Chapitre 34
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 34 : Tu n’as pas toute ta tête
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« Où est-ce que tu vas ?! On n’en a pas fini, Aren Bright ! »
Richard cria après avoir repris son équilibre.
Il fixait Aren et les autres, qui avançaient pour arrêter Viktor Grace.
Mais Aren répondit sans même se retourner.
« Je n’en ai pas l’intention. »
« Même dans un moment pareil… tu vas continuer à m’ignorer ? »
En entendant la colère et le désespoir dans la voix de Richard, Aren répondit calmement.
« Tant que tu seras là, je ne t’ignorerai pas. »
Aren le savait.
Les responsables de la guerre civile les attendaient dans la salle, plus loin.
Et Richard, seul dehors, l’épée à la main, ne partageait plus leur cause.
« Depuis le début, je t’ai toujours regardé droit dans les yeux. »
« Alors pourquoi… ? Tu sais mieux que quiconque ce que je vous ai fait subir ! »
« C’est justement pour ça que je le sais. Tu n’as jamais dépassé les bornes. »
C’était pour cette raison qu’Aren lui confiait cette tâche.
« Je te laisse les autres étudiants, Richard Dane. »
En tant que camarades d’académie.
Et en tant qu’amis.
⁎⁎⁎
Dans l’histoire originale, Richard n’était guère plus qu’un bouc émissaire pour la Famille Dane.
En tant que membre de la faction des nobles, la Famille Dane devait tenir la Famille impériale en respect, tout en réprimant les roturiers qui gravissaient les échelons.
Cela ne voulait pas dire qu’elle pouvait pour autant s’allier aux autres nobles. Même la Famille Reygal, au cœur de la faction aristocratique, était une menace dont la Famille Dane devait se méfier.
Au milieu de tout ça, la Famille Dane avait brandi le jeune Richard comme une lame, ce qui l’avait rendu arrogant.
C’est ainsi qu’il avait hérité du surnom de délinquant de la Famille Dane.
Mais ce qu’il voulait vraiment, ce n’était pas une bande de larbins : c’était un ami qui le regarderait droit dans les yeux et le reconnaîtrait à sa juste valeur.
Après s’être amendé à la suite de son combat contre Aren, Richard avait même survécu à la purge massive des familles nobles qui avait suivi la fin du scénario de la guerre civile.
Des dizaines de témoignages affirmaient qu’il avait protégé les étudiants roturiers de l’académie contre la magie de Viktor Grace.
Par la suite, Richard était devenu un allié, avec un côté tsundere et une certaine tête en l’air, et avait vécu sans trop de problèmes jusqu’à la fin.
Pour avoir vu la fin plusieurs fois, je savais exactement comment m’y prendre avec Richard.
Si je lui demandais brusquement de devenir mon ami alors qu’on ne s’était rencontrés que deux fois, il me prendrait sûrement pour un fou.
Son état d’esprit fragile avait aussi contribué à le faire changer.
Je décidai donc de m’y prendre autrement.
« J’ai récupéré ça dans un donjon. Si tu comptes désormais te battre à la lance, tu en auras besoin, non ? »
« Ça… Ne me dis pas que c’est de l’équipement fabriqué dans un donjon ? »
« Si. La Lance fracassante. Je te la laisse si tu en as besoin. »
« …Pourquoi tu me donnerais une chose pareille ? »
Bien sûr, il ne cria pas quelque chose comme : « Dégage ! »
La Lance fracassante était une arme bien trop séduisante pour qu’on la refuse.
Naturellement, je n’avais pas l’intention de la lui donner gratuitement.
Je décidai donc de le convaincre.
« Si ton arme avait été ne serait-ce qu’un peu meilleure lors de l’examen d’entrée, le résultat aurait été différent. »
« …?! »
« Je me suis battu contre toi avec une arme que le duc m’avait préparée. Toi, en revanche, tu n’avais qu’une épée standard de noble. »
Le regard de Richard vacilla.
Il avait l’air de vouloir demander : « Comment tu le sais ?! »
Mais les étudiants étaient censés apporter des armes standard à l’examen, de toute façon.
Et puis, il était normal d’être fort quand on avait du bon équipement.
« J’estime beaucoup tes capacités, Richard. Dis-toi que c’est un cadeau. »
« …Je refuse ! Je n’ai pas besoin d’un cadeau de ta part ! »
Alors c’est comme ça qu’il va réagir.
Bon, recevoir gratuitement un objet pareil de la part d’un noble honoraire d’origine roturière avait de quoi éveiller les soupçons.
C’est alors que je lançai la réplique que j’avais préparée depuis le début.
