Chapitre 46
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 46 : Donjon de la Poupée (4)
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[Capacité unique - Action de rembobinage 1 / 3]
Avant même d’avoir repris mes esprits, j’avais activé ma capacité par accident.
J’aurais dû analyser calmement ses schémas d’attaque, mais voir Cecilia mourir sous mes yeux m’avait laissé l’esprit complètement vide.
Quel putain d’idiot.
J’avais pourtant toujours réussi à garder mon sang-froid en voyant mourir les gens autour de moi, non ?
Qu’est-ce qui rendait Cecilia différente des autres ?
Était-ce parce qu’elle était une héroïne ? Ou m’étais-je davantage attaché à elle que je ne le pensais ?
Mes sentiments avaient dû changer quelque part en chemin.
Je ne savais pas si c’était un progrès ou une régression.
Je vérifiai aussitôt que Cecilia était toujours à côté de moi.
« Haah… haah… »
Elle n’avait pas une égratignure et s’essuyait la sueur.
« Quoi ? J’ai quelque chose sur le visage ? »
Ce ne fut qu’après avoir vu la Broche de myosotis toujours bien accrochée dans ses cheveux que je pus enfin me détendre.
Quoi qu’il en soit, j’avais appris quelque chose.
Voir mourir quelqu’un que je connaissais juste à côté de moi, c’était vraiment horrible.
C’était confirmé.
Un monstre d’élite que j’avais vaincu gisait à mes pieds.
J’étais revenu juste après l’avoir achevé.
Juste avant d’utiliser ma capacité, j’avais aperçu mon adversaire : un chevalier en armure d’argent qui brandissait un énorme marteau.
C’était Alain, le mini-boss du Donjon de la Poupée.
Alain avait surgi du plafond et écrasé Cecilia d’un seul coup.
Il avait même utilisé une attaque ultime.
Comme le Coup de tonnerre de Shukarit ou l’Attaque tournoyante de Varhatan, Alain possédait une attaque ultime digne d’un boss.
Chute du Titan : Alain bondissait droit sur son adversaire avant de lui abattre son marteau dessus.
À moins d’être couvert d’éclats jaunes, le coup infligeait des dégâts presque mortels. Et même en esquivant, l’onde de choc immobilisait les mouvements.
Alain restait si longtemps en l’air que le timing des contres et des esquives devenait imprévisible. C’était une attaque extrêmement pénible à gérer.
Et comme elle venait de l’extérieur de mon champ de vision, je n’avais même pas pu songer à l’esquiver.
Mais pourquoi Alain avait-il quitté la salle du boss ?
Dans le jeu original, Alain, comme les autres poupées, ne se mettait en mouvement qu’après l’entrée du joueur dans la salle du boss, au deuxième étage.
Il n’était pas censé surgir au premier étage comme dans un film d’horreur.
À bien y réfléchir, ce n’était pas la première fois que ça arrivait.
Shukarit, dans le Donjon de la Bête, avait fait la même chose.
À l’époque, un mini-boss censé être retranché dans la salle du boss avait réussi à me repérer et s’était précipité sur moi.
Renee n’était même pas avec moi. Si je n’avais pas éveillé Rupture, j’aurais été tué sur place.
Avais-je déclenché une sorte de mécanisme ?
Si c’était le cas, j’aurais aimé que quelqu’un me prévienne.
Avec Shukarit, j’avais massacré des kobolds, donc je comprenais au moins un peu pourquoi. Mais c’était ma première fois dans le Donjon de la Poupée.
Heureusement, je savais toujours ce que j’avais à faire. Il me fallait vaincre Alain avant de pouvoir continuer ou faire demi-tour.
Ouf.
Autant voir les choses du bon côté.
Je devais forcément affronter Alain tôt ou tard.
Maintenant que je savais qu’Alain allait nous attaquer par surprise, je pouvais éviter de me faire tuer sur le coup, à condition de rester hors de portée.
Cecilia et moi nous éloignâmes des escaliers et nous préparâmes au combat.
« … À quoi as-tu pensé tout ce temps ? »
« À ce qu’on allait faire maintenant. »
On pouvait considérer Alain comme une version améliorée de Varhatan.
Au lieu d’une masse, Alain utilisait un marteau. C’était un monstre classique, qui misait tout sur des coups surpuissants.
La différence, c’était que chacune de ses attaques provoquait une onde de choc semblable à un séisme à l’impact.
