Chapitre 38
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 38 : Clown
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Pourquoi est-ce que ça s’est affiché ?
La question me traversa l’esprit, mais mes mains ne s’arrêtèrent pas. J’insérai dans mon Noyau tous les Éclats de rang 2 que je détenais.
Ma capacité unique ne s’activait que pendant les combats de boss.
Autrement dit, ce message signifiait que j’allais affronter un boss.
À en juger par le moment où il était apparu, dès que je tournerais au coin de la rue, je tomberais forcément sur quelque chose qui méritait le nom de boss.
Quel genre de boss pouvait bien se trouver dans un endroit pareil… ?
Dans le jeu original, la plupart des boss restaient terrés dans leur salle.
Même Tartare, le Dieu maléfique du dernier donjon, faisait de même.
Ce n’était donc probablement pas un monstre.
Alors, un assassin envoyé par les nobles ?
Non, eux non plus.
Il était encore trop tôt pour que le conflit entre la Famille impériale et la faction des nobles s’envenime. Et même si c’était le cas, ils n’iraient pas jusqu’à s’en prendre en pleine nuit à une jeune dame de la Maison Ren.
En plus, vu mes rapports actuels avec Viktor Grace, il y avait peu de chances qu’on me prenne pour cible.
Il ne restait qu’une seule réponse.
…Un Évêque ?
Le culte du Dieu maléfique, aussi appelé le Culte de Tartare, était un groupe malfaisant qui faisait activement obstacle à l’humanité dans sa conquête des Donjons du Dieu maléfique.
Tous ses membres maniaient l’énergie démoniaque, émanation du Dieu maléfique, plutôt que le mana. Et dès que les choses tournaient mal, ils se transformaient en monstres et perdaient la raison.
Parmi eux, les ennemis de niveau boss étaient appelés les Sept Évêques.
J’avais probablement raison. À part les monstres, les nobles et quelques événements spéciaux, ils étaient les seuls boss du jeu original.
Le problème, c’était le moment de leur apparition.
D’après l’histoire originale, les Évêques ne faisaient pas leur apparition avant la deuxième année au plus tôt. Je ne m’étais donc pas encore inquiété à leur sujet.
À quel moment la boule de neige avait-elle commencé à dévaler la pente, cette fois ?
« Pourquoi tu te comportes comme ça, tout à coup ? Il y a un problème ? »
Mais le véritable problème, ce n’était pas l’apparition de l’Évêque. C’étaient ses caractéristiques.
Même pour vaincre l’Évêque le plus faible, il fallait être entièrement équipé d’Éclats de rang 3 au minimum.
Et compte tenu de la deuxième phase, où ils se transformaient en monstres, on n’avait aucune chance sans un équipement adéquat.
Si seulement j’avais récupéré l’Épée fracassante avant…
Je me retournai par réflexe.
Je n’avais pas encore rencontré le boss.
Est-ce que je pouvais encore fuir ?
« Attendez. Suivez-moi. »
« Hein ? Pourquoi, pourquoi ? »
« J’ai oublié quelque chose au restaurant. »
J’attrapai la main de Cecilia et rebroussai chemin.
Mais à peine avions-nous tourné au coin de la rue…
…Merde.
La ruelle devant nous était celle où nous nous trouvions juste avant.
« Qu’est-ce que… qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi est-ce qu’on est encore revenus ici ? »
Un sentiment de déjà-vu m’envahit.
C’est exactement comme avec Varhatan.
La porte de la salle d’attente avait disparu.
Le chemin du retour aussi.
J’avais déjà vécu ça une fois. Même si je ne le voulais pas, je n’avais d’autre choix que de reconnaître la situation.
Dans un cas pareil, il ne restait qu’une option : avancer.
Je tendis aussitôt à Cecilia des Fragments blancs et des Fragments noirs.
« Retirez tous vos Éclats bleus et remplacez-les par ceux-ci. »
« Pourquoi, tout à coup ? Et qu’est-ce qui vient de se passer ?! Si vous savez quelque chose, expliquez-moi ! »
« Je sens une intention meurtrière de l’autre côté de la ruelle. Je crois qu’on est tombés dans un piège. »
Bien sûr, je ne sentais aucune intention meurtrière. Et plutôt que de tomber dans un piège, j’avais l’impression de m’y être fait prendre tout seul.
