Chapitre 53
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 53 : Clac clac
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Deux épées dansèrent une dernière fois sous l’aube.
Une danse mortelle, si gracieuse et si belle qu’elle allait leur coûter la vie.
Tandis que la poussière d’étoiles pleuvait autour d’elles, leurs consciences s’effaçaient peu à peu.
La rage qui les enserrait et la voix de « cette personne » résonnant dans leur tête s’évanouirent comme si elles n’avaient jamais existé. À leur place remontèrent des souvenirs lointains.
Un après-midi dans le jardin du temple, où elles sculptaient des poupées de cire avec Alain, sous le soleil.
« C’est incroyable ! Vous êtes vraiment les meilleures, toutes les deux ! »
« Tu peux nous couvrir de compliments, ça ne changera rien. »
« Merci beaucoup de penser autant de bien de nous. »
À quel moment ces jours chaleureux et paisibles, baignés de soleil, avaient-ils mal tourné ?
Les deux monstres. Non, les deux personnes luttèrent pour s’atteindre à nouveau.
Mais un petit espace les séparait encore, et leurs mains ne se rejoignirent jamais.
« Au bout du compte… cette fois encore… »
« Même si… on nous avait donné une autre chance… »
Alors, à travers leur vision qui s’estompait, elles aperçurent une silhouette familière qui tendait les bras vers elles.
Alain, leur précieux ami qu’elles n’avaient pas réussi à protéger. Sa main calleuse joignait les leurs.
Mais ce n’était pas Alain.
[Grand frère… pourquoi ?]
[Pourquoi est-ce que tu nous aides… ?]
C’était le garçon aux cheveux gris qui les avait vaincues.
« Comme ça. »
Couvert de blessures, il joignit leurs mains à la place d’Alain.
« J’ai juste senti que je devais le faire. »
Sa voix calme résonna à leurs oreilles, puis les gemmes rouges incrustées dans leur poitrine se brisèrent.
La lueur rouge qui brûlait dans leurs yeux s’éteignit, laissant place au vert limpide des jeunes feuilles.
« Grand frère, comment tu t’appelles ? »
« Halibal Velder. »
« Et toi ? »
« …… Cecilia Ren. »
Bientôt, toutes deux sourirent avec douceur.
« Halibal Velder. »
« Cecilia Ren. »
« Merci. »
« Merci infiniment. »
Elles s’enlacèrent, non pas comme des poupées, mais comme des êtres humains.
Une chaleur réconfortante les enveloppa.
Tandis que d’innombrables poussières d’étoiles tombaient comme la pluie, les deux femmes chantèrent leur dernier hymne.
Le soleil se lève.
La lune se lève.
Quand l’aube sera passée,
le soleil se lèvera à nouveau.
Un hymne aux retrouvailles résonna sur tout le toit.
« Rose… Je suis épuisée… »
« Mm… moi aussi… »
« … Bonne nuit, Rose. »
« … À demain, Lilian. »
Quand leur chant prit fin, les deux femmes retrouvèrent leur apparence d’origine. Enlacées, elles se dispersèrent comme de la poussière au-dessus du champ de fleurs violettes.
C’était le Temple du Repos.
Un lieu qui accordait le repos éternel à tous.
⁎⁎⁎
Après la défaite de Rose et Lilian, l’énergie démoniaque se dissipa et le temple, devenu donjon, commença à reprendre sa forme originelle.
L’objet que nous étions venus chercher reposait au milieu des fleurs.
[Noyau des Abysses - Soleil éclatant]
Malheureusement, il n’y avait pas d’autres objets rares.
Enfin, j’avais l’impression que nous avions épuisé toute notre chance pendant ce combat. En demander davantage aurait été de la pure avidité.
Il restait toutefois autre chose.
[Lettre d’Alain]
Il s’agissait d’un document confidentiel envoyé directement par le pape, qui ordonnait à Alain de se débarrasser de Rose et Lilian.
Le sceau du pape y était clairement apposé : c’était une preuve irréfutable.
Si elles l’avaient laissé tomber, c’était qu’elles devaient avoir appris à l’avance la trahison de l’Église des Dieux principaux.
Malgré tout, elles étaient restées au temple et avaient partagé le sort des victimes sacrifiées avant elles.
Alain avait dû désobéir parce qu’il ne pouvait pas trahir ses amies d’enfance, qu’il aimait tant.
Avec cette lettre, nous pouvions au moins révéler la honte de l’Église des Dieux principaux.
À cet instant, un grondement sourd secoua le temple.
