Chapitre 65
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Traductrice/éditrice : Irevi
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Chapitre 65 : Comme prévu, ce n’est pas ici
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Je réajustai ma prise sur mon épée et m’approchai de la porte.
Alors que j’allais tourner la poignée, Alicia m’arrêta.
« Ça suffit. »
« … »
« Malheureusement, l’hostilité ne suffit pas à prouver qu’ils sont adeptes du culte. Sinon, cela voudrait dire que la Famille impériale en est infestée, non ? »
Une plaisanterie d’Alicia.
Euh… enfin.
J’avais beaucoup à dire, mais je décidai de garder tout ça pour moi.
« Si nous agissons avant qu’ils ne montrent les crocs, nous ne ferons que prouver notre propre hostilité. Nous les avertirons, tout simplement. »
« E-et alors, qu’est-ce qu’on fait… ? »
Alicia désigna du menton les montagnes visibles au-delà de la fenêtre.
« S’ils sont des tigres, nous sommes des dragons. »
Elle passa un bras autour de mon cou et se mit à fouiller mes vêtements d’un geste expert.
« Ah… ?! Votre Altesse ! Les Dieux principaux nous regardent ! »
« …Qu’est-ce que tu fais, exactement ? »
« Ne bouge pas. »
Sa brusque initiative me surprit, mais seulement un instant. Ce qu’elle sortit de ma poche, c’était une Herbe antidote que j’avais gardée depuis le cours d’herboristerie.
« Un dragon se ferait-il mordre par un tigre s’il gardait son sang-froid ? »
Les villageois n’étaient tout au plus que de simples adeptes.
On ne pouvait pas s’attendre à ce qu’ils possèdent la force martiale de Maliaas ou des évêques.
C’était pour cette raison que, dans le jeu original, ils tentaient d’empoisonner le groupe du protagoniste pendant le dîner.
Sans Ran, qui était immunisé contre le poison, le groupe devait combattre sous l’effet d’un affaiblissement dû au poison jusqu’à la fin de la quête.
Voilà pourquoi j’avais emporté des Herbes antidote.
« Ils ne sont pas forts. S’ils nous affrontaient de front, ils perdraient à coup sûr. S’ils nous veulent du mal et comptent passer à l’action, ils finiront forcément par utiliser du poison. »
Elle avait démasqué le piège que j’avais repéré grâce à ma connaissance du jeu original, simplement en observant et en déduisant.
« …Comme on pouvait s’y attendre de la part des Écailles rouges. »
« Kuhuhuhu. Les compliments d’un cadet sont particulièrement agréables. Tu peux m’en faire davantage. »
« Mais pourquoi avoir fouillé mes poches ? Il suffisait de me le demander… »
« Je préfère n’entendre que des compliments. »
Après avoir arraché une racine d’Herbe antidote et l’avoir tendue à Mine, j’en arrachai une autre pour l’offrir à Alicia.
« Ça va, merci. »
« Tu en as une autre ? »
« Non. »
Alicia répondit avec un sourire amer.
« Peu de poisons doivent pouvoir m’atteindre. Garde-la, au cas où. »
Je songeai à tout ce qu’elle avait dû subir pendant la lutte pour le trône impérial.
Les tentatives d’empoisonnement devaient être monnaie courante.
Quand je mis l’Herbe antidote dans ma bouche, son amertume envahit ma langue.
Une fois prêts, nous ouvrîmes la porte et suivîmes l’aubergiste jusqu’au rez-de-chaussée.
Des dizaines de villageois riaient et buvaient déjà au rez-de-chaussée de l’auberge.
Au milieu d’eux se tenait un vieil homme à la barbe qui lui descendait jusqu’à la poitrine.
C’était le chef du Village de Ronwood.
« Voici les mercenaires qui sont arrivés récemment dans notre village. »
Après la présentation de l’aubergiste, le chef nous souhaita la bienvenue avec un sourire affable.
« Allons, venez. Asseyez-vous par ici. »
Après que tout le monde se fut présenté, l’aubergiste nous conduisit à la table en plein centre de la salle.
