Chapitre 66
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Traductrice/éditrice : Irevi
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Chapitre 66 : Amante
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« Le camp de base ? »
« Oui. Tu n’as pas dit qu’il fallait construire un camp de base pour conquérir le donjon ? »
Je lui avais répondu uniquement parce qu’elle m’avait posé la question.
Alicia avait ordonné à ses soldats de bâtir un camp de base dès la fin de notre conversation au café.
Apparemment, ses soldats étaient tombés sur cette succursale en cherchant un emplacement adapté pour le camp.
Elle savait vraiment faire bouger les choses. C’était impressionnant.
« Un bâtiment non répertorié se trouvait sur un terrain parfait pour installer un camp. Nous devions forcément enquêter. »
« C’est donc pour ça que tu as choisi cet endroit pour notre exercice pratique… »
« Comme tu en as parlé la première, je me suis dit que ça pourrait aussi faire office de sortie scolaire. »
« Ally a vraiment réponse à tout. »
Alicia parut ravie de mon compliment.
Combien de temps avions-nous encore couru ?
« Arrête-toi un instant. »
Elle sauta de mon dos, puis marmonna en examinant une branche curieusement pliée.
« C’est un repère laissé par l’un de mes soldats. La succursale doit être tout près. »
« Mais je ne vois aucun de ces soldats… »
« Tu as raison. Nous aurions dû les retrouver par ici… »
Alicia broya la branche dans sa main, le visage soudain fermé.
« Il leur est peut-être arrivé quelque chose. »
« Alors, dépêchons-nous. »
« Oui, tu as raison. »
Puis elle tendit de nouveau les deux bras vers moi.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Tu n’as pas dit qu’il fallait se dépêcher ? Présente-moi ton dos, voyons. »
« On dirait que ta paralysie est passée. »
Alicia eut l’air de comprendre qu’elle s’était trahie et se plaqua une main sur le front.
« …… Argh. La paralysie. »
« …… »
« …… Argh. La paralysie. »
« Pas besoin de le répéter. »
Pendant ce temps, Mine s’appuyait au sol et haletait à perdre haleine.
« Haa… haa… »
Contrairement à Alicia et sa maladie feinte, Mine semblait réellement à bout de souffle.
Elle avait toujours manqué d’endurance. Rien que de nous suivre jusque-là avait dû la pousser à ses limites.
Argh.
N’ayant pas le choix, je pris Mine dans mes bras.
« Hii, hiiii ! H-Halibal Velder ? »
« Accroche-toi bien. »
« Je suis un peu jalouse. Je peux monter devant, à la place ? »
« … Tu me prends pour une calèche ? »
Mine dans les bras et Alicia sur le dos, je fonçai sur le sentier de montagne.
C’était donc là que tout mon entraînement avec des poids portait ses fruits.
« Le trajet est devenu moins confortable, je ne sais pas pourquoi. On ne devrait pas échanger de place, finalement ? »
« Encore un peu de patience, s’il te plaît. »
Tu parles.
Après avoir franchi le sentier de montagne, nous arrivâmes devant une petite villa qui avait tout l’air louche.
Ah, c’était la treizième succursale. Elle existait déjà à cette époque.
J’ignorais son emplacement exact, mais dès que nous fûmes sur place, je m’en souvins.
Dans l’histoire originale, seules quelques succursales prenaient la forme de villas.
Je les déposai précautionneusement toutes les deux, puis scrutai aussitôt les environs à la recherche d’une présence.
Pour une raison ou une autre, je ne sentais personne dans la villa.
C’est étrange.
Un malaise grandit en moi.
Normalement, la porte aurait dû s’ouvrir à cet instant et des cultistes nous auraient attaqués les premiers.
C’était une quête plutôt simple. Éliminer les ennemis de base, entrer dans le bâtiment et détruire le sceau de la succursale.
« Ils ont peut-être pris la poudre d’escampette. »
« N-non… ! »
« Même si nous avons couru jusqu’ici à toute vitesse, ils ont pu disposer d’un autre moyen de communication. Ils se sont peut-être retirés dès que le contact avec le village a été coupé. »
« Halibal Velder, je suis désolée. C’est à cause de moi que nous avons mis du temps à arriver… »
« Ne t’en veux pas trop. »
Un peu quand même.
Je me concentrai de nouveau sur la villa.
Je ne parvenais toujours pas à sentir la moindre présence humaine à l’intérieur.
