Chapitre 56
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 56 : Mais qu’est-ce que tu fous, espèce de salope ?
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Le lendemain après-midi, tous les étudiants de première année s’étaient rassemblés sur le terrain d’entraînement pour découvrir les résultats du stage en donjon.
« Dix-septième… ! C’est pas mal, non ?! »
« Pfiou… Soixante-deuxième. C’est bien moins que ce à quoi je m’attendais. »
« Si j’avais su, j’aurais davantage soigné mon rapport. »
Le classement était établi en additionnant les points obtenus par chaque équipe pour avoir terminé le donjon et ceux de son rapport.
Cecilia et moi avions eu la note maximale pour avoir terminé le donjon, mais nous avions perdu quelques points sur notre rapport.
Comme nous l’avions rédigé à la dernière minute, il ne fallait pas s’attendre à un chef-d’œuvre.
Alors, quel était notre résultat final ?
« Comme prévu. »
« Évidemment. Tu sais combien on a trimé ? »
[Première place : Cecilia Ren et Halibal Velder]
[Deuxième place : Ran Pen et Aren Bright]
......
...
.
Sans surprise, nous avions terminé premiers.
Alors, Aren et Ran sont arrivés deuxièmes.
Cela signifiait qu’Aren aurait fini premier si je n’avais pas été là.
Dans le jeu d’origine, Aren n’était pas assez fort pour décrocher la première place à ce stade.
J’avais même raflé toute l’expérience du Donjon des Bêtes ; sa progression aurait donc dû être encore plus lente.
Et pourtant, deuxième.
À bien y penser, depuis que nous partagions une chambre, Aren n’avait pas raté un seul entraînement.
Je frottai le Soleil éclatant, glissé contre ma poitrine.
Si je ne veux pas me faire distancer, je dois continuer à travailler, moi aussi.
Une équipe avait même obtenu un meilleur score brut que nous.
[Troisième place : Luna Grace et Senia Ren]
Leur score cumulé dépassait le nôtre.
Après tout, leur rapport avait reçu la note maximale.
Elles avaient tout de même été reléguées à la troisième place à cause de la pénalité infligée pour leur altercation du début de semestre.
Sans cet incident, elles auraient pris la première place cette fois-ci.
Un autre résultat inattendu apparut.
[Soixante et onzième place : Mine Rose et Inia Barpen]
… Mine n’a pas échoué ? Comment c’est possible ?
À ce stade, Mine aurait dû avoir la phobie des donjons. Pourtant, elle avait terminé le Donjon de l’Araignée à visage humain.
Comment ?
Quand je cherchai Mine des yeux parmi les étudiants, je la vis, les lèvres serrées autour d’une Herbe de nuage violet, toujours aussi épuisée.
Elle ne dort pas, ces derniers temps ?
Venaient ensuite Eugene, Elia et Richard. Comme prévu, ils avaient tous obtenu un classement élevé.
Leur résultat ne différait pas beaucoup de celui du jeu d’origine.
Pendant que Cecilia et moi consultions les résultats, les étudiants commencèrent peu à peu à se rassembler autour de nous.
« Ah ! C’est Halibal Velder ! Vous êtes venu consulter le classement ? »
« Il sait déjà qu’il est premier. Pour qui il nous prend ? »
« Cecilia Ren est là aussi. Elle n’est pas censée devenir la prochaine Princesse de l’Épée… ? Elle a dépassé Senia Ren ? »
« J’arrive pas à croire qu’ils aient terminé le deuxième Abîme. L’écart entre eux et nous devient beaucoup trop grand, non ? »
Leurs regards avaient changé ; ils étaient empreints d’admiration et de respect.
Le Donjon des Bêtes et l’examen d’entrée nous avaient déjà fait voir d’un autre œil, mais le Donjon de la Poupée nous avait valu une attention d’une tout autre ampleur.
Un nombre considérable d’étudiants rassemblés ici étaient des nobles.
Depuis l’incident impliquant l’Église des Dieux principaux, j’étais devenu une recrue que leurs factions tenaient absolument à attirer.
« Monsieur Halibal ! Si vous le voulez bien, choisissez-moi comme prochain Compagnon ! »
« Euh, je m’appelle Ian. Vous pourriez me choisir comme prochain Compagnon ? J’ai terminé neuvième à ce stage. »
« Dame Cecilia ! Et si vous me choisissiez comme Compagnon ? Je suis sûr de pouvoir faire mieux que l’Épée Funèbre ! »
Cecilia n’était pas en reste.
