Chapitre 72
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Traductrice/éditrice : Irevi
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Chapitre 72 : Raphaël
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« Comment va ton Noyau ? Toujours en panne ? »
« … Ouais. »
Mar poussa un profond soupir.
Le plafond qu’il contemplait était percé d’un large trou.
« En voilà un autre qui tombe. »
Froufrou.
Un monstre mille-pattes dégringola par le trou.
Boum !
C’était un monstre ordinaire, donc il n’eut aucun mal à s’en débarrasser.
Même si le monstre disparut en laissant tomber un fragment de rang deux, les deux personnes coincées dans le trou gardèrent leur air sombre.
« On va mourir, maintenant ? »
« …… Je n’en sais rien. »
« Ah… Je n’aurais jamais cru qu’il y aurait un tunnel juste devant l’entrée. On aurait dû faire plus attention. »
Le Donjon du Mille-pattes.
Pasha et son Compagnon, Mar, étaient tombés dans un trou près de l’entrée du donjon et ne trouvaient aucun moyen d’en sortir.
Les étudiants qui voulaient rester dans le Corps de raid après les travaux pratiques en donjon avaient désespérément besoin de devenir plus forts.
Des monstres comme Halibal et Aren Bright pouvaient traverser les donjons en force et gagner ainsi en puissance, mais cette méthode n’était pas à la portée de la plupart des étudiants.
La plupart préféraient donc ce qu’on appelait le farming d’entrée : chasser sans danger les monstres qui réapparaissaient à intervalles réguliers près de l’entrée, afin de récolter des fragments.
À moins qu’il ne s’agisse d’un Donjon du Dieu maléfique, l’entrée ne se bloquait pas et il n’y avait aucun risque de tomber sur un boss. C’était donc une méthode très efficace pour les étudiants.
Pasha et Mar faisaient partie de ces étudiants.
Ces derniers temps, Pasha était tiraillée par des sentiments contradictoires.
Mine, qu’elle avait critiquée, avait surmonté sa phobie des donjons et gagnait en reconnaissance aux côtés de Halibal.
Mine n’était pas la seule à rester prisonnière du passé.
Depuis la mort de son père, Pasha aussi était restée bloquée là-bas.
Elle ne pouvait pas accepter que Mine, celle qui avait conduit son père à la mort, soit la seule à aller de l’avant.
Elle aussi devait avancer.
Pasha avait convaincu Mar de l’accompagner pour récolter des fragments.
Ils avaient décidé de choisir l’un des donjons supérieurs, et c’est ainsi qu’ils s’étaient retrouvés dans le Donjon du Mille-pattes.
Mais elle avait négligé un détail.
Les monstres pouvaient réapparaître, mais le terrain du donjon, lui, ne changeait pas.
C’était une notion élémentaire sur les donjons.
Mais un donjon était un écosystème.
Et tout écosystème avait ses exceptions.
Les monstres de type mille-pattes se déplaçaient souvent en creusant des tunnels.
C’était pourquoi de nouveaux pièges, absents de la carte, apparaissaient parfois dans le Donjon du Mille-pattes.
Comme le trou où ils étaient coincés en ce moment.
Froufrou.
Un autre monstre mille-pattes tomba par le trou.
« Bon sang, encore… ! »
Mar jura et lança sa lance.
Il se débarrassa encore facilement du monstre, mais il respirait déjà avec peine.
« Tss. Ça en fait combien, maintenant ? »
« Je suis désolée, Mar. J’ai été trop têtue. »
« À quoi bon dire ça, maintenant ? »
Pasha ne sut quoi répondre et baissa la tête.
Ses forces déclinaient et la faim commençait à la tenailler.
La fatigue et la somnolence n’allaient pas tarder à suivre.
Personne ne savait où ils étaient passés.
Et le lendemain, c’était le week-end.
Ils ne pouvaient même pas compter sur l’aide de l’académie.
Elle le savait.
Personne ne viendrait les sauver dans une situation pareille.
Comme personne n’était venu pour son père.
Un autre monstre apparut au-dessus du trou.
« Ha… ha… Je suis à bout, moi aussi… ! »
À peine avait-il terminé sa phrase que le monstre se rua sur eux.
BOUM !!
À cet instant, une sphère d’un blanc immaculé surgit de nulle part et transperça la carapace du monstre.
Tandis que les explosions retentissaient les unes après les autres, les deux relevèrent les yeux vers le plafond.
La personne que Pasha aperçut était la dernière qu’elle aurait imaginé voir.
« V-V-Vous allez bien ?!! »
« …… Hein ? »
Les joues ruisselantes de larmes et de morve, Mine mitraillait le monstre avec son Appel sacré. Elle ne ressemblait en rien à une sainte.
Pasha connaissait le jeu de rôle de Mine.
Apparemment, elle s’identifiait à une mercenaire nommée Rosia.
