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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 5 : Noyau des Abysses
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Quelle est la clé du combat au tour par tour ?
La plupart des gens pensent qu’il suffit de jouer chacun son tour : tu attaques, puis j’attaque. Mais en réalité, ça ne marche pas comme ça.
Paradoxalement, la clé du combat au tour par tour, c’est de faire en sorte que l’adversaire n’ait jamais son tour.
Pour ça, j’avais augmenté ma puissance d’attaque, amélioré ma vitesse et m’étais même entraîné à maîtriser les Arts.
Mais ça ne suffisait toujours pas. Face à des monstres d’élite, j’aurais sans doute encore du mal à obtenir le premier tour.
Y avait-il un autre moyen de devenir plus fort ?
« Vous êtes fou ? »
« Pardon ? »
La porte de la chambre d’hôpital s’ouvrit et Adeline entra.
Elle tenait dans une main un amas de poids en acier.
« Vous avez affronté un monstre d’élite avec ça sur vous ? »
« J’ai oublié de les enlever. »
Je ne plaisantais pas.
Je portais ces trucs depuis près d’un an, alors j’avais complètement oublié que je les avais encore sur moi en entrant dans le donjon.
Et pourtant, ils m’avaient aidé plus que prévu. Normalement, la griffe du monstre m’aurait fendu le ventre en deux, mais les poids avaient absorbé une partie du choc.
« Vous tenez vraiment à parler de l’honneur d’un chevalier quand vous affrontez des monstres ? »
Pas faux.
J’avais envisagé de jouer les chevaliers jusqu’au bout, mais je n’avais pas pensé à quoi répondre à une question pareille.
Le bon sens voulait qu’on n’ait aucune raison de se laisser frapper délibérément par un monstre, même si ce n’était pas un humain.
« Je devais évaluer la situation. »
« Évaluer quoi ? »
« L’écart entre l’ennemi et moi. C’est le seul moyen de protéger mes alliés, quelle que soit la situation. »
Je lui servis donc une excuse convenable.
Évaluer mon cul.
« Même si, au final, je n’ai pas réussi à les protéger. »
« …Ne vous préoccupez pas de l’unité pour le moment. Reposez-vous comme il faut, physiquement et mentalement. »
« Merci. »
Adeline soupira et se dirigea vers la porte, mais s’arrêta comme si elle avait aperçu quelqu’un dehors.
Tournant légèrement la tête, elle déclara :
« Vous avez de la visite. »
« Ce sont peut-être d’autres anciens ? »
« Non. »
Puis elle me donna une tape sur l’épaule.
« Héhéhé. Notre petit gars a la cote, dis donc ! »
Juste après qu’elle eut quitté la pièce d’un pas léger, deux jeunes filles que je connaissais apparurent sur le seuil.
Senia Ren. Et Cecilia Ren.
Cela faisait un an que je ne les avais pas vues.
« Est-ce que vous allez bien ? J’ai été tellement bouleversée en apprenant la nouvelle. »
« Je vous remercie de vous inquiéter pour moi. »
« Oh, vous aimez les fruits ? Je vous ai apporté des pommes de notre domaine. »
« Votre gentillesse me touche beaucoup. »
Senia me sourit radieusement en s’asseyant devant moi et commença à éplucher soigneusement une pomme.
À côté d’elle, Cecilia se contenta de me jeter un regard en faisant la moue, sans dire un mot.
Enfin. Si elle avait quelque chose à dire, elle n’avait qu’à le dire.
Quand je la fixai, elle finit par ouvrir la bouche d’une voix basse.
« …Toi. Ton bras ? »
« On m’a dit qu’il guérirait complètement d’ici trois mois environ, grâce aux soins prodigués par le pouvoir sacré. »
« …Ah bon ? »
Le coin des lèvres de Cecilia tressaillit légèrement à ma réponse.
À vrai dire, notre première rencontre ne s’était pas très bien passée.
Non, c’était même la pire.
Elle m’avait soudain traité de sale roturier, alors je l’avais frappée au visage pendant notre duel d’entraînement. Cet incident m’avait valu d’être transféré ici.