« Même si vous étiez une centaine, ça ne changerait rien. »
« Q-Quoi… ! »
Depuis son arrivée sur le terrain d’entraînement, elle était d’humeur massacrante. Apparemment, l’idée d’être séparée de moi lui déplaisait.
Cerné par toute cette attention, je poussai un soupir intérieur.
À l’origine, tout cet intérêt aurait dû se porter sur Aren.
Même après l’avoir vécu tant de fois, je ne parvenais pas à m’habituer à l’étrange impression de lui voler la vedette.
« Tout le monde, un peu d’attention ! »
Au son de la voix de l’instructeur Calven, les étudiants bruyants se turent.
À ses côtés se tenaient Adeline, Calux, un instructeur du Corps de soutien et une dizaine d’autres instructeurs.
« Je suppose que vous avez tous consulté les résultats du stage en donjon. Les équipes arrivées première et deuxième seront appelées séparément lors de la remise des prix, qui aura lieu dans un instant. »
Son regard s’attarda brièvement sur Cecilia et moi, puis sur Aren et Ran.
Calven poursuivit avec un léger sourire.
« C’est assez drôle, quand on y pense. À peine entrés à l’académie, vous voilà forcés de faire équipe avec des inconnus et jetés dans un donjon sans prévenir. »
« C’est vrai ! »
« Exactement ! »
« Je suis sûr que nombre d’entre vous ont trouvé la politique éducative de l’Académie de Ruidel imprudente, ou qu’ils ont eu l’impression qu’elle ne leur convenait tout simplement pas. »
Moi aussi, je le pensais.
Même avec le recul, cette politique était absurde.
« Mais comprenez bien ceci : vous faites partie du plus grand établissement d’enseignement de l’Empire. Si vous comptez transpercer le cœur du Dieu maléfique, il vous faudra tôt ou tard acquérir de l’expérience dans les donjons. Voyez plutôt les choses ainsi : vous vous êtes débarrassés du plus dur dès le début. »
Mais, moi, j’en connaissais la raison.
Ce premier stage avait été injuste parce qu’il devait permettre de repérer au plus tôt les étudiants doués pour le Corps de raid.
C’était aussi une façon pour l’académie d’offrir aux étudiants qui ne lui convenaient pas l’occasion de choisir une autre voie sans tarder.
« Alors, vous avez tous bien travaillé. Il n’y aura plus de stages obligatoires en donjon après celui-ci. »
À ces mots, les visages des étudiants s’illuminèrent.
Mine, surtout, resplendit en apprenant qu’elle n’aurait plus à entrer dans des donjons ; on aurait dit que son titre de sainte lui allait à merveille.
Une instructrice d’âge mûr au visage doux s’avança alors.
« Nous ne vous avons pas rassemblés ici aujourd’hui uniquement pour annoncer les résultats du stage. Nous sommes également là pour choisir les Compagnons du deuxième cours de formation, qui commencera la semaine prochaine. »
L’expression de Cecilia s’assombrit nettement.
Celle de Senia et de quelques autres étudiants aussi.
Ils avaient compris pourquoi tous les étudiants de première année avaient été réunis.
« Pour information, cette fois-ci, vous ne choisirez pas vos Compagnons dans votre propre classe, mais dans l’une des deux autres. »
Un murmure parcourut de nouveau les étudiants.
Ceux qui avaient déjà choisi leur prochain Compagnon parurent décontenancés.
L’académie avait justement gardé cette règle secrète pour éviter que de tels arrangements aient lieu.
« Vous effectuerez des stages spéciaux avec vos nouveaux Compagnons pendant les deux prochains mois. »
« Deux mois ?! »
« Un Compagnon doit devenir la personne en qui vous avez le plus confiance. Il est donc naturel de bâtir une bonne entente sur une longue période. Le premier stage n’a duré qu’un mois parce qu’il devait vous aider à vous familiariser avec le système lui-même. »
L’instructrice poursuivit ses explications sur le stage spécial.
À partir du deuxième cours de formation des Compagnons, les étudiants se verraient attribuer des missions spéciales correspondant à leurs aptitudes.
Les instructeurs avaient sans doute pu se faire une idée générale des talents de chacun pendant ce stage.