Elle allait jusqu’à changer de coiffure, de façon de parler et de gestes : aux yeux d’un observateur extérieur, son comportement était pour le moins étrange.
Mais à cet instant, elle ressemblait trait pour trait à la sainte froussarde que Pasha connaissait si bien.
« Toi… Comment as-tu fait pour arriver ici ? »
« A-Attendez un instant… !! J’ai appelé à l’aide, alors… !! »
« Tu es venue nous sauver ? »
Mine était sur le point de hocher la tête.
Ffff !
« Kya ! »
La queue d’un mille-pattes surgit de quelque part, s’enroula autour d’elle et la projeta droit dans le trou.
« …… ? »
« …… C’est une blague, hein ? »
Les deux contemplèrent, médusés, leur nouvelle compagne de trou.
Mine déglutit avec difficulté avant de parler.
« Ah… Je-J’ai l’impression que je me suis fait attraper, moi aussi… »
⁎⁎⁎
Disposer d’une grande puissance sacrée signifiait aussi être plus étroitement lié aux Dieux principaux.
C’était pourquoi Mine pouvait recevoir certaines révélations, même si elles n’étaient pas aussi complètes que les prophéties de Maître Jin.
Après les cours, alors qu’elle priait les Dieux principaux comme à son habitude, une révélation lui parvint.
« Le Donjon du Mille-pattes… Pasha est en danger… ? »
Elle contacta aussitôt Halibal.
Mais il ne répondit pas.
Normalement, la conduite à tenir aurait été de contacter les instructeurs et de leur expliquer la situation.
Le problème, c’était l’horaire du tramway pour les plaines des Anges.
Le prochain tramway partait dans dix minutes. Si elle le ratait, elle devrait attendre près de trois heures le suivant.
Combien de temps lui faudrait-il pour joindre un instructeur, lui expliquer la situation et attendre qu’il se prépare à partir ?
Surtout, les révélations ne concernaient jamais des choses sans importance.
Si elle en avait reçu une, il serait peut-être déjà trop tard si elle n’agissait pas immédiatement.
En fouillant ses affaires, elle constata que la bourse où elle gardait d’ordinaire de l’Herbe de nuage violet était vide.
Retourner au dortoir pour en chercher lui ferait aussi perdre du temps.
Au bout du compte, elle n’eut d’autre choix que de monter immédiatement dans le tramway pour les plaines des Anges.
À présent, nouvelle résidente du trou, Mine expliquait la situation aux deux autres d’une voix tremblante.
Elle peinait à former des phrases, mais ils comprirent l’essentiel.
« Halibal Velder arrive. »
Au mieux, il arriverait avec le prochain tramway.
Au pire, avec celui d’après.
« Si c’est Halibal, on peut lui faire confiance. »
« Ouf. Donc, il faut tenir au moins trois heures ? »
Mar soupira et se gratta la tête.
Pasha ne quittait pas des yeux Mine, recroquevillée dans un coin du trou.
Elle tremblait en se rongeant les ongles.
Le trou était terriblement sombre.
Comme le Donjon des morts-vivants qui avait traumatisé Mine.
« … Menteuse. »
Qu’est-ce qu’elle racontait, à prétendre qu’elle était venue les aider ?
Elle s’était fait piéger, elle aussi.
À la voir, maintenant, les rumeurs selon lesquelles elle avait surmonté sa phobie des donjons étaient manifestement fausses.
Froufrou.
« Mar ! »
Mar voulut aussitôt abattre sa lance, mais avec l’arrivée de Mine, le trou était devenu trop exigu pour qu’il puisse la manier correctement.
Au moment où le monstre bondit sur Pasha, Mar la repoussa et encaissa l’attaque à sa place.
« Urgh ! »
Clang !
Pasha acheva le monstre d’une contre-attaque, mais le bras de Mar était blessé.
La blessure était assez grave pour laisser des séquelles si elle n’était pas soignée immédiatement.
« Ha… ha… »
« Ah… Ngh… N-Non… »
Mine essaya aussitôt de rassembler sa puissance sacrée, mais, pour une raison inconnue, celle-ci crépita faiblement avant de se dissiper.
Pasha soutint Mar, qui haletait.
Encore trois heures.
La fin n’était pas en vue.
« Combien de temps tu vas rester là à pleurer ?! Tu as dit que tu venais nous sauver ! Tu es venue pour nous mettre des bâtons dans les roues, c’est ça ?! »
Mine se recroquevilla davantage aux cris de Pasha.
« Espèce de putain de menteuse ! »
« Pasha, arrête. »
« Pousse-toi, Mar ! Toi aussi, tu le sais, non ? À cause de cette salope… À cause de cette salope, mon père… ! »
C’était à cause de Mine qu’elle s’était forcée à venir ici, au départ.
À l’idée que l’ennemie responsable de la mort de son père les conduisait maintenant tous à leur perte, la haine bouillonna en elle.
La rage de Pasha s’enfonça dans le cœur de Mine comme un poignard.
