Chapitre 71
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Irevi
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 71 : Tu es pressé ?
──────
L’image qu’on renvoyait comptait énormément.
Les changements chez Cecilia étaient tous restés dans des limites acceptables.
Aren Bright avait changé d’apparence, mais sa personnalité était restée la même.
Les autres personnages jouables correspondaient eux aussi à ce que j’avais imaginé.
Seule Mine faisait exception.
C’était la première fois, depuis mon arrivée dans ce monde, que je voyais un personnage agir à l’opposé de sa nature.
Au cours du dernier mois, Mine avait appris à entrer dans les donjons.
Non, plus précisément, c’était Rosia, le personnage fictif qu’elle avait créé.
Rosia était une mercenaire qui infligeait des dégâts et soignait ses alliés.
On disait bien qu’un vrai soutien ne se contentait pas de soigner les blessures : il trouvait la source des dégâts pour l’éliminer, non ?
Rosia était exactement ce genre de personne.
Grâce à elle, nous avions commencé par le Donjon de l’Araignée, puis terminé ensemble les quatre donjons inférieurs et même les quatre donjons supérieurs.
La position de Mine dans l’académie s’était considérablement améliorée, elle aussi.
La nouvelle qu’elle avait surmonté sa peur des donjons s’était répandue.
« Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ? Tu retournes dans un donjon ? »
« Non, j’ai quelque chose à faire aujourd’hui. »
« Alors, pas besoin d’appeler Rosia. »
Rosia n’était pas une sorte de personnalité dissociée.
Mine était parfaitement consciente que Rosia était un personnage fictif qu’elle avait créé et qu’elle-même jouait son rôle.
Elle savait que ce n’était qu’un jeu de rôle pour se tromper elle-même.
Pourtant, il y avait un problème.
Rosia n’était, au fond, qu’un personnage que Mine incarnait.
Elle ne pouvait pas apparaître à la moindre urgence.
En plus, avant de pouvoir appeler Rosia, Mine devait prendre de l’Herbe de nuage violet avant d’entrer dans un donjon.
Le pire venait une fois le donjon terminé, quand elle redevenait Mine.
Toutes les sensations vécues sous les traits de la mercenaire Rosia, en massacrant des monstres et en explorant les donjons, lui revenaient intactes.
Alors, pour oublier ces sensations, elle redevenait Rosia.
L’Herbe de nuage violet, en elle-même, ne créait pas de dépendance.
Mais elle devenait dépendante de son jeu de rôle.
Quand je la voyais ainsi, je sentais en elle quelque chose de précaire, comme un élastique tendu à l’extrême, prêt à rompre.
Puis, un jour, je la vis sourire après avoir terminé un donjon, tandis que la main qui serrait sa masse tremblait violemment.
C’est là que je compris.
Une fois l’élastique rompu, elle ne reviendrait jamais.
Qu’est-ce que j’ai fait ?
Dans le jeu original, Mine avait surmonté son traumatisme toute seule.
Elle avait la force de caractère nécessaire.
Bien sûr, cela avait coûté la vie à des personnes qui lui étaient chères. J’avais donc cherché un moyen de l’aider à grandir sans qu’elle ait à faire de tels sacrifices.
Pourtant, la suggestion que je lui avais faite afin de l’aider à surmonter son traumatisme plus vite était en train de la détruire.
« Rentre te reposer aujourd’hui. »
« Oui. S’il n’y a pas de donjon à explorer, autant que je me repose aussi. »
« Et ne prends pas d’Herbe de nuage violet. »
« Hé hé. J’en ai déjà plus. Je ne pourrai pas en reprendre avant le cours d’herboristerie de demain. »
S’il n’y a pas de donjon à explorer…
Même ces mots me transpercèrent le cœur.
Dans ce monde, j’avais effacé la distinction entre les personnages jouables et les figurants.
J’avais décidé de considérer tout le monde comme des êtres humains à part entière.
Et pourtant, à un moment donné, tout semblait s’être inversé.
Est-ce que j’accablai de fardeaux insupportables les personnages jouables auxquels je m’étais attaché et que j’aimais, tout ça pour sauver les autres ?
« C’est quand même étrange d’apprendre que Halibal a quelque chose à faire. D’habitude, tu ne fais rien d’autre, non ? »
« Je dois voir quelqu’un. »
« C-C’est un rendez-vous ?! »
« Non. »
Je décidai donc de me ressaisir.
