Chapitre 61
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 61 : Tu n’es pas humaine, pas vrai ?
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Une semaine s’était écoulée depuis.
Mine avait-elle progressé, ne serait-ce qu’un peu, pendant ce temps ?
« Kiiiik ! »
« Aaaah !! »
Pas le moins du monde.
Mine était parvenue à ne tuer absolument personne pendant toute la semaine.
Waouh ! Un parcours sans aucun meurtre !
Elle portait une armure qu’aucun monstre-araignée n’aurait pu égratigner et tenait une baguette magique capable de fracasser le crâne d’une araignée d’un seul coup, et pourtant, elle n’avait tué personne !
Je me croyais plutôt patient, mais la voir s’effondrer en poussant un simple « Aaaah ! » chaque fois qu’une araignée lui fonçait dessus me faisait bouillir le sang.
Qu’une débutante soit maladroite, passe encore, mais même les joueurs aguerris ne supporteraient pas une débutante qui s’obstinait à ne pas écouter leurs conseils.
J’aurais préféré que mes éliminations lui rapportent automatiquement de l’expérience, comme dans le jeu original.
Un Partage d’expérience ne serait vraiment pas de refus.
L’image de sainte bienveillante qu’elle renvoyait cédait peu à peu la place à celle d’une sainte inutile.
Mine se tenait à l’entrée du donjon, à bout de souffle.
« Ha… Ha… »
Pourquoi reprenait-elle son souffle ? Qu’avait-elle seulement fait ?
C’était impressionnant, en un sens. Avec une telle allure, elle réussissait quand même à être parfaitement antipathique.
« … Comment s’appelait déjà votre ancienne Compagnonne ? »
« I-Inia… »
Je ne lui avais pas posé la question par curiosité.
J’avais simplement eu pitié d’elle.
Il faudrait que je trouve un moyen de me rattraper auprès d’elle, plus tard.
« Bon. On s’arrête là pour aujourd’hui. »
« J-Je suis désolée. Je vous déçois sans arrêt… »
Alors vous devriez le savoir.
Le cœur lourd, je levai les yeux vers le ciel.
Une semaine. Une semaine entière.
On aurait eu le temps de récupérer dix fragments en explorant des donjons.
Avec un peu de chance, on aurait même pu viser des fragments de rang trois.
Tout ce temps avait été gâché.
Demain, ils annonceront les affectations pour les travaux pratiques.
Nous étions presque au moment où il faudrait nous attaquer sérieusement aux donjons, mais à ce rythme, même cent jours d’entraînement ne nous feraient pas avancer.
À moins de mettre la main sur une salle de l’Esprit et du Temps ou je ne sais quoi, je n’avais aucune solution miracle.
Je suis vraiment dans la merde.
⁎⁎⁎
Le lendemain, à l’heure du déjeuner.
« Tu ne l’as pas choisie en sachant que ça arriverait ? »
« Je ne pensais pas que ce serait à ce point. »
« Le talent martial et le talent pédagogique sont deux choses différentes. Tu as peut-être surestimé tes propres capacités ? »
La première partie était vraie, mais je ne pouvais pas accepter la seconde.
J’aurais au moins voulu que Senia regarde Mine se débattre pendant une semaine avant de dire ça.
« Bien sûr que j’ai du talent dans les deux domaines. »
« Était-ce vraiment nécessaire de le préciser ? »
« Mais c’est étrange. C’est la première fois que Halibal nous parle de quelqu’un d’autre, non ? »
J’étais tellement frustré que je m’étais plaint sans m’en rendre compte.
Quand je levai les yeux, Senia me souriait comme à son habitude.
C’est vrai.
Je déjeunais avec les sœurs Ren.
À un moment, nous étions devenus des compagnons de déjeuner réguliers, tous les trois.
Contrairement aux travaux pratiques en donjon, les Compagnons jouaient un rôle plus secondaire dans les travaux pratiques spéciaux.
Autrement dit, nous n’avions pas besoin de rester avec eux à chaque instant de la journée.
C’était pourquoi nous avions laissé nos Compagnons derrière nous pour aller manger ensemble.
« Et alors, comment se passe ta relation avec ton nouveau Compagnon ? »
« J’en suis bien plus satisfaite que la fois précédente. Déjà, nous pouvons vraiment communiquer. »
« Tu n’es pas en très bons termes avec la Famille Reygal, si ? »
« Eugene Reygal n’est pas quelqu’un de mauvais, personnellement. Notre relation n’a rien à voir avec celle que nous avons avec la Famille Grace. »
Le nouveau Compagnon de Senia était Eugene.