Il n’y a vraiment personne ?
« Quoi qu’il en soit, l’exercice est terminé. Nous avons pris les lieux sans verser une goutte de sang. »
« Mais les cultistes… »
« C’est regrettable d’avoir laissé filer les derniers, mais l’avidité mène au désastre. »
Alicia s’apprêtait à s’avancer vers la villa quand une étrange odeur me frôla les narines.
« Attendez. Vous ne sentez pas quelque chose ? »
Je les arrêtai toutes les deux sur-le-champ.
« Une odeur ? »
Je reniflai. Une fois, puis deux. J’en étais sûr.
Une odeur si sucrée qu’elle me faisait tourner la tête, mais qui avait quelque chose d’artificiel.
Un parfum divin, comme celui de fruits de saison bien mûrs ou de miel fraîchement raffiné, s’échappait de l’intérieur de la villa.
Attends, un parfum divin ?
Juste au moment où j’allais me rappeler quelque chose…
Criiic.
La porte de la villa s’ouvrit, laissant paraître une femme vêtue d’une robe somptueuse.
« Que faites-vous dehors, Princesse ? Entrez donc. »
Mine et moi portâmes aussitôt la main à nos armes en voyant cette inconnue.
Mais la voix d’Alicia nous arrêta.
« … Bennet. »
Elle plissa les yeux.
« L’une des soldats que j’ai chargées d’enquêter sur la succursale. »
« Une alliée ? Alors, les soldats ont peut-être déjà nettoyé la succursale. »
« Je l’espère. »
Alicia posa une main sur mon épaule.
« J’ai déjà misé. Tu as dit que tu ne sentais personne dans le bâtiment, n’est-ce pas, cadet ? »
Quand j’acquiesçai, elle reprit : « Alors, je te fais confiance. »
Elle lança un poignard sur Bennet, comme si elle l’avait sorti de nulle part.
La lame lui transperça la gorge et elle s’effondra sur place.
« Princesse ?! »
Mine eut le souffle coupé, mais Alicia poursuivit sans sourciller.
« Aucun de mes subordonnés ne m’appellerait familièrement “Princesse” dehors. Et aucun ne désobéirait à mon ordre de se contenter d’observer. »
« Dans ce cas… »
À cet instant, le corps effondré de Bennet reprit la parole.
« … Que faites-vous… dehors, Princesse ? Entrez donc. »
Mine examina Bennet et secoua la tête.
« … Cette personne est déjà morte. »
« Comme je le pensais. J’avais bien l’impression qu’elle n’était plus en vie. »
« Ah, tu le savais ? »
« L’air nocturne est glacial, pourtant je ne voyais pas son souffle. Je ne pouvais que me méfier. »
Le regard d’Alicia s’assombrit.
« … On dirait que le poisson à l’intérieur joue à des jeux, et je ne trouve pas ça particulièrement amusant. »
Une soldate morte la veille, vêtue d’une robe somptueuse et répétant la même phrase comme un PNJ.
Je regardai tour à tour cette scène grotesque et le parfum qui s’échappait de la villa.
Cette odeur écœurante, si sucrée.
Un pouvoir qui manipulait les morts comme des marionnettes.
… Ne me dites pas que…
Les pièces éparses s’assemblèrent dans mon esprit comme les morceaux d’un puzzle.
L’une des pires boss de l’histoire originale. Elle n’était apparue qu’après le deuxième semestre de la deuxième année et avait plongé d’innombrables joueurs dans le désespoir.
La quatrième Évêque du Culte de Tartare, Eliver Han, l’Amante.
C’était la boss du donjon de fin de jeu, la Cathédrale corrompue.
Vers le début du deuxième semestre de la deuxième année, l’Église des Dieux principaux avait soudainement dénoncé la Famille impériale.
Aren s’était rendu à Erandar pour enquêter, mais avait découvert que la Salle des Esprits blancs, le cœur d’Erandar, était déjà entièrement tombée entre les mains d’Eliver.
Après qu’Aren eut découvert son identité, elle avait transformé toute la Salle des Esprits blancs en un donjon baptisé la Cathédrale corrompue, puis avait affronté le joueur.
Chaque Évêque possédait des pouvoirs en accord avec le concept de son donjon.
Maliaas, du Donjon des bêtes, transformait les humains et les poupées en monstres bestiaux démoniaques, tandis qu’Eliver, du Donjon de la Poupée, pouvait changer les autres en poupées et les manipuler.