Grrrr… !
Quoi… ? Ce n’est pas fini ?
Bientôt, des âmes transparentes commencèrent à s’élever des étages inférieurs, l’une après l’autre.
Des centaines d’âmes, au bas mot, s’échappaient des poupées de cire.
« Ce sont les âmes qui habitaient les poupées ? »
Une fois Rose et Lilian purifiées, les âmes retenues par leur pouvoir semblaient enfin pouvoir passer dans l’au-delà.
C’était rassurant.
Mais cette pensée ne dura qu’un instant. Les âmes ne se contentèrent pas de partir.
BOUM !!
« ? »
Des centaines d’âmes se rassemblèrent, se divisèrent en sept rayons de lumière et détruisirent en un instant les sept tours de guet qui entouraient le lac.
Au même moment, les derniers souvenirs des âmes remontèrent à la surface du Lac des Esprits blancs.
On y voyait d’innombrables croyants que les prêtres de l’Église des Dieux principaux emmenaient pour les sacrifier.
Cecilia et moi, nous nous tenions à la rambarde du toit et observâmes tout du début à la fin.
Des preuves et des témoins. Avec le journal et la lettre que nous avions trouvés plus tôt, même l’Église des Dieux principaux ne pourrait pas s’en prendre à nous.
À condition, bien sûr, que nous parvenions à sortir d’Erandar sains et saufs.
Dans le jardin du temple, les Saints chevaliers semblaient complètement déconcertés par ce qui venait de se passer.
Parmi eux, un salaud qui ressemblait à un porc hurlait à pleins poumons.
Un prêtre que je n’ai jamais vu. Ce type, c’est le boss ?
Le boss n’avait pas l’air bien impressionnant, mais les Saints chevaliers, eux, posaient problème.
Ils étaient deux fois plus nombreux qu’avant.
« …… Qu’est-ce qu’on fait ? »
L’inquiétude perçait dans la voix de Cecilia.
Ouais, qu’est-ce qu’on était censés faire ?
Nous avions toutes les preuves, et nous étions les seuls à avoir vu ce qui venait de se produire. Ça n’annonçait rien de bon.
Si ces salauds nous tuaient ici, la vérité serait enterrée dans les ténèbres.
Cecilia et moi étions dans un état si lamentable que « couverts de bleus » ne suffisait même pas à le décrire. Impossible d’échapper à cet encerclement, même si nous mourions et revenions à la vie.
C’est alors que cela se produisit.
Un soleil éclatant se leva au-delà de l’horizon.
Et pourtant, pour une raison ou une autre, j’eus l’impression qu’il se rapprochait de nous.
C’est quoi, ça ? C’est beaucoup trop lumineux.
Un soleil aussi éblouissant…
« Ah. »
Il y en avait une.
« On dirait qu’on peut descendre, maintenant. »
« … Quoi ?! Ça va aller ? »
« Tout ira bien. »
Probablement.
Si je faisais abstraction du savon que j’allais me prendre.
⁎⁎⁎
Bon sang… ! Ce gamin, l’Épée Funèbre, a vraiment réussi à conquérir le donjon ?!
Dès que Romus constata que l’énergie démoniaque du temple avait disparu, il s’y précipita avec les Saints chevaliers.
Devant lui s’étendaient un temple entièrement purifié, des tours de guet détruites et d’étranges images flottant au-dessus du lac.
À cet instant, les images montrèrent un grand prêtre offrant des croyants en sacrifice vivant.
Romus reconnut aussitôt son ancêtre dans le prêtre.
Il s’agissait clairement de sacrifices humains, et sans doute d’une honte que l’Église des Dieux principaux avait dissimulée.
Si cela était révélé au monde entier, Romus risquait de perdre non seulement son poste actuel, mais aussi la vie.
Mais il lui restait une chance.
Il pouvait prétendre que le Dieu maléfique avait fabriqué ces images, ou qu’il s’agissait de mensonges répandus par le groupe de l’Épée Funèbre pour calomnier l’Église des Dieux principaux.
Avec son influence, il pouvait tout à fait s’en tirer ainsi.
Romus poussa son raisonnement plus loin.
Si je me débarrasse de ces deux salauds ici… je pourrais même m’attribuer le mérite d’avoir conquis le donjon.
L’occasion de devenir un héros.
Romus prit aussitôt sa décision.