Elle l’avait choisi elle-même, et Eugene avait accepté.
Senia s’entendait généralement bien avec les gens, à part Luna, et c’était aussi le cas d’Eugene.
Il parlait sans détour, mais c’était un noble qui savait bien s’entendre avec ceux qu’il respectait.
Quand même.
« Qu’est-ce qui te prend ? »
« Qu’est-ce qui me prend ? »
À côté de moi, Cecilia ne parvenait pas à retenir les rires qui lui échappaient.
Il suffisait de voir ses sourcils tressaillir comme des croissants de lune pour comprendre qu’elle était d’excellente humeur.
Elle n’avait jamais été comme ça, à la base.
Senia poussa un profond soupir.
« Je crois que Halibal a déteint sur Cecil. »
« Je n’ai rien fait. »
« Depuis que tu es allée dans un donjon avec elle, je n’arrive plus à savoir ce qu’elle pense. Regarde-la, même maintenant. Elle est comme ça depuis que Halibal a commencé à parler de Mine. »
« Ah bon ? »
« Tu sais pourquoi elle se comporte comme ça, Halibal ? »
Aucune idée.
Je fixai Cecilia. Elle enfourna un morceau de brocoli assaisonné, puis prit la parole avec un sourire malicieux.
« Alors… »
« ? »
« Tu veux dire que je te manque ? »
Hmm. C’était donc ça ?
Étonnamment, la seule réponse qui me vint fut oui.
Dame Cecilia. Vous me manquez.
Mais sa façon de le dire aussi franchement m’irrita pour une raison ou une autre. Au lieu de répondre, je pris mon plateau et me levai.
La vie du protagoniste devait être belle. Moi, j’étais coincé avec une sainte inutile.
« Si je te manque, dis-le. Je demanderai aux instructeurs si tu peux changer de Compagnon. »
Bien sûr que non.
Son sourire ne s’effaça pas, même lorsque je quittai la cafétéria.
Cet après-midi-là, tous les élèves de première année se rassemblèrent sur le terrain d’entraînement pour l’annonce des affectations aux travaux pratiques spéciaux.
Pour une raison ou une autre, des dizaines d’élèves s’étaient attroupés autour de Mine et de moi.
Ça arrivait de temps en temps, mais jamais avec autant de monde.
« Halibal Velder. J’ai entendu dire que vous comptiez conquérir un autre Abîme cette fois-ci. »
« Sainte Mine va vous accompagner, n’est-ce pas ?! »
« J’ai entendu dire que Mine vous l’avait demandé la première. »
Mine prit un air sombre sous cette avalanche de questions.
Elle était déjà déprimée parce qu’elle ne répondait pas à mes attentes ces derniers temps. Se retrouver soudain sous les feux des projecteurs devant tant de monde ne pouvait que lui mettre la pression.
Un élève avenant se pencha vers moi pour me demander :
« Halibal, cette rumeur est vraie ? »
Je tournai la tête pour chercher Pasha, qui devait se trouver dans les environs.
Comme je m’y attendais, elle nous fusillait du regard depuis un coin, aux côtés de son Compagnon.
La rumeur s’était donc vraiment répandue.
Une semaine, c’était même long.
« La rumeur… »
« Très bien ! Tout le monde, silence ! »
Adeline fit taire tout le monde en tapotant la pile de feuilles posée sur le bureau.
Elle ne prit la parole qu’après s’être assurée que les élèves avaient regagné leur place.
« Vous avez tous eu une semaine pour vous habituer à vos nouveaux Compagnons, n’est-ce pas ? »
« Oui ! »
Les élèves poussèrent une clameur tonitruante.
Pourquoi vous étiez tous les seuls à vous être habitués ? Moi, pas du tout.
« Avancez quand j’appellerai votre nom pour récupérer votre affectation. Et sachez que je vous déconseille de la révéler à qui que ce soit d’autre qu’à votre Compagnon. »
Les affectations aux travaux pratiques spéciaux étaient attribuées individuellement, en fonction des capacités de chaque élève.
Naturellement, si leur contenu venait à être connu, des concurrents pourraient chercher à entraver leur accomplissement.
Les élèves qui reçurent leur affectation réagirent de toutes sortes de façons.
