Chapitre 42
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 42 : Sans toi, on est fichus
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Le temps passait vite à l’Académie de Ruidel.
Trois semaines s’étaient déjà écoulées depuis la défaite de Maliaas et, entre-temps, la vie à l’Académie avait retrouvé un semblant de normalité.
On finissait vraiment par s’habituer à tout.
Au début, la vie à l’Académie m’avait paru étrange, mais il ne m’avait fallu que quelques jours pour m’y faire.
« Assurez-vous de maîtriser au moins les trois premières formes. Elles vous aideront sans aucun doute à créer des Arts qui vous correspondent. »
« Compris. »
En cours au Corps de reconnaissance, Adeline enseignait aux étudiants l’escrime du Style Belhart.
Ce n’était pas prévu au programme initial, mais les étudiants adoraient ça. Beaucoup rêvaient d’apprendre l’escrime du Roi des mercenaires.
J’en étais satisfait, moi aussi, car je pouvais continuer à apprendre ce que je n’avais pas réussi à étudier dans l’unité.
Adeline devait sûrement veiller sur moi.
Mes récoltes en cours d’herboristerie s’étaient également bien passées.
J’avais ramassé assez d’herbes pour ne pas avoir à m’inquiéter des altérations d’état pendant un bon moment.
« Ah… Même pour vous, Mine, c’est beaucoup trop. »
« P-pardon. »
« Vous ne pourrez emporter qu’un tiers des herbes que vous avez ramassées. »
Mine s’était lancée à corps perdu dans la cueillette d’herbes aux nuages violets.
Pour une raison ou une autre, elle avait pris l’étrange habitude de disparaître un moment à chaque pause pour en sucer.
Elle n’avait pas cette habitude dans le jeu original, et ça m’inquiétait.
Quand je la croisais dans les couloirs, il lui arrivait d’avoir des brins d’herbe autour de la bouche. Ce truc ne rendait pas accro, hein ?
Et ça recommençait.
Son panier débordait d’herbes aux nuages violets. Même dans un cours d’herboristerie, ils n’allaient pas la laisser en emporter autant.
« Ah, Halibal… Pars devant, aujourd’hui… »
Cela dit, je m’étais beaucoup rapproché d’elle.
Déjà, j’avais réussi à la faire parler plus librement avec moi.
« Ouf, on peut s’arrêter là pour le moment ? »
« Oui. Faisons une pause. »
Avec le recul, choisir le cours d’Arts martiaux de base avait été une énorme erreur.
Je l’avais pris dans le jeu original parce qu’il augmentait la puissance d’attaque, mais une chose pareille n’existait pas dans la réalité.
La prochaine fois, j’avais décidé de ne plus me soucier du jeu original et de choisir un cours aux résultats concrets, comme l’herboristerie.
« C’est comme ça qu’on utilise l’Épée sculptante ? »
Je n’en sais rien non plus.
Au bout du compte, au lieu de voir ma puissance d’attaque augmenter, j’avais intégré à mon quotidien l’aide aux autres étudiants qui s’entraînaient au Style Halibal.
Ils pouvaient vraiment apprendre juste en s’exerçant comme ça ?
J’avais envie de leur dire d’abandonner et de passer au Style Belhart, mais en voyant le visage des étudiants qui me demandaient conseil, les mots restaient coincés dans ma gorge.
Ils avaient l’air prêts à me traiter de traître à l’épée si je le leur disais.
« Alors, que penses-tu de ma technique à la lance ? »
« Pas mal. Tu as vraiment du talent. »
« …Tu te moques de moi ? »
J’avais appris que l’air renfrogné de Richard ne signifiait pas forcément qu’il était de mauvaise humeur.
C’était simplement son expression habituelle.
Un [Porte-clés bon marché] cabossé pendait au bout du manche de la Lance fracassante que portait Richard.
La dernière fois que Richard était venu acheter des éclats, je lui avais raconté comment j’avais lancé le porte-clés pour porter le premier coup à Maliaas.
Je lui avais proposé de lui offrir autre chose, mais il avait trouvé plus intéressant de garder le porte-clés qui avait frappé un adepte du Dieu maléfique. Il l’avait pris et, pour une raison quelconque, s’était mis à l’accrocher à sa lance.
Enfin, si ça lui faisait plaisir.
Tandis que ma relation avec Richard s’améliorait, une autre prenait la direction opposée.
« Aren. Ça te dirait un duel d’entraînement ? »
« Ah, désolé. Je m’entraîne avec quelqu’un d’autre, là… Je te proposerai la prochaine fois que j’aurai un moment. »
« … »
C’était déjà la cinquième fois.
À ce stade, il aurait fallu être idiot pour ne pas comprendre.
Aren m’évitait ouvertement.
Il continuait à bien s’entendre avec tout le monde et restait aussi amical que d’habitude. Mais avec moi, il gardait ses distances.
Ça, c’est un problème.