Son [Parfum divin] était une capacité de manipulation mentale à grande échelle. Ceux qui y étaient exposés longtemps voyaient leur esprit s’éroder et finissaient peu à peu par lui obéir.
Elle s’était servie de ce pouvoir pour transformer tous les prêtres de l’Église des Dieux principaux en marionnettes et les envoyer contre Aren.
Comme cela n’avait pas d’effet direct sur les combats, il m’avait fallu un moment pour le remarquer.
Mais ce n’était pas la seule raison pour laquelle Eliver était une boss aussi redoutable.
Son champ [Exclusivité de l’amour] s’activait dès le début du combat.
À l’instant où il se déclenchait, il manipulait l’esprit d’un allié et le poussait à attaquer le joueur.
Le personnage devenu hostile venait perturber les combos d’Arts et le timing des Bris avec une précision exaspérante. C’était incroyablement chiant, putain.
Elle n’aurait pas dû apparaître avant le chapitre cinq.
Elle n’avait aucune raison de se trouver dans une succursale aussi reculée à cette époque.
« Princesse, Mine ! Ne respirez surtout pas ce parfum à pleins poumons ! »
« C’est Ally ! »
« J-je suis Rosia… »
« Ce n’est pas important pour l’instant. Ce parfum pourrait éroder l’esprit. Retenez votre souffle autant que possible ! »
Je vérifiai aussitôt mon Noyau de l’Abîme.
Ma capacité unique n’est pas apparue. Nous pouvons encore fuir.
Si la personne à l’intérieur était bien Eliver, nous n’avions aucune chance à l’heure actuelle.
Affronter Eliver avec notre équipe actuelle et sans la moindre préparation reviendrait à nous suicider.
Dès que l’Exclusivité de l’amour s’activerait, l’un de nous deviendrait forcément notre ennemi.
Dans le pire des cas, je risquais de devoir tuer Mine et Alicia de mes propres mains.
J’attrapai aussitôt Alicia par la taille et Mine par le bras.
Mine me suivit sans résister, mais, pour une raison quelconque, Alicia refusa d’avancer.
« Où crois-tu aller, cadet ? Mes soldats sont là-dedans. »
Alicia prit un ton glacial.
« À voir l’état de Bennet, les autres soldats doivent s’y trouver aussi. Je ne peux pas abandonner leurs cadavres aux cultistes, qui en feraient des jouets. »
« Tu préfères la vengeance au bien commun ? »
« Cadet. S’il y a un haut dignitaire du Culte à l’intérieur, le laisser partir maintenant serait notre pire erreur. Si nous le laissons s’échapper, il reviendra et provoquera un désastre encore plus grand. »
Elle ajouta en fixant la villa : « Et je t’ai dit que j’avais misé sur toi. »
« …… »
« Si tu dis que c’est impossible, c’est que je me suis trompée dans mon jugement. »
« …… »
« Mais ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ? »
Avec son rire habituel, elle pénétra dans la villa sans hésiter.
« Kuhu. Ne t’inquiète pas. J’ai prévu quelque chose pour ce genre de situation. »
J’étais putain d’inquiet.
Dans le jeu original, je n’avais jamais vu une seule de ses préparations bien tourner.
Putain, sérieux.
N’ayant pas d’autre choix, Mine et moi suivîmes Alicia à l’intérieur.
Ah.
[Capacité unique - Action de rembobinage 0 / 3]
[※ La capacité unique ne peut être utilisée que lors des combats de boss.]
Je m’y attendais, mais elle apparut quand même.
J’aurais préféré ne pas voir ça avant, au moins, le Donjon des morts-vivants.
La villa était envahie d’un parfum sucré bien plus puissant qu’à l’extérieur.
Tandis que mon esprit commençait à s’embrumer, une salle couverte de cercles magiques inquiétants et de l’emblème du Culte apparut devant nous.
Les cadavres des soldats décoraient la salle.
En son centre était assise une beauté décadente aux formes séduisantes, ses cheveux noirs traînant jusqu’au sol.
Eliver Han, l’Amante.
« Je voulais attraper l’Épée Funèbre… mais j’ai pris au passage deux énormes poissons. Qu’en dites-vous, Princesse et sainte ? »
« Un poisson peut aussi attraper le pêcheur ? »
Alicia dénoua ses couettes.