Mais c’était la seule façon de lui expliquer la situation clairement, sans me lancer dans un long discours inutile.
Heureusement, Cecilia ne prit pas mes paroles à la légère.
Son expression se durcit aussitôt et elle remplaça ses Éclats sans un mot.
Puis elle s’arrêta et prit la parole.
« …Vous avez l’air plus nerveux que d’habitude. »
« … »
« Vous savez qui c’est ? Ils sont forts ? »
Forts ?
Certes, je m’étais aussi lancé contre Varhatan sans plan.
Mais au moins, j’avais eu une chance de l’emporter.
Il y avait eu une infime possibilité que je m’en sorte.
Mais un ennemi du niveau d’un Évêque, c’était autre chose.
Aucune chance de victoire.
Même en abusant autant que possible de la Capacité unique - Action de rembobinage, même en me pliant en quatre, je ne pouvais pas gagner.
Tandis que je m’arrachais les cheveux, Cecilia me demanda : « On peut… s’enfuir ? »
Je secouai la tête, et elle poursuivit :
« Alors, on n’a pas le choix, il faut se battre, c’est ça ? »
« …Oui. »
« Alors, allons-y. »
Quand je relevai les yeux, Cecilia s’échauffait déjà et se préparait au combat.
« De toute façon, si on doit le faire, autant y aller. Pas vrai ? »
Elle me regardait droit dans les yeux.
Son air plein d’espoir m’arracha un rire sec.
Non, Cecilia, tu n’as jamais joué au jeu original.
Moi, oui. On ne peut pas gagner.
Je ne pouvais pas lui dire ça.
Une pensée me traversa alors l’esprit.
C’était pas censé être ma réplique, ça ?
Pourquoi est-ce qu’elle la disait à ma place ?
Je pris une profonde inspiration.
Puis je soufflai lentement et repris mes esprits.
Si je prends pour référence l’Évêque qui apparaîtra dans un an, alors évidemment, on ne peut pas gagner maintenant.
Mais si l’Évêque apparaissait dans un an, il ne pouvait pas encore avoir atteint toute sa puissance.
Inutile de me faire peur avant l’heure.
Et même si j’avais peur, ça ne changerait rien.
Alors, qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ?
Je devais agir.
« Oui. On va juste lui rentrer dedans. »
Je fis un pas en avant. Cecilia hocha la tête et me suivit.
Cette fois, elle ne marchait pas derrière moi.
Elle était à mes côtés.
« …A-attendez ! Qu’est-ce que vous venez de dire ?! »
Ah, je l’avais dit à voix haute ?
⁎⁎⁎
Lorsque nous tournâmes au coin de la rue, un spectacle macabre s’offrit à nous.
Une silhouette enveloppée de ténèbres.
Et un homme suspendu à sa main.
« À… à l’aide… »
Après ce bref cri d’agonie, le corps de l’homme s’affaissa.
À l’instant où son souffle s’éteignit, sa vitalité quitta son corps et fut absorbée par la silhouette ténébreuse.
La prédiction que j’espérais fausse se réalisa.
Les Évêques pouvaient convertir la vitalité d’autrui en énergie démoniaque et s’en servir pour accroître leur propre puissance.
« Oh ? »
Une voix désinvolte s’éleva des ténèbres.
Elle m’était inconnue, sans m’être tout à fait étrangère.
« Mais c’est monsieur Halibal ! Ha ha, quelle surprise ! Nous nous retrouvons à peine quelques heures plus tard. Dois-je y voir le destin ? »
C’était l’homme que j’avais croisé un peu plus tôt dans l’atelier de poupées.
Pas étonnant qu’il m’ait semblé si familier.
« … »
Pourtant, en le voyant, je fronçai les sourcils sans m’en rendre compte.
Ce salaud était un Évêque ? J’ai été idiot de le laisser filer.
Je ne me souvenais d’aucun Évêque qui lui ressemblât.
Puis ses cheveux commencèrent lentement à perdre leur couleur et devinrent bientôt blancs comme la neige. En même temps, ses joues creuses se remplirent, révélant un visage familier.
Ce n’est qu’alors que je m’en souvins clairement.
Alors, c’était ce salaud de Clown.
Les Sept Évêques représentaient chacun l’un des sept donjons.
Il était le plus faible d’entre eux.
Le Clown, Maliaas Geren.
