Chapitre 73
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 73 : Comment ?
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En entrant dans le donjon, je vis Rosia, ailée, qui portait Mine hors du fossé.
« Ah, Halibal. Bienvenue. »
Pasha se tenait à côté d’un étudiant qui semblait être son Compagnon. Mine était venue les sauver tous les deux, apparemment.
Waouh ! Deux Mine !
J’aurais dû être surpris, mais je ne l’étais pas tant que ça.
On dirait qu’elle a utilisé Raphaël.
Le Noyau des Abysses de Mine, [Raphaël], lui permettait d’invoquer une créature qui l’aidait au combat.
Dans le jeu original, il invoquait un petit ange en papier. L’invocation suivait les membres du groupe pour leur infliger des dégâts ou les soigner.
Alors l’invocation de Raphaël a pris la forme de Rosia.
À ce stade, ce genre de chose ne me surprenait même plus.
Si Rosia était l’image que Mine se faisait d’un ange, rien d’étonnant à ce qu’elle ait cette apparence.
En fait, je n’avais pas dit à Mine une seule fois d’utiliser Raphaël au cours du mois écoulé.
Pour lui faciliter la tâche ?
Non.
Cette capacité est nulle.
Mieux valait utiliser un autre Noyau que Raphaël.
Si le build principal de Mine reposait sur Lumen et Caligo, ce n’était pas pour rien.
L’IA de l’invocation de Raphaël était tout bonnement catastrophique.
Elle infligeait des dégâts quand il fallait soigner, puis soignait quand il fallait attaquer.
Elle allait même jusqu’à attaquer d’elle-même alors qu’elle aurait dû s’arrêter, déclenchant ainsi les mécanismes des boss.
Et elle consommait une quantité absurde de puissance sacrée.
Mais qui voudrait utiliser ça ?
Mine possédait aussi un Art aux effets similaires : Divin Benedictus.
C’était pour ça que, dans le jeu original, Raphaël n’était rien de plus qu’un build à gimmick.
Enfin, je devrais quand même lui dire qu’elle s’en est bien sortie.
J’avais assez de tact pour ça.
C’était le moment de la féliciter d’avoir utilisé ce pouvoir de son plein gré et d’être entrée dans le donjon toute seule.
« Ça va ? Tu es blessée quelque part ? »
« Oui. Je vais bien. »
Mine tendit la main à Pasha.
« Pasha, Mar. Vous allez bien tous les deux ? »
« C’est quoi, ce truc… ? »
« C’est le pouvoir de mon Noyau des Abysses. »
« Tu pouvais faire ça ? Alors, à l’époque aussi… ? »
« … »
Pasha écarta d’une tape la main que Mine lui tendait.
« Pourquoi tu me sauves, maintenant ? Par hypocrisie ? Par pitié ? Ou c’est ta précieuse façon de te racheter ? »
« Je… »
« Alors pourquoi tu n’as pas sauvé mon père, à l’époque ?! Tu dis que tu aurais pu faire ça aussi ! Tu avais ce genre de pouvoir… alors pourquoi… ?! »
Des larmes se mêlèrent à la voix furieuse de Pasha.
Elle doit être au courant, elle aussi.
J’avais entendu parler de Mine pendant un entretien.
En temps normal, une fois engagé dans un combat contre un boss d’un Donjon du Dieu maléfique, on ne pouvait plus en sortir.
Si Mine avait réussi à s’échapper, c’était uniquement parce que l’ouverture de la porte de la salle du boss avait été un pur accident.
En outre, le père de Pasha s’était porté volontaire pour la mission de reconnaissance alors qu’il savait qu’une grande partie du Donjon des morts-vivants n’avait pas encore été explorée.
Tout ça pour sa famille.
Adeline m’a dit qu’elle avait expliqué la vérité sur l’incident aux familles endeuillées.
Le ressentiment de Pasha envers Mine était donc injuste, à sa manière.
Pourtant, Mine accepta calmement toutes ses accusations.
« …Tu as raison, Pasha. »
« …Quoi ? »
« Même si j’avais du pouvoir, je n’ai rien pu faire, à l’époque. Non… je n’ai rien fait. »
Non.
