Chapitre 35
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 35 : Qu’est-ce que c’est que ça ?
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Ma demande fut rejetée sans hésitation.
On dit qu’à force d’être gentil avec quelqu’un, il finit par vous prendre pour acquis. C’était exactement ce que je faisais.
À bien y réfléchir, dans le jeu original, c’était Aren qui avait proposé à Elia de l’héberger. Elia ne lui avait jamais demandé directement un endroit où loger.
J’avais dépassé les limites.
« Cela dit, était-ce vraiment une raison d’être aussi embarrassé ? »
Ce qui me tracassait, c’était la façon dont Aren avait refusé.
Quand il avait décliné ma demande, il avait eu l’air plus gêné que mal à l’aise.
En même temps, je lui avais fait une demande pareille alors que je ne l’avais vu que quelques fois. Sa réaction était peut-être tout à fait normale.
J’avais tout de même obtenu une promesse : nous irions voir la mer ensemble. C’était déjà une belle avancée.
« Je vais quand même devoir trouver un logement de mon côté ? J’imagine que je vais devoir vendre d’autres fragments à Richard. »
Je chassai ces pensées parasites et me remis à l’ouvrage, plus vite.
Après le cours d’armement de base, je cueillais des herbes sur la montagne derrière l’annexe de l’Académie de Ruidel.
C’était une activité du cours d’herbologie, et les élèves n’avaient le droit d’emporter que les herbes qu’ils avaient eux-mêmes récoltées pendant la leçon.
Dans le jeu original, on recevait des herbes au hasard en récompense après le cours. Ici, je pouvais choisir et emporter uniquement celles dont j’avais besoin. De ce point de vue, c’était bien mieux que dans le jeu.
En revanche, j’avais moins de chances de mettre la main sur les herbes qui augmentaient parfois les caractéristiques de façon permanente.
Quoi qu’il en soit, si j’en récoltais beaucoup aujourd’hui, elles me seraient d’une grande aide pour explorer les donjons plus tard.
Mon panier contenait des herbes de givre, des herbes antidote et des herbes de flamme. J’avais délibérément privilégié celles qui soignaient les altérations d’état.
Maintenant que je savais que ces altérations existaient, il fallait d’abord préparer des moyens de les contrer.
Tandis que je triais les herbes dans mon panier, une ombre s’étendit sur moi.
Je levai les yeux. Une fille aux cheveux violets me tendait une herbe, un doux sourire aux lèvres.
« Tiens. Une herbe de nuage violet. »
« Ah, merci, Sainte Mine. »
Mine était le seul personnage jouable à avoir choisi l’herbologie.
Comme je la connaissais déjà, je lui avais demandé de me trouver une herbe de nuage violet, capable de soigner l’altération d’état Peur.
« Mais… pourquoi avez-vous besoin d’une herbe de nuage violet ? »
Mine me regarda d’un air embarrassé.
Contrairement aux autres herbes, les effets de l’herbe de nuage violet n’étaient pas expliqués aussi clairement. Et, à l’origine, le jeu ne comportait même pas d’altération d’état Peur.
À quoi servait donc l’herbe de nuage violet, dans le jeu original ?
C’était une herbe hallucinogène que les soldats fumaient avant d’entrer dans les donjons, pour oublier leur peur et leur nervosité.
Elle ne créait pas de dépendance, alors je ne pouvais pas vraiment parler de drogue. Mais j’avais entendu dire qu’elle vidait agréablement la tête. Si je devais la comparer à quelque chose, ce serait à une cigarette sans danger.
Voilà pourquoi je n’étais même pas sûr d’avoir le droit de l’emporter. Un instructeur risquait de m’en empêcher.
Mine connaissait les effets de cette herbe ; il était donc tout naturel qu’elle s’inquiète en me voyant la réclamer.
Mais je n’avais pas le choix.
Je ne pouvais pas refaire la même erreur qu’avec Varhatan.