« Entrez dans le temple ! Allez-y et éliminez tous ceux qui s’y trouvent ! »
« M-mais, Votre Éminence… Ceux qui sont à l’intérieur ont conquis le donjon… »
« Silence ! Ce ne sont que des criminels qui cherchent à troubler l’équilibre d’Erandar ! Tu comptes défier la volonté des Dieux principaux ? »
Sous le regard féroce de Romus, le Saint chevalier ne put que hocher raidement la tête.
Les Saints chevaliers levèrent leurs armes les uns après les autres et commencèrent à rassembler leur pouvoir sacré pour détruire les portes du temple. Soudain, ils tournèrent tous la tête vers le pont.
« Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi n’êtes-vous pas encore entrés ?! »
Contrairement aux Saints chevaliers, qui avaient suivi un entraînement martial, Romus ne percevait pas la présence d’un guerrier.
Il ne pouvait donc pas savoir qu’un soleil éblouissant, capable d’aveugler tout le monde, venait de s’élever au-dessus du pont.
« Vous voilà bien nombreux pour cette heure matinale. Vous organisez une messe ou quoi ? »
Une voix nonchalante lui parvint du pont. Romus finit par tourner la tête.
« Vous êtes tellement serrés les uns contre les autres que je pourrais en trancher un sans que personne ne s’en aperçoive. »
Romus reconnut aussitôt la personne qui se tenait là.
Il n’y avait qu’une seule femme dans l’Empire qui ressemblait à cela.
« La Plus grande épée de l’Empire… ?! Pourquoi êtes-vous ici à cette heure ?! »
« Moi ? Je suis venue surveiller quelques élèves turbulents. »
Adeline Windsor.
Les mains dans les poches et l’air calme, elle s’approcha nonchalamment de Romus et de ses hommes.
Tous les présents déglutirent.
Ça sentait mauvais.
Si elle était là, elle avait forcément vu, elle aussi, la tragédie qui flottait au-dessus du lac.
Dès que Romus s’en rendit compte, son regard devint si froid qu’on aurait eu du mal à le prendre pour un prêtre.
Dans ce cas, je n’ai pas le choix : je vais devoir me débarrasser d’elle aussi.
Heureusement, il connaissait le passé d’Adeline.
On disait qu’elle était excentrique et qu’elle n’utilisait jamais de Noyau des Abysses.
Même si elle était la Plus grande épée de l’Empire, elle ne pouvait pas vaincre autant de Saints chevaliers entraînés sans Noyau ni Fragments.
« Cette femme est elle aussi de mèche avec ces criminels ! Elle a manifestement été ensorcelée par l’énergie démoniaque du donjon et a perdu la raison ! »
« Hein ? »
Romus haussa encore la voix.
« Si nous n’éliminons pas ces criminels ici, leurs mensonges se répandront dans tout l’Empire ! N’hésitez pas ! Au nom des Dieux principaux, anéantissez-les tous ! »
Au moment où les Saints chevaliers levèrent leurs lances et leurs épées, un chant d’épée limpide retentit.
CLANG !!
Une traînée dorée fendit le jardin.
Sur son passage, des dizaines de Saints chevaliers s’effondrèrent comme des poupées dont on avait coupé les fils.
Style de Bellhart, nouvelle école, troisième forme : Entaille dorée.
C’était la technique emblématique d’Adeline.
« …… Hein ? »
Un son hébété échappa aux lèvres de Romus.
« Vous saviez qui j’étais. Qu’est-ce qui vous a pris de tenter ça ? »
Sa voix venait de derrière lui.
Romus se retourna. Adeline se tenait là, toujours avec la même expression.
Elle avait déjà rengainé son épée.
« C-c’est impossible… ! Votre Noyau des Abysses… ! »
« Le Noyau ? Celui-ci ? »
Adeline sortit tranquillement un Noyau de ses vêtements et le lui montra.
[Noyau des Abysses - Soleil levant]
« Moi aussi, j’ai un Noyau, vous savez. »
Ces paroles innocentes furent les dernières que Romus entendit avant de perdre connaissance et de s’écrouler.
Les portes du temple s’ouvrirent alors, et Halibal et Cecilia en sortirent, tous deux dans un état lamentable.
« Ah… ! Instructrice Adeline ! »
« Cecilia. Et… Halibaaaal. »
Adeline fronça les sourcils.
Ils étaient tous les deux grièvement blessés. Ils avaient forcément livré un combat acharné à l’intérieur du donjon.
Malgré tout, Halibal ouvrit la bouche sans la moindre honte.
« Grande sœur. Merci infiniment. Grâce à vous, nous avons survé— »
Paf !
