Chapitre 58
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 58 : Tu vas te servir de moi ?
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« Aren ? Pourquoi ? »
« Pourquoi m’avoir recommandé Aren ? »
« Parce qu’Aren est gentil, appliqué et fort. Je pense que vous vous entendrez bien, tous les deux. »
À la réponse de Halibal, Cecilia en eut la certitude.
… Cet homme ignore complètement qu’Aren est une femme, pas vrai ?
Bien sûr, Cecilia elle-même n’avait pas réussi à deviner le sexe d’Aren en se fiant uniquement à son apparence.
Elle ne s’en était rendu compte qu’après lui avoir tenu la main.
Ce n’était qu’en recoupant tous les indices révélés par les gestes d’Aren qu’elle avait fini par comprendre.
Sur les registres, Aren était même inscrit comme un homme, et personne à l’Académie ne semblait croire qu’elle était une femme.
Il restait étrange que Halibal, qui partageait sa chambre depuis un mois, ne s’en soit pas aperçu.
Cecilia faisait confiance à Halibal.
Comme personne, comme homme et, surtout, comme épéiste.
Il était certes obtus, mais uniquement en matière de relations.
Ses sens n’étaient pas assez émoussés pour qu’il soit incapable de distinguer le sexe de quelqu’un.
Elle ne pouvait en tirer qu’une seule conclusion.
Pour une raison ou une autre, Halibal était fermement convaincu qu’Aren était un homme, ou estimait qu’elle devait l’être.
Il doit avoir ses raisons de le croire.
Et tant que Halibal penserait ainsi, mieux valait éviter de lui révéler la vérité à la légère.
Aren avait probablement ses propres circonstances, et ne semblait pas éprouver de sentiments amoureux pour Halibal, du moins pour l’instant.
Une révélation inutile ne ferait que semer le trouble.
Cela signifiait sans doute qu’il n’y avait jamais eu d’« affaire déplaisante », comme Cecilia l’avait craint.
Halibal avait probablement recommandé Aren par pure bonté d’âme.
Pour elle.
« Vous avez eu des… problèmes à vivre avec cette fem… ce type ? »
« Des problèmes ? Pas vraiment… »
Mais c’était une chose, et celle-ci en était une autre.
Il partageait sa chambre avec une femme qui n’avait aucun lien de parenté avec lui ?
Depuis un mois entier ?
« Ah. »
« Il y a bien eu quelque chose, hein ? Je le savais ! »
Et il continuerait jusqu’à ce que le manoir soit terminé ?
« Il ne cherche pas vraiment à me parler. Il semble bien s’entendre avec tout le monde, mais il m’évite particulièrement. Si ça ne vous dérange pas, pourriez-vous lui demander pourquoi ? »
Si cela avait concerné sa propre chambre, ç’aurait peut-être été différent, mais Cecilia ne pouvait absolument pas tolérer une telle chose.
« … D’accord. Laissez-moi m’en occuper. »
« Merci. Je compte sur vous. »
« Bien sûr. Je vais découvrir en détail… ce que ce type manigance vraiment. »
« Ce n’est pas la peine d’aller aussi loin. »
Une fois son épée tirée, elle n’avait pas l’intention de la rengainer.
Encore mieux. Cette distance me convient à merveille.
Si quelqu’un s’en mêlait, elle les trancherait tous.
Maintenant qu’Aren est devenue ma Compagnonne, je peux régler à ma guise la distance entre eux.
Sa décision prise, la lumière revint dans ses yeux, jusque-là assombris.
« Ah ! Si cela ne vous dérange pas, est-ce que je pourrais venir vous voir dans votre chambre de temps en temps ? Aren m’a donné son accord, mais vous partagez aussi cette chambre. »
« Venez aussi souvent que vous le voulez. Ce n’est pas comme si j’étais le propriétaire de la chambre et, si Aren vous a donné son accord, je n’ai aucune raison de vous en empêcher. »
Avec son sourire habituel, Cecilia abattit son épée sans hésiter.
« Alors, c’est entendu. »
Ayant obtenu sans difficulté l’autorisation de lui rendre visite, ils continuèrent à discuter comme à leur habitude.
La conversation finit bientôt par porter sur Mine.
« Au fait, comment va Mine ? Elle avait l’air terriblement nerveuse quand vous l’avez choisie. »
« Elle finira par s’améliorer. »
« Vous comptez explorer des donjons à deux ? »
Cecilia était secrètement soulagée qu’il ait choisi Mine.
Le raid du Donjon de la Poupée lui avait appris une chose très clairement.
La magie contenue dans un donjon.
La magie d’un donjon troublait le cœur des hommes et faisait remonter leurs désirs les plus profonds.
