Chapitre 76
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 76 : Parce que je l’ai déjà frappé un bon paquet de fois
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Unité du corps et de l’épée.
Aren vit l’inscription gravée sur l’épée.
… Qu’est-ce qui s’est passé ?
En relevant la tête, il vit Cecilia qui se tenait l’épaule, en sang.
Une nette entaille d’épée lui barrait l’épaule.
Du sang dégoulinait de Sauveur, l’épée qu’Aren tenait à la main, dont la lame luisait d’un éclat bleu et froid.
« Ah… »
Ce ne fut qu’alors qu’Aren comprit qu’il venait de commettre une erreur irréparable.
Cecilia prit la parole tandis qu’Aren reculait en titubant, sans même s’en rendre compte.
« Tu… étais à ce point acculé ? »
La haine qui déformait auparavant le visage de Cecilia avait disparu.
À sa place, il n’y avait plus que de la pitié.
« … J’aurais aimé que tu me le dises dès le début. »
Sur ces mots, Cecilia perdit connaissance.
Clang.
Sauveur glissa de la main d’Aren et heurta le sol.
« Cecilia… ? »
Aren s’empressa d’arrêter le saignement de sa blessure.
Il ne se soucia pas de voir ses mains se couvrir de sang.
Une fois l’hémorragie maîtrisée, Aren porta Cecilia sur son dos et se précipita à l’hôpital.
« Heureusement, les nerfs n’ont pas été touchés. Comme le saignement a été arrêté rapidement, son état ne devrait pas s’aggraver. »
Aren n’entendit pas les paroles du médecin.
Une seule pensée lui occupait l’esprit : il avait frappé de sa vraie lame son propre Compagnon.
« Il faut d’abord contacter son tuteur… Hein ? Où est-il passé ? »
Avant même que le médecin ait terminé, Aren quitta l’hôpital en courant et s’élança au hasard dans les rues de Nevil.
… Qu’est-ce que j’ai fait ?
Il avait la poitrine serrée.
Les bandages qui lui entouraient le torse étaient faits de la même matière que ceux qui enveloppaient autrefois Sauveur.
Il s’agissait de l’une des reliques sacrées qui dissimulaient la présence de leur porteur, que son maître, Maître Jin, lui avait donnée.
Il n’aurait jamais imaginé que Cecilia connaissait son secret.
Si les gens l’apprenaient, il risquait de perdre jusqu’à sa raison d’être.
C’était pour cela qu’il avait dégainé son épée sans réfléchir.
Et pourtant, Cecilia ne lui en voulait pas.
Ça aurait été plus facile si elle lui en avait voulu.
… Pourquoi m’as-tu regardé comme ça ?
Il n’arrivait pas à respirer.
Pas à cause des bandages qui lui comprimaient la poitrine, mais parce que la culpabilité lui broyait le cœur après qu’il eut blessé un autre Compagnon.
Il avait agi pour protéger son secret, par peur que tout ce qu’il était soit remis en question. Pour une raison si égoïste.
L’Enfant de la Prophétie ? Le sauveur destiné à sauver le monde ?
… Laisse-moi rire.
Où était-il censé aller, maintenant ?
Que devait-il faire ?
Comment allait-il pouvoir faire face aux autres… ?
Il faut que je… fasse mes preuves. Il n’y a pas d’autre solution…
Après s’être précipité au dortoir pour faire ses bagages, Aren monta dans un train pour les Plaines de Ronwood sans hésiter.
Quand il s’en aperçut, il faisait déjà nuit dehors.
Les nuages cachaient la lune.
Aren fixait Sauveur d’un regard absent, la main qui tenait l’épée tremblant comme une feuille.
Quelques passagers reculèrent en le voyant, mais il n’avait pas la tête à s’en soucier.
Une seule idée lui traversait l’esprit : il devait conquérir le troisième Donjon du Dieu maléfique au plus vite et faire ses preuves.
Peut-être que conquérir le donjon allégerait cette sensation d’étouffement.
Peut-être qu’alors, il pourrait reparler à Cecilia comme avant.
Sur cette pensée, il descendit à la gare.
Alors qu’il commençait à envelopper Sauveur dans des bandages, il entendit la voix d’un garçon qui n’aurait pas dû se trouver là.
« Je ne crois pas que tu aies besoin de l’envelopper. »
La lune, jusque-là cachée derrière les nuages, reparut et baigna de sa lumière le garçon qui se tenait devant la gare.