« Si ça te gêne, achète-la. »
« …Quoi ? »
« Je ne te la donne pas. Tu peux payer le juste prix et l’acheter toi-même. »
À partir de là, Richard n’avait plus aucune raison de reculer.
Au lieu d’accepter ma charité, il l’obtiendrait par ses propres moyens.
C’était probablement exactement ce qu’il voulait.
Après un long silence, Richard prit la parole d’une voix basse.
« …Combien ? »
Sans cacher mon sourire, je lui servis la dernière réplique que j’avais préparée.
« Ce que tu veux bien payer. »
Après avoir hésité un instant, Richard me lança une bourse pleine d’argent.
Toutes les pièces d’or qu’il avait sur lui.
L’argent que j’avais reçu de Richard me permettrait de ne pas m’inquiéter des dépenses pendant un bon moment.
« Qu’est-ce que je réponds si quelqu’un me demande d’où vient cette arme ? »
« Dis simplement que tu l’as eue grâce à un ami. »
« …Qui a dit que j’étais ton ami ?! »
Il cria, l’air dégoûté, mais ne semblait pas contrarié.
Et puis…
« …Euh. »
« … ? »
« C’est vrai, ce que tu as dit ? Tu estimes vraiment mes capacités ? »
Quand je hochai la tête, Richard hésita un instant avant d’ajouter d’une voix discrète :
« …Est-ce que je pourrais venir te voir de temps en temps ? »
« Ça ne me dérange pas. »
« …Quelle excuse je pourrais trouver ? »
Les nobles adoraient vraiment les excuses.
« Si je récupère d’autres équipements ou des fragments, tu pourras me les acheter. »
C’est ainsi que moi, qui avais l’air d’un mendiant, me trouvai une source de revenus régulière.
Sous le nom de frais d’amitié.
⁎⁎⁎
On avait vraiment besoin d’argent.
L’esprit plus tranquille, je réfléchissais mieux, moi aussi.
Le mauvais côté de la vie étudiante, c’était qu’il me restait moins de temps pour m’entraîner.
Le bon côté, c’était que j’avais davantage le temps de réfléchir.
Grâce à cela, je pouvais suivre les cours à un rythme raisonnable tout en passant en revue les éventualités qui pourraient se présenter plus tard.
« J-Je compte sur vous ! »
« Halibal Velder. J’espère qu’on s’entendra bien ce semestre. »
« O-Oui ! »
Dans le cours d’armement, les élèves choisissaient une arme puis changeaient de partenaire pour s’enseigner mutuellement postures et mouvements, tandis que le professeur circulait parfois parmi eux pour intervenir.
Mais…
Pourquoi y a-t-il autant d’épéistes ?
Dans l’histoire originale, il y avait bien des élèves qui maniaient d’autres armes. Pourtant, les cinq personnes devant moi étaient toutes des épéistes.
En plus, ils me regardaient avec des yeux brillants. Nous avions clairement le même âge, mais on aurait dit un instructeur entouré de ses élèves.
Sauf que je n’étais pas doué pour enseigner.
Non, je ne savais même pas leur enseigner quoi que ce soit.
« Alors, voici la posture de départ. »
J’imitai donc à la va-vite les bases du Style Belhart qu’Adeline m’avait enseignées et leur fis une démonstration. Chaque élève sembla profondément impressionné avant de laisser sa place au suivant.
Puis vint le sixième.
Encore un épéiste.
Je poussai légèrement mon épée vers l’avant.
« ? »
Mais l’étudiant ne chercha pas du tout à esquiver ma lame.
Au contraire, il avait l’air d’attendre que je le frappe.
Interloqué, je baissai mon épée et lui demandai :
« Pourquoi tu n’esquives pas ? »
« J’ai entendu dire que l’essence du Style Halibal, c’est d’encaisser les coups. »
Quelle essence ?
Quand un style d’épée était enregistré auprès de l’Institut impérial d’escrime, une partie de son enseignement était consignée dans des documents mis à la disposition des étudiants.
Or, selon ce type, ces documents affirmaient que l’essence du Style Halibal consistait à se faire frapper.
Tu n’as pas toute ta tête.
« Je m’entraîne au Style Halibal depuis deux ans avant mon entrée à l’académie. Alors, quand je vous ai vu monter sur l’estrade du lieu d’examen, j’étais tellement ému que je ne saurais vous le décrire. »
Deux ans plus tôt, ça ne faisait qu’un an environ que j’avais vaincu Shukarit.
Eh, notre expérience ne devait pas être si différente.
Attends.
Je jetai un coup d’œil sur le côté.
Les cinq étudiants passés avant lui prenaient tous des postures qui donnaient l’impression qu’ils se forçaient à encaisser les attaques en face d’eux.