Le joueur pouvait aussi esquiver l’onde de choc, mais s’il échouait, il subissait des dégâts considérables.
Quand Alain passait en deuxième phase, il entrait dans une rage folle et sa vitesse d’attaque comme de déplacement augmentait nettement.
Autrement dit, la fluidité d’Alain augmentait.
Si l’effet ralentissant de l’Épée du Clown ne fonctionnait pas, je devais aussi envisager que nos tours finissent par s’emmêler à ce moment-là.
Après plusieurs années à m’habituer aux combats au tour par tour, j’avais compris une chose. Du moins pour moi, les ennemis qui frappaient fort étaient bien plus pénibles que les rapides.
On pouvait écraser les ennemis rapides en augmentant sa fluidité et en prenant le premier tour, mais ça ne servait pas à grand-chose contre ceux qui frappaient fort.
Je devais encaisser ou bloquer chaque attaque, mais je ne pouvais pas non plus me couvrir d’éclats jaunes.
Alain était aussi solide qu’il en avait l’air. Si je réduisais mes dégâts sans raison, le combat n’en finirait pas.
Et plus il durait, moins j’avais de chances de gagner.
Je n’ai pas le choix : je dois bloquer chaque attaque ?
Au bout du compte, tout reposait sur la Garde parfaite.
C’était la seule chose en laquelle je pouvais avoir confiance.
Le problème, c’était qu’il fallait aussi que je l’explique à Cecilia.
Si je pouvais lui transmettre les schémas d’attaque d’Alain, le combat serait bien plus facile.
Mais comment lui expliquer ça ?
Devais-je lui dire : « En fait, ce monde est un jeu, je viens de l’extérieur et je connais tous les schémas d’attaque » ?
Ou valait-il mieux accepter la pénalité de Cecilia ?
Cecilia prit alors la parole la première.
« Si tu veux me donner des consignes, vas-y. Ne te sens pas obligé de te retenir. »
« … Hein ? »
« Tu as encore vu quelque chose, cette fois, non ? »
Je crus avoir mal entendu.
Encore ? Vu quelque chose ?
Cecilia savait-elle quelque chose ?
Comme je me contentais de cligner des yeux en silence, elle reprit d’un ton calme.
« Pourquoi tu es si surpris ? Ça fait un mois qu’on voyage ensemble et qu’on a traversé plusieurs donjons. »
« … »
« Tu croyais que je n’avais pas remarqué que, pendant les combats, tu regardes toujours au-dessus de la tête de l’ennemi ? »
Elle avait visé juste.
Je devais vérifier les gemmes au-dessus de leur tête pour connaître l’ordre des tours, alors mon regard s’y portait naturellement.
Elle l’avait remarqué ?
« Chaque fois, tu m’as donné des consignes. Tu as fait pareil avec cet adepte du Culte du Dieu maléfique qu’on a rencontré à Nevil, et avec le monstre de tout à l’heure. Aucun de nous n’avait jamais affronté ces adversaires. Tu trouves ça normal ? »
À bien y réfléchir, ça n’avait vraiment aucun sens.
J’avais tourné dans cette ruelle, lancé un trousseau de clés et touché quelqu’un. Et cette personne s’était trouvée être un adepte du Culte du Dieu maléfique ?
S’il y avait eu un passant, j’aurais fini en prison.
Une fille aussi perspicace que Cecilia n’avait pas pu ne rien remarquer.
Elle avait voulu se montrer prévenante à sa façon ?
Comme je gardais le silence, elle ajouta : « Je le savais depuis un moment. Tu voyais quelque chose et tu me donnais tes consignes en fonction de ça. Et tu n’avais pas l’intention de m’en parler. »
« … Comment ? »
« … Parce que je n’arrêtais pas de t’observer. »
Cecilia détourna le regard, comme pour se justifier.
« T-tout le monde a des secrets qu’il veut cacher. Moi aussi, ma sœur aînée aussi… et probablement toi aussi. Je ne fais que suivre tes consignes parce que je te fais confiance. »
« … »
« Alors je suivrai tes consignes, sans faute. Si tu veux que je fasse quelque chose cette fois, dis-le-moi. »
En voyant les coins de ses lèvres se relever en un doux sourire, j’en eus la certitude.
Elle ne suivrait pas mes consignes.
J’en avais déjà eu la preuve.