Je me rapprochais des personnages secondaires alors que ma relation avec le protagoniste se détériorait. En tant que colocataires, on aurait plutôt dû se rapprocher, non ?
Il devait bien y avoir quelque chose chez moi qui lui déplaisait, mais il refusait de me dire quoi. C’était franchement agaçant.
Maintenant, c’était moi qui m’impatientais, à attendre une occasion d’offrir un cadeau à Aren.
Il fallait que je le lui donne vite, avant qu’il ne me rejette complètement.
Le cours de Conditionnement physique de base était le plus facile pour moi, puisqu’il consistait surtout à s’entraîner.
Il n’y avait qu’un seul problème…
« Commençons. Asseyez-vous, Halibal Velder. »
« J’attendais depuis plus longtemps. Vous pourriez me laisser passer cette fois ? »
Allez vous faire voir, tous les deux.
C’était sympa de voir Eugene et Ran se disputer pour moi, mais être au centre de leur compétition était épuisant.
C’était bien de se faire des amis, mais ils me tombaient dessus comme s’ils se disputaient un sac de frappe. J’en avais la tête qui tournait.
Peut-être que c’était le retour de bâton.
Quand ils se comportaient comme ça, je les ignorais et simulais des donjons dans ma tête.
Le temps que j’aie terminé un donjon mentalement, le cours de Conditionnement physique de base finissait pile au bon moment.
Ah, le boss vient de me toucher.
La prochaine fois, il faudra que je fasse plus attention.
Au fil du temps, de plus en plus d’étudiants terminèrent leurs travaux pratiques dans les donjons.
Dans les couloirs, on entendait partout des conversations animées.
« Ah… Hier, j’ai failli mourir à cause de l’Araignée à visage humain. »
« Pas vrai ? Elle était vraiment rapide. C’était bien plus difficile que l’examen d’entrée. »
Les monstres de l’examen d’entrée étaient en réalité plus puissants.
La différence, c’était le nombre de participants et la possibilité de mourir.
Comme l’examen d’entrée se déroulait dans un donjon simulé, les candidats ne risquaient ni d’être gravement blessés ni de mourir. La pression était donc forcément moindre.
Le Donjon de l’Araignée, en revanche, était un vrai combat.
Même si sa difficulté était faible, même s’ils avaient des Noyaux des Abysses et des éclats, les étudiants peinaient à surmonter la peur qu’une seule erreur puisse leur coûter la vie.
« Alors… Je crois que je vais m’arrêter là. Le Corps de raid n’est peut-être pas fait pour moi. »
« Ne vous inquiétez pas trop. D’autres étudiants ressentent la même chose que vous, Jinny. Vous pourrez vous rattraper dans le rapport. »
« Je vous ai dit que je ne suis pas sûre de réussir à rédiger un rapport ! »
Environ la moitié des étudiants de première année avaient déjà terminé un donjon, et la plupart s’étaient arrêtés au Donjon de l’Araignée.
Seuls quelques étudiants en avaient terminé d’autres, et certains, comme moi, s’étaient mis à farmer des éclats.
Le taux de change de la machine Alicia était passé de dix pour un à neuf pour un quelques jours plus tôt. Ça ne faisait aucun doute.
Comme je l’avais espéré, un nombre étonnamment élevé d’étudiants semblaient utiliser activement la machine.
De mon côté, je m’étais aussi concentré sur les donjons de niveau supérieur ces dernières semaines.
Grâce à l’Épée du Clown que je venais d’obtenir, je pouvais facilement terminer les donjons difficiles. La veille, j’avais réussi à utiliser la Mort instantanée contre le Seigneur gobelin, comme prévu.
Il ne me restait plus qu’à obtenir l’Épée fracassante avant de pouvoir tenter le Donjon de la Poupée. Mais cette fichue épée refusait de tomber, peu importe le nombre d’essais.
Rien que de voir toutes les armes qui s’entassaient dans ma chambre me mettait de mauvaise humeur.
J’avais tellement d’autres armes de la série Fracassant qu’Aren commençait à me jeter des regards en coin, mais impossible de mettre la main sur l’Épée fracassante.
Mais quand est-ce qu’elle allait enfin tomber ?
Il fallait que je me contente d’une épée légère ?
« Tu m’attends depuis longtemps ? Alors, où est-ce qu’on va aujourd’hui ? »
« Au Donjon des Gobelins. »
« Quoi ? Tu peux le terminer tout seul ! »
C’était pour ça que j’avais appelé Cecilia aujourd’hui.
J’avais découvert une chose en passant du temps avec Cecilia : elle me portait chance.
Pour une raison ou une autre, les taux d’obtention des objets n’avaient rien à voir quand j’entrais dans un donjon avec elle ou tout seul.
Un truc du genre : Cecilia (taux d’obtention des objets : +20 %).
Même pendant le combat contre Maliaas, les objets dont nous avions besoin étaient tombés en masse.
Il ne restait plus beaucoup de temps avant la fin des travaux pratiques. J’avais donc désespérément besoin de son aura de chance.