Ses cheveux gris cendré flottaient au vent.
« … Comment ? »
Halibal Velder.
Il lança à Aren un regard furieux.
Son épée pendait à son côté.
⁎⁎⁎
Toutes les armes de fin de jeu avaient le mot « divine » dans leur nom.
Parmi elles, l’arme de fin de jeu d’Aren, [Épée divine – Sauveur], était à part.
C’était la seule arme de fin de jeu que l’on possédait dès le début, et elle gagnait en puissance avec son porteur.
Ainsi, même si le joueur changeait d’arme en cours de route, il finissait forcément par revenir à Sauveur.
Sauveur possédait une caractéristique qui n’existait que dans son histoire : sa lame changeait de couleur pour refléter les émotions de son porteur.
L’épée dans la main d’Aren était devenue terne, comme rouillée.
La couleur de la tristesse.
« … Comment ? »
« L’hôpital. Le dortoir. Et maintenant, ici. Ça te suffit comme réponse ? Je suis arrivé rapidement grâce à mon Noyau des Abysses. »
Inutile de cacher ça, maintenant qu’Adeline l’avait déjà découvert.
Aren hocha la tête, apparemment convaincu.
« Comment as-tu su que je serais ici ? »
« Toi et moi, on pense pareil. »
Après avoir appris ce qui s’était passé de la bouche des sœurs Ren, j’étais allé au dortoir, mais Aren avait déjà disparu avec ses affaires.
Pour une raison ou une autre, j’étais certain qu’il était parti pour les Plaines de Ronwood.
Et même si je me trompais, ce n’était pas grave.
Je pouvais toujours emprunter le raccourci de Renee.
« … C’est ce que je pensais, mais franchement, j’en suis moins sûr maintenant. »
Le fil conducteur de l’histoire, c’était Aren qui s’efforçait de vaincre le Dieu maléfique conformément à la prophétie.
C’était aussi le fondement de ma conduite dans ce monde.
C’est pourquoi, au début, j’avais fait de mon mieux pour ne pas trop m’éloigner du parcours d’Aren dans le jeu original.
Bien sûr, maintenant, tout était complètement parti en vrille.
Mais l’Aren dont je me souvenais, celui du jeu original, n’aurait jamais poignardé son Compagnon avant de s’enfuir.
Quand j’avais vu Cecilia blessée, j’avais perdu la tête.
Ah, Cecilia, c’est notre DPS magique !
J’aurais peut-être pensé ça autrefois, mais à présent, je ne ressentais que de la culpabilité.
Cecilia avait choisi Aren comme Compagnon parce que je le lui avais recommandé.
Autrement dit, j’étais en partie responsable de la blessure de Cecilia.
Responsable d’avoir trop fait confiance à Aren.
« Alors… pourquoi es-tu venu ? »
« Pour parler. »
« De quoi ? »
« De n’importe quoi. Tu pourrais me parler de ta ville natale, comme tu n’as pas pu le faire la dernière fois. Ou alors, on pourrait parler de l’académie. Mais, personnellement, j’aimerais que tu me dises pourquoi tu as poignardé Cecilia avant de t’enfuir. »
Aren m’adressa un sourire brisé, bien loin de sa gaieté habituelle.
« J-je vais tout t’expliquer. Dès que j’aurai conquis le donjon, je te dirai tout… ! »
« Tu te fous de moi ? Ton Compagnon est à l’hôpital à cause de toi, et tu es là à parler de donjons ? »
« Mais… je dois conquérir le donjon… Je dois prouver… »
« Prouver ? Foutaises. »
Je le coupai sèchement.
Impossible que quelque chose de gentil me sorte de la bouche.
« Tu ne devrais pas commencer par t’excuser ? »
« … Quoi ? »
« Tu devrais te mettre à genoux et dire : “Je suis désolé. J’ai perdu la tête et je t’ai attaquée par erreur. Je ne recommencerai jamais.” C’est ça, la priorité. Tu ne peux pas effacer ta faute en brandissant un exploit. »
Pour être honnête, je m’attendais à ce que Cecilia me demande de rouer Aren de coups et de le forcer à s’agenouiller ici même.
Je n’aurais pas dû passer à côté de l’état dans lequel il se trouvait. Alors ne lui en veux pas trop.
À la place, Cecilia avait pris la défense d’Aren.
Sa carrière d’épéiste aurait pu s’achever si elle avait eu moins de chance, et voilà qu’elle se comportait comme une sainte.