« Tant mieux. À mon avis, celui-là n’est pas du tout mon genre. »
« Hé hé. Il était assez mignon, lui aussi. »
« J’ai dit qu’il n’était pas mon genre, pas qu’il n’était pas mignon. Espèce de pute. »
À ces mots, que personne n’aurait imaginé entendre sortir de la bouche de la Princesse, trois paires d’yeux se tournèrent vers Alicia.
Le visage d’Eliver se déforma sur-le-champ.
« Quelle Princesse mal embouchée. Mon invitation vous a plu ? »
« Je l’ai déchirée dès que je l’ai reçue. Je ne m’en souviens pas. »
Alicia sortit son éventail.
« Tu paieras de ta vie pour avoir profané mes soldats. »
« Je ne leur ai donné que de l’amour. Je les ai libérés d’une vie faite uniquement de souffrances et leur ai offert le don de l’extase éternelle. »
« Quel sophisme digne d’une pute. »
« Princesse… vous êtes bien pitoyable, vous aussi. Vous n’avez jamais reçu d’amour, alors vous ne savez sans doute pas non plus en donner. »
« La seule pitoyable ici, c’est toi. Mon épée va te démembrer. »
Alicia déploya son éventail et un mana rouge s’éleva comme un mirage de chaleur.
« Oh là là, quelle frayeur. Par “votre épée”, vous parlez de l’Épée Funèbre, là-bas, n’est-ce pas ? »
Le sourire inquiétant d’Eliver me glaça le sang.
« Vers qui cette épée se tournera-t-elle… vers mon cœur ou vers le vôtre ? »
« En quoi cela me concerne-t-il ? »
Au moment où Mine et moi dégainâmes, Eliver s’écria :
« Très bien. Parfait. Je suis Eliver Han, l’Amante, quatrième Évêque du Culte de Tartare. À présent, en leur nom, je vais vous aimer tous comme il se doit. »
À cet instant, les cercles magiques qui couvraient la salle émirent une lueur rouge sombre qui nous engloutit.
Le combat venait de commencer.
Des gemmes apparurent au-dessus de nos têtes.
… Exclusivité de l’amour ! Qui va être touché ?
Notre équipe était composée d’un attaquant, d’une soigneuse et d’une soutien.
La pire composition possible si c’était moi qui étais touché.
Les lèvres rouges d’Eliver bougèrent.
Putain.
Un choc me traversa le cerveau comme une pointe et me fit perdre le contrôle de mon corps.
Les mauvais pressentiments finissaient toujours par se vérifier.
Mon corps bougea tout seul et resserra sa prise sur mon épée.
Alicia et Mine se brouillèrent devant mes yeux tandis que la voix d’Eliver résonnait dans mon esprit.
Je t’aime.
Tuez-les.
N’aime que moi.
Alors que ma conscience s’évanouissait, je regardai les gemmes qui flottaient au-dessus de mes deux compagnes.
Des gemmes rouges flottaient au-dessus de mes deux compagnes.
À mon tour.
Épée incisive sur Mine…
BOUM !!
« …… Quoi ?! »
À cet instant, une immense balance rouge tomba du ciel et mon esprit vacillant retrouva sa clarté en un éclair.
Le doux parfum qui avait envahi la villa disparut comme s’il n’avait jamais existé.
Dans le même temps, les gemmes au-dessus des têtes d’Alicia et de Mine retrouvèrent leur couleur bleue d’origine.
Quoi ? L’Exclusivité de l’amour a bien fonctionné, non ?
Quand je levai les yeux, le mana qui s’écoulait des Écailles rouges frappées de l’emblème de l’Empire Cyrus s’insinua dans nos trois corps.
Non, attends. C’est…
« Cadet. Je ne t’ai pas dit que j’avais prévu quelque chose pour ce genre de situation ? »
Je regardai Alicia. Elle tenait un autre éventail, en plus de celui dont elle se servait d’habitude.
[Éventail divin - Hyperion (EX)]
[Arme exclusive d’Alicia Cyrus]
[Mana 77 / Défense 77]
[En entrant en combat, active le champ « Écailles rouges ». (Temps de recharge : une fois par jour)]
[Écailles rouges - Purifie toutes les altérations d’état qui affectent les alliés et augmente leurs statistiques en fonction des altérations purifiées.]
C’est son arme de fin de jeu…
Alicia adressa un sourire féroce à Eliver, qui était sous le choc.
« Ne surenchéris pas sur l’épée que j’ai été la première à convoiter, espèce de garce. »
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