« Les objets tombent plus souvent quand tu es là. »
« …Tu me prends pour quoi, au juste ? »
« Un porte-bonheur. »
« T’es complètement malade ? Tu veux que je te frappe jusqu’à ce que tu retrouves tes esprits ? »
Après plusieurs semaines à faire équipe comme Compagnons, Cecilia et moi étions assez proches pour plaisanter de la sorte.
Le temps que je passais avec Cecilia n’avait rien d’extraordinaire.
Nous avions simplement partagé des journées ordinaires d’étudiants.
Après les cours, nous nous promenions dans Nevil à la recherche de cafés et de restaurants sympathiques. Parfois, nous allions au musée, dans des galeries d’art ou au théâtre pour nous divertir.
Nous nous entraînions au duel dès que nous en avions l’occasion et, un jour, elle m’avait même proposé la première d’entrer dans un donjon avec elle.
Ah, oui. J’étais aussi passé à l’Institut impérial d’escrime pendant cette période.
J’y étais bien allé, mais j’avais appris que je ne pouvais pas retirer le Style Halibal sans l’accord d’Adeline, puisque je ne l’avais pas enregistré moi-même.
Qu’ils retirent au moins mon nom, alors.
« Ah… Tu as toujours été comme ça. Bon, allons-y. Au Donjon des Gobelins. »
Parfait.
Aujourd’hui, c’était le tour de Cecilia.
Je commençais à désespérer, alors je lui avais demandé. Puisqu’elle avait accepté, nous étions partis directement vers le Donjon des Gobelins.
À présent, je connaissais si bien le terrain du Donjon des Gobelins que j’aurais pu m’y repérer les yeux fermés.
Il me fallait autrefois plusieurs heures pour atteindre la salle du boss, mais maintenant, j’y arrivais en une trentaine de minutes.
Quand nous vainquîmes le Seigneur gobelin dans la salle du boss, un coffre au trésor apparut comme d’habitude.
Quand je soulevai le couvercle, une épée longue émergea d’une douce lueur.
[Épée fracassante (II)]
[Puissance d’attaque 7 / Fluidité -7]
[Peut réduire la Défense de l’adversaire.]
« Ouf… »
Vive le porte-bonheur.
Cecilia ramassa l’épée et l’examina sous toutes les coutures.
En tant qu’épéiste, elle semblait attirée par l’équipement fabriqué dans les donjons.
La dernière fois, j’avais même offert gratuitement une épée à deux mains à Senia. Elle devait en avoir envie, elle aussi.
« Quel soulagement. Tu as obtenu celle que tu voulais. »
Elle ne parvenait pas à cacher son envie, mais me tendit l’épée sans se plaindre.
Mais elle n’était pas pour moi.
« Elle est à vous. »
« …Quoi ? Tu n’es pas venu dans ce donjon parce que tu en avais besoin ? »
C’était vrai.
Mais ce dont j’avais besoin, c’était de son effet de réduction de la Défense, pas de l’arme en elle-même.
J’avais déjà une épée légère, alors je n’avais aucune raison d’utiliser l’Épée fracassante.
« Tu… avais l’intention de me l’offrir ? »
Le regard de Cecilia vacilla légèrement. Elle se mordit la lèvre, puis détourna les yeux.
« …Tu aurais dû me le dire plus tôt. »
Je ne m’y attendais pas non plus.
Si je n’avais pas obtenu l’Épée du Clown, je l’aurais équipée moi-même. Vous voyez ? J’avais vraiment de la chance.
Je regardai Cecilia serrer l’Épée fracassante contre sa poitrine.
Les préparatifs sont terminés.
J’avais terminé depuis longtemps de farmer les éclats de niveau deux.
Nous avions les armes dont nous avions besoin, l’Épée du Clown et l’Épée fracassante. Nous étions parés contre les altérations d’état et avions déjà coordonné nos efforts à plusieurs reprises.
À ce stade, même si j’avais voulu me préparer davantage, je n’aurais rien pu faire de plus.
Je regardai vers la sortie du donjon. Plus précisément, en direction du Donjon de la Poupée, le deuxième Abîme du Dieu maléfique qui se trouvait au-delà.
À cet instant, Cecilia posa une main sur mon épaule, derrière moi.
Sa chaleur traversa ma chemise.
« …On… arrive bientôt au bout, pas vrai ? »
Elle parlait de notre rôle de Compagnons, non ?
Quand je hochai la tête, elle reprit :
« …Merci. D’être resté avec moi jusqu’à maintenant. »
C’était quoi, cette phrase d’adieu ?
Désolé, Cecilia. Il te restait encore beaucoup de travail.
Sans toi, on était fichus.
Je lui retirai doucement la main de mon épaule et pris la parole.
« Je compte sur vous pour la suite. »
Elle ne répondit pas.
À la place, des bottes claquèrent sur le sol derrière moi, suivant le rythme de mes pas alors que je me dirigeais vers la sortie.
J-1 avant le début du raid dans le Donjon de la Poupée.
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