Pour la première fois, la Cecilia Princesse de glace me manqua.
« T-tu avais le même objectif que moi : conquérir des donjons ! Tu as dit que tu conquérirais l’Abîme du Dieu maléfique avant le début des vacances ! »
« Je n’ai jamais nourri de telles ambitions pour prouver quoi que ce soit. »
« … C’est parce que tu n’as rien à prouver. »
« Qui t’a dit que tu devais faire tes preuves ? Qui t’a poussé à faire ça ? »
Je n’aurais jamais cru répéter au protagoniste du jeu original des paroles qu’Adeline m’avait dites.
Mais si on allait au fond des choses, n’était-ce pas la vérité ?
Au fond, il n’était qu’un garçon de dix-sept ans.
Monde fantastique ou pas, il n’était qu’un enfant soldat.
Le véritable idiot, c’était celui qui demandait à un enfant soldat de sauver le monde, pas l’enfant qui échouait à le faire.
Surtout que j’étais là, moi aussi.
Exactement comme je l’avais pensé en arrivant dans ce monde.
Il pouvait tout me laisser et mener une vie tranquille. Personne ne lui en voudrait.
À cet instant, le regard d’Aren s’assombrit.
« … Quelqu’un m’a poussé. Toi, Halibal. »
« Je ne t’ai jamais poussé à faire quoi que ce soit. »
« Si, tu l’as fait ! Tu as conquis seul deux donjons de l’Abîme du Dieu maléfique alors que je n’arrivais même pas à en tenter un seul ! Et maintenant, tu te prépares à en affronter un troisième ! »
« Toi aussi, tu en es capable. Je t’ai dit que je t’aiderais. »
« Ça ne suffit pas ! »
La voix d’Aren éclata comme un cri.
« Tu sais ce que les gens de l’académie racontent ces derniers temps ? Ils disent que c’est toi qui apporteras le soleil à l’Empire, pas moi. Je vois ceux qui avaient autrefois placé leurs espoirs en moi… renoncer à moi, les uns après les autres. »
« Et alors ? »
« C’est un problème ! Pour moi !! »
Son cri résonna dans la gare.
Face à une réaction aussi démesurée, je ne sus quoi répondre.
C’était absurde.
Je pensais l’avoir aidé autant que possible. J’avais même mis de côté [Soleil éclatant], le Noyau des Abysses essentiel du jeu original, spécialement pour lui.
Et pourtant, Aren lui-même était jaloux de moi.
Et il me reproche ça ?
C’était terriblement injuste.
J’avais bouleversé l’intrigue du jeu original, pas la personnalité de qui que ce soit.
Et Aren et moi ne nous étions rencontrés qu’à l’académie.
Je ne comprenais pas comment le mâle alpha Aren avait pu finir dans un tel état.
Cette pensée me traversa l’esprit quand la main libre d’Aren se porta à son col.
Clic.
Il commença lentement à déboutonner sa chemise.
« … Tu le savais ? L’Épée divine suprême était à l’origine un art de l’épée conçu pour un corps masculin. »
Je le savais.
C’était ce qu’indiquaient les archives de l’Institut impérial d’escrime, et aucun personnage féminin n’avait jamais manié l’Épée divine suprême dans le jeu original.
Aren était un homme, après tout…
« J’ai consacré toute ma vie à apprendre l’Épée divine suprême. Parce que je ne voulais décevoir ni mes parents ni mon maître. »
Attends.
Quelque chose clochait.
À mesure qu’il défaisait ses boutons, un à un, mon regard se posa sur la clavicule d’Aren.
Je ne savais pas ce qui n’allait pas, mais quelque chose n’allait clairement pas.
Son cou était trop fin.
Ses épaules semblaient délicates plutôt que robustes.
Sa voix rauque était, d’une manière ou d’une autre, devenue plus aiguë.
Hein ?
« C’est pour ça que j’ai dû tout changer. Avoir l’air d’un homme, agir comme un homme, me battre comme un homme… »
Après avoir défait le dernier bouton de sa chemise, Aren en écarta les pans des deux mains.
« … Regarde. »
Des courbes qui n’auraient pas dû se trouver là apparurent sous ses vêtements.
Et une poitrine particulièrement généreuse.
« Hein. »
À cet instant, tout s’éclaira dans mon esprit.