Mais sans ça, je n’aurais pas rencontré Adeline ni appris les Arts.
Mes sentiments envers Cecilia étaient donc mitigés.
Contrairement à elle, je n’étais pas un personnage principal.
Une fois à l’Académie, là où la véritable histoire commençait, je ne serais qu’un figurant sacrifiable. Je ne savais pas trop comment me comporter avec elle.
« Le pouvoir sacré ne peut rien faire pour ces cicatrices de brûlure ? Elles sont affreuses. »
« Cecilia, ne dites plus ce genre de choses… »
« Est-ce que j’ai tort ? »
« Ce n’est rien. Elle dit la vérité. »
Elle n’était pas la seule à avoir dit ce genre de choses.
J’avais entendu un nombre incalculable de personnes dire que mes cicatrices de brûlure étaient affreuses.
Quand je lui donnai raison sans m’émouvoir, Cecilia détourna la tête, toujours aussi boudeuse.
J’avais déjà remarqué ça, mais pourquoi cherchait-elle la dispute pour ensuite se fâcher elle-même ?
« Je suis désolée… Cecilia garde de mauvais souvenirs liés au feu. »
Je connaissais aussi son histoire.
Ce détail n’était mentionné que dans une seule ligne de son passé.
Avant d’entrer dans la branche principale de la Maison Ren, Cecilia vivait seule avec sa nourrice.
Puis, un jour, elle avait perdu sa nourrice lors d’un incendie criminel perpétré par des adeptes du Dieu maléfique.
Cecilia avait elle-même assisté à la scène, y compris à la découverte du corps calciné de sa nourrice.
Après cela, elle avait développé un grave traumatisme lié au feu et aux brûlures. Cette tendance ressortait parfois indirectement dans l’histoire principale, elle aussi.
Ah. Je le savais, mais ça ne voulait pas dire que je la comprenais. Alors pourquoi s’en prenait-elle à moi ?
« Soignez bien votre bras. Il faudra qu’on prenne notre revanche plus tard. »
« Je l’attends avec impatience. »
« Et… je suis désolée pour l’autre fois. En tant que fille de la Maison Ren, je n’aurais pas dû utiliser les Arts contre vous aussi inconsidérément. »
Je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’excuse.
À vrai dire, j’étais maintenant reconnaissant qu’elle ait utilisé les Arts contre moi.
Si je n’avais pas subi sa Lumière Fracassante, je n’aurais probablement pas appris les Arts non plus.
« Ce n’est rien. Moi aussi, je vous ai frappée au visage… »
« N-Ne reparle pas de ça ! Tu ne crois quand même pas avoir gagné grâce à ça ? »
Je n’ai pas gagné ?
« Si nous avions tous les deux combattu en prenant toutes les précautions possibles, tu n’aurais eu aucune chance. »
Puis elle sortit quelque chose de sous ses vêtements.
« La prochaine fois qu’on s’affrontera, je donnerai tout. Il faut donc que tu sois sur un pied d’égalité avec moi, non ? »
Attends. Pourquoi est-ce qu’on en parlait maintenant ?
« Prends ça. »
« C’est… »
Elle me tendit une vieille montre à gousset percée de seize rainures, manifestement conçues pour accueillir quelque chose.
C’était sans aucun doute l’objet que je cherchais depuis que j’avais pris possession de ce corps.
« Ce serait… un Noyau des Abysses ? »
« Quoi ? Tu sais ce que c’est ? »
L’Académie de la Fin n’était pas un jeu où l’on devenait plus fort comme dans un RPG classique, en augmentant ses caractéristiques ou en distribuant des points de compétence.
Il existait trois principaux moyens de devenir plus fort.
D’abord, les caractéristiques de base, obtenues en montant de niveau et en s’entraînant.
Ensuite, les effets uniques conférés par l’équipement et les objets.
Enfin, la méthode de progression la plus importante : ce [Noyau des Abysses].
De rares gemmes appelées [Éclats] pouvaient parfois tomber quand on vainquait des monstres.
En les installant dans un Noyau des Abysses, on pouvait personnaliser librement les caractéristiques d’un personnage selon les Éclats qu’on y avait insérés.
