Chapitre 30
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 30 : La machine Alicia
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Le premier tour était important.
Mais ici, ce qui comptait, ce n’était pas l’initiative d’un individu. C’était celle de toute l’équipe.
Même si j’agissais le premier, ça ne changeait rien si Cecilia intervenait trop tard.
Combien de Fragments noirs me reste-t-il ?
Les Fragments noirs étaient déjà très rares, et après en avoir donné la plupart à Elia, il ne m’en restait que quelques-uns.
Même si j’en avais eu plein, je n’aurais pas eu l’intention d’en donner à Cecilia. Une fois le Convertisseur de fragments arrivé, je devais les convertir en fragments de niveau supérieur.
Cecilia, tu as cinq cents séries d’entraînement d’agilité au programme.
Bref.
… Est-ce que je devrais attaquer le premier ?
Mon regard passa d’Aren à Ran.
Même dans un combat amical, les capacités du Noyau de l’Abîme du Dieu maléfique s’activaient.
Si j’attaquais Ran, son Poing qui fait s’effondrer le ciel me tomberait probablement dessus aussitôt.
Alors, Aren d’abord.
Après avoir inspiré rapidement, je lançai mon épée vers la protection de bras d’Aren.
Aren encaissa l’attaque de plein fouet et recula légèrement.
« Ton épée… est rapide. La rumeur disait vrai : elle est difficile à esquiver. »
La gemme bleue au-dessus de ma tête clignota.
C’était le signal du changement de tour.
C’était maintenant au tour d’Aren ?
Étrangement, la gemme au-dessus de la tête de Cecilia se mit à clignoter en même temps que la mienne, alors qu’elle se tenait loin de nous.
Qu’est-ce que c’était que ça ? D’après l’ordre des tours, Cecilia aurait dû agir après Ran.
Un mot me monta alors à la gorge.
Ça ne s’était jamais produit. Pourquoi maintenant ?
Est-ce que je devais le dire ou non ?
En général, les choses se passaient mieux quand je le faisais.
Je criai le mot qui me restait en travers de la gorge.
« Cecilia ! »
« Compris ! »
BOUM !
À peine avais-je appelé son nom que Cecilia prit appui sur le sol et bondit en avant.
En un clin d’œil, elle fut sur Aren et abattit son épée sur la protection de bras que j’avais frappée.
« Urgh ! »
Aren poussa un bref grognement tandis que les coups successifs le faisaient chanceler en arrière.
Il se saisit rapidement du bras et retrouva sa posture.
Ce n’est qu’alors que la gemme au-dessus de ma tête disparut complètement, tandis qu’une gemme rouge apparaissait au-dessus de celle d’Aren.
Ce n’était clairement pas au tour de Cecilia, et pourtant, elle avait agi à mon appel comme si elle avait volé un tour.
Est-ce que ce serait le Lien ?
La capacité Amour-propre que j’avais reçue de Senia.
Je n’avais pas vraiment compris ce que signifiait la description : des attaques supplémentaires en fonction du Niveau d’affection. Est-ce que ça marchait comme ça ?
Il faut que j’en comprenne le mécanisme.
Est-ce que ça fonctionnait avec les Arts ? Est-ce que ça se combinait avec Brise ? Est-ce que ça pouvait marquer ou déclencher les faiblesses ? Provoquer des contre-attaques ? Combien de fois pouvait-on l’activer en un seul tour ? J’avais encore beaucoup de choses à découvrir.
Une chose était sûre, malgré tout : ça permettait d’infliger plus de dégâts. Même si je ne voyais ça que comme un bonus, ça me serait utile.
Le problème, c’était…
De l’autre côté, ça doit vraiment avoir l’air déloyal.
Aren venait de subir une attaque soudaine à deux contre un.
Comme prévu, quand le coup de Cecilia le projeta en arrière, le visage de Ran se durcit.
« Qu’est-ce que vous faites ? Vous vous mettez à deux contre un dans un duel sacré ? C’est pas lâche, ça ? Ou alors la réputation de l’Épée Funèbre était exagérée ? »
Bonne question.
C’était peut-être une tactique efficace contre les monstres, mais contre des personnes, ça avait l’air douteux.