Soupirs de soulagement, gémissements de désespoir, protestations franches et sourires satisfaits.
Mine et moi attendions notre tour quand Adeline déclara quelque chose d’inattendu.
« Halibal et Mine. Je suis désolée, mais je vous remettrai votre affectation séparément, un peu plus tard. Nous sommes en train d’en discuter. »
« … Ah, vraiment ? »
« Il a fallu que tu choisisses les plus célèbres ! Toi, je devrai te voir en privé plus tard ! »
Quelques élèves murmurèrent en entendant le ton familier d’Adeline, mais cela ne fit pas grand bruit.
C’était clairement un traitement de faveur, mais même si je détestais devoir l’admettre, j’étais désormais un élève qui le méritait.
La plupart des gens semblèrent l’accepter sans broncher.
Les paroles d’Alicia, une semaine plus tôt, me revinrent naturellement à l’esprit.
Nous conquerrons sans faute le troisième Abîme pendant cette période de travaux pratiques.
Elle devait probablement s’efforcer de nous obtenir une affectation liée à la conquête d’un donjon.
Après la distribution des affectations et la fin des cours, j’entraînais Mine vers le Donjon de l’Araignée comme une vache qu’on mène à l’abattoir quand je sentis une présence familière près de l’entrée.
Je me retournai. Quelqu’un, vêtu d’une robe noire et les épaules voûtées, nous attendait.
Des cheveux roux dépassaient clairement de sa capuche.
« Aînée, vous attendiez que nous sortions ? »
« … On te dit souvent que tu ne comprends rien ? »
Pour une fois, c’était Alicia qui n’avait rien compris.
Ayant raté son entrée, elle n’eut d’autre choix que de s’avancer, les bras croisés.
« Prends ça. »
Elle me tendit un bout de papier pincé entre le pouce et l’index.
Il s’agissait évidemment d’une affectation pour les travaux pratiques.
Juste avant que je ne le déplie, elle ajouta :
« Je te préviens tout de suite : il ne s’agit pas d’une mission dans un donjon. »
« ? »
« C-C’est vrai ? »
Nos réactions furent complètement opposées.
Mine était ravie.
Moi, pas du tout.
N’avait-elle pas fanfaronné en prétendant que je n’avais aucune raison de m’inquiéter, avant de disparaître ?
« On n’y peut rien. De plus en plus de groupes s’opposent à vos conquêtes de donjons, petit frère, et certains instructeurs s’inquiètent sincèrement de l’état de petite sœur Mine. »
« Alors pourquoi toute cette assurance, tout à l’heure ? »
« Tu comprendras quand tu l’auras lu. »
Je dépliai le papier et lus ce qui y était écrit.
[Avis d’affectation aux travaux pratiques spéciaux]
Membres de l’équipe : Halibal Velder, Mine Rose
Observatrice spéciale : Alicia Cyrus
[Présentation]
Une branche du Culte de Tartare a été découverte à mi-hauteur des monts de Ronwood.
L’objectif de cette mission est d’accomplir l’une des tâches suivantes.
1. Réprimer et éliminer tous les cultistes affiliés à cette branche.
2. Anéantir complètement la base de cette branche.
[Remarques]
Ces travaux pratiques reproduisent une véritable situation de combat. Dans votre rapport, vous devrez exposer les motifs de vos décisions stratégiques et détailler le déroulement de l’opération.
Je me surpris à me frotter le menton de ma main libre.
Mine poussa elle aussi un petit gémissement.
Je repliai le papier et reposai ma question.
« Alors pourquoi toute cette assurance, tout à l’heure ? »
« T-Tu n’as pas besoin de me poser deux fois la même question ! »
J’avais mal au crâne.
Pourquoi m’apporter ça maintenant ?
Une branche du Culte de Tartare.
J’avais eu affaire à l’une d’elles quand j’étais tombé dans ce monde. J’avais donc prévu d’en anéantir une un jour.
Mais je n’en avais pas envie, là, tout de suite.
Dans le jeu original, la quête visant à démanteler une branche du culte n’apparaissait qu’après la conquête du troisième donjon.
À ce stade, on la proposait sous forme de prime à Aren Bright, qui était devenu assez fort pour être considéré comme un combattant de premier plan.
Pourtant, la récompense se résumait à de l’argent, et les cultistes rencontrés n’étaient que des ennemis génériques qui ne laissaient même pas tomber d’objets rares.
