Chapitre 45
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 45 : Donjon de la Poupée (3)
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Le symbole d’Erandar et le siège du Saint-Siège.
La Salle des Esprits blancs.
Là, un homme écoutait le rapport de Razen.
Vêtu d’une robe de prêtre, l’homme était immense et bedonnant. À le voir, on l’aurait davantage pris pour un marchand vulgaire que pour un prêtre.
« Votre Éminence, cardinal Romus. L’Épée Funèbre vient de commencer à explorer le donjon. »
« Hmph… Il a donc fini par passer à l’action. »
Romus, l’un des cardinaux d’Erandar, poussa un grognement sourd.
Il s’y était attendu dès qu’il avait appris que Halibal et Cecilia avaient acheté des billets pour Erandar.
Comment un prêtre de l’Église des Dieux principaux aurait-il pu empêcher un héros impérial d’annoncer qu’il allait conquérir un Abîme du Dieu maléfique ?
C’était pourquoi Romus avait décidé de leur couper autant d’aides que possible. Au fond, il avait espéré que la peur les ferait fuir.
Cet espoir avait été réduit à néant.
« Cet enfoiré est complètement fou. J’ai entendu dire qu’il était aussi entré seul dans le Premier Abîme ? »
« Oui… Je pense que nous devrions nous préparer de notre côté également. »
« … Haa. Nous n’avons pas le choix. »
Impossible de savoir si les deux aventuriers parviendraient à mener l’expédition jusqu’au bout.
Si on l’appelait Abîme du Dieu maléfique, ce n’était pas pour rien. D’innombrables Saints chevaliers et prêtres y étaient entrés par le passé, mais pas un seul n’en était revenu vivant.
Le simple fait qu’ils y soient entrés posait déjà problème.
Le mieux serait qu’ils meurent dans le donjon, mais que se passerait-il s’ils renonçaient à l’expédition et en ressortaient ?
Si le Saint-Siège avait surveillé l’Abîme, ce n’était pas simplement pour vider les caisses de l’Empire.
Le temple qu’on appelait désormais Abîme du Dieu maléfique avait autrefois porté le nom de Temple du Repos.
Selon la rumeur, il renfermait un secret honteux du Saint-Siège, assez grave pour ébranler les fondements de l’Église des Dieux principaux.
C’était pourquoi le Saint-Siège avait formellement interdit à quiconque d’y entrer, sous prétexte d’assurer la sécurité de tous.
L’attention de l’Empire, tournée vers le Premier Abîme, et l’échec des précédentes expéditions des Saints chevaliers avaient empêché quiconque de mettre les pieds dans le Deuxième Abîme pendant des décennies.
Mais Halibal avait reçu directement ses pouvoirs de la Princesse Alicia. Cette fois, ils n’avaient donc aucun motif pour l’arrêter.
« Rassemblez tous les Saints chevaliers. Qu’ils soient immédiatement prêts à intervenir. »
« Oui, Votre Éminence. »
« C’est agaçant. Pourquoi fallait-il qu’ils débarquent alors que c’est moi qui suis aux commandes ? »
Bien sûr, il n’avait nullement l’intention d’envoyer les Saints chevaliers prêter main-forte au groupe de Halibal.
Bien au contraire.
Il les rassemblait pour pouvoir exécuter le groupe de Halibal sur-le-champ s’il ressortait sain et sauf.
L’excuse serait toute trouvée. La mort d’un groupe d’exploration dans un donjon était monnaie courante. Même l’Épée Funèbre n’y ferait pas exception.
« Je vais transmettre vos ordres. »
« Attendez. »
Romus arrêta Razen alors qu’il s’apprêtait à partir, puis ajouta : « Faites aussi venir la sainte, par précaution. Il faut s’assurer que le nettoyage soit complet. »
Razen acquiesça.
Après avoir congédié Razen, Romus adressa une prière aux Dieux principaux pour la première fois depuis bien longtemps.
