Chapitre 33
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 33 : C’est quelque chose que j’ai reçu d’un ami
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Il fallait d’abord récupérer les corps. La sortie dans le donjon prit donc malheureusement fin après une seule incursion.
Après avoir contacté l’unité militaire des environs, nous vîmes arriver des soldats moins d’une heure plus tard. Ils emportèrent les corps.
« Merci infiniment. Grâce à vous, nos camarades pourront reposer en paix. »
« Je n’ai fait que mon devoir de noble. »
Le soldat s’inclina en silence, puis nous examina attentivement.
« Vous êtes étudiants à l’Académie de Ruidel, par hasard ? »
« C’est exact. »
« Je crois savoir que c’est votre premier jour d’inscription… Pourquoi vous mêler à une affaire pareille ? »
« Parce qu’il fallait le faire. »
Les soldats acquiescèrent, admiratifs.
Puis l’un d’eux prit la parole.
« Les rumeurs ne mentent pas : Monsieur Halibal est un sacré gaillard. »
Les rumeurs, hein ?
Qu’est-ce qui pouvait bien se raconter à mon sujet ?
Flippant. Vraiment flippant.
J’échangeai aussi quelques mots avec Cecilia avant de lui dire au revoir.
Sa Grande épée fracassante dans le dos, elle monta dans le tram.
« Vous ne venez pas avec moi ? »
« Non. Je rentrerai un peu plus tard. »
« Les cours commencent demain, non ? Vous feriez mieux de rentrer vous reposer aujourd’hui. »
Le manoir n’était toujours pas terminé.
« Je le ferai. »
« … On dirait pas que vous en ayez l’intention. »
« Ne vous inquiétez pas. Je ne serai pas en retard demain. »
« … Bon, à demain midi. »
Je regardai Cecilia monter dans le tram et disparaître, puis fis demi-tour vers l’entrée du Donjon des Gobelins.
La principale arme de Senia était une grande épée ?
Plus j’y réfléchissais, plus ça me semblait étrange.
Il n’y avait même pas de personnage qui se battait à la grande épée. Alors pourquoi en avoir créé une ?
Vu les habitudes des développeurs, je supposai qu’ils l’avaient conçue uniquement pour faire enrager les joueurs. Mais si Senia était une sorte de donnée inutilisée de l’Académie de la Fin ?
Ça arrivait parfois : des personnages créés au stade de la conception, puis abandonnés pour une raison ou une autre.
Peut-être avait-on prévu à l’origine un lien entre Senia et la grande épée, avant d’abandonner l’idée ?
Ça se tient. Il faudra que je me penche là-dessus aussi.
Perdu dans mes réflexions, j’étais déjà revenu à l’entrée du donjon.
Cecilia avait raison. Je devrais peut-être me reposer aujourd’hui.
Mais comment résister quand le butin me faisait de l’œil ?
Pas l’Épée fracassante, non : la Grande épée fracassante.
Je n’aurais rien dit si aucun objet n’était tombé, mais voilà qu’une arme destinée à quelqu’un d’autre apparaissait à la place de la mienne ?
Impossible de laisser passer ça.
J’en conclus que j’allais explorer le donjon seul jusqu’à épuisement, pour le reste de la journée.
J’avais déjà compris à quel point le Donjon des Gobelins était difficile.
Même sans Cecilia, je pouvais le terminer seul, à condition d’accepter quelques dégâts. Et les blessures ne seraient pas mortelles.
J’ai aussi pris plein de potions.
Par précaution, j’avais embarqué une énorme réserve de potions de l’armée, ainsi que d’autres achetées à Nevil.
D’ordinaire, je m’en servais peu, mais c’était un donjon de niveau supérieur. Mieux valait rester prudent.
Grâce à Cecilia, j’avais au moins économisé sur les potions.
Malgré tout, je décidai de ne pas trop forcer.
Je partirai quand j’aurai tout utilisé.
Sur ces mots, je me jetai de nouveau dans le donjon.
La nuit passa, l’aube se leva et le premier tram de la journée se mit à circuler.
Quand je ressortis enfin du donjon, traînant mon corps épuisé, je tenais plusieurs pièces d’équipement dans les mains.
[Gantelets fracassants (II)]
[Masse fracassante (II)]
[Lance fracassante (II)]
Alors, elle était où, l’épée ?
Répondez-moi.
⁎⁎⁎
La lumière du matin filtrait par la fenêtre.
Je me frottai les yeux encore ensommeillés, montai dans le tram et pris la direction de l’académie.
Si j’avais passé la nuit dans le donjon, ce n’était pas sans raison.
La veille marquait en pratique la fin du temps libre à l’académie.