Elle croulait sous les plats, alors que nous n’avions rien commandé.
Bientôt, on nous servit dans des verres l’alcool local qu’on nous avait promis.
Un alcool inconnu, d’un rouge cramoisi sombre.
La Flamme noire du Culte de Tartare avait exactement cette couleur.
« Eh bien, trinquons à l’arrivée des nouveaux mercenaires au Village de Ronwood ! »
Au cri du chef, tous les villageois levèrent leur verre d’un seul mouvement.
Leurs regards étaient braqués sur nous.
Au signal d’Alicia, je levai mon verre de liquide rouge sombre.
Après le toast, nous reposâmes nos verres et nous mîmes à manger.
Je continuai malgré tout à surveiller le chef et les autres villageois.
Ils ne nous quittaient toujours pas des yeux.
Comme des loups attendant que leur proie s’effondre.
« Hahaha ! Alors, que pensez-vous de la cuisine de notre village ? Est-elle à votre goût ? »
« Excellente. C’est l’un des meilleurs repas que j’aie mangés ces derniers temps. »
« Le canard est remarquablement réussi. »
Le temps passa.
Si les plats avaient été empoisonnés avec un poison mortel, les symptômes auraient déjà dû apparaître.
Pourtant, nous nous sentions parfaitement bien.
Enfin, le sourire disparut du visage du chef.
« …Pourquoi n’êtes-vous pas tous affectés ? »
Comme si sa voix glaciale avait servi de signal, tous les villageois de l’auberge se levèrent.
Ils tenaient chacun une arme.
En un instant, l’auberge qui résonnait de rires se chargea d’une épaisse intention meurtrière.
Mine et moi avalâmes ce que nous étions en train de mâcher, puis nous levâmes lentement.
« Qui sait ? »
La main sur l’épée à ma ceinture, je répondis au chef.
« Peut-être que le poison n’agit pas parce que la nourriture est trop mauvaise. »
« …Vous le saviez. »
« Avec toute cette hostilité qui émane de vous, comment ne pas s’en rendre compte ? Soyez plus aimable avec vos invités dans votre prochaine vie. »
La moquerie d’Alicia déforma le visage du chef de rage.
« Offrez ces salauds en sacrifice à notre dieu ! »
À son cri, tous les villageois de l’auberge se ruèrent sur nous, armes levées.
Toutes leurs armes étaient enveloppées de Flamme noire, rouge cramoisi.
La preuve irréfutable qu’ils étaient des adeptes du culte.
Plus besoin d’hésiter.
Mine fut la première à bouger.
Elle était prête.
« Que les Dieux principaux jugent ces imbéciles qui servent le Dieu maléfique ! »
Une lueur d’un blanc pur emplit la pièce à sa prière.
L’Enchantement sacré fut appliqué aux armes d’Alicia et à la mienne.
Nos épées resplendissaient d’une puissance sacrée.
C’était le signal.
Sans la moindre hésitation, je renversai la table d’un coup de pied et me ruai sur le chef.
Je tailladai les quelques adeptes du culte qui me barraient la route avec Exécution instantanée, puis criai :
« Ally ! J’ai besoin d’un bonus ! »
Maintenant que le combat avait commencé, ils essaieraient d’une façon ou d’une autre d’avertir la branche.
Notre plan consistait à empêcher jusqu’au dernier d’entre eux de s’enfuir, puis à détruire la branche avant la fin de la journée.
Pour cela, le bonus d’Alicia qui améliorait ma Fluidité était indispensable.
Pour une raison ou une autre, aucun bonus ne me parvint.
« Kuhuhuhu. »
Quand je me retournai, Alicia était assise par terre et riait d’un air gêné.
« Je t’ai dit tout à l’heure que peu de poisons pouvaient m’atteindre. »
« …Oui. »
« On dirait que celui-ci en fait partie. C’est probablement un poison paralysant. Je suis engourdie, je ne peux plus bouger. »
« ? »
« Ah, j’aurais dû prendre l’Herbe antidote, moi aussi. »
Tu te fous de moi, là ?
J’étais tellement abasourdi que je ne trouvais même pas quoi répondre.