Si possible, faites que tout se termine sans bruit.
⁎⁎⁎
Le toit du Temple du Repos.
Des fleurs violettes, qui n’avaient pas fané depuis des siècles, oscillaient dans l’obscurité.
Deux femmes y ouvrirent les yeux.
Puis elles s’appelèrent par leur nom.
[… Rose.]
[… Lilian.]
La première chose qu’elles firent fut d’examiner leurs corps respectifs.
Elles avaient exactement l’apparence dont elles se souvenaient.
Rose Elliot était une prêtresse de petite taille, aux cheveux blonds et aux yeux verts. Lilian Elliot était plus grande, mais elle aussi était une prêtresse aux cheveux blonds et aux yeux verts.
Leurs silhouettes différaient, mais leurs visages étaient identiques, comme il convenait à des jumelles.
En se passant les mains sur le corps, leurs doigts rencontrèrent une matière trop lisse et trop froide pour être de la peau.
Une sensation familière.
De la cire.
À présent, leur sang et leur chair avaient été remplacés par de la cire dure.
[Nous… sommes mortes.]
[Mais que se passe-t-il… ?]
À cet instant, des flammes rouges s’élevèrent dans l’obscurité.
[Qu’est-ce que… ?]
Deux joyaux rouges, retenus par des chaînes, émergèrent des flammes.
Les joyaux, qui dégageaient une énergie démoniaque indescriptible, s’enfoncèrent au centre de la poitrine des deux femmes.
Elles ne ressentirent aucune douleur.
Leurs corps n’étaient déjà plus que des morceaux de cire.
L’énergie démoniaque qui s’écoulait des joyaux se répandit dans leurs corps.
[C’est… de l’énergie démoniaque ?!]
[Qu’est-ce… qu’est-ce qui se passe en ce moment… ?]
Elles avaient été des prêtresses d’Erandar.
Elles maniaient le pouvoir sacré, l’exact opposé naturel de l’énergie démoniaque.
Et pourtant, pour une raison inconnue, l’énergie démoniaque qui pénétrait leurs corps les enveloppait de la chaleur réconfortante d’une étreinte parentale.
Un liquide rouge se répandit aussitôt dans leurs intérieurs de cire, froids et durs, et forma des organes.
[Ah…]
[Aaah… !]
Tandis que leurs gémissements accompagnaient le retour de leur souffle, les yeux verts des femmes virèrent au rouge.
C’est alors que cela se produisit.
[Rose Elliot, Lilian Elliot. Vous avez été choisies par le véritable dieu de ce monde.]
Une voix désagréable résonna dans leur esprit.
[Servez-vous du pouvoir qui vous a été accordé pour tuer les intrus entrés dans le temple.]
La voix disparut après ces mots.
[Des intrus… ?]
[Les tuer ? Nous ne pouvons pas faire ça…]
Aussitôt après, les femmes se relevèrent et se tournèrent vers l’entrée de l’escalier qui menait au toit.
Un cliquetis métallique résonna en provenance des étages inférieurs.
[Alain.]
L’être entièrement revêtu d’une armure d’argent était Alain, le Saint chevalier qui avait partagé leurs derniers instants.
Il ne portait pas d’armure.
Son armure était son corps de cire.
Il ne pouvait pas parler, car il n’avait pas de bouche. Pourtant, les deux femmes comprenaient clairement sa volonté.
[Tu sais peut-être… ce qui se passe en ce moment ?]
Alain hocha la tête et baisa leurs mains.
Le souvenir de leur mort refit surface.
La douleur des lances qui les transperçaient, leurs derniers cris engloutis par les flammes, et ces mains qu’elles n’avaient jamais réussi à atteindre.
Et les sourires glacés de ceux qui, vêtus de robes de prêtre comme celles qu’elles portaient à présent, les regardaient d’un air indifférent.