Les étudiants peu doués au combat, mais qui savaient recueillir des informations, auraient pour mission d’en obtenir certaines.
Ceux qui avaient un talent pour l’artisanat devraient fabriquer quelque chose.
Cette politique éducative visait à garantir l’équité pour les étudiants qui manquaient d’expérience dans l’exploration des donjons.
À la mention des deuxièmes Compagnons, tous les regards se tournèrent naturellement vers Cecilia et moi.
Adeline s’avança.
« Pour information, beaucoup d’étudiants recevront des missions qui ne consisteront pas à explorer des donjons. Dans ces cas-là, faire équipe avec Halibal ne sera pas forcément le meilleur choix. »
Les regards brûlants braqués sur moi se détournèrent peu à peu.
J’étais un excellent choix pour les missions qui exigeaient de combattre, mais je serais moins utile pour les autres.
Quand je regardai Adeline, elle me fit un clin d’œil.
Elle m’avait visiblement désigné exprès pour alléger la pression qui pesait sur moi.
Eugene leva alors la main.
« Quels critères seront utilisés pour cette sélection des Compagnons ? »
« Les mêmes que la dernière fois. »
Adeline tourna de nouveau les yeux vers moi.
« Halibal et Cecilia, qui ont terminé premiers, seront prioritaires. Puisque vous étiez Compagnons l’un de l’autre, décidez entre vous de l’ordre de sélection. »
Cecilia et moi échangeâmes un regard.
Le moment de nous séparer était venu.
⁎⁎⁎
Une fois les explications des instructeurs terminées, la remise des prix commença aussitôt.
Cecilia et moi, ainsi qu’Aren et Ran, reçûmes des récompenses correspondant à nos classements.
Après la cérémonie, les étudiants eurent quartier libre.
Ils discutèrent avec animation de leurs aptitudes, cherchant désespérément des partenaires adaptés à leurs nouvelles missions.
Même au milieu de toute cette agitation, Cecilia ne parvint pas à dissimuler son air maussade.
« Des étudiants des autres classes… J’aurais aimé qu’au moins ma sœur soit dans une autre classe. »
« On n’y peut rien. Ce sont les règles de l’académie. »
Pour être honnête, je n’étais pas tout à fait à l’aise non plus.
Même en faisant abstraction de tout sentiment amoureux, c’était difficile à expliquer.
J’avais l’impression qu’une fille que j’avais élevée avec tant de soin devenait indépendante.
Après tout, j’avais beaucoup investi en elle le mois dernier.
De nombreux étudiants vinrent se proposer à nous, mais je les congédiai avec autant de tact que possible et restai auprès de Cecilia.
Quand le quartier libre prit fin, Cecilia et moi retournâmes sur l’estrade.
Nous avions convenu qu’elle choisirait d’abord, puis que ce serait mon tour.
« Je choisis Aren Bright. »
À l’annonce du nom d’Aren, iel leva les yeux vers l’estrade, l’air raide.
Quelque chose déplaisait à Aren ?
Cette réaction crispée était étrange, alors que Cecilia, arrivée première, venait de choisir Aren.
« Qu’en dis-tu, Aren ? »
« … Ah… Je… »
« Tu peux refuser, si tu le souhaites. Cette règle est toujours valable. »
« … Non. J’accepte. »
Comme prévu, Aren accepta de devenir Compagnon de Cecilia. De toute façon, Aren n’était pas du genre à refuser une telle proposition.
C’était moi qui avais suggéré à Cecilia de choisir Aren.
De toute manière, Cecilia n’aurait voulu choisir personne. Je lui avais donc proposé l’option la plus raisonnable, efficace et sûre.
Dans le jeu d’origine, Aren et Cecilia formaient le duo le plus complémentaire. Avec Ran, Aren avait terminé deuxième à ce stage. Il n’y avait aucune raison de ne pas le choisir.
Même si, ce qui plaisait le plus à Cecilia, c’était apparemment qu’Aren partageât une chambre avec moi.
Elle comptait sans doute se servir de leur mission comme prétexte pour aller et venir dans notre chambre.
Et pourtant, ça me laisse un drôle de goût amer.
Bien sûr, Aren ferait du bon travail.
C’était un mâle alpha, donc iel saurait se montrer aux petits soins avec Cecilia et n’aurait probablement aucune raison de se disputer avec elle.