La personne que je devais voir aujourd’hui n’était autre qu’Adeline.
Je n’aurais jamais cru lui demander conseil un jour, mais j’avais beaucoup de questions à lui poser.
Sur l’état actuel de Mine, l’Herbe de nuage violet et ce que je devais faire à partir de maintenant.
⁎⁎⁎
« Excusez-moi. »
Après les cours, je frappai à la porte du bureau d’Adeline.
Une voix enjouée me parvint de l’autre côté.
« Tu viens me demander conseil en premier ? Le ciel va nous tomber sur la tête ? »
C’était Adeline.
Dans son bureau, elle dégageait une allure bien plus raffinée que l’image décontractée qu’elle renvoyait à l’armée.
On aurait vraiment dit une instructrice.
« J’ai changé quelque chose ? »
Sérieusement, c’était ça, sa question ?
Calme-toi.
Je l’examinai attentivement.
Sa façon de bouger les bras et les jambes avait quelque chose de différent.
« … Tu as changé ta méthode d’entraînement ? »
« Quoi, tu l’as remarqué tout de suite ? Je savais bien que tu étais mon disciple. Et quoi d’autre ? »
« …… »
« Pff ! J’aurais dû m’en douter. C’est moi, l’idiote, à espérer quoi que ce soit. »
Tandis que je m’évertuais à trouver ce qui avait changé, elle sortit du thé et des parts de gâteau.
« Il y a une chose que l’académie fait bien : les goûters. Ils nous nourrissent tellement que je prends du poids. »
« Tu n’as pas l’air d’avoir pris un gramme. »
« C’est très impoli, ça. Mais ne t’inquiète pas, il va au bon endroit. »
Adeline bombait fièrement le torse.
Je ne lui demandai pas où, exactement.
« Bref, qu’est-ce qui ne va pas ? Raconte tout à ta grande sœur. »
Je lui racontai tout : la situation actuelle et ce qui se passait avec Mine.
À ma grande surprise, Adeline resta silencieuse pendant que je parlais.
Les bras croisés, elle écouta mon récit avec attention. Je ne l’avais jamais vue comme ça lorsque nous étions dans l’unité.
« Alors, je ne sais pas quoi faire. »
« Comment ça, quoi faire ? Lâche l’affaire. »
« … Pardon ? »
La conclusion d’Adeline était simple et claire.
Naturellement, je ne pouvais pas l’accepter.
« Si tu tiens tant que ça à aller dans les donjons, vas-y avec la princesse. Tu peux aussi y aller avec Cecilia et Aren Bright. Ah, Eugene et Senia, ou Luna, ça marcherait aussi. »
« C’est que… »
« Il y a plein d’étudiants qui veulent aller dans les donjons. Pourquoi pousser quelqu’un qui n’en a pas envie ? Tu n’as pas à faire ça. »
Elle disait ça parce qu’elle ignorait tout ce que Mine pouvait apporter dans le Donjon des morts-vivants.
Elle n’avait rien à voir avec les autres.
Voyant mon air mécontent, Adeline ajouta, le regard grave :
« Tu sais quoi ? J’y pense depuis que tu as rejoint le Groupe de Raid de la Bourrasque. Ta façon de voir les choses est un peu différente de celle des autres. »
« … Ma façon de voir les choses ? »
« Je ne parle pas de tes objectifs. Je parle de ta façon de voir les choses. Tu t’es rendu compte que tu as toujours agi comme si tu étais à part, pendant tout le temps où tu étais dans l’unité ? »
Ses mots touchèrent juste et je fus incapable de lui répondre correctement.
Évidemment, Adeline avait remarqué que quelque chose clochait.
Même Cecilia, qui ne me connaissait que depuis un mois, avait senti que ma façon d’agir au combat était bizarre.
Adeline, qui avait plus d’expérience et avait passé bien davantage de temps avec moi, ne pouvait pas ne pas s’en être rendu compte.
Comme si elle avait deviné que je me creusais la tête, elle poursuivit sans insister davantage.
« C’est grâce à ta façon de voir les choses que nous avons accompli des choses que nous n’aurions jamais même tenté, et tu as probablement créé ton style d’épée pour la même raison. »
« …… »
« Tu l’as dit toi-même un nombre incalculable de fois, non ? Que tu étais un génie. Je ne sais pas si tu en es un ou quoi que ce soit d’autre, mais n’impose pas ta façon de voir aux autres. »
… Ne pas leur imposer.