Ces images étaient gravées dans leurs derniers souvenirs.
Au même instant, des souvenirs qu’elles n’avaient pas vécus pénétrèrent leur esprit.
On aurait aussi pu appeler ces souvenirs la vérité.
Les joyaux incrustés dans leur poitrine diffusèrent des éclats rouges et leurs visages s’assombrirent aussitôt.
Elles avaient décidé d’accepter tout ce qui s’était passé.
[… Je vois. C’est donc ce qui s’est passé.]
[Pour une chose aussi insignifiante… nous…]
Leurs yeux étaient désormais ceux de monstres.
Non, peut-être avaient-elles déjà affiché cette expression dès l’instant où elles avaient ouvert les yeux.
Quand Rose et Lilian se prirent par la main, un manoir apparut devant elles.
Un garçon aux cheveux gris et une jeune fille aux cheveux argentés enfonçaient leurs épées dans la poitrine d’un vieux prêtre.
Le vieux prêtre s’appelait Klaus. Il les avait élevées toutes les deux et avait été pour elles comme un bienfaiteur.
[Ce sont sûrement les intrus, pas vrai ?]
[On dirait bien…]
[… Klaus.]
Les lèvres des femmes tremblèrent de chagrin.
Mais les joyaux brillèrent d’un éclat rouge et écrasèrent ces émotions.
[Ne vous arrêtez pas. Tuez les intrus.]
Au même instant, l’énergie démoniaque enveloppa leurs corps et façonna de nouveaux vêtements.
La base restait une robe de prêtre, mais des fissures s’y propagèrent comme une toile d’araignée et la déformèrent jusqu’à la rendre monstrueuse.
Une fois la vérité révélée, elles n’étaient plus des prêtresses de l’Église des Dieux principaux.
Elles étaient devenues les fidèles chiens de chasse du véritable dieu de ce monde.
Fouh !
Rose leva la main et une lance rouge prit forme.
Calros, la lance sacrée.
La lance du gardien qui avait jadis protégé le Temple du Repos s’était déformée, était devenue noire, et du sang coulait de sa pointe.
Une marque en forme de soleil apparut dans la paume de Lilian.
Cette marque aurait dû contenir du pouvoir sacré, mais elle débordait désormais d’une énergie démoniaque assez puissante pour submerger même Klaus.
[… Lilian.]
[… Rose.]
Un instant, elles cherchèrent leur ancienne identité dans les yeux l’une de l’autre.
Mais elles ne la retrouvèrent pas. Leurs yeux avaient déjà été dévorés par une lueur rouge et s’étaient figés comme de la cire.
Leurs regards empreints de nostalgie se tournèrent alors vers le garçon et la jeune fille.
Elles avaient trouvé en eux ce qu’elles cherchaient.
Elles le comprirent instinctivement.
Ces deux-là n’avaient jamais été mauvais.
Mais cela n’avait aucune importance.
Leur nouveau dieu leur avait ordonné de briser la lumière.
Les boss du Donjon de la Poupée, Rose et Lilian, donnèrent un ordre à leur chevalier fidèle.
[Alain.]
[S’il te plaît.]
BOUM !
Sans la moindre hésitation, le chevalier dévala l’escalier.
Vers l’endroit d’où montait le chant de la mort.
⁎⁎⁎
[… Oh, Dieu, intrusintrusintrusintrus…]
À la mort du monstre d’élite, l’énergie démoniaque qui bloquait le deuxième étage disparut sans laisser de trace.
« Haa… haa… »
« Ouf. »
Cecilia et moi nous assîmes aussitôt.
Du sang rouge sombre ruisselait de mon épaule.
Cette attaque l’avait traversée de part en part.
« Pourquoi tu essaies toujours de tout faire tout seul ? J’aurais pu la bloquer. »
Non, tu n’aurais probablement pas pu.
Ce monstre m’avait pris pour cible dès le début.