Je lui avais donné une consigne, il y a longtemps : au combat, elle devait penser d’abord à elle-même.
Avant que j’utilise ma capacité, le marteau d’Alain s’était abattu à l’endroit où je me tenais.
Cecilia m’avait poussé, encaissé le coup à ma place et perdu la vie.
Avec des sens bien plus aiguisés que les miens, elle aurait pu esquiver si elle l’avait voulu.
Bien sûr, je me serais alors retrouvé réduit à un tas de viande.
Malgré tout, elle avait choisi de mourir à ma place.
Cecilia était vraiment la même que dans le jeu original. Elle avait toujours été nulle pour écouter les autres.
Maintenant que je savais de quoi elle était capable, je ne voulais plus jamais revoir cette scène.
Ouais. Je devrais le lui dire.
Je lui donnai donc mes consignes.
Je ne lui racontai pas tout, bien sûr. Je lui dis seulement qu’Alain allait nous attaquer, lui parlai de son arme et lui décrivis ses schémas d’attaque de base.
Cecilia ne me demanda pas comment je le savais.
Mais, à en juger par la façon dont son regard se porta vers Renee, elle semblait supposer que c’était une capacité de Renee, comme l’effet de Lumen.
Impressionnant. À moitié vrai, à moitié faux.
« Compris. Le monstre attaque au marteau et provoque des séismes et des ondes de choc. Ça me suffit. »
Après lui avoir transmis toutes les informations, Cecilia proposa une idée.
« S’il utilise un marteau, sa portée doit être grande. Si on peut se protéger derrière les structures, je pense qu’on s’en sortira plus facilement. »
Elle avait raison.
Je pouvais aussi me le représenter. Puisque c’était un monstre, ses attaques devaient être assez simples.
Si on pouvait réduire les dégâts ou entraver ses mouvements en s’abritant derrière les structures disséminées ici et là, ça nous aiderait forcément.
Mais je n’en étais pas certain.
Il n’y avait eu aucune structure autour de nous quand j’avais affronté Alain dans le jeu original.
Attends… Dans le jeu original, j’avais affronté Alain dans la salle du boss.
Le champ de bataille où j’allais affronter Alain se trouvait au premier étage, et non dans la salle du boss du jeu original.
Et la zone était jonchée de poupées de cire effondrées. Les particules lumineuses de Lumen flottaient entre elles.
Dans les jeux, les ennemis entraient souvent en combat après avoir aménagé un terrain à leur avantage.
C’est ce qu’on appelait un effet de terrain.
Le Domaine du Clown de Maliaas en était un exemple.
Et si nous pouvions en aménager un nous-mêmes ?
Cet endroit, couvert des particules de Lumen, formait peut-être déjà un terrain de guérison.
Cette idée me fit aussitôt passer à l’action.
« Cecilia. Peux-tu abattre tous les murs entre les salles pour qu’on puisse circuler plus facilement ? »
Cecilia hocha la tête et utilisa ses Arts sur les murs des trois salles à droite.
J’utilisai aussi la Lumière cendrée sur les murs des salles à gauche.
BOUM !!
BOUM !!
BOUM !!
Des éclairs gris et blancs illuminèrent le premier étage au milieu de détonations tonitruantes. Les murs qui séparaient les six salles s’effondrèrent, les reliant en un seul grand passage.
Les particules de Lumen qui ne s’étaient pas encore dissipées scintillaient dans tout le passage.
Cecilia et moi échangeâmes un regard depuis les deux extrémités du couloir.
Nos regards se croisèrent et un léger sourire apparut sur nos deux visages.
Les préparatifs étaient terminés.
Nous quittâmes les salles et nous plaçâmes devant les escaliers.
Rassemblant toutes nos forces, nous nous concentrâmes sur l’adversaire qui n’allait pas tarder à apparaître.
- Vuuuuum.
« … Alain arrive. »
À peine Cecilia eut-elle fini de parler qu’une traînée argentée dévala les escaliers.
Le mini-boss du Donjon de la Poupée.
Alain était apparu une deuxième fois.
Tout son corps était couvert d’une armure de cire argentée. Dès qu’il vit que nous nous tenions à distance, il bondit aussitôt depuis les escaliers.
Son énorme marteau, plus grand que nous deux, tourna trois fois et demie dans les airs avant de s’écraser au sol.
BOUUUM !!