« Tu peux vraiment voir les autres comme il faut, de si loin ? »
« Quoi ? »
« Ne reste pas là. Viens t’asseoir à côté de moi et regarde. »
Adeline tapota la place à côté d’elle sur le canapé.
À peine assis près d’elle, elle m’attrapa par l’épaule et m’attira sur ses genoux.
Ma tête atterrit aussitôt sur ses cuisses.
J’essayai de me dégager, mais c’était Adeline. Plus je bougeais, plus son bras se resserrait autour de mon torse.
« Qu’est-ce que tu… »
« Hum. Attends ! »
Ses cuisses étaient douces sous ma tête.
Plus douces que je ne l’aurais cru.
Elle n’avait donc pas menti : le poids s’était réparti là où il fallait.
« Alors ? »
« … Quoi ? »
« Qu’est-ce que tu vois, de là où tu es ? »
Adeline baissa les yeux vers moi.
Qu’est-ce que je vois ?
Les mêmes cheveux dorés et les mêmes yeux dorés que d’habitude.
Ses joues et ses oreilles étaient légèrement rosées.
Entre les deux, ses lèvres avaient une teinte étrangement rougeâtre.
« … Tu es maquillée ? »
« C’est ça. Tu as tout de suite remarqué que j’avais changé ma méthode d’entraînement, mais pas que je m’étais maquillée. »
« Désolé. »
« Tu vois ? Il y a des choses qu’on ne remarque qu’en regardant de tout près. »
Adeline sourit d’un air malicieux.
« Je ne sais pas comment tu vois Mine, mais je la connais depuis un bon moment, moi aussi. Pour moi, Mine est capable de surmonter son traumatisme toute seule. Tu n’as pas besoin d’intervenir et de la pousser dans le dos. »
« …… »
« Et c’est pareil pour toi. Personne ne te pousse dans le dos. Personne ne t’oblige à conquérir l’Abîme du Dieu maléfique ni à combattre le culte. »
C’était la première fois que j’avais une conversation aussi sérieuse avec Adeline.
Quand nous étions dans l’unité, je la traitais moins comme un maître que comme quelqu’un dont je pouvais me servir pour m’entraîner.
Après avoir changé ma façon de la voir, je pouvais compter sur les doigts d’une main les fois où nous nous étions retrouvés seuls ensemble.
À bien y réfléchir, pourquoi avais-je voulu terminer le troisième Abîme avant les vacances ?
Parce qu’il y avait beaucoup à faire pendant les vacances ?
Et ces tâches, c’était encore du farming.
Une fois le farming terminé, il me faudrait tenter le quatrième Abîme.
Le cinquième au deuxième semestre, le sixième en deuxième année…
Vaincre le Dieu maléfique avant la fin de mes études…
Est-ce que je serais pressé ?
Sans aucun doute.
Mais pourquoi ?
Il n’y avait aucune raison.
Rien ne se passerait si je ne terminais pas le Donjon des morts-vivants à ce moment précis.
Alors pourquoi voulais-je avancer, quitte à pousser Cecilia, Aren Bright et Mine ?
Au fond…
Qu’est-ce qui m’arrivera quand j’aurai terminé les sept donjons ?
Il y avait forcément eu quelque chose.
Une raison qui m’avait convaincu que je devais vite terminer les Donjons du Dieu maléfique.
Et pourtant, mon esprit semblait recouvert de brouillard, et je n’arrivais pas à m’en souvenir correctement.
Est-ce que j’étais moi aussi un élastique ?
À un moment, la main qui me retenait avait commencé à me caresser doucement les cheveux.
« Épée Funèbre, héros de l’Empire, peu importe comment on t’appelle : pour moi, tu restes mon disciple. »
Dans l’unité, elle m’ébouriffait souvent les cheveux, elle aussi.
« Je veux que tu sois heureux. Depuis le jour où je t’ai sauvé, alors que tu étais dans un état lamentable, dans ce donjon. »
À l’époque, son geste avait été brutal.
Malgré tout, à l’époque comme aujourd’hui, je la laissai simplement continuer à me caresser les cheveux.
Est-ce que je devrais… revoir mes plans ?
Le thé sur la table refroidissait.
⁎⁎⁎
Ma séance de conseil avec Adeline dura plus longtemps que prévu.
Je n’étais pas seulement venu m’allonger sur ses genoux.
Après un long moment, je lui demandai des conseils d’escrime, et elle accepta volontiers, même si cela enfreignait le règlement.