N’ayant pas le choix, je hissai Alicia sur mon dos et brandis mon épée.
« Argh ! »
Les cris des adeptes du culte qui mouraient retentissaient tout autour de nous, mais la situation était mal engagée.
Même si Mine détestait les adeptes du Dieu maléfique, je ne pouvais pas attendre grand-chose d’elle, vu ce qu’elle avait montré dans le donjon.
Au bout du compte, toute l’opération reposait sur moi.
Et au moment où j’avais besoin d’un bonus de vitesse, je me retrouvais avec une bûche sur le dos.
« Accélère ! Ah, ils s’échappent ! »
« Je vous en prie, restez tranquille ! »
« Là-bas ! Il faut d’abord percer de ce côté ! »
Alicia se mit même à faire des claquettes sur la bûche.
…Je devrais peut-être juste la balancer ?
Puis le moment tant redouté arriva.
Les adeptes du culte avaient vu leurs compagnons mourir sans pouvoir se défendre sous les coups d’Exécution instantanée, et la peur envahit leurs yeux.
Quelques-uns se retournèrent et prirent la fuite.
On est fichus.
C’est alors que tout se produisit.
Boum !
Un éclair jaillit derrière moi et transperça le dos d’un adepte du culte en fuite.
C’était l’Appel sacré de Mine.
Cinq adeptes du culte se ruèrent sur elle en même temps.
« Rosia, par ici ! »
Je tendis aussitôt la main vers Mine, mais elle secoua simplement la tête.
Elle s’était emparée de la Masse Fracassant, désormais imprégnée d’Enchantement sacré.
Le visage de Mine se tordit à la vue de l’énergie démoniaque qui émanait des corps des adeptes du culte.
« Misérable blasphémateur ! »
Crac !
« Keurgh ! »
« … ? »
Mine abattit sa masse et fracassa le crâne d’un adepte du culte.
La Masse Fracassant, capable de broyer la carapace d’un monstre comme du tofu, venait de s’abattre sur une tête humaine.
La fille qui avait paniqué en voyant une simple araignée.
L’inutile Sainte qui n’avait pas fait la moindre victime en une semaine entière.
Cette même fille venait de faire éclater la tête d’un homme comme une pastèque, juste sous mes yeux.
Qu’est-ce qui se passait ?
Je n’étais pas le seul sous le choc.
Les quatre autres adeptes qui fonçaient sur Mine s’étaient figés, tout comme Alicia, sur mon dos.
Mine, en revanche, ne semblait pas troublée.
Tout en réajustant sa prise sur la masse, elle affichait le même dégoût que si elle regardait des insectes.
« Qui est le suivant ? »
La voix glaciale de Mine brisa la volonté de combattre des adeptes du culte.
« T-toi… ! Qu’est-ce que vous attendez ? Tuez-les tout de suite ! »
Profitant de cette ouverture, je pris appui sur le sol, Alicia toujours sur mon dos.
Fssht !
Mon épée fendit l’air et la tête du chef roula par terre.
Au même instant, Mine fracassa l’épaule d’un adepte qui se ruait sur elle avec sa masse.
Quelques minutes plus tard, nous étions les seuls à bouger dans l’auberge.
Je déposai Alicia avec précaution sur le sol.
Puis je regardai Mine, qui contemplait froidement les cadavres.
« … »
Ses yeux ne trahissaient ni remords ni culpabilité.
Elle avait déjà sorti une Herbe de nuage violet et l’avait mise dans sa bouche ; une légère fumée s’échappait de ses lèvres.
Elle sait faire ça, mais elle n’aurait pas pu s’y mettre plus tôt ?
Une Sainte capable d’écraser le crâne des adeptes du culte sans ciller, mais qui tremblait devant les donjons et les monstres.
Cette phobie des donjons à géométrie variable était ridicule.
Pourtant, quelque chose clochait.
Dans le jeu original, Mine détestait elle aussi les adeptes du culte, mais c’était surtout de la pitié et de la tristesse qu’elle ressentait.
Cette Mine était beaucoup trop violente.