Même si Mine avait pu utiliser Raphaël à l’époque, son invocation aurait été plus faible que Rosia ne l’était maintenant.
En réalité, Mine n’aurait rien pu faire dans cette situation.
Mais sa culpabilité ne venait probablement pas de son impuissance. Elle croyait plutôt avoir choisi de ne pas agir.
« Alors, c’est normal que tu me détestes. »
« … »
« Mais je ne fuirai plus. »
« …Quoi ? »
« Je vais entrer dans les donjons. Même si j’ai peur, même si je suis terrifiée, je continuerai d’y entrer. Pour que personne d’autre n’ait à perdre un être cher et à souffrir comme toi, Pasha. »
Mine lui tendit de nouveau la main.
« …Menteuse. »
« Oui. C’était un mensonge. À l’époque. Mais… »
Cette fois, elle me regarda.
« Je vais arrêter. »
« …Je n’ai même pas pu dire au revoir à mon père. »
« L’intérieur d’un Donjon du Dieu maléfique ne change pas. Surtout pas celui du Donjon des morts-vivants. Peut-être que… si on y entre, il reste encore des affaires que ton père et les autres ont laissées derrière eux. »
Pasha ouvrit de grands yeux.
« …Vraiment ? »
« Oui. Si l’une des affaires de ton père s’y trouve encore, quelle qu’elle soit, je ferai tout mon possible pour la retrouver. »
Mine ne lui tendit que son petit doigt.
« C’est une promesse. Ma première promesse envers toi, Pasha. »
« … »
« Alors, Pasha. Si je trouve des traces de ton père… tu me donneras l’occasion de te présenter de vraies excuses ? »
Pasha ne répondit pas.
À la place, d’une main tremblante, elle accrocha son petit doigt à celui de Mine.
À cet instant, Mine s’effondra sur place.
« Mine ! »
Je me précipitai vers Mine et la rattrapai.
Au même moment, Rosia se dispersa dans les airs.
« Q-Qu’est-ce qui s’est passé… ? »
« Elle a juste épuisé toute son énergie. Activer la capacité d’un Noyau demande beaucoup d’efforts. Si on n’est pas entraîné comme il faut, on peut s’effondrer en l’utilisant. »
« …Je vois. »
« Un enfant pourrait même en mourir s’il l’utilisait sans précaution. »
C’était vrai.
L’entraînement de Mine, qui avait passé le mois écoulé à entrer dans des donjons, venait de lui sauver la vie.
À mes paroles, une ombre passa sur le visage de Pasha.
Elle comprenait, maintenant.
Mine n’aurait vraiment rien pu faire ce jour-là. Pasha avait été déraisonnable.
Pasha fixa en silence Mine, qui lui tenait toujours la main.
Peu après, comme si sa propre tension venait enfin de retomber, Pasha s’effondra à son tour.
On dirait qu’elle aussi était épuisée.
Mar avait déjà perdu connaissance.
Attendez.
Deux filles et un garçon.
Comment étais-je censé ramener les trois au dortoir tout seul ?
Quand je les eus traînés hors du donjon, le ciel était déjà complètement noir.
En plissant les yeux vers l’horizon, je distinguai à peine les lumières de la station de tramway.
C’était incroyablement loin.
On arrivera avant le dernier tram ?
« Ouf. »
Je soupirai et commençai à déplacer les trois quand une voix familière s’éleva à côté de moi.
« Alors, ils vont bien ? »
Oh, la vache, quelle frayeur.
Quand je me tournai vers la voix, un soleil plus éclatant que la lune venait de se lever là.
« Instructrice. »
« Je t’ai dit de m’appeler grande sœur quand on est seuls tous les deux. »
C’était Adeline.
« Ils ont juste épuisé leur énergie, alors ils vont bien. Je crois que Mine a aussi soigné la blessure de Mar. »
« Tant mieux. J’étais inquiète. »
Qu’est-ce qu’elle faisait là ?
Avant que j’aie le temps de m’interroger davantage, Adeline hissa Mine et Pasha sur ses épaules.