« Quand j’ai affronté le boss du Donjon de la Bête, la peur a failli me coûter la vie. »
Non, en fait, j’étais mort.
Sans Renee, ç’aurait été la fin pour moi.
« La peur… ? »
« Oui. Son rugissement m’a paralysé. »
« Votre corps… s’est figé ? Même vous, Halibal ? »
« Je ne pouvais plus bouger du tout et je me suis retrouvé à la merci d’une attaque puissante. »
À ces mots, elle s’accroupit doucement près de moi et me demanda, le visage grave :
« Alors… toutes les herbes que vous avez choisies sont nécessaires pour explorer les donjons, c’est bien ça ? »
« C’est ça. »
« Vous avez aussi choisi le cours d’herbologie pour cette raison. »
Quand je hochai la tête, le regard de Mine se posa sur les élèves qui cueillaient des fleurs au loin.
Plusieurs étudiantes récoltaient des violettes, la fleur qui la symbolisait, dans le jardin sur la colline.
« … J’ai peur d’entrer dans les donjons. »
Mine était encore rongée par les traumatismes de son passé.
Même dans le jeu original, elle avait échoué à son premier exercice pratique en donjon. Elle avait un Compagnon, mais n’avait pas mis les pieds dans un donjon une seule fois pendant tout le mois.
Pendant mon service militaire, elle s’était contentée de suivre brièvement Adeline et moi jusqu’à l’entrée du Donjon de la Bête, après que je l’avais déjà nettoyé.
Et encore, elle avait pratiquement été forcée d’entrer parce que des civils s’étaient retrouvés pris dans l’affaire.
À l’origine, son scénario consistait à surmonter sa peur des donjons en les explorant avec Aren.
Mais maintenant que le jeu original avait complètement déraillé, on pouvait dire que la responsabilité de guérir le traumatisme de Mine me revenait.
La Sélection des compagnons ne s’arrêtait pas après un seul choix.
Quand ma période de Compagnon auprès de Cecilia prendrait fin, je ne pourrais choisir qu’un élève d’une autre classe.
De toute façon, j’avais déjà prévu de choisir Mine comme prochain Compagnon.
« Comment… peut-on surmonter la peur ? »
« Voilà une bonne question. »
Mine me regarda, surprise.
Je savais pourquoi elle me regardait ainsi.
Elle m’avait souvent regardé de la même façon quand nous étions dans l’armée.
Comme si j’étais quelqu’un de supérieur à elle, quelqu’un qui avançait sans effort sur un chemin qu’elle ne pourrait jamais espérer atteindre.
Même si je me demandais toujours : « Mais de qui tu parles, bon sang ? », je ne l’avais jamais contredite.
Si ça l’aidait à surmonter son traumatisme, ça me suffisait.
Cette fois, pourtant, je n’avais rien à lui dire non plus.
Non, je n’avais même pas surmonté ma propre peur. Je suivais ce cours uniquement pour faire des réserves de cigarettes, parce que je n’arrivais pas à m’en débarrasser.
Je brandis l’herbe de nuage violet que je tenais à la main.
« Je ne crois pas que j’y arriverais sans quelque chose comme ça, moi non plus. »
« Si même vous êtes comme ça, Halibal… qu’est-ce que je suis censée faire ? Dès que je ferme les yeux, je revois distinctement les visages des soldats qui ont donné leur vie en essayant de sauver quelqu’un comme moi… »
L’histoire de Mine était déjà bien connue.
C’était elle qui avait révélé qu’elle était la clé ; ce n’était donc pas vraiment un secret à cacher.
Dans le jeu original, le seul remède à son traumatisme avait été le temps.
À mesure que le temps passait et qu’elle voyait d’autres élèves se blesser et s’effondrer, elle avait fini par se jeter dans un donjon et s’éveiller d’elle-même.
Je n’avais donc rien à lui dire, pour l’instant.
Mais l’atmosphère était trop lourde pour que je reste silencieux.
J’arrachai un morceau d’herbe de nuage violet et le lui tendis.