Cette attaque lumineuse était difficile à dévier avec une Garde parfaite, et j’avais fini par l’encaisser.
Cecilia me soutint aussitôt et m’emmena là où se trouvaient les particules de Lumen.
Tandis qu’elle appuyait sur ma blessure pour arrêter le saignement, les particules s’infiltrèrent dans mon épaule et reconstituèrent lentement les tissus abîmés.
« Heureusement qu’on l’a gardé comme tu l’avais dit. Sans ça, on aurait pu avoir de gros problèmes. »
Les potions n’étaient pas des remèdes miracles.
Elles ne pouvaient pas faire cicatriser instantanément une blessure aussi profonde, avec une régénération digne d’un lézard.
Mais l’effet de Lumen était différent. Il pouvait soigner la blessure elle-même, comme il le faisait en ce moment.
Après avoir vaincu le monstre-prêtre d’élite, mon impression était simple.
… C’est plus difficile que je ne le pensais.
Le danger me parut évident avant même que je ressente le moindre sentiment d’accomplissement.
Pour être honnête, je croyais qu’on en viendrait à bout plus facilement.
Je me souvenais encore très bien de mes interminables sessions de chasse aux kobolds d’élite.
Et pourtant, même en combattant aux côtés de Cecilia, nous en étions là.
Sans réfléchir, je jetai un regard à la porte par laquelle nous étions entrés.
Elle était toujours hermétiquement close.
Comme dans le Donjon de la Bête, elle ne s’ouvrirait pas tant que nous n’aurions pas vaincu Alain.
Je pensais qu’on pourrait en finir aujourd’hui… À ce stade, je ferais mieux d’envisager de vaincre Alain avant de repartir.
Ma blessure s’était alors complètement refermée.
Je fis tourner mon épaule. Elle bougea aussi naturellement qu’avant.
Aucun problème.
Quand j’expliquai à Cecilia ce que j’avais en tête, elle poussa un soupir de soulagement, comme si elle ne s’y était pas attendue.
« Ouais. C’est une bonne idée. Alors tu n’es pas une machine, finalement. Je savais bien qu’un jour tu finirais par dire un truc pareil. »
« Ce n’est qu’une retraite tactique. Nous allons nous remettre d’aplomb, puis nous reviendrons. »
On ne plie le genou que pour mieux bondir ensuite.
« D’accord. Alors il faut d’abord monter au deuxième étage, c’est ça ? Tu veux te reposer un peu avant qu’on y aille ? »
Quand j’acquiesçai, Cecilia sortit aussitôt une boîte à repas de son sac et la posa par terre.
Pourquoi est-ce que j’avais soudain l’impression qu’on pique-niquait ?
« Ça, c’est pour toi. Nos cuisiniers sont plutôt doués. Je leur ai demandé de le faire bien sucré, exprès. »
« Tu ne l’as pas préparé toi-même, au moins ? »
« … Bien sûr que non ! »
Quel dommage.
Malgré tout, nous reposer était la décision la plus raisonnable.
Plus aucun monstre n’apparaîtrait au premier étage, et nous n’aurions pas à combattre tant que nous ne monterions pas au deuxième.
Surtout, j’avais dépensé plus d’énergie que prévu.
Un vrai repos ne pouvait que nous faire du bien.
Je m’apprêtais à m’asseoir par terre quand cela se produisit.
[Capacité unique - Action de rembobinage 0 / 3]
[※ Les capacités uniques ne peuvent être utilisées que pendant les combats de boss.]
Cecilia bondit devant moi.
Puis elle me repoussa d’un coup de pied.
Je n’avais pas eu le temps de retrouver mon équilibre et fus aussitôt projeté en arrière.
BOUM !!
Une silhouette argentée s’écrasa à l’endroit où Cecilia se tenait.
« … Hein ? »
La seule chose qui flottait encore dans les airs était la Broche de myosotis, tachée de rouge.
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