On l’appelait le Clown parce que, dans l’histoire originale, il s’infiltrait à l’Académie comme instructeur lors de la deuxième année, semant la discorde parmi les étudiants et provoquant le chaos.
À cause de lui, les compagnons du protagoniste finirent même par se méfier les uns des autres et à se pointer mutuellement leurs épées.
Son identité fut finalement découverte et il mourut, mais il marqua les esprits comme celui qui avait révélé au grand jour les Évêques pour la première fois.
Alors pourquoi ne l’avais-je pas reconnu ?
La raison était simple. Dans l’histoire originale, Maliaas avait les cheveux blancs, une carrure robuste et ne portait pas de monocle.
Il n’avait rien à voir avec l’homme blond et maigre qui se tenait devant moi. Impossible de le reconnaître.
Il devait reprendre son apparence d’origine à mesure qu’il absorbait la vitalité, comme il venait de le faire.
Tomber sur un Évêque à un moment pareil.
La situation était manifestement désespérée. Pourtant, cette certitude me donna bizarrement de l’espoir.
Comme je le pensais, il n’a pas encore rassemblé toute sa puissance.
Dans l’histoire originale, les Évêques commencèrent à agir dans l’ombre vers le premier semestre de ma première année à Ruidel.
Ils passèrent un an à parcourir l’Empire, à drainer la vitalité d’innocents et à accroître leurs pouvoirs, avant de se révéler au grand jour.
Mais qu’en était-il de Maliaas, à présent ?
Ses cheveux n’étaient pas encore tout à fait blancs et son corps était toujours maigre.
Surtout, je ne sentais rien qui ressemblât à l’énergie démoniaque indescriptible dont parlait l’histoire originale.
Je crois qu’on peut y arriver.
Dans l’histoire originale, Maliaas causa des dégâts considérables à l’Académie, à la hauteur de sa réputation de fauteur de troubles hors pair.
Trois instructeurs avaient été ses victimes.
Alors, si je pouvais l’abattre maintenant, tant que j’en avais l’occasion, c’était évidemment la meilleure chose à faire.
Si c’était possible.
« Au fait, monsieur Halibal, vous êtes venu me dédicacer quelque chose ? »
Le visage de Cecilia s’assombrit de colère. Il venait d’aspirer toute la vitalité d’un homme et se comportait comme si de rien n’était.
Elle avait vu de ses propres yeux que cet homme n’avait rien d’un être humain ordinaire.
« Tu… tu es un adepte du Dieu maléfique ? »
« Oh ! Maintenant que j’y pense, la jeune dame de la Maison Ren est là aussi ! Je vous prie de m’excuser de ne pas vous avoir saluée comme il se doit tout à l’heure ! »
« La ferme ! Je ne veux rien entendre de la part d’un type comme toi ! »
La seule chose qui me tracassait, c’était de comprendre pourquoi il ne s’était rien passé lorsque nous nous étions rencontrés plus tôt à l’atelier.
Comme s’il répondait à ma question, il reprit la parole.
« Si vous acceptez de me dédicacer quelque chose, pourrais-je vous en demander aussi quelques-unes pour mes connaissances ? Quand je leur ai dit que j’avais rencontré monsieur Halibal, elles étaient toutes surexcitées ! »
Par « connaissances », il devait parler des autres Évêques.
Autrement dit, il m’était simplement tombé dessus par hasard, plus tôt. En tant que membre du culte, il ne pouvait sans doute pas agir seul.
Mais entre-temps, il avait contacté le culte, et ils avaient décidé quoi faire de moi. C’était ça ?
Donc, si je n’étais pas passé à l’atelier aujourd’hui, nous ne nous serions pas retrouvés dans cette situation.
Et si c’était vrai, j’aurais dû me préparer à l’avance à l’apparition de Maliaas, l’année prochaine.
J’ignorais si je devais en rire ou en pleurer.
« M-monsieur Halibal ! Vous êtes contrarié ?! Je n’ai quand même pas trop parlé, si ?! »
Il continuait à jacasser, même maintenant.
Il semblait jouer à fond son rôle de Clown, mais je n’avais aucune envie d’entrer dans son jeu.
Je dégainai mon épée et Cecilia fit de même.
Voyant que je ne répondais pas, il étira les lèvres en un sourire en croissant de lune.