J’avais donc essayé d’en profiter autant que possible, mais…
Comment c’est possible qu’une seule épée ne soit pas tombée ?
J’avais terminé le Donjon des Gobelins cinq fois.
Résultat : quatre pièces de la série Fracassant. À en juger par le taux d’apparition, j’avais eu une chance insolente, mais pas une seule arme que je puisse utiliser.
À partir d’aujourd’hui, mon emploi du temps serait chargé de cours, et je devais aussi passer du temps avec Cecilia.
Autrement dit, je n’aurais plus le temps de passer mes journées entières dans le donjon comme la veille.
Elle finira bien par tomber. Il faut que j’y croie.
Quand je sortis de mes pensées, le tram était arrivé à la porte principale de l’académie.
En regardant les étudiants franchir la porte un à un, je me remémorai ce que je savais sur l’académie.
Ruidel fonctionnait avec un système de crédits.
En dehors des cours obligatoires, les étudiants choisissaient librement leurs matières. Les inscriptions se faisaient toutes en même temps, quelques jours après la confirmation de leur admission.
J’avais déjà choisi les cours qui m’intéressaient.
Enfin, les cours qui augmentaient les statistiques dans le jeu original.
Dans l’Académie de la Fin, les statistiques d’Aren augmentaient en fonction des cours qu’il suivait.
Mais les statistiques de combat n’étaient pas les seules à progresser. Certains cours augmentaient aussi des statistiques liées au mode de vie, appelées Traits.
Connaissance, Talent, Gentillesse, Courage, Charme.
Ces Traits pouvaient débloquer de nouvelles quêtes, permettre de parler à des PNJ qu’on ne pouvait normalement pas approcher, et offrir bien d’autres avantages.
Évidemment, tout ça ne me concernait pas.
Aren pouvait se charger de faire monter ses Traits.
En plus des cours obligatoires, je m’étais inscrit à [Armement de base], [Conditionnement physique de base] et [Herboristerie].
Les deux premiers augmentaient respectivement la puissance d’attaque et la santé, tandis que l’herboristerie était indispensable pour fabriquer des herbes et des potions utilisables dans les donjons.
L’Armement de base, en particulier, figurait aussi au programme d’Aren. Je devais donc y assister pour garder un œil sur lui.
À titre indicatif, j’avais casé tous ces cours le matin.
Les après-midi seraient consacrés aux donjons.
Je pouvais attendre le semestre prochain pour m’occuper des gens liés au scénario. J’avais décidé de me concentrer uniquement sur l’amélioration de mes statistiques de base pendant le premier semestre.
Mais un sérieux problème se posait.
Je suis fauché.
Si j’avais réussi à tenir le coup dans les donjons en solitaire la veille, c’était uniquement parce que je m’étais comporté comme un malade accro aux potions.
Quand je partais dans les donjons avec Cecilia, je me concentrais entièrement sur Lumière cendrée. Elle compensait sans mal les dégâts qui me manquaient.
Mais seul, impossible de faire pareil.
J’avais donc fini par terminer les donjons en enchaînant la Voie de la Bourrasque, un Art qui consommait de la santé.
Je n’avais pas le choix : Instantané ne s’activait pas.
Dès que ma santé baissait trop, je la rétablissais avec une potion, puis je repartais avec Plongée temporelle, Épée ciselante et Voie de la Bourrasque.
À force de répéter ça sans arrêt, j’avais vidé mes réserves en un rien de temps.
J’allais devoir continuer à jouer comme ça à partir de maintenant.
En plus, il me fallait acheter une armure et des accessoires. Je n’avais nulle part où loger, alors il me fallait aussi de quoi vivre et payer toutes sortes d’autres dépenses.
Ils avaient dit qu’ils me donneraient de l’argent. Mais quand comptaient-ils le faire… ?
À bien y réfléchir, je n’étais pas complètement à court de solutions.
Par exemple, je pouvais trouver un petit boulot.
Je pourrais gagner un peu d’argent et quelques Traits en exerçant une activité accessible uniquement l’après-midi, mais le rendement était si mauvais que je ferais mieux de m’en abstenir.
Je pouvais aussi vendre mes fragments ou mes armes au marché noir. Mais si on me surprenait, étudiant, à traîner dans le coin, j’écoperais sans aucun doute d’une sanction.
Et puis, les utiliser pour des synthèses afin d’améliorer ma maîtrise de la Machine d’Alicia serait bien plus rentable que de les vendre.
Est-ce que je devrais officiellement invoquer le nom d’Alicia pour exiger de savoir où était passé l’argent ? Ça ne gâcherait pas la mise en scène ?