En regardant autour de moi, je vis plusieurs étudiants qui semblaient se demander si c’était vraiment acceptable.
Comme je gardais le silence, Cecilia s’avança.
« Lâche ? Ne raconte pas n’importe quoi. Ceux qu’on doit combattre, ce sont des monstres. Tu crois qu’ils vont tenir compte de ta situation et t’attaquer un par un ? »
« Même comme ça… »
« Elle a raison, Ran. »
Alors que Ran s’apprêtait à répliquer, Aren intervint contre toute attente.
Il prit la défense de Cecilia, puis pointa son épée vers moi.
« Je comprends, maintenant. C’est pour ça que vous teniez à faire un combat à deux contre deux. Vous vouliez nous apprendre quelque chose comme ça, pas vrai ? »
« … ? »
« Vous avez plus d’expérience que nous dans les donjons. Vous avez dû traverser d’innombrables situations dangereuses, et certaines devaient ressembler à celle-ci. »
Non, c’était aussi mon premier combat de groupe.
« En situation réelle, les monstres ne se soucieront pas de l’équité. »
Donc, il reconnaissait que ce n’était pas équitable. Je m’étais senti coupable pour rien.
Après avoir entendu ça de la bouche d’Aren, la cible de cette attaque à plusieurs, Ran ne trouva rien à répondre et poussa un soupir.
Mais Aren ne s’arrêta pas là.
« Puisqu’on a accepté ce combat, on n’a aucune raison de se plaindre. On n’a qu’à donner le meilleur de nous-mêmes, nous aussi ! »
À peine eut-il fini de parler qu’Aren abattit son épée sur moi.
Il me prenait donc pour cible au lieu de Cecilia. Malgré ses paroles, il ne semblait pas tout à fait à l’aise avec la situation.
Je levai aussitôt mon épée pour parer son attaque.
Kriiiii !
[Garde parfaite !]
Les dégâts furent minimes.
Mais…
« Ran ! »
Dès que le tour d’Aren se termina, Ran prit la relève et fonça sans laisser passer l’ouverture.
« Hah ! »
Crac !
Dans un cri, son poing chargé de toute sa fougue réduisit mon épée de bois en miettes.
Pas étonnant que j’aie été mal à l’aise dès que j’avais pris cette épée en bois.
Quand trois épéistes tenaient des épées de bois, l’artiste martial était forcément le plus avantagé.
« Arrête ! »
À cet instant, l’épée de Cecilia s’interposa entre Ran et moi et repoussa le poing de Ran.
Je vis son épaule tandis qu’elle se tenait devant moi.
Au même moment, la gemme bleue au-dessus de sa tête disparut et mon tour revint.
Aren et Ran s’étaient déjà retirés et avaient pris leurs distances.
L’échange était terminé.
Le premier tour venait donc de s’achever.
Dans un combat en un contre un, les tours s’étaient succédé simplement, un pour chacun. Mais dès qu’on passait à un combat de groupe, les variables se multipliaient de façon exponentielle.
Les attaques supplémentaires, c’était une chose. Mais Ran avait enchaîné juste après Aren, ce qui rendait la Garde parfaite beaucoup plus difficile à réussir.
Et puis, il y avait Cecilia.
Elle semblait agir à son tour, mais c’était probablement seulement ma perception. De son point de vue, elle devait avoir l’impression de se déplacer en temps réel.
Le problème, c’était que je ne pouvais pas la contrôler comme bon me semblait.
C’est un peu…
Pour une raison ou une autre, je m’imaginai un personnage d’intelligence artificielle débile, dans un jeu, qui passait sa vie à n’appliquer que des effets de réduction de puissance d’attaque.
Au moins, elle était douée.
Même durant ce bref échange, elle avait agi de son propre chef au bon moment.
En voyant les choses du bon côté, ce n’était peut-être pas plus mal. Je n’avais qu’à me concentrer sur ce que je devais faire.
Bien sûr, il faudrait absolument élaborer une stratégie et communiquer dans les moments importants.
Le vrai problème, c’était l’épée de bois brisée que je tenais à la main.
Comme il s’agissait d’un entraînement amical, on ne nous avait pas donné de vraies armes. À ce rythme, je perdrais à chaque fois contre Ran.