« Rentrons avant qu’il ne soit trop tard. Si on part maintenant, on devrait arriver juste à temps. »
Adeline gloussa et s’engagea dans l’obscurité.
C’est vrai. Il faut d’abord se mettre en route.
Je pris Mar sur mon dos et la suivis.
J’avais des tas de questions à lui poser, mais aucun de nous ne parla. Nous marchâmes simplement sous la lumière de la lune.
Au bout d’un moment, juste avant que nous atteignions la station de tramway, Adeline rompit le silence.
« Au fait, comment es-tu arrivé ici aussi vite ? »
« Mine m’a laissé un message. Quand elle a cessé de répondre, j’ai compris qu’elle était entrée dans un donjon. »
« Non, ce n’est pas ce que je voulais dire. »
Elle se détourna du tramway et me regarda.
Son regard était empreint d’une méfiance que je ne lui avais jamais vue.
« Je te demande comment tu es arrivé ici aussi vite. »
Oh non.
⁎⁎⁎
Après s’être assurée que tous les étudiants étaient rentrés dans leurs dortoirs, Adeline passa au bureau des instructeurs pour régler quelques papiers.
Une capacité de Noyau des Abysses, hein ?
Après la séance de conseil, elle avait vu Halibal se diriger vers la station de tramway, l’air sombre.
Elle le connaissait depuis longtemps.
Chaque fois qu’il affichait cette expression, rien de bon ne s’ensuivait.
Il avait eu exactement le même air tous les jours pendant ses trois années de déclin.
Je l’ai suivi par précaution, mais…
Arrivé à la station, Halibal consulta les horaires du tram pour les Plaines des Anges et piétina nerveusement.
Les Plaines des Anges, c’est là que se trouve le Donjon du Mille-pattes. Ne me dis pas qu’il a refusé le repas que je lui proposais juste pour entrer dans un donjon ?
Waouh. Je sens un mur entre nous.
Même Adeline, qui l’aimait bien comme élève, commençait à être excédée par son obsession des donjons.
Mais qu’est-ce qu’elle avait élevé, au juste ?
Même pour un étudiant, il ne dépassait pas les bornes, là ?
À ce rythme, il ne ferait que s’attirer le ressentiment des filles de son âge.
Il ne serait peut-être même pas capable d’avoir une relation sérieuse.
Il me reste décidément beaucoup à lui apprendre.
Puis elle regarda l’endroit où Halibal se tenait quelques instants plus tôt.
…Quoi ?
Il avait disparu sans laisser de trace.
Elle comptait parmi les trois combattants les plus puissants de l’Empire, et pourtant elle l’avait perdu de vue ?
Qu’est-ce qui s’est passé ?
Elle eut beau fouiller les alentours de la station, elle ne trouva aucune trace de Halibal.
Elle finit par attendre plus de deux heures, puis partit pour les Plaines des Anges. Elle y retrouva son élève.
Le tram qu’elle avait pris était le premier de la journée, et pourtant il avait déjà tout terminé et sortait du donjon.
C’était impossible, vu le temps écoulé.
Halibal avait affirmé qu’il s’agissait d’une capacité de Noyau des Abysses.
À en juger par son regard, il ne mentait pas.
C’était possible.
Elle-même ne connaissait pas tout le potentiel de chaque Noyau.
Elle savait néanmoins depuis longtemps que le Noyau de Halibal venait de Cecilia.
Elle l’avait vérifié elle-même.
Son Noyau, Renee, avait les mêmes caractéristiques que les Noyaux réglementaires distribués aux soldats impériaux.
Rien de remarquable.
Bon. Supposons que la capacité de Halibal lui permette de se déplacer dans l’espace.
Un problème de taille se posait alors.
Eliver Han, l’évêque du culte que Halibal avait vaincue aux côtés d’Alicia et de Mine.
L’Empire avait mené une enquête approfondie à son sujet.
En s’appuyant sur le témoignage d’Alicia, ils avaient examiné chaque détail, de son visage et de ses mouvements jusqu’à son tempérament.
Pourtant, rien n’indiquait qu’elle soit jamais entrée à Ronwood.
Aucune trace d’un trajet en tramway, à bord du train transcontinental Christoph, ni même d’un déplacement par terre ou par mer.