C’est alors que j’entendis une voix derrière moi.
« Valhil… Halibal Velder. Te voilà. »
Je me retournai et découvris un étudiant à la coupe au bol violette.
Il avait un visage à peine assez beau pour mériter le qualificatif de beau. Deux étudiants qui semblaient être ses acolytes se tenaient juste derrière lui.
« Tu ne vas pas me dire que tu m’as oublié ? »
« Richard Dane. »
Le premier que j’avais abattu lors de l’examen d’entrée.
Richard et sa bande formaient un groupe secondaire assez présent dans le jeu original.
À l’examen d’entrée, il avait obtenu le troisième meilleur résultat, derrière Eugene et Ran.
Cecilia ayant abandonné sa place en tête, il avait fini troisième au classement général de l’examen.
Et il venait me parler ?
Qu’est-ce que c’est que ça ? Il est venu chercher la bagarre ?
Dans le jeu original, Richard était l’archétype du noble arrogant.
Il provoquait ouvertement les roturiers de sa classe, s’attirant l’hostilité de Ran, et se heurtait souvent à Aren, qui était lui aussi roturier.
Il avait même commis des crasses, comme enlever un étudiant roturier de la classe C pour le jeter dans un donjon d’entraînement.
Il avait aussi abandonné un étudiant roturier pendant l’examen d’entrée.
Il restait pourtant un personnage important, celui qui avait lancé la rivalité entre Aren et Eugene.
Ce n’est qu’après qu’Aren l’eut écrasé à plate couture qu’Eugene commença à s’intéresser à lui, donnant le coup d’envoi de leur véritable rivalité.
Ensuite, il devint une sorte de personnage comique avant de rejoindre le groupe du protagoniste pendant l’épisode de la guerre civile. Pénible, certes, mais il ne restait pas une vraie ordure jusqu’à la fin.
J’étais donc certain qu’il était venu chercher des noises.
Même si j’étais noble, je n’étais qu’un roturier avec un titre honorifique.
Pourtant, Richard se contenta de me fixer droit dans les yeux, en nage.
… Quoi ? Il est venu vers moi, puis il a oublié ce qu’il voulait dire ?
Devait-il me mépriser ou me traiter comme un noble ?
Il semblait étrangement incapable de choisir la manière de m’aborder.
Se faire abattre à l’examen d’entrée a dû lui laisser un sacré souvenir.
Richard finit par dire quelque chose d’inattendu.
« Quel cours suis-tu ? »
Je m’attendais plutôt à un « sale roturier ! », alors sa question me prit de court.
Comme il ne semblait pas hostile, je répondis honnêtement.
« Armement de base. »
« Le même que moi. Un cours dont tu n’as pas besoin, puisque tu as fondé ton propre style d’épée. Pourquoi le suivre ? »
Parce qu’il augmentait la puissance d’attaque.
« Les bases sont toujours importantes. »
« … Tu as plus d’esprit noble que je ne le pensais. »
Il acquiesça, même à cette réponse toute faite.
Il était très différent du Richard du jeu original, qui traitait aussitôt les roturiers comme de la vermine.
Était-ce parce que je n’étais pas roturier ?
On dirait qu’il a décidé de me reconnaître comme noble, pour l’instant.
« Et toi ? »
Richard ne s’attendait peut-être pas à ce que je lui retourne la question. Il parut décontenancé un instant, jeta un coup d’œil à sa bande, puis répondit.
« Le jour où j’ai perdu contre toi à l’examen d’entrée, j’ai compris quelles étaient mes limites. »
« Seigneur Richard ! »
« Oh… ! Seigneur Richard admet ses propres faiblesses ! »
À peine eut-il dit qu’il avait compris ses limites que sa bande se mit à haleter et à le couvrir de louanges.
« J’ai donc pris une décision. Je change d’arme. »
« ? »
C’était encore plus inattendu.
J’étais presque sûr que, dans le jeu original, Richard s’obstinait à manier l’épée jusqu’au bout.
« Je vais poser l’épée que j’ai maniée jusqu’ici. À partir d’aujourd’hui, je manierai une lance. Le cours d’Armement de base me servira à m’y préparer. »
« Toutes les armes iraient à merveille au seigneur Richard ! »
« La lance est la reine des armes ! Le seigneur Richard en deviendra lui aussi le roi ! »
Richard déclara fièrement devant moi qu’il était désormais lancier à l’académie.
Changer d’arme, hein ?
Le premier cours d’Armement de base commençait effectivement par le choix, avec l’instructeur, de l’arme qui convenait à chaque étudiant.