C’est pas vrai ?
« Il y a sûrement pas mal de gens qui ont choisi la voie de l’épée grâce à vous. Vous êtes notre espoir, à nous, les roturiers. »
D’accord. Je comprenais pourquoi il y avait tant d’épéistes.
La boule de neige que j’avais mise en mouvement était en train de ravager l’académie sans même que je m’en rende compte.
« Pour info, mon objectif est de maîtriser la Rupture Halibal avant la fin de l’année. »
« … »
Je cochais une nouvelle case sur ma liste mentale.
Aller à l’Institut impérial d’escrime et faire retirer le Style Halibal.
C’était noté.
Après avoir raccompagné le sixième étudiant, je m’étirai.
J’ai plus de choses à faire que je ne le pensais.
J’avais bien d’autres choses à faire que de conquérir le Donjon de la Poupée.
Enquêter sur Senia et Luna.
Je devais aussi rendre visite à Adeline au moins une fois.
Et je ne pouvais pas négliger le farming.
Et puis…
« Oh, Halibal. C’est à notre tour ? »
« Aren. »
C’est vrai, Aren était là aussi.
Il était temps de revenir sur l’indice que j’avais glissé à Aren pendant l’examen d’entrée.
Je me disais déjà qu’il faudrait qu’on ait une conversation franche, au moins une fois.
Mais il ne semblait pas y avoir autant réfléchi que je l’aurais cru.
Pendant ce temps, Aren prit la posture de départ de l’Épée divine suprême.
Je lui répondis par la posture du Style Halibal de mes deux.
Il n’y aurait pas de combat d’entraînement en cours aujourd’hui.
On voulait seulement vérifier à quel point chacun maîtrisait son arme.
Mieux valait exécuter les mouvements lentement que de frapper vite.
On pouvait appeler ça un entraînement de base. J’en avais fait avec Adeline, moi aussi, et c’était plus difficile qu’il n’y paraissait.
Aren fit lentement un mouvement d’épée vers moi.
« Tu te souviens de ce que tu m’as dit pendant l’examen d’entrée ? »
Alors il y avait quand même réfléchi.
Tant mieux. Ça aurait été plus inquiétant s’il avait fait comme si ça ne l’avait pas touché du tout.
L’expression d’Aren était plus compliquée que je ne l’aurais cru.
Je lui avais dit ça pour accélérer sa progression. J’espérais que ça ne serait pas devenu un poids pour lui.
Mais Aren devait toujours progresser.
Je n’avais donc pas l’intention de revenir sur mes paroles.
Je le guiderais simplement avec naturel, comme dans l’histoire originale.
« Tu n’as pas besoin d’avoir peur. C’est ton pouvoir, après tout. »
« J’ai dit ça ? »
« Qu’est-ce que tu voulais dire ? J’ai même demandé à Ran. Tu ne l’as dit qu’à moi. Apparemment, aux autres, tu leur as seulement sorti des trucs comme : “Vous comprenez… ?!” »
Hmm. Je ne m’attendais pas à ce qu’il se renseigne autant.
Ça semblait lui avoir bien plus trotté dans la tête que je ne l’imaginais.
Je fis moi aussi lentement un mouvement d’épée et déviai celle d’Aren.
« Je t’ai dit ça pour te déstabiliser. »
« C’était vraiment tout ? »
« Tu avais l’air effrayé, alors je me suis dit que ça pourrait t’aider. »
Aren s’immobilisa.
Cette fois, je fus le premier à faire lentement un mouvement d’épée.
« …J’avais peur ? »
« J’ai dit ce que j’ai vu. »
Aren pivota et bloqua mon épée.
Il continua les mouvements, mais mes paroles semblaient lui tourner dans la tête.
« Peur… Tu pourrais m’expliquer plus précisément ce que tu veux dire… »
Je l’interrompis avant qu’il ne termine.
« J’ai entendu dire que tu venais de Baran. »
« Ah oui, c’est vrai. Comment tu le sais ? »
« Elia Work me l’a dit. »
Baran, la ville natale d’Aren, était une petite ville de province située à la frontière de l’Empire, au bord de la mer.
On la disait paumée, mais elle était aussi réputée comme lieu de villégiature.
Dans l’histoire originale, Aren s’y rendait en vacances avec ses compagnons et y vivait un éveil.
Voilà pourquoi ça ne servait à rien que je lui vole ses occasions en or.
Aren était un protagoniste qui vivait un grand nombre d’éveils soudains, sa progression mentale lui servant de tremplin.
Toutes ses occasions en or étaient dans sa tête !