Alors, explorer un donjon seule avec Halibal, c’était risquer de voir apparaître une nouvelle rivale amoureuse.
Mais avec Mine, qui avait la phobie des donjons, il serait difficile que leur relation évolue comme celle que Cecilia entretenait avec lui.
À la question de Cecilia, Halibal se gratta la joue, embarrassé.
« Pas à deux. »
« Hein ? Les cours de Compagnon se font généralement par deux. »
« Je suppose qu’on m’a catalogué comme fauteur de troubles. Le conseil m’a affecté un étudiant de classe supérieure. C’est sans doute pour me surveiller. »
« Un étudiant de classe supérieure ? Qui ? »
« La Princesse Alicia. »
« Beurk. »
Le visage de Cecilia se décomposa.
La Maison Ren était l’un des deux piliers de la faction impériale.
Sa famille ayant de nombreuses relations avec la maison impériale, Cecilia avait eu maintes occasions de rencontrer Alicia après son retour au domaine principal.
Pour Cecilia, la Princesse Alicia, comment dire ?
Une bête noire jusqu’au cœur.
Si Cecilia fixait trop longtemps le regard d’Alicia, elle avait l’impression qu’au moindre relâchement, elle deviendrait une marionnette obéissant à ses désirs.
Ce n’était pas sans raison qu’elle avait hérité si jeune du sinistre surnom d’Écailles rouges.
Alors, on en est finalement arrivé là.
Pour une raison quelconque, Alicia s’intéressait de près à Halibal depuis des années.
À bien y réfléchir, elle avait déjà interrogé Cecilia et Senia avec insistance à son sujet.
À son attitude, Cecilia avait instinctivement compris qu’elle voulait mettre une laisse au cou de Halibal.
« Faites attention à ne pas la laisser se servir de vous, dame Cecilia. On dit que c’est un monstre de la maison impériale. »
« Un monstre… »
Halibal se plongea dans ses pensées, l’air perplexe.
Quand il prenait cet air-là, il avait l’air si vulnérable.
Bon. Je n’ai pas le choix. Je dois le protéger.
Résolue, Cecilia leva soudain les yeux vers le ciel.
Des choses auxquelles elle n’avait jamais prêté attention jusque-là lui revinrent à l’esprit.
Elle-même et Senia, Mine et Aren.
Et la Princesse Alicia, elle aussi.
Il n’y aurait pas… un peu trop de femmes autour de lui ?
⁎⁎⁎
Un monstre, hein.
Les paroles de Cecilia me trottèrent dans la tête pendant tout le trajet jusqu’à mon rendez-vous avec Alicia.
Sa réputation était toujours aussi impressionnante.
À mon avis, c’est juste de la chance.
Cela dit, sa réputation n’était pas entièrement usurpée.
L’Alicia du jeu original n’était pas incompétente.
Elle était exceptionnelle, mais avait parfois tendance à manquer de prudence.
Cette Alicia avait misé sur moi depuis très longtemps.
Bien avant qu’elle ne commence à investir dans Aren, dans le jeu original.
Et j’avais bel et bien obtenu des résultats.
Alors peut-être étais-je celui qui avait renforcé l’opinion que le public avait d’elle.
Quand j’arrivai au lieu de rendez-vous, le café était plongé dans le noir, alors qu’il faisait grand jour dehors.
Je regardais autour de moi quand un projecteur s’alluma au-dessus d’une petite scène, dans un coin du café.
Tadam, tadam.
Alicia apparut sous la lumière, accompagnée d’une majestueuse musique classique.
« Je vous attendais. »
Je hochai la tête malgré moi.
Elle avait vraiment l’air de m’avoir attendu.
« Vous avez réservé tout le café ? »
« C’est la première fois que nous nous retrouvons seuls, mon jeune ami. N’est-il pas normal d’y mettre les formes ? »
Alicia applaudit doucement, et des plats, les uns après les autres, commencèrent à sortir de l’arrière-salle.
« Je ne connaissais pas vos goûts, alors j’ai demandé aux meilleurs chefs que je connais de tout préparer. Servez-vous autant que vous voulez. »
Voilà ce que c’était, manquer de prudence.
Ce n’était même pas encore l’heure du dîner, et c’était clairement un café.
Pourquoi servait-on soudain un repas complet ?
« Merci. »
Cela dit, je n’avais aucune raison de refuser un bon repas.
Je me mis aussitôt à manger, tandis qu’Alicia posait le menton dans sa main et m’observait d’un air équivoque.
Rah, c’est gênant. Pas étonnant que les gens se fassent des idées.
Une princesse qui me regardait comme ça.