« H-ha ha ! Quelle drôle de situation ! Ce n’est que notre deuxième rencontre, pas vrai ? Et pourtant, vous me regardez déjà avec des yeux si froids ! On dirait que vous me prenez pour un monstre ! »
« Vous n’en êtes pas un ? »
« Non, peu importe ! Je suis simplement ravi ! L’Épée Funèbre, qui a blessé notre grande cause, pointe sa lame vers un fan comme moi ! Vous pourriez peut-être m’offrir un couplet de chant funèbre, pour faire plaisir à un admirateur ?! »
« J’y réfléchirai quand vous serez mort. »
« Ah… ! Voilà qui serait embêtant ! »
Une aura rouge sombre se répandit autour de lui.
Une énergie démoniaque débordante.
« Je n’ai pas encore retrouvé toute ma puissance… mais je ne suis pas assez faible pour perdre contre vous deux. »
D’un geste théâtral, il s’éleva dans les airs.
« C’est dommage, mais nous devrons remettre la chanson à une prochaine fois ! La scène du jour, c’est cette ruelle. Et nous sommes bien trois pour jouer la pièce, non ? »
« … »
« Enfin, s’il y a une prochaine fois ! »
Cecilia et moi échangeâmes un regard.
Inutile de gaspiller notre salive.
« Maliaas Geren, septième Évêque du Culte de Tartare, va maintenant répondre à la scène de monsieur Halibal ! »
Une vague d’énergie démoniaque jaillit de lui.
Elle recouvrit toute la ruelle et commença à la transformer en un nouvel espace.
Puis la vague heurta mon épée et se brisa comme du verre.
Le combat commença.
Ça devait être le Domaine du Clown.
Dès le début du combat, Maliaas dégagea autour de lui une force qui ralentissait les mouvements de ses adversaires.
Le Domaine du Clown.
Son effet était une sorte de ralentissement de zone.
Même avec un an d’avance, les Évêques les mieux classés étaient des monstres que nous ne pourrions jamais vaincre.
Il ne me restait donc qu’environ trois ennemis contre lesquels je devais me préparer, et Maliaas en faisait naturellement partie.
J’avais donc déjà prévu une parade au Domaine du Clown.
J’avais augmenté la proportion de Fragments noirs dans nos Noyaux, à Cecilia et moi, afin que nous ne perdions pas notre premier tour, même si nous étions ralentis.
Et cela faisait dix Fragments noirs.
J’avais même inséré Nuage noir.
Pourtant, un événement inattendu se produisit.
Une gemme rouge apparut au-dessus de la tête de Maliaas.
Même dix ne suffisent pas à dépasser sa vitesse ?
Mais je compris bientôt que ce n’était pas ça.
Une petite gemme bleue flottait au-dessus de la tête de Cecilia, et une gemme bleue encore plus petite et plus pâle apparut au-dessus de la mienne.
Si nous avions simplement été ralentis, mon tour aurait dû venir juste après celui de Maliaas.
Or, l’ordre des tours était Maliaas, puis Cecilia, puis moi.
La conclusion était évidente.
Notre vitesse n’a pas diminué.
« Ha ha ha ! La scène manque d’animation sans public. Je devrais en faire venir ! »
Maliaas agita la main et quatre poupées tombèrent de nulle part.
Elles absorbèrent bientôt de l’énergie démoniaque et se transformèrent en monstres difformes.
Quatre gemmes rouges apparurent et s’intercalèrent entre Cecilia et Maliaas.
« Bien sûr, monsieur Halibal sera notre première cible ! Déchiquetez-le ! »
Au cri de Maliaas, les quatre monstres se ruèrent lentement vers moi tous à la fois.
Dans l’histoire originale, le Domaine du Clown ralentissait tous les êtres à l’exception de Maliaas.
Il n’y avait donc aucune raison pour que ces monstres poussifs agissent avant Cecilia.
Cela signifiait que le Domaine du Clown avait un effet différent de celui de l’histoire originale.
« Halibal ! »
Avant que Cecilia ne puisse bouger, des dents acérées se plantèrent dans mon bras.
Ce ne fut qu’en ressentant la douleur que je compris enfin ce qui se passait.
…C’est Distorsion.
Ma vitesse n’avait pas diminué.
Le camp le plus lent jouait en premier.
Distorsion.
Voilà quel était le nouvel effet du Domaine du Clown.
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