« Tu es venue pour nous mettre des bâtons dans les roues. »
« À cause de toi, mon père… ! »
« Menteuse. »
La voix de Pasha résonnait avec une force particulière dans le trou.
Au cours du mois dernier, Mine avait cru qu’elle avait grandi.
Mais ce n’était pas le cas.
« Je n’ai pas grandi du tout. »
Elle n’avait fait qu’emprunter brièvement le chemin ouvert par Halibal, en s’appuyant sur les pouvoirs de l’Herbe de nuage violet.
« Je suis toujours prisonnière de ce donjon, comme à l’époque. »
La mercenaire Rosia n’était qu’une armure vide, incapable d’apparaître sans drogue.
Quand une véritable crise survenait, il ne restait que l’impuissante Mine, trop effrayée pour rassembler correctement sa puissance sacrée.
La lumière s’éteignit dans les yeux de Mine.
C’est alors que cela se produisit.
Crac ! Crunch !
Un monstre mille-pattes d’élite apparut au-dessus du trou.
Comme si Mine, recroquevillée dans un coin, ne méritait même pas son attention, le monstre fonça droit sur Pasha.
« Pasha ! »
Mar essaya de repousser Pasha, mais son corps blessé ne lui obéissait plus.
Sous les yeux de Mine, l’image de Pasha se superposa à celle d’un soldat d’âge mûr, couvert de sang et à l’agonie.
La porte de pierre qui s’était ouverte sous son contact.
Le géant squelettique qui en avait jailli.
Les soldats mourant dans leurs cris.
Et même la silhouette de la nonne qui s’éloignait pour la dernière fois.
Les souvenirs du passé déferlèrent sur elle comme une crue.
Puis ils remontèrent encore plus loin, jusqu’à la nuit où elle avait surpris une conversation entre la nonne et un prêtre.
« Ton père était vraiment mercenaire ? »
« Hé hé. Non, c’était un pêcheur qui attrapait du poisson à Baran. »
« Alors, pourquoi… ? »
« Parce que les enfants aiment ça. »
Elle le savait depuis longtemps.
La nonne lui avait menti.
Malgré tout, Mine s’était elle-même trompée.
Cette histoire inventée l’avait réconfortée.
« Ah. »
Et ce jour-là, il en avait été de même.
Peut-être que…
Si elle avait surmonté sa peur et utilisé sa puissance sacrée, certains soldats auraient peut-être survécu.
Elle aurait peut-être aussi pu sauver la nonne.
Mais elle n’en avait pas été capable.
Parce qu’au fond d’elle, une partie d’elle-même avait voulu s’effondrer, en lui soufflant qu’elle était faible.
« À partir de maintenant, vis ta véritable histoire. »
Sa véritable culpabilité ne venait pas d’avoir vu des gens mourir sous ses yeux.
Elle venait de n’avoir pas réussi à sauver ceux qu’elle aurait pu sauver, par faiblesse.
Voilà pourquoi elle s’était menti tout ce temps.
J’ai la phobie des donjons.
Je suis une lâche.
Mais personne ne le savait mieux qu’elle.
Depuis qu’elle avait mis les pieds dans le Donjon des Bêtes pour retrouver Halibal, ce mensonge ne pouvait plus tenir éternellement.
« … Comment as-tu pu raconter un tel mensonge ? »
En réalité, elle se parlait à elle-même.
Et Halibal lui avait répondu :
« Alors, rends-le vrai. »
Là-bas, dans le Donjon des Bêtes, le garçon qui brandissait son épée lui avait déjà montré la voie.
Ni celle de la fausse mercenaire Rosia.
Ni celle de Sainte Mine, tremblante de peur.
Sa propre voie.
« Tu es mon égale, voire supérieure. »
Il était donc temps d’avancer sur le chemin de la rédemption.
Elle ne pouvait pas laisser quelqu’un mourir à nouveau sous ses yeux.
Plus de mensonges.
« Parce que je ne suis pas faible. »
« Raphaël !! »
BOUM !!
Un éclair blanc aveuglant engloutit tout le trou.
Clang !
Alors que les mâchoires du monstre n’étaient plus qu’à quelques centimètres du visage de Pasha, quelqu’un surgit d’un pilier de lumière et bloqua l’attaque avec désinvolture.
Quand la lumière s’évanouit, un ange se tenait là.
Un ange aux longs cheveux violets, une masse de lumière et un chapelet à la main.
Ses ailes d’un blanc pur répandaient une immense puissance sacrée dans tout le donjon.
Pasha et Mar contemplèrent la scène, stupéfaits.
Le visage de l’ange était celui de Rosia, la mercenaire idéale que Mine avait imaginée, admirée et incarnée pendant tout le mois écoulé.
Et Mine se tenait derrière l’ange.
La capacité du [Noyau des Abysses - Raphaël] était l’Invocation.
Elle invoquait un ange qui l’assistait au combat.
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