« Je vais parler à l’instructeur d’herboristerie et lui demander de suspendre la récolte d’Herbe de nuage violet quelque temps. Après avoir entendu ton histoire, je trouve ça dangereux. »
Elle me dit cela alors que j’allais partir.
« Je t’ai un peu malmené, mais Mine a aussi un problème. On dirait qu’elle aurait besoin de conseils. Je la ferai venir dès demain. »
J’avais beaucoup de raisons de lui être reconnaissant.
« Merci pour aujourd’hui. »
« Ce n’est rien. Passe quand tu as besoin de ta grande sœur. Tu peux aussi passer même si tu n’as pas besoin de moi. »
Elle sourit en tapotant sa cuisse.
Je ne répondis pas.
Quand je quittai le bureau d’Adeline, le soleil commençait déjà à se coucher.
Je déclinai son invitation à dîner.
J’avais prévu de manger avec Mine.
Je voulais lui dire de ne pas se tuer à la tâche en terminant des donjons et l’aider à se sentir moins sous pression.
Quand je sortis mon Noyau pour contacter Mine, plusieurs messages étaient déjà arrivés.
[Appel entrant - Raphaël]
[Appel entrant - Raphaël]
[Appel entrant - Raphaël]
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Raphaël était le Noyau des Abysses de Mine.
Pourquoi m’avait-il appelé autant de fois ?
J’essayai aussitôt de la rappeler, mais la communication ne passait pas.
Quelque chose n’allait pas.
Depuis la conquête du Donjon de la Poupée, le réseau de communication s’était amélioré dans tout l’Empire.
À moins d’être extrêmement loin, il y avait désormais très peu d’endroits où l’on ne pouvait pas capter.
Quelques heures seulement s’étaient écoulées depuis la fin des cours ; elle ne pouvait pas être allée si loin.
Il ne restait qu’une seule explication à l’impossibilité de la contacter.
… Elle est entrée dans un donjon ?
Au cours du dernier mois, il lui était arrivé d’entrer seule dans des donjons sous les traits de Rosia.
Mais…
Elle a dit qu’elle n’avait plus d’Herbe de nuage violet…
Elle ne pouvait pas entrer dans un donjon sans Herbe de nuage violet.
Non, elle ne le pouvait tout simplement pas.
Et pourtant, si je n’arrivais pas à la contacter, il n’y avait pas d’autre explication que son entrée dans un donjon.
Je me rendis aussitôt à la station de tram et interrogeai Renee, qui gardait les moutons.
Pour rejoindre un donjon depuis l’académie, il fallait prendre le tram ou le train.
Comme Renee avait des yeux partout dans la station, je pensai qu’elle saurait peut-être où Mine était allée.
『La sainte est partie en direction des Plaines des Anges.』
Les Plaines des Anges.
C’était là que se trouvait le Donjon du Mille-pattes.
C’était l’un des donjons supérieurs les plus difficiles, un donjon que Mine ne pouvait pas terminer seule.
『Elle n’avait pas l’air bien. Elle marmonnait aussi : « S’il vous plaît… s’il vous plaît… »』
Il s’était clairement passé quelque chose.
Quelque chose d’assez urgent pour la faire courir vers un donjon sans même prendre le temps de revêtir le masque de Rosia.
Je consultai immédiatement les horaires du tram pour les Plaines des Anges.
Le problème, c’était que les tramways à destination des Plaines des Anges passaient à des intervalles absurdes.
Deux heures et quarante-deux minutes ? Putain.
Tandis que je piétinais nerveusement, Renee eut un petit rire.
『Tu as besoin de mon aide ?』
Elle me tendit une main translucide.
Au cours du dernier mois, j’avais pu vérifier que mon hypothèse était juste.
Je pouvais entrer dans le Donjon de Halibal depuis n’importe quelle gare ou station où j’étais déjà allé, et, à l’intérieur du donjon, je pouvais me déplacer librement entre les lieux que j’avais enregistrés.
Renee voulait dire que nous pouvions entrer dans le donjon ici et en ressortir à la station des Plaines des Anges.
Je pris sa main.
『Tu comprends vite. J’aime ça.』
Dans cette sensation familière de flottement, le décor se transforma : nous étions dans le Temple de Cristal.
『Alors, où souhaitez-vous aller, cher client ?』
Sans hésiter, je désignai la porte marquée « Plaines des Anges ».
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>