Mais si, à cause de ça, Cecilia finissait par s’intéresser moins à moi ?
J’avais l’impression que deux parts de moi coexistaient : l’une se fichait qu’elle parte, tandis que l’autre était triste de la voir s’éloigner.
Enfin, qu’est-ce que j’y peux ?
Je décidai de ne plus y penser.
Je pourrais la reprendre dans mon groupe dans deux mois.
Je verrais ça à ce moment-là.
« Et toi, Halibal ? »
« Je… »
Je balayai du regard l’espace sous l’estrade.
D’innombrables étudiants me regardaient, dont Eugene et Ran, qui se vendaient sans la moindre gêne.
Ran était hors course : nos rôles se recoupaient.
Eugene, lui, était au moins un candidat possible.
L’Égide possédait de puissants bonus défensifs.
L’ancien moi aurait peut-être choisi Eugene simplement pour souffrir moins.
Mais ce donjon avait légèrement changé ma façon de voir les choses.
« … Je choisis Mine Rose. »
J’avais besoin d’une soigneuse.
De quelqu’un capable de me ramener du bord de la mort, même après que je me serais fait démolir.
De quelqu’un qui me permettrait d’économiser autant que possible l’effet de Renee.
La meilleure soigneuse de toute l’Académie de la Fin, sans égale, même face au Lumen de Cecilia.
⁎⁎⁎
Pendant que les étudiants s’affairaient à choisir leurs nouveaux Compagnons, Cecilia s’approcha du sien, Aren.
« Dame Cecilia. »
« Nous sommes dans la même classe. Tu peux me parler normalement. Ce n’est pas comme si on se rencontrait pour la première fois, non ? »
« D’accord. J’ai hâte de travailler avec toi pendant les deux prochains mois. »
Cecilia avait choisi Aren sur les conseils de Halibal, mais, en réalité, elle ne savait pas grand-chose à son sujet.
Elle savait qu’Aren était un étudiant plutôt facile à vivre, avec qui elle avait brièvement croisé le fer sur le terrain d’entraînement, et qu’Aren maniait la célèbre Épée divine suprême.
Elle ne s’y était jamais intéressée davantage.
Malgré tout, il faut que je me rapproche un peu d’Aren si je veux pouvoir venir dans la chambre sans gêne.
Avec une arrière-pensée en tête, Cecilia examina attentivement Aren.
Aren était un peu plus petit qu’elle et avait une silhouette élancée.
Sa voix était légèrement rauque, mais Aren avait davantage l’air d’une jolie fille que d’un joli garçon.
Aren avait de longs cils et une peau impeccable.
De loin, je pourrais croire qu’Aren est une fille.
Sur cette pensée, Cecilia tendit la main à Aren.
« J’espère seulement que tu ne me ralentiras pas. »
« Ha ha. Je ne sais pas si je ferai aussi bien que Halibal, mais je donnerai le meilleur de moi-même. »
« Je n’en attendais pas tant, de toute façon. »
Aren sourit et prit la main de Cecilia.
‘?’
Un petit point d’interrogation apparut dans l’esprit de Cecilia.
Quelque chose clochait.
Sous les callosités, Cecilia sentit vaguement la douceur de la peau et les os fins et délicats de la main d’Aren.
Impossible que ce soit une main d’homme.
Elle ressemblait plutôt à la sienne.
L’image d’Aren qu’elle venait d’examiner lui revint à l’esprit.
Une apparence qui tient davantage de celle d’une jolie fille.
Une voix légèrement aiguë et rauque.
Une silhouette plus petite que la mienne.
« N’hésite pas à venir dans la chambre quand tu veux. Il faudra juste demander l’autorisation au responsable du dortoir. »
À ces mots, les yeux de Cecilia tremblèrent comme des feuilles de tremble.
???
Son esprit se vida tandis que les questions se multipliaient sans qu’elle puisse les contenir.
Non. Impossible. Ça ne pouvait pas être ça.
Mais si… si c’était le cas ?
« Au fait, je voulais demander quelque chose à Halibal… Pour être honnête, c’est un peu gênant. Est-ce que je pourrais plutôt te le demander, puisque tu as été son Compagnon… ? »
?????
En voyant Aren se gratter timidement la joue, Cecilia n’eut plus le moindre doute.
Son regard vacillant se fit glacial.
Mais qu’est-ce que tu fous, espèce de salope ?
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