ?
Je ne m’en étais rendu compte à aucun moment.
À vrai dire, j’aurais probablement été ravi qu’Aren s’occupe de tout pour moi.
« …Mais maintenant, même nos qualifications se ressemblent. »
« Ce que j’ai utilisé, ce n’était pas l’Épée divine suprême. »
« Si les autres disciples aînés le voyaient, ils appelleraient tous ça l’Épée divine suprême. »
« Je ne l’ai pas apprise correctement, alors je ne suis pas un disciple. »
« Qui sait ? Ça dépend du jugement du maître. »
Le cœur de la prophétie, c’est le Dieu de l’Extrémité céleste.
On pouvait enseigner l’Épée divine suprême à n’importe qui, mais le Dieu de l’Extrémité céleste résidait toujours dans le corps d’Aren.
Alors, malgré cette anomalie qu’était son sexe, je pensais toujours qu’elle était l’Enfant de la Prophétie.
Et si elle ne l’était pas…
« Et si la prophétie elle-même était fausse ? »
« Ça voudrait dire que le maître s’est trompé. Il a contemplé les principes du monde à travers l’épée. C’est impossible. »
Sa voix était empreinte d’une foi absolue en son maître.
Je décidai de ne pas remettre cette foi en question.
« Qu’est-ce que je devrais faire, maintenant ? »
« Tu devrais aller présenter tes excuses à Cecilia. »
« Je suppose que je devrais, hein ? »
« Ouais. Excuse-toi sincèrement. Oublie les excuses et les justifications, et contente-toi de dire que tu es désolée. »
« Mais tu sais… »
Aren se tourna vers moi.
« Elle me déteste. Même avant cette histoire, elle s’est déjà disputée avec moi plusieurs fois. »
« Elle a un sacré caractère. »
« C’est à cause de toi. Tu vis dans mon dortoir. Je ne comprenais pas pourquoi elle était si hostile envers moi, mais si elle savait que j’étais une femme… Je comprends, maintenant. »
Elle poussa bientôt un long soupir.
« Franchement, vivre avec toi a plus d’inconvénients que d’avantages. »
« Comme quoi ? »
« …Tu me demandes ça parce que tu ne t’en rends vraiment pas compte ? Tu te balades tout le temps dans la chambre à moitié à poil. »
« Pas complètement à poil. Je porte un pantalon. »
« Et quand tu rentres après l’entraînement, tu pues à cause de toute cette transpiration. Par exemple… »
Aren enfouit soudain le nez contre ma poitrine et inspira.
Son souffle chaud effleura ma peau.
« …Cette odeur. »
« …Si tu le sais, pourquoi tu me renifles ? »
« Je te dis de faire un peu plus attention. »
Après ces mots, Aren resta silencieuse un moment.
Elle se contenta de poser la tête contre ma poitrine.
Ce n’est qu’un peu plus tard qu’elle marmonna, d’un ton quelque peu soulagé :
« Au final… j’ai l’impression de ne pas avoir réussi à faire mes preuves. »
« Non. »
« Quoi ? »
« Si ton escrime n’avait pas été parfaite dès le départ, je n’aurais pas pu l’imiter. »
« …Tu le penses vraiment ? »
Elle releva la tête.
Ses yeux débordaient déjà de larmes.
Comment quelqu’un qui pleurait aussi facilement avait-elle réussi à le cacher si longtemps ?
« Ouais. »
Quand je pris la main d’Aren, une faible lueur d’espoir apparut dans ses yeux baignés de larmes.
Elle s’abandonna silencieusement à mon contact.
Sa main était loin d’être douce.
Comme la mienne, elle était hérissée de callosités dures comme des clous.
Je sortis ce que j’avais prévu de lui offrir et le déposai dans sa paume.
[Noyau des Abysses - Soleil éclatant].
Dans le jeu d’origine, Aren le portait pour surmonter toutes les crises et finir par vaincre le Dieu maléfique.
J’avais terminé ce jeu encore et encore.
Je le savais donc.
Même si son apparence avait changé, même si son sexe avait changé, je savais mieux que quiconque qu’Aren Bright avait fait ses preuves, encore et encore.
« Tu as fait tes preuves depuis longtemps. »
La jeune fille posa l’épée qu’elle tenait.
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