« Ah… Elia. Je ne l’ai pas vu hier, mais tu le connais, toi aussi ? »
Il fallait simplement choisir le bon moment.
Quand Aren échouait à conquérir un donjon du Dieu maléfique et se retrouvait bloqué face à un mur qu’il ne pouvait franchir, il tentait toutes sortes de choses pour s’en sortir.
Il traversait tout l’Empire en conquérant des donjons, ou recréait même l’Abîme du Dieu maléfique d’autrefois sous la forme d’un Donjon de l’Ombre, avant de le parcourir de bout en bout.
Bien sûr, le joueur devait tout faire lui-même.
Il avait beau essayer, rien n’y faisait. Puis, lors d’une visite à Baran par pur hasard, l’événement d’éveil se déclenchait.
Je devais donc lui donner un indice. S’il lui arrivait de craquer, il ne devait pas perdre son temps et filer à Baran.
« Baran est réputée pour sa mer, non ? »
« C’est ça. Tout le monde vient à Baran pour voir la mer. Le train transcontinental Christoph s’y arrête aussi, alors on y arrive étonnamment facilement. »
Dès que j’évoquai Baran, la voix d’Aren s’éclaircit nettement.
Il était vraiment fier de sa ville natale.
Évidemment, ce n’est pas sa véritable ville natale…
« Baran, c’est bien. Le matin, on peut voir le soleil se lever au-dessus de la mer, et le port sent toujours le sel. Le soir, on peut aussi regarder le soleil disparaître derrière l’horizon. »
Tandis qu’Aren se remémorait ces souvenirs, je lançai d’un ton détaché :
« J’aimerais bien voir la mer au moins une fois, un jour. »
Dans ce monde, Halibal n’avait jamais vu la mer.
À cet instant, l’épée d’Aren s’immobilisa.
« Tu n’as jamais vu la mer ? »
« Non. »
Quand je répondis calmement, Aren écarquilla les yeux.
Puis il me proposa quelque chose d’inattendu.
« Alors… tu voudrais venir la voir avec moi, la prochaine fois ? »
Oh ?
Pas mal.
Si je disais que je voulais voir la mer, j’aurais une excuse pour emmener Aren à Baran quand je voudrais.
Non, ce n’était pas juste bien. C’était génial.
« Si l’occasion se présente. »
C’est ainsi qu’au fil du cours, je redirigeai tout naturellement vers Baran l’attention que j’avais attirée pendant l’examen d’entrée.
Nous continuâmes à parler de Baran un moment.
« Alors, tu as été démobilisé ? »
« Sous condition. Je peux y retourner si je veux, mais je ne pense pas le faire. »
« Et tu habites où, maintenant ? Je ne crois pas t’avoir vu au dortoir hier. »
J’habite dans un donjon.
Alors que j’allais répondre ça, un détail de l’histoire originale me revint en tête.
Attends. La chambre d’Aren n’était-elle pas vide, dans l’histoire originale ?
Les étudiants qui entraient à l’académie logeaient en principe dans les dortoirs.
D’ordinaire, on attribuait une chambre à deux personnes, mais certains bénéficiaient d’un traitement particulier et avaient une chambre individuelle.
Ce privilège revenait aux nobles de haut rang comme Cecilia, Luna et Eugene. Senia devait sûrement en bénéficier aussi.
Aren avait lui aussi obtenu une chambre individuelle en raison de son statut de dernier disciple de Maître Jin et de son héritage de l’Épée divine suprême. Le conseil d’administration se montrait prudent avec lui.
Dans l’histoire originale, il y avait même eu un épisode où Aren avait laissé Elia dormir dans sa chambre, après qu’Elia se fut battu à coups de poing avec son colocataire, obsédé qu’il était par la création du Convertisseur de fragments.
De toute façon, je n’avais ni maison ni abri.
Est-ce que je pouvais tenter de m’appuyer un peu sur Aren ?
Si nous partagions une chambre, je pourrais guider sa progression de temps à autre grâce à mes connaissances de l’histoire originale.
Et dès que j’aurais obtenu Soleil éclatant, je pourrais le lui transmettre tout naturellement.
Surtout, nouer des liens avec le protagoniste original en devenant son colocataire ne pouvait que servir mes projets.
« Ça m’inquiète aussi. Le manoir où je suis censé emménager n’est toujours pas terminé. »
« Quoi ? Alors, tu dors où, en ce moment ? »
« Tant que tu en parles, je peux te demander un service ? »
« Un service ? »
Alors, je me lançai sans attendre.
« Si ça ne te dérange pas, je peux loger dans ton dortoir quelque temps ? »
Pour une raison quelconque, Aren mit longtemps à répondre.
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