Pour une raison ou une autre, mon regard revenait sans cesse à son Herbe de nuage violet, mais une affaire plus urgente nous attendait.
« Ceux de notre côté étaient bien plus compétents que prévu, et ceux d’en face bien plus incompétents. C’est grâce à ça qu’on a survécu. »
« Ally, tu n’aurais pas un peu de… ? »
« Ah. L’hésitation ne fait que devenir un poison. Une fois ta décision prise, tu dois agir sur-le-champ. »
Je parlais de conscience.
Malheureusement, je n’avais pas le temps de répondre à ces inepties.
Retenant un soupir, je pris la parole.
« Nous n’avons pas le temps. Il faut rejoindre la branche tout de suite, avant qu’ils ne soient prévenus. »
« Si, nous avons le temps. »
Alicia me tendit les deux bras.
Elle voulait que je la porte.
Hum. Comme prévu, elle n’en a pas.
Je remis Alicia sur mon dos.
Laissant derrière nous l’auberge tachée de sang, nous traversâmes le Village de Ronwood sous la nuit tombante et commençâmes à gravir le sentier de montagne.
Heureusement, je ne sentis personne nous suivre.
⁎⁎⁎
La branche du Culte de Tartare à Ronwood était une petite villa bâtie à mi-hauteur de la montagne.
À voir son apparence, personne n’aurait deviné qu’elle servait de repaire à des adeptes du culte.
À l’intérieur, pourtant, tout était différent.
Le manoir était empli d’un parfum enivrant, si dense qu’on avait l’impression que l’esprit se vidait dès qu’on baissait la garde.
Si cette branche ordinaire baignait dans une odeur aussi étrange, c’était à cause de l’arrivée d’une femme, deux semaines plus tôt.
Un immense cercle magique était gravé dans le sol.
Des soldats impériaux gisaient morts tout autour.
Ils faisaient partie d’une unité de reconnaissance qui avait découvert l’emplacement de la branche, observé ses mouvements, puis s’était fait capturer.
Le plus étrange, c’était que tous les cadavres, hommes comme femmes, étaient entièrement nus.
Mais surtout, leurs visages ne portaient aucune trace de douleur : ils affichaient au contraire une extase suprême, même dans la mort.
Au centre de cette scène grotesque se trouvait une femme, vêtue d’une tenue de soie noire qu’elle portait avec nonchalance.
Allongée sur le côté dans un long fauteuil, elle faisait tournoyer un verre rempli d’un liquide rouge.
« Ah, regardez-moi ces expressions magnifiques. »
D’un geste alangui, elle caressa la joue de la chevalière tombée la plus proche et murmura :
« Elles ont échappé à leur douloureuse réalité pour s’endormir dans un bonheur éternel. Voilà la plus grande marque de clémence et d’amour que notre culte puisse offrir. »
À cet instant, un adepte de rang inférieur entra dans la pièce et fit son rapport.
« Quatrième Évêque. Nous avons perdu le contact avec le village. »
« Oh là là. On dirait que nous avons de la visite. »
Elle avait été envoyée ici sur ordre du quartier général du Culte peu de temps auparavant.
La mort du Septième Évêque, Maliaas Geren, et la purification du Temple du Repos.
Elle était venue en renfort à la suite de ces événements successifs, qui n’auraient pas dû se produire si tôt.
En temps normal, dès qu’on découvrait l’emplacement d’une branche, ses membres effaçaient toute trace de leur présence et s’enfuyaient. Cette fois, le quartier général du Culte avait fait un autre choix.
Ils s’attendaient à ce que l’Empire envoie ici son épée la plus réputée pour rechercher les soldats disparus.
Parmi les épées de l’Empire, laquelle s’était montrée la plus efficace ces derniers temps ?
Rien d’autre que l’Épée Funèbre.
« Quelle chance. Je vais pouvoir les aimer ici. »
Un sourire rusé, pareil à celui d’un serpent, fleurit sur les lèvres de la femme.
Elle s’appelait Eliver Han.
C’était l’évêque qui dirigeait autrefois le Donjon de la Poupée, une femme qu’on surnommait couramment l’Amante.
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