Il y avait jusqu’à seize emplacements. La configuration entière d’un personnage pouvait changer selon les Éclats combinés.
Mais les Noyaux des Abysses n’étaient distribués qu’aux élèves de l’académie, à quelques nobles et soldats près.
En tant que roturier, je n’avais jamais pu en obtenir un, même si j’en avais eu très envie. J’avais fini par reléguer cette idée au fond de mon esprit, en me disant que j’en recevrais naturellement un le jour où j’entrerais à l’académie.
Et voilà que Cecilia m’en tendait un.
« C’est un souvenir de quelqu’un qui m’était très cher. »
« Pourquoi me donner quelque chose d’aussi précieux ? »
« Je te l’ai dit ! La prochaine fois, je donnerai tout pendant notre duel ! »
Les yeux de Cecilia étincelèrent.
« Je vais utiliser un Noyau des Abysses. Alors tu devrais en avoir un aussi, non ?! »
Elle sortit ensuite quelque chose de sa poche et me le lança.
Une gemme à la faible lueur jaune.
[Éclat jaune]
C’était l’Éclat de Noyau des Abysses le plus basique : il augmentait la Défense d’un niveau.
Je baissai les yeux vers l’Éclat dans ma main.
Cette petite gemme marquait le véritable début de ma progression depuis mon arrivée dans ce monde.
Et dire que c’était elle qui allait la mettre en marche.
C’était beaucoup trop généreux.
Quand je relevai la tête pour la remercier, Cecilia s’était déjà retournée et marchait vers la porte de la chambre d’hôpital.
Ses longs cheveux ondulèrent légèrement tandis que ses derniers mots me parvenaient.
« Si je gagne notre prochain duel, je le reprends. »
« …… »
« Alors, si tu veux continuer à t’en servir, tu ferais mieux de devenir beaucoup plus fort qu’aujourd’hui. »
Sur ces mots, Cecilia quitta la pièce.
Tandis que je regardais bêtement sa silhouette s’éloigner, Senia me sourit doucement.
« Hé hé. Elle n’est pas très franche, pas vrai ? »
C’était le moins qu’on puisse dire.
« …Je ne suis pas tellement différent, moi non plus. »
« Vraiment ? »
Je n’en étais pas si sûr.
Ensuite, j’avalai deux quartiers de la pomme que Senia avait épluchée.
Senia me contempla un instant d’un air absent, puis suivit Cecilia hors de la chambre d’hôpital.
Le silence retomba dans la pièce, et je continuai de fixer le Noyau des Abysses et l’Éclat que je tenais dans mes mains.
Quand j’appuyai sur le petit bouton situé à côté de la montre à gousset, une interface translucide apparut sur son cadran.
╔═════════╗
◈Noyau des Abysses - Renee◈
╠═════════╣
▸ Éclats équipés : 1/16
● ○ ○ ○
○ ○ ○ ○
○ ○ ○ ○
○ ○ ○ ○
╠═════════╣
● = Éclat jaune 1
╠═════════╣
▸ Bonus de caractéristiques
Défense 1
╚═════════╝
« Renee. »
Le nom gravé sur le Noyau des Abysses était probablement celui de la nourrice de Cecilia.
J’ignorais pourquoi elle m’avait confié un souvenir aussi précieux, mais une chose était sûre.
J’avais enfin trouvé une voie claire pour devenir plus fort.
Une fois rétabli, je me mettrai tout de suite à farmer les Éclats.
On pouvait obtenir des Éclats en chassant des monstres.
Les monstres faibles ne donnaient que des Éclats faibles, mais ce n’était pas grave.
Pour le moment, la quantité comptait plus que la qualité. Rien que remplir les seize emplacements augmenterait clairement ma puissance de combat.
L’impatience me démangeait de tout mon être.
Après trois mois de soins, mon bras blessé avait entièrement guéri.
Était-ce grâce au pouvoir sacré ? Quand je le bougeai plusieurs fois, il me parut même en meilleur état qu’avant.
Je voulais foncer tout droit vers le donjon, mais Adeline me barra la route.