N’importe qui aurait cru qu’elle avait une arrière-pensée.
Mais je savais ce qu’il en était.
Derrière ce regard perçant ne se cachait pas un monstre à trois têtes et six bras, mais un chat tout simple.
Cette attitude étrangement digne n’était, elle aussi, qu’un masque.
Alicia se disputait le droit de succession avec le prince.
Au cours de cette lutte, elle avait échappé à de nombreuses tentatives d’assassinat, et ses proches avaient été éliminés ou pris pour cible.
Elle avait donc choisi de ne laisser personne découvrir ses faiblesses.
Elle faisait en sorte que chaque relation qu’elle nouait paraisse aux yeux des autres comme une carte qu’elle pouvait jeter à tout moment.
Résultat : il ne lui restait personne à qui ouvrir son cœur, mais cela lui convenait.
Dès qu’elle se rapprochait de quelqu’un, cette personne devenait une nouvelle cible.
Dans le jeu original, les moments où elle semblait manquer de prudence tenaient plutôt aux erreurs qu’elle commettait en cherchant à tout prévoir à la perfection.
Quand on essaie de s’occuper de trop de choses, il y en a forcément qui passent entre les mailles du filet.
Et, par malchance, ces oublis finissaient toujours par provoquer des catastrophes.
« Savez-vous pourquoi je vous ai convoqué ici à part, mon jeune ami ? »
« Je n’en suis pas sûr. »
La manière dont elle me traitait à présent devait être du même ordre.
Chacune de ses paroles et chacun de ses gestes avaient probablement été minutieusement calculés.
Après avoir bu une gorgée de café, Alicia posa un fragment de niveau 2 sur la table.
« Voici un fragment synthétisé hier avec ce qu’on appelle la machine Alicia. »
« … »
« Vous n’êtes pas très doué pour trouver des noms. À votre place, j’aurais appelé ça un Convertisseur de fragments. »
Exactement.
« Elia Work m’a parlé de vous. Il semblerait que vous m’ayez beaucoup aidée sans même que je m’en rende compte. Votre réputation s’est étendue jusque dans des endroits que je ne pouvais pas voir, alors je vous ai fait venir pour vous remercier. »
« Je n’ai fait que ce que je devais faire. »
« Ce que vous deviez faire… »
Alicia sembla réfléchir un instant, puis elle me regarda droit dans les yeux et prit la parole.
« Pourquoi en faites-vous autant, mon jeune ami ? Voulez-vous devenir l’épée de l’Empire, ou poursuivez-vous un autre objectif ? »
« Rien de tout cela. En tant que citoyen de l’Empire, je ne peux tout simplement pas fermer les yeux sur les menaces qui pèsent sur lui. »
« En tant que citoyen de l’Empire, dites-vous ? »
Elle se pencha en avant.
« Alors, à votre avis, que devrait faire l’empereur de l’Empire en ce moment ? »
Ses yeux dorés brillèrent.
C’était le genre de question qui ferait perler des sueurs froides dans le dos de n’importe quel noble ordinaire.
Quelle que soit la réponse, il serait facile de la critiquer. À quoi pouvait-on s’attendre, quand celle qui posait la question était la princesse surnommée Écailles rouges ?
Je connais cette question.
Bien sûr, cela ne s’appliquait pas à moi.
Elle pensait probablement avoir lancé une question redoutable, mais je connaissais la réponse.
Le problème, c’est qu’elle avait posé cette question à Aren.
Pourquoi Alicia était-elle si obsédée par le droit de succession ? Que désirait-elle vraiment ?
La réponse était simple.
Vaincre le Dieu maléfique et ramener la paix dans l’Empire.
Les autres ne s’en rendaient peut-être pas compte, mais elle avait toujours œuvré pour atteindre cet objectif banal et évident.
L’Empire avait, à sa manière, tenu bon tout en laissant l’Abîme du Dieu maléfique sans surveillance.
Sur les lignes de front, les soldats s’épuisaient à repousser l’énergie démoniaque et se faisaient parfois tuer par des monstres, tandis que le cœur de l’Empire demeurait en paix.
Dans cette paix illusoire, la maison impériale, les nobles et l’Église avaient passé des années à ne penser qu’à remplir leurs poches. À leurs yeux, préserver le statu quo suffisait.
Mais Alicia devait savoir que cette situation ne pouvait pas durer éternellement.
Pour briser les chaînes du Dieu maléfique de son vivant, elle aurait besoin d’un pouvoir absolu.
Je connaissais ses véritables sentiments ; la réponse que j’allais lui donner était donc déjà toute trouvée.