« Comment est-ce qu’on s’en sert ? »
« Pardon ? »
« Il faut la mâcher et l’avaler comme les autres herbes ? »
« Ah, non ! J’ai entendu dire que l’herbe de nuage violet est puissante, alors il faut la mâcher petit à petit. Comme ça… »
Mine glissa la feuille entre ses lèvres et la mâcha lentement.
Je l’imitai.
« Hum ! »
« Halibal Velder ?! »
C’était putain d’amer.
Le principe, c’était que l’amertume vous réveille d’un coup et vous fasse oublier votre peur ?
« Ça va, Sainte Mine ? Impossible que j’avale ça. »
« C’est… amer, pour moi aussi… »
Même en marmonnant ces mots, Mine continuait à mâcher l’herbe de nuage violet.
On aurait dit un hamster violet.
« C’est tellement amer que j’arrive à peine à en avaler une bouchée… Comment pouvez-vous en manger comme si de rien n’était, Sainte Mine ? »
« Pardon… ? Ce n’est qu’une herbe… »
« Comme je le pensais, ce que je ne pourrai jamais imiter vous vient sans doute naturellement, Sainte Mine. Et c’est pareil pour d’autres choses. »
Tout ce que je pouvais faire pour elle, pour l’instant, c’était l’aider à se voir à travers mes yeux.
« Tout comme vous me trouvez formidable, je vous trouve formidable, vous aussi. »
À ces mots, le regard de Mine vacilla un instant, puis retomba sur l’herbe de nuage violet dans sa main.
Alors qu’elle s’apprêtait à répondre, l’instructeur rassembla les élèves.
Il ne restait que cinq minutes avant la fin du cours.
« Merci de m’avoir aidée à récolter des herbes. Est-ce que je pourrai vous le redemander la prochaine fois ? »
Je me relevai et lui tendis la main. Mine hésita un instant, puis la prit et se mit debout.
« Non… c’est plutôt moi qui devrais vous remercier. »
Elle tenait toujours fermement l’herbe de nuage violet dans son autre main.
⁎⁎⁎
Alors que je me rendais au dernier cours de la matinée, la préparation physique de base, une annonce retentit dans le couloir.
[La fonction d’appel a été activée sur les Noyaux des Abysses de tous les nouveaux élèves. Ceux-ci peuvent désormais se contacter directement par l’intermédiaire de leur Noyau. Veuillez consulter les avis et le tableau d’affichage pour obtenir le détail des instructions et des précautions à prendre.]
Le couloir se remplit rapidement de murmures.
« Ah… c’est… »
Mine, qui marchait à côté de moi, marmonna elle aussi, surprise.
Dans l’Académie de la Fin, les Noyaux des Abysses n’étaient pas de simples équipements destinés à augmenter les caractéristiques.
Tout comme ils permettaient d’ouvrir des coffres au trésor dans les donjons, ils offraient aussi diverses fonctionnalités pratiques.
La fonction d’appel qui venait d’être débloquée en était une.
Un réseau de communication magique couvrait le domaine de l’académie et la ville de Nevil, ce qui permettait aux élèves de se contacter librement à l’aide de leurs Noyaux.
Bien sûr, ce n’était pas aussi polyvalent qu’un smartphone.
On ne pouvait passer que des appels vocaux, et la communication ne fonctionnait ni dans les donjons ni à l’extérieur de Nevil.
Plus important encore, avant de pouvoir appeler quelqu’un, il fallait connecter directement son Noyau à celui de l’autre personne et enregistrer son numéro.
Autrement dit, seuls ceux qui s’étaient déjà rencontrés en personne pouvaient se contacter.
Malgré cela, cette fonction était indéniablement utile aux élèves.
Qui plus est, dans le jeu original, Elia finirait par améliorer cette fonction d’appel.
Bref, l’annonce du jour signifiait que les Noyaux des élèves de première année, distribués la veille, avaient enfin été enregistrés sur le réseau de communication.
Je sortis aussitôt Renee et la tendis à Mine.