« Je… ne peux pas être l’Enfant de la Prophétie, Halibal. »
« … »
« Je n’ai jamais été digne de l’être, pour commencer. »
Je me répétai ces mots.
… Je suis un idiot ou quoi ?
C’était évident.
L’Aren Bright qui se tenait devant moi était clairement une femme.
Il mesurait dans les un mètre soixante et avait une apparence assez féminine pour qu’on le prenne pour une femme.
Un corps délicat et une voix rauque.
Tout était différent du jeu original, et pourtant je n’avais jamais pensé à lui autrement que comme à un homme.
Pour une seule raison.
Aren était un homme dans le jeu original.
… Je m’étais trompé depuis le début.
Oui. Tout s’expliquait, maintenant.
L’Aren du jeu original était bel et bien l’Enfant de la Prophétie.
Pourquoi ? Parce qu’il avait fini par trancher la tête du Dieu maléfique.
C’est pour ça que j’étais resté optimiste, même quand il avait montré de la jalousie.
Je savais qu’il finirait par tout régler lui-même.
Je savais à quel point sa détermination était forte.
Surtout, je pensais qu’Aren était la seule personne de ce monde à remplir les conditions de la prophétie.
Mais je me trompais.
L’Aren Bright qui se tenait devant moi n’était pas l’Enfant de la Prophétie.
L’Enfant de la Prophétie devait être un garçon qui avait hérité de l’Épée divine suprême.
Pourtant, on l’avait élevé comme l’Enfant de la Prophétie. Pour faire ses preuves, il s’était peut-être poussé encore plus loin que l’Aren du jeu original.
Physiquement comme émotionnellement.
J’étais perdu.
Aren n’est pas l’Enfant de la Prophétie ? Alors qu’est-ce que c’est que ce monde, bon sang… ?
La voix d’Aren interrompit mes pensées.
« On m’a appelé l’Enfant de la Prophétie toute ma vie, et j’ai vécu uniquement pour ça. Mais si je perds ça, maintenant… comment suis-je censé vivre ? »
« … »
« Alors… laisse-moi partir. C’est la seule preuve… que ma vie a un sens. »
Ses paroles désespérées me ramenèrent à moi.
« Non. »
« … Pourquoi ? »
« Je suis désolé de ne pas avoir compris que tu étais une femme. J’ai dû te mettre inutilement mal à l’aise. Dès qu’on sera de retour au dortoir, je déménagerai. »
« … »
« Mais quoi que tu penses de toi, il y a une chose qui ne change pas. »
Le regard vide d’Aren se posa sur moi.
« Tu dois t’excuser auprès de Cecilia. C’est pour ça que je suis venu. »
« … »
« J’ai peut-être moi aussi attendu certaines choses de toi sans vraiment te voir tel que tu es. Je m’en excuserai aussi. Comme il faut, plus tard. »
« … »
« Mais ça, c’est une chose. Et ça, c’en est une autre. »
Mon épée toujours à la main, je m’approchai lentement d’elle.
« Si tu veux toujours faire tes preuves… »
Je pointai mon épée vers elle.
« Fais-le avec ça. »
« … On est vraiment obligés d’en arriver là ? »
« Tu l’as cherché. Même si j’ai aussi ma part de responsabilité. »
L’air froid de la nuit enveloppait la gare.
Aren me regarda un instant, puis se pencha lentement pour ramasser Sauveur sur le sol.
« … Tu as dit que je n’avais pas à avoir peur. Que c’était quand même ma propre force. »
« … »
« … On n’est que tous les deux, ici. »
« C’est vrai. »
« … Ça veut dire que je peux tout te montrer. »
La lame rouillée de Sauveur brillant d’un éclat lugubre, Aren prit silencieusement la garde de l’Épée divine suprême.
« Je suis désolé, Halibal. »
Mon regard se porta naturellement au sommet de sa tête.
Il n’y avait pas de joyau.
Les combats s’engageaient fondamentalement sur l’hostilité.
Même à l’entraînement, dès que les épées se croisaient, il fallait au moins une trace d’hostilité.
Cette fois, c’était différent.
Il n’en éprouvait aucune à mon égard.
Et je n’en éprouvais aucune à son égard.
Il ne restait que des regrets.
« Aren Bright, huitième successeur de l’Épée divine suprême… te défie. »
C’était le premier combat en temps réel auquel j’étais confronté depuis mon arrivée dans ce monde.
Pourtant, je n’étais pas trop inquiet.
J’avais déjà frappé pas mal de femmes.
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