« Il faudrait déployer des bâtisseurs et des soldats autour des monts de Ronwood. »
« … Pourquoi ? »
« Pour construire un camp de base en vue du raid du troisième Abîme du Dieu maléfique. »
Le visage d’Alicia se figea.
« … Mon jeune ami. Ai-je bien compris ? Nous venons à peine de lancer un raid contre le deuxième Abîme, et vous voulez déjà vous attaquer au troisième ? »
Le Donjon des morts-vivants était vaste ; il nous faudrait donc nous préparer à un long combat.
En comptant le farm, deux mois ne suffiraient tout juste pas, d’après le jeu original.
C’était pour cette raison qu’il fallait construire un camp de base au plus vite, afin de réduire les trajets inutiles.
Au lieu de répondre, je hochai la tête. Alicia me fixa, l’air absent, pendant un long moment, puis le coin de sa bouche se mit à tressaillir.
« Non. Ce n’est pas ce que l’empereur devrait faire en ce moment. »
Une passion ardente s’alluma dans ses yeux.
Bang !!
Elle posa un petit certificat sur la table.
Le document portait l’emblème de la banque de Nevil, mon nom et une somme comportant plus de zéros que je ne pouvais en compter.
« Cette somme aurait dû vous revenir. Je l’ai récupérée auprès de ces vermines qui s’en servaient pour remplir leurs propres poches. »
Comme je le pensais. On m’en avait bel et bien détourné une partie en cours de route.
Même en tenant compte de cela, la somme restait énorme.
« Considérez le reste comme une compensation pour le raid du deuxième Abîme. Cela reste bien trop peu au regard de votre contribution. »
Alicia inspira profondément avant de poursuivre.
« Ce que l’empereur doit faire à présent, c’est accorder une récompense à la hauteur de ses mérites au héros qui se bat pour l’Empire. Et… se tenir à ses côtés sur les lignes de front pour mener les autres. »
« Kuhu-hu », fit-elle à voix basse en tirant l’éventail glissé à sa taille.
« Quiconque est incapable de faire ne serait-ce que cela est indigne d’être empereur. N’est-ce pas ? »
Dans un sifflement, une puissance magique rouge s’éleva de l’éventail comme une brume et entra en résonance avec son Noyau de l’Abîme.
« Moi, Alicia Cyrus, princesse de l’Empire Cyrus, vais placer ici et maintenant le plus grand pari de ma vie. »
« … »
« Pendant ces deux mois de stage spécial, je m’engage à me consacrer entièrement au raid du troisième Abîme du Dieu maléfique aux côtés de Sir Halibal Velder, l’épée de l’Empire. »
« … Vous en êtes certaine ? »
« Kuhu-hu. »
Elle ricana.
« À vrai dire, j’ai placé mon pari il y a bien longtemps. Il est trop tard pour me retirer. »
« Ah, oui. »
Alors pourquoi en parler ?
« Vous devriez donc vous préparer vous aussi, mon jeune ami. Désormais, j’ai bien l’intention de me servir de vous à fond pour les raids dans les donjons. »
À peine eut-elle fini de parler que le projecteur éclairant la scène commença à se rétrécir.
Alicia se leva, puis monta sur scène avec un sourire captivant dans les yeux.
Tandis que l’obscurité envahissait le café, sa voix s’éleva depuis les ténèbres.
« Au fait, mon jeune ami. Savez-vous ce qu’est un consort impérial ? »
Comme je ne répondis pas, son rire en « kuhu-hu » résonna dans l’obscurité, telle une ombre.
Après avoir constaté qu’elle avait complètement disparu, je m’adossai à ma chaise et baissai les yeux vers la table.
Non mais, pourquoi éteindre toutes les lumières alors que j’étais en train de manger ?
Je souris en regardant l’endroit, en face de moi, où elle s’était volatilisée.
Te servir de moi ? C’est plutôt moi qui devrais dire ça.
Quand j’avais appris qu’Alicia rejoindrait le groupe, j’avais été profondément surpris.
J’avais paniqué, sans savoir quoi faire.
Mais cette surprise n’avait rien eu de désagréable.
J’étais simplement heureux à ce point.
Je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle nous rejoigne aussi vite.
La puissance magique d’Alicia était insignifiante par rapport à celle de Cecilia ou de Luna.
Sa puissance d’attaque était également très inférieure à celle d’Aren, de Ran, de moi-même ou de Senia.
Elle ne pouvait pas non plus soigner ou encaisser les coups comme Mine ou Eugene.
Meilleur personnage de soutien de l’Académie de la Fin, Alicia avait rejoint le groupe tard dans le jeu original et avait tout de même réussi à s’imposer comme héroïne.
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