« Hé, tu étais encore un patient hier soir, tu sais ? Même si tu veux bouger, attends d’être complètement rétabli. »
« Mes blessures ont toutes guéri. »
« Tu veux que je t’en fasse de nouvelles ? »
Putain.
Au final, je retournai m’entraîner et ne fis que manier mon épée jusqu’à m’effondrer d’épuisement.
Je modifiai aussi mon programme d’entraînement.
Un tiers de cardio, un tiers de musculation, un tiers d’escrime.
« Je ne te ménagerai pas. »
« C’est exactement ce que je veux. »
Et pendant mon temps libre, je commençai à m’entraîner sérieusement au duel avec Adeline.
Un mois passa ainsi.
Au cours de ces duels, je ne vis pas une seule fois la gemme bleue.
⁎⁎⁎
« Demain, je compte tenter seul la zone d’entrée du Donjon des Bêtes. »
Le lendemain du jour où j’avais réussi pour la première fois à encaisser une attaque d’Adeline et à m’emparer du tour, je l’annonçai brusquement pendant une réunion de l’unité.
Au cours du mois écoulé, je m’étais habitué aux Arts, et ma force comme mon agilité s’étaient nettement améliorées.
À présent, je pouvais affronter bien plus facilement le Kobold d’élite de l’autre fois.
Mais surtout, l’envie de me mettre immédiatement à farmer les Éclats me rendait dingue.
Je comptais donc refaire les mêmes excursions contre les Araignées à visage humain qu’à l’époque de mon service dans la 2341ᵉ unité, sauf que cette fois, je viserais les Kobolds d’élite.
Si ce sont des monstres d’élite, les Éclats devraient tomber souvent.
Pourtant, dès que j’eus fini de parler, tous les soldats dans la salle me regardèrent comme si j’étais fou.
« Vous… Ça fait combien de temps que vous avez quitté votre lit ? Et vous voulez déjà retourner dans un donjon ? »
Non, il fallait que je farme des Éclats.
Mon corps avait complètement guéri. En fait, je voulais remplir mon Noyau des Abysses ne serait-ce qu’un jour plus tôt.
Comme je gardais le silence, les soldats me regardèrent soudain avec compassion.
« Halibal, vous en avez déjà fait bien assez. »
« Cet incident n’était pas de votre faute. Cessez de vous sentir coupable pour rien. »
« Si vous continuez à vous pousser ainsi, il ne restera bientôt plus rien de vous. »
La nonne qui assistait à la réunion prit alors la parole.
« …Le seigneur Halibal chercherait-il à accomplir de nouveau le Rite Funéraire ? »
Le Rite Funéraire ? C’était quoi, ça ?
Je n’avais jamais accompli aucun rite.
Quand je me tournai vers la nonne, je reconnus la femme du camarade qui nous avait accompagnés dans le Donjon de l’Araignée.
Après la mort de son mari, je me souvenais vaguement qu’elle m’avait accompagné dans mes expéditions contre les Araignées à visage humain. Entre-temps, elle était devenue nonne ?
« Dans son ancienne unité, le seigneur Halibal pleurait ses camarades tombés au combat en massacrant encore et encore les monstres qui leur avaient pris la vie. »
« Hein… C’est vrai ? »
« Mon mari faisait partie de ces camarades. Je suis sûre que… lui aussi est reconnaissant envers le seigneur Halibal. »
Tandis que la nonne se mettait à pleurer, l’atmosphère de la salle s’assombrit aussitôt.
« Se pourrait-il… qu’il reparte pour honorer ses camarades ? »
« Hein. Pourquoi un homme si jeune porte-t-il une telle résolution ? »
« Comme on pouvait s’y attendre, un génie a aussi un caractère irréprochable. »
Je ne faisais que farmer pour obtenir le premier tour, mais les gens commençaient à se faire des idées de plus en plus bizarres.
Dans cette atmosphère solennelle, quelqu’un murmura :
« …C’est vraiment l’Épée Funèbre. »
« …… ? »
Tout le monde acquiesça.
Tout le monde sauf moi.
Et c’est ainsi que je gagnai une nouvelle épithète.
L’Épée Funèbre, Halibal Velder.
Notes de bas de page :
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