« Sainte Mine, je pense qu’on devrait échanger nos coordonnées, au cas où. »
Je devais de toute façon prendre contact avec tous les personnages jouables, et ça tombait bien que Mine soit juste à côté de moi.
« Ça ne vous dérange vraiment pas que je sois votre premier contact ? »
« Hein ? Si, bien sûr. »
Mine me tendit timidement son Noyau.
Quand les extrémités des deux Noyaux se touchèrent, un message apparut au-dessus d’eux.
[Connexion établie : nouveau contact enregistré - Raphaël]
« Parfait. »
Raphaël était le nom du Noyau des Abysses de Mine.
Certains Noyaux spéciaux affichaient parfois un nom plutôt qu’un numéro.
« Maintenant, on pourra se contacter à tout moment. »
« O-Oui… à tout moment… »
Après avoir échangé nos coordonnées, je pris congé de Mine, qui s’était figée aussi raide qu’une statue de pierre, je ne sais trop pourquoi.
Elle m’appellerait si quelque chose arrivait.
Puis, tandis que je me dirigeais vers le terrain où se tenait le cours de préparation physique de base,
BOUM !!
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Un grondement soudain résonna dans tout le couloir, et une partie du mur du gymnase explosa vers l’extérieur.
« Quoi ?! Qu’est-ce qui s’est passé ?! »
« L-Le mur vient d’exploser ! »
« Il y a des blessés ?! »
Je fouillai mes souvenirs embrumés.
Est-ce qu’un événement de ce genre avait eu lieu le deuxième jour ?
Absolument pas.
Non, les événements à l’académie avaient été extrêmement rares pendant le premier mois.
Pourtant, une explosion venait de faire voler un mur en éclats.
Pensant qu’une variable inconnue venait d’apparaître, je me tournai aussitôt vers le gymnase.
À cet instant, des élèves commencèrent à en sortir par petits groupes, mais, pour une raison ou une autre, ils avaient l’air parfaitement calmes.
« … Une bagarre ? »
Quand je demandai ce qui s’était passé, on me donna une réponse inattendue.
« Ouais. Deux élèves se sont battus dans le gymnase. Ils étaient Compagnons l’un de l’autre. »
« Les Arts sont normalement interdits, mais ils en ont quand même utilisé. C’est pour ça que le mur a explosé. »
« Heureusement, personne n’a été blessé. »
« … Une bagarre. »
C’était quelque chose que j’avais négligé.
Dans le jeu, tout tournait autour du joueur, alors ce genre d’incidents mineurs ne se produisait jamais.
Mais ici, c’était la réalité.
Le système de Sélection des compagnons n’était pas forcément équitable pour tout le monde.
Si vos résultats étaient mauvais ou que vous étiez loin dans l’ordre de sélection, vous n’aviez d’autre choix que de vous retrouver avec un Compagnon que vous ne vouliez pas. Forcément, ce système allait créer du mécontentement chez les élèves.
Si le fait d’être jumelé avec un Compagnon indésirable entraînait de mauvaises notes, l’élève devait en assumer seul les conséquences.
Dans le jeu, cette explosion avait sans doute été vaguement présentée comme le mécontentement des figurants. Ici, elle s’était transformée en véritable conflit.
Au moins, les bagarres entre élèves étaient des incidents courants, qui pouvaient se produire n’importe où.
Je m’étais tendu, craignant qu’un grand scénario, comme une attaque contre l’académie, ait été avancé. Intérieurement, je poussai un soupir de soulagement.
« Si ce n’est qu’une bagarre ordinaire, l’académie s’en chargera. »
Alors que je me retournais vers le terrain,
« Mais c’était surprenant de voir les jeunes dames des deux grandes Maisons se battre, non ? »
« Tout le monde disait qu’elles ne s’étaient jamais entendues. »
« Faire des histoires dès le deuxième jour… Les grandes Maisons, c’est vraiment autre chose. »
Je fis demi-tour, à cent quatre-vingts degrés.
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