L’attaque ultime d’Alain, Chute du Titan, explosa.
À cet instant…
« Maintenant !! »
« Oui ! »
Fwhoo !
Cecilia et moi prîmes appui au sol en même temps et bondîmes dans les airs.
Grrr !
Le sol trembla violemment sous nos pieds.
Comme l’Attaque tournoyante de Varhatan, la Chute du Titan avait son propre rythme distinctif.
Même si on esquivait le premier coup, l’onde de choc nous faisait perdre l’équilibre et tomber.
On se retrouvait alors sans défense face à la prochaine attaque d’Alain. C’était le schéma classique.
Mais tout changeait si l’on anticipait aussi la secousse.
Comme maintenant.
Sous l’effet du séisme, d’innombrables rochers et fragments de poupées de cire s’élevèrent dans les airs.
Tap !
Prenant appui dessus, Cecilia fonça droit sur Alain.
- Vuuuuum.
Clang !!
L’Épée fracassante heurta la tête d’Alain, et une gemme bleue apparut au-dessus de celle de Cecilia.
Peu après, des gemmes apparurent à tour de rôle au-dessus de ma tête et de celle d’Alain.
Cecilia, puis moi, puis Alain : tel était l’ordre des tours.
C’était le tour de Cecilia.
Comme sa Danse du Croc blanc comptait quatre attaques pour un seul Art, elle avait quatre fois plus de chances d’infliger un malus de défense.
Je lui avais demandé d’enchaîner les Danses du Croc blanc jusqu’à ce que le malus de défense s’active, jusqu’à ce qu’elle sente que ça avait fait mouche.
Bam ! Bam ! Bam ! Bam !
Quatre tintements rapides, pareils à des coups frappés sur une boîte de conserve, retentirent. Une icône de malus de défense apparut au-dessus de la tête d’Alain.
Vingt-cinq pour cent quatre fois, ça faisait bien cent pour cent, non ? Ou peut-être pas.
« Halibal ! »
Cecilia, qui venait une nouvelle fois de remplir sa mission, bondit en arrière.
À mon tour.
Je bandai les mollets et courus droit le long du mur.
Avant que l’onde de choc ne se propage dans mon corps, j’avais déjà atteint le menton d’Alain.
Slash ! Slash !
Deux coups de l’Épée de gravure s’enchaînèrent rapidement, laissant sur le corps d’Alain deux entailles nettes en forme de X.
C’était au tour d’Alain.
Alain effleura les zones blessées, puis leva son marteau bien haut.
Il ne savait dire que « Vuuung », mais je sentais pourtant clairement à quel point il était furieux.
Je levai mon épée et interceptai le marteau qui s’abattait.
Grrr !
[Garde parfaite !]
« Ghh… !! »
Le temps ralentit.
J’avais réussi à bloquer l’attaque avec la Garde parfaite.
Au moins, je n’avais pas fini en tas de viande.
Mais impossible de bloquer la secousse qui suivit.
Tout mon corps vibra. Mes articulations se disloquèrent et mes entrailles se retournèrent, me donnant la nausée.
C’était ça, la Garde parfaite ?
La puissance monstrueuse du marteau m’envoya valser contre un mur.
Des rochers et des débris s’abattirent sans pitié sur ma tête.
Putain… qu’est-ce que ça fait mal.
Dans mon champ de vision qui se rétrécissait, j’aperçus des particules scintillantes.
Quand je tendis la main, les particules pénétrèrent dans mon corps et soignèrent toutes mes blessures.
Les terrains de guérison, c’était vraiment génial.
Quand je sortis du tas de rochers, Alain me fixa comme s’il n’en croyait pas ses yeux.
Il se demandait sans doute comment je pouvais encore bouger après avoir encaissé un tel coup.
Son regard se posa ensuite sur les particules de Lumen qui m’enveloppaient.
Alain devait probablement penser quelque chose du genre :
Quelle façon de se battre de merde.
Ouais. Pourquoi ne pas aménager ton propre terrain, si ça ne te plaît pas ?
C’est moi qui ai vu la putain de scène horrible en premier.
Mon regard se tourna naturellement vers la broche de Cecilia.
Alain suivit mon regard jusqu’à Cecilia.
Une lumière commençait déjà à se rassembler autour de son épée.
« Croc de la chaîne radieuse. »
Des crocs blancs déchirèrent impitoyablement le corps d’Alain.
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