On pouvait utiliser de vraies armes lors des duels supervisés par un instructeur, mais ce n’était pas possible aujourd’hui.
« Eh bien… Mon épée est cassée. »
« Si tu veux continuer, il y a des épées de rechange là-bas. Va en chercher une. On t’attendra. »
Je secouai la tête.
Ce genre d’entraînement avait des limites évidentes.
Je devais tester mes Arts et m’entraîner à combattre avec Cecilia, mais c’était impossible avec des épées de bois.
C’était trop éloigné d’un vrai combat.
Et puis, ça avait été un sacré choc.
Ça s’était joué à peu de chose contre Varhatan aussi.
Parmi les statistiques liées au jeu Académie de la Fin, il y en avait une à laquelle je n’avais jamais prêté attention jusqu’ici.
Les armes.
Varhatan était en gros un boss de tutoriel, alors ça s’était bien passé. Mais si mon épée se brisait comme ça dans une situation importante, ce serait la mort.
Il me faut une arme. De préférence dès aujourd’hui.
J’avais une idée en tête.
C’était prévu pour plus tard, mais je ferais mieux d’y aller ce soir.
Je ravalai cette pensée et m’adressai aux deux autres.
« Je pense qu’on devrait s’arrêter là pour aujourd’hui. »
« On n’a échangé des coups qu’une seule fois. »
« On ferait mieux de reprendre quand on aura l’autorisation d’utiliser des armes. Les épées de bois ont leurs limites. »
Ran sembla comprendre et hocha la tête.
Ran m’ayant affronté lors de l’examen d’entrée, elle le savait.
Elle n’avait pas grand-chose à tirer d’un combat contre moi tant que je tenais une épée de bois.
« Quel dommage. Je ne suis même pas encore échauffée. »
« J’ai quand même appris quelque chose. »
Moi aussi, j’avais appris quelque chose.
Et j’avais compris une chose, une fois de plus.
Comme prévu, je suis meilleur quand c’est moi qui fonce le premier.
Je regardai Cecilia s’étirer et décidai qu’il me faudrait bientôt entrer dans un donjon.
⁎⁎⁎
« On va encore s’entraîner un peu. Ran veut continuer. »
« Désolé. J’ai l’impression que tout s’est terminé bizarrement à cause de moi. »
« Non. C’est dommage, mais contrairement à l’examen d’entrée, j’ai pu voir ton épée. »
C’était parce que j’avais retiré Nuage noir.
Mais si Aren était satisfait, ça me suffisait.
Aren me tendit la main.
« Laisse-moi me présenter à nouveau. Aren Bright. Je me réjouis de travailler avec toi. »
« Halibal Velder. »
Je lui serrai la main.
Elle était douce, mais ses articulations étaient toutes couvertes de profondes callosités.
Même si son apparence s’était arrondie, Aren restait Aren.
Comme Aren et moi gardions la main serrée plus longtemps que prévu, Cecilia nous lança un regard noir sans même chercher à le cacher.
Elle devait vraiment réagir comme ça alors qu’on était tous les deux des hommes ?
Après avoir pris congé d’eux, Cecilia et moi quittâmes le terrain d’entraînement.
Il approchait déjà de l’heure du déjeuner.
Nous avions convenu de retrouver Senia à la cafétéria ; nous suivîmes donc le plan de l’académie, encore peu familier.
Au bout du couloir qui menait à la cafétéria, j’aperçus une coupe au carré argentée que je connaissais bien.
« Grande sœur ! »
C’était Senia.
Pour une raison quelconque, elle ne nous regardait pas et fixait intensément le fond du couloir.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que tu regardes ? »
« Ah… Cecil, regarde ça. Qu’est-ce que c’est ? »
Une fois dans le couloir, je vis qu’une foule d’étudiants s’était rassemblée au même endroit, pas seulement Senia.
Tous fixaient un objet posé au milieu du passage.
« C’était là avant ? Je ne crois pas l’avoir vu tout à l’heure. »
« On peut synthétiser des fragments de niveau supérieur avec ça ? »
« Il ne fallait pas l’autorisation impériale pour ça ? »
Au pied d’une statue gravée d’un symbole solaire se trouvait une machine au design étrange, à la fois inconnu et familier.