« Quelle connerie. »
Il se souvenait parfaitement qu’Adeline lui avait demandé de l’appeler « grande sœur », mais elle n’avait aucune intention de pardonner à cet élève effronté qui avait risqué sa vie sans même la prévenir.
Le coup de tranchant de la main d’Adeline s’abattit sur le sommet du crâne de Halibal, qui perdit aussitôt connaissance.
Quand Adeline chargea Halibal sur son épaule, Cecilia s’éloigna d’elle avec prudence.
« Cecilia. »
Cecilia tressaillit.
C’est mon tour ?
« Vous vous êtes donné du mal pour vous occuper de ce fauteur de troubles. »
« O-oui ? »
Mais, au lieu d’un coup de tranchant de la main, elle reçut des paroles élogieuses.
C’était la première fois qu’elle sentait quelqu’un la reconnaître pour elle-même, Cecilia Ren, et non comme la fille de la Maison Ren. Ses joues rougirent.
« Vous n’aurez plus à souffrir à cause de ce type. Je vais lui faire rentrer ça dans le crâne. »
Pour une raison ou une autre, la suite la troubla.
Tu n’auras plus à faire ça.
Alors, elle murmura tout bas :
« Ça ne me dérangerait pas… de m’occuper de lui encore un peu… »
« Qu’est-ce que vous avez dit ? »
Adeline posa la question tout en rangeant les affaires que Halibal transportait.
« Ah, rien du tout ! »
Elle n’avait apparemment rien entendu.
« Bref, un deuxième Abîme du Dieu maléfique. Vous allez être terriblement occupés, tous les deux, alors préparez-vous. »
« Oui. Je suis prête. »
« Ça ira. »
Adeline caressa une fois la tête de Cecilia, puis prit les devants.
Cecilia l’interpella.
« Mais, instructrice, comment avez-vous fait pour venir jusqu’ici ? »
Elle n’aurait jamais cru qu’Adeline surgirait au moment idéal, en plein milieu d’une crise aussi désespérée.
« C’était ma sœur ? Ou Mine… ? »
La seule personne qui aurait pu prévenir Adeline que tous deux s’étaient rendus au Donjon de la Poupée était Senia.
Sinon, la seule autre personne à laquelle Cecilia pensait était Mine, étant donné ses liens étroits avec Erandar.
« Ah, ça. »
Mais Adeline lui donna un nom inattendu.
« Luna Grace me l’a dit. »
⁎⁎⁎
À bord du train longue distance Christoph qui les ramenait d’Erandar à Nevil, Halibal et Cecilia dormaient à poings fermés.
Passer toute la nuit dans le Donjon de la Poupée était déjà éprouvant ; ils avaient en plus combattu pour leur vie. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient épuisés.
À ce stade, ils ne se réveilleraient probablement même pas si quelqu’un les emportait.
C’était peut-être pour cela que Halibal ne s’était pas réveillé depuis le coup de tranchant de la main d’Adeline, tandis que Cecilia s’était endormie dès qu’elle était montée dans le train longue distance Christoph.
Adeline renifla en les voyant dormir, la tête appuyée l’une contre l’autre.
« Ces deux-là seraient des héros ? Même un chien de passage en rirait. »
Elle les recouvrit de couvertures.
« Ça ne me dérangerait pas… de m’occuper de lui encore un peu… »
Qui était Adeline Windsor ?
Ses sens étaient incomparables.
Naturellement, elle avait entendu chaque mot murmuré par Cecilia un peu plus tôt.
Ils ont dû se rapprocher vite, avec les cours de Compagnon et cette expédition dans le donjon.
Cecilia remua dans son sommeil en poussant un petit gémissement, et sa tête se blottit encore davantage contre l’épaule de Halibal.
Le regard d’Adeline s’assombrit légèrement.
Sérieusement. Des relations inconvenantes entre élèves sur le campus.
En tant qu’instructrice, elle ne pouvait pas tolérer ça.
Vraiment.
Adeline s’approcha discrètement de Cecilia et déplaça sa tête pour qu’elle repose de l’autre côté, loin de Halibal.
« Comme ça, tu seras mieux installée. »
Vraiment.
La tête de Halibal, qui n’avait plus rien sur quoi s’appuyer, commença alors à tomber mollement.
… Je n’ai pas le choix.
Adeline s’assit entre Halibal et Cecilia.
Poum.
La tête de Halibal vint parfaitement se poser contre son épaule.
Ce n’est qu’alors qu’elle afficha un sourire satisfait.
Clac. Clac.
Ainsi, un mois à Ruidel passa aussi vite qu’un train.
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