Le protagoniste et les autres personnages jouables étaient les exceptions. Peu d’étudiants arrivaient en sachant déjà quelle arme ils utiliseraient.
Mais pourquoi me racontait-il tout ça ?
« Si tu me connais, tu dois savoir que j’ai aussi un talent remarquable pour la lance. Je te vaincrai avec une lance, quoi qu’il arrive. »
Bien sûr que non.
Ça ne s’était jamais produit dans le jeu original.
J’étais en train de me dire que voir Richard du point de vue d’un noble était une expérience étonnamment nouvelle quand…
Attends. Une lance ?
Mon regard se posa tout naturellement sur la Lance fracassante accrochée dans mon dos.
« Je ferai briller la lance par ma seule volonté ! Tel est le destin de celui qui porte le nom de la Maison Dane… »
« Vous avez besoin d’une lance ? »
« … Qu’avez-vous dit ? »
Parfait.
⁎⁎⁎
Un homme en uniforme se tenait sur l’estrade.
Il avait les cheveux tirés en une queue-de-cheval serrée et une carrure massive, tout en muscles.
La plupart des étudiants reconnurent son visage. C’était l’un des examinateurs qu’ils avaient rencontrés lors de l’examen d’entrée.
« Bienvenue à Ruidel, étudiants de première année. Je m’appelle Calven. Je serai votre instructeur d’Armement de base ce semestre. »
Après s’être présenté, Calven parcourut du regard la cinquantaine d’étudiants alignés devant lui.
Puis il sourit, satisfait.
On l’appelle la Génération dorée. Et ce n’est pas pour rien.
Même aux yeux de Calven, les talents réunis à Ruidel cette année dépassaient toutes les attentes.
Plusieurs étudiants, dont Aren et Halibal, retenaient particulièrement son attention.
Calven enseignait l’Armement de base à Ruidel depuis quinze ans. Il savait bien que, pour survivre dans un donjon, rien n’était plus important que de choisir une arme adaptée à soi.
Une arme, c’était un membre et un bouclier. Elle pouvait même être considérée comme la meilleure alliée d’un groupe d’expédition.
C’était pourquoi il insistait toujours sur l’importance de l’Armement de base.
À ses yeux, les étudiants qu’il appréciait particulièrement étaient ceux qui connaissaient déjà leurs propres capacités et possédaient dès le départ une arme qui leur convenait.
Cette année, les jeunes talents de ce genre étaient exceptionnellement nombreux.
« À présent, venez chacun votre tour choisir vous-mêmes l’arme qui deviendra votre arme principale. »
Bien sûr, cela ne voulait pas dire qu’il méprisait les étudiants dont le talent ne s’était pas encore révélé.
Tout dépendait du moment où ils s’éveilleraient, tôt ou tard. Il pensait que c’était son rôle, et celui du cours d’Armement de base, de faire ressortir leur potentiel.
Tandis que les étudiants choisissaient leur arme, le regard de Calven se posa sur un élève adossé à un pilier, sur le côté de l’auditorium.
Le vaurien de la Famille Dane.
Un étudiant au talent exceptionnel, mais dont le caractère ne suivait pas.
Il avait entendu dire que Richard Dane méprisait tout particulièrement les roturiers. Lui-même étant issu d’une famille roturière, Calven n’appréciait guère les élèves de ce genre.
À sa connaissance, Richard Dane était un épéiste orthodoxe, formé à l’escrime aristocratique.
Mais…
Une lance ?
Richard portait une lance au lieu d’une épée.
Pour une raison quelconque, le regard de Calven se porta spontanément sur l’arme dans le dos de Richard.
Le manche de la lance était gravé d’un motif de vagues rouges.
Une faible énergie démoniaque s’échappait de sa pointe.
Il le comprit d’un seul coup d’œil.
Serait-ce un équipement issu d’un donjon… ?!
Les équipements issus des donjons. Des objets spéciaux nés dans les donjons, plutôt que fabriqués par des mains humaines.
Même la Famille Dane ne pourrait pas en obtenir un si facilement… Alors pourquoi quelqu’un qui n’est même pas lancier en possède-t-il un ?
Calven plissa les yeux.
Il était perplexe et soupçonneux, mais une curiosité irrépressible l’emportait sur tout le reste.
Avant d’être instructeur, Calven était un guerrier. Il ne pouvait pas laisser passer ça sans vérifier aussitôt l’identité de la lance.
Il posa donc la question.
« … Qu’est-ce que c’est, cette lance ? »
« Ah… Ça ? »
Comme s’il n’attendait que ça, Richard décrocha la lance de son dos.
Puis, avec un sourire fier, il répondit :
« C’est quelque chose que j’ai reçu d’un “ami”. »
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