C’était une quête inefficace, qui exigeait une force de combat considérable sans pour autant atteindre le niveau d’un Abîme.
Et ils confiaient ça à un élève de première année ?
Ils ne venaient pas de dire qu’ils s’inquiétaient pour Mine ?
« Mine porte le titre de sainte, après tout. Avec l’affaire récente impliquant l’Église des Dieux principaux, c’est probablement pour ça qu’on nous a confié cette mission. »
« Quand même, démanteler une branche du culte ? Ce n’est pas une mission où l’on risque sa vie ? »
« Tu t’en inquiètes beaucoup, petit frère. J’ai entendu quelqu’un dire que risquer ta vie était ton passe-temps. »
« Qui a dit ça ? »
« Cecilia Ren. »
Cecilia, tu m’as vendu ?
Je ne la laisserais pas s’en tirer comme ça.
« Ne t’en fais pas trop. D’après l’enquête, les forces sur place ne sont pas particulièrement puissantes. »
« Dans ce cas, ceux qui ont mené l’enquête ne pourraient-ils pas s’en charger eux-mêmes ? »
« Si une troupe importante intervenait, ils prendraient leurs jambes à leur cou, non ? »
… C’est vrai.
J’avais déjà dénoncé à l’armée la branche où j’avais été emprisonné.
Mais lorsque j’étais revenu avec des soldats, elle avait disparu sans laisser de traces.
Ils avaient dû abandonner leur base dès qu’ils avaient appris que je m’étais échappé.
« C’est plutôt pour toi que je m’inquiète, petit frère. »
« Pourquoi ? »
Une lueur étrange apparut soudain dans les yeux d’Alicia.
« Est-ce que… tu as déjà tué quelqu’un ? »
« … »
Avais-je déjà tué quelqu’un ?
Oui. Une fois, juste après mon arrivée dans ce monde.
Malgré tout, je ne répondis pas.
Cecilia avait porté le coup de grâce à Maliaas. Officiellement, je n’avais donc jamais tué personne.
Répondre oui sans réfléchir n’aurait fait qu’éveiller inutilement les soupçons.
Bien sûr, mon silence risquait tout autant de me trahir.
« … Je vois. Je ne sais pas si je dois dire que c’est une bonne ou une mauvaise chose. »
Elle sembla comprendre le sens de mon silence et baissa les yeux, dont le regard était perçant.
Dans ces moments-là, la princesse un peu tête en l’air ressemblait à Écailles rouges.
Fiou. Quelle vie.
Je soupirai intérieurement et désignai discrètement Mine.
« Même si nous n’avons pas le choix pour cette mission… qu’en est-il de Mine ? Elle n’arrive même pas encore à entrer correctement dans un donjon. »
Comment quelqu’un qui avait paniqué toute la semaine dans le Donjon de l’Araignée pourrait-il tuer une personne ?
Alicia me regarda comme si je venais de dire une absurdité.
« De quoi tu parles, petit frère ? Depuis quand une branche du culte est-elle un donjon ? »
« … ? »
À bien y réfléchir, elle avait raison.
Même si l’Académie de la Fin tournait essentiellement autour des donjons, il existait aussi des terrains ordinaires.
Si les monstres n’existaient que dans les donjons, l’humanité n’aurait aucune raison de se méfier de l’Abîme du Dieu maléfique.
L’énergie démoniaque qui s’échappait des donjons contaminait les terrains ordinaires, où des monstres apparaissaient donc aussi, quoique beaucoup moins nombreux. Les donjons et les terrains étaient des espaces bien distincts.
Mais au fond, ça revient au même, non ? Sa phobie des donjons ne s’applique vraiment qu’aux « donjons » ?
Impossible.
Mine, qui avait suivi notre conversation, prit alors la parole d’un ton parfaitement calme.
« … Je crois que ça ira tant que ce n’est pas un donjon. »
« … Vraiment ? »
Je lui posai la question, stupéfait.
Elle n’avait plus la moindre trace d’incompétence.
Pour la première fois depuis bien longtemps, elle avait plutôt l’air d’être la Sainte de l’Empire.
« Oui. Et je ne pense pas que vous ayez à vous inquiéter outre mesure à l’idée de tuer des gens. »
Mine hocha la tête, puis ajouta :
« Les fidèles du Dieu maléfique ne sont pas humains, pas vrai ? »
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