Sa couleur était curieusement rouge, mais c’était sans aucun doute le Convertisseur de fragments que j’avais commandé à Elia.
Elia était introuvable.
Même s’il avait emprunté le nom d’Alicia, il n’avait pas obtenu sa permission directement et semblait trop nerveux pour s’avancer.
Une pancarte se trouvait à côté du Convertisseur de fragments.
[10 fragments de niveau inférieur = 1 fragment de niveau supérieur]
« C’est n’importe quoi. Dix fragments ? »
« Je préfère les utiliser normalement. »
« C’est pas une arnaque ? Et si cette machine cherchait à nous piéger ? »
La plupart des étudiants étaient mécontents de ce qu’annonçait la pancarte.
Même à mes yeux, un taux de conversion de dix contre un était sacrément rude.
Personne n’avait de fragments de niveau inférieur à gaspiller. Non, à ce stade, même les étudiants qui en possédaient étaient rares.
À moins d’avoir enchaîné les donjons comme moi ou d’être issu de la noblesse, rien que remplir ses emplacements était difficile.
Et dans ces conditions, il fallait sacrifier dix fragments pour n’en obtenir qu’un seul de niveau supérieur.
C’était comme renoncer à dix points de puissance d’attaque pour en gagner deux. Qui aurait pu apprécier ça ?
Autrement dit, à moins d’avoir absolument besoin de comprimer ses fragments, le Convertisseur de fragments n’était pour l’instant qu’un appareil inutile.
Cela dit, ce taux de conversion brutal était exactement comme dans l’histoire originale.
Au début, le taux était désastreux : dix contre un. Mais à force d’utilisation, la machine s’améliorait. À terme, le taux passait à trois contre un.
Bien sûr, pour en arriver là, il fallait lui fournir une quantité astronomique de fragments, ce que je n’aurais jamais pu faire seul.
C’était pour ça que j’avais demandé à Elia d’installer la machine dans l’académie. Plus les étudiants l’utiliseraient, plus vite elle s’améliorerait.
Elle est arrivée juste à temps. J’allais bientôt en avoir besoin.
J’avais déjà prévu d’aller dans un donjon ce soir, et Elia avait terminé la machine au moment idéal.
Je me frayai un chemin parmi les étudiants pour rejoindre le Convertisseur de fragments.
Les sœurs Ren me regardèrent d’un air dubitatif.
« Tu vas essayer ? »
« Tu n’es pas obligé de la tester toi-même, tu sais. »
De toute façon, vous finiriez bien par l’utiliser, toutes les deux.
Tout le monde autour de nous se tourna vers moi.
« C’est l’Épée Funèbre. »
« Il va vraiment essayer lui-même ? »
« Il a tant de fragments que ça à perdre ? »
Pas tant que ça.
En plus des seize fragments de chaque type que j’avais mis de côté par précaution, il me restait un Fragment rouge, un Fragment bleu, un Fragment vert et un Fragment blanc.
C’étaient les fragments que je pouvais échanger pour l’instant.
Pour que cette machine révèle sa véritable valeur, quelqu’un devait d’abord en faire la démonstration.
Et tout naturellement, ce rôle me revenait, puisque j’avais été le premier à proposer l’idée.
Je plaçai un à un dix Fragments rouges dans les emplacements du convertisseur.
La machine se mit à luire en rouge et à bourdonner.
[Synthèse en cours.]
Un instant plus tard, un cristal rouge apparut dans le compartiment transparent.
[Fragment rouge II]
« Oh. »
J’avais craint un échec, mais heureusement, la synthèse avait réussi.
Je brandis le fragment pour attirer l’attention des étudiants.
« Ça a marché, pas vrai ? »
« Ce n’était pas un piège ?! »
Les murmures qui m’entouraient passèrent de la méfiance à l’émerveillement.
En les observant, je pris délibérément un ton exagéré.
« C’est vraiment incroyable. Dix fragments de niveau inférieur donnent un fragment de niveau supérieur. Voyons, comment s’appelle cette machine… »
Mon regard s’arrêta alors sur le nom inscrit au-dessus de la pancarte.
À la place où aurait dû figurer Convertisseur de fragments…
[Machine Alicia]
« … Elle s’appelle la Machine Alicia. »
Un autre nom était inscrit là.
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