Elle était littéralement tombée du ciel.
Et c’était la même chose pour Maliaas.
L’Empire était arrivé à une conclusion.
Les évêques disposaient d’un moyen de se déplacer dans l’espace.
Tombée du ciel.
Cette expression fit d’abord penser Adeline à Halibal.
Halibal lui-même était tombé du ciel dans sa vie.
Et Halibal possède lui aussi une capacité de déplacement spatial…
À un moment donné, le rapport de raid sur le Donjon de la Poupée de Cecilia, rédigé par Halibal et Cecilia, lui était tombé entre les mains.
Le rapport était bien écrit.
Cecilia y avait manifestement consacré beaucoup d’efforts. Tous les autres instructeurs l’avaient félicitée.
Mais Adeline avait remarqué quelque chose qui clochait.
[Boss intermédiaire Alain vaincu…]
[Traversée du chœur…]
[Boss finaux Rose et Lilian vaincues…]
Il manquait une chose dans le rapport des deux étudiants.
Comment ?
Il décrivait le déroulement du combat, mais tout s’enchaînait de façon étrange.
Voyons voir ce que ça donne.
Adeline ferma doucement les yeux, et le Temple du Repos se déploya dans son esprit.
Entraînement par visualisation mentale.
Une technique que seuls les génies parmi les génies pouvaient maîtriser.
Le gigantesque chevalier Alain apparut devant elle, Halibal et Cecilia lui faisant face.
Le combat s’engagea.
…Hum ?
Comment décrire cela ?
Le rythme ne collait pas.
Les attaques étaient séparées par de légères interruptions.
Des mouvements qui n’auraient pas dû s’enchaîner s’enchaînaient, tandis que ceux qui auraient dû s’enchaîner étaient interrompus.
D’après ce rapport, ils n’auraient jamais pu vaincre le boss.
Le rapport pouvait être erroné, mais c’était le jugement d’Adeline.
Le problème, c’était que ce n’était pas la première fois qu’Adeline ressentait ce malaise.
Elle l’éprouvait depuis très longtemps.
Depuis la première fois qu’elle avait vu Halibal.
Même elle ne pouvait jamais esquiver l’épée qu’il maniait sérieusement.
Adeline s’adossa à sa chaise et leva les yeux vers le plafond.
Halibal possède au moins deux capacités : le déplacement spatial et le soutien au combat ?
Était-ce le pouvoir de son Noyau ?
Ou le sien ?
« …Je ne sais pas. »
Elle se rendit soudain compte qu’elle savait bien peu de choses sur son élève.
À bien y réfléchir, elle n’était jamais entrée dans un donjon avec Halibal.
Elle ne l’avait jamais vu se battre à l’intérieur.
Jusqu’ici, elle avait évité de le faire pour ne pas le mettre mal à l’aise.
Adeline leva aussitôt son Noyau.
« Kruus. Tu connais le programme d’entraînement spécial pour les vacances de l’académie ? Tu peux tout annuler ? »
Elle contacta son ancien aide de camp.
« Ah, je suis désolée de te demander ça ! Mais quelque chose de plus urgent s’est présenté. Non. Il y a quelque chose que je dois vérifier moi-même. »
Elle ne soupçonnait pas Halibal d’être un outil du culte.
À l’heure actuelle, il menait l’offensive contre les Donjons du Dieu maléfique plus que quiconque dans l’Empire.
Soupçonner quelqu’un qui avait déjà conquis deux Abîmes n’avait aucun sens.
Mais, au cas où.
Et si tout ça faisait partie du plan ?
Même en y songeant, Adeline ne put s’empêcher de soupirer.
L’Halibal qu’elle connaissait était un élève bien trop gentil.
Mais elle savait mieux que quiconque qu’une confiance aveugle n’était qu’une illusion.
Ce n’était que lorsqu’on pouvait encore choisir de ne pas douter après avoir vu la vérité de ses propres yeux qu’on pouvait enfin parler de véritable confiance.
C’était pourquoi elle prit sa décision.
« Je pense partir en voyage avec mon élève pendant les vacances. »
Notes :
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