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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 3 : Coup en pleine face
──────
Mon unité appartenait au deuxième régiment, troisième bataillon, quatrième compagnie, premier peloton de l’Empire Cyrus.
2341. Facile à retenir.
« Ce malade de Halibal s’entraîne encore ? »
« Cette fois, il a même doublé la charge. »
« Je suppose que ce qui s’est passé dans le donjon l’a vraiment secoué… »
C’était le cas. Un monstre qui avait obtenu le premier tour était apparu.
Le pire, c’était qu’il ne s’agissait que d’un monstre ordinaire.
L’Araignée à visage humain n’était pas le boss d’un des Sept Grands Donjons, ni rien de ce genre. Si un monstre ordinaire était aussi rapide, les autres devaient l’être encore plus.
Au bout du compte, peu importait le poids que je portais : sans vitesse, je me ferais quand même démolir.
Voilà pourquoi je devais gagner en vitesse.
Pas juste un peu. Beaucoup.
En sortant du donjon, j’étais allé tout droit chez un forgeron du coin pour acheter tous les poids en acier qu’il avait.
Quand je les eus sanglés partout sur le corps et que j’essayai de bouger, l’épuisement fut terrible.
Même immobile, j’avais l’impression que toutes mes forces me quittaient, au point de ne plus avoir envie de faire quoi que ce soit.
Mais peut-être parce que j’avais déjà passé beaucoup de temps à porter des poids, ce n’était pas encore insupportable.
Dans cet état, je courais chaque jour jusqu’à m’effondrer d’épuisement.
C’était dur.
Avant de prendre possession de ce corps, j’étais quelqu’un d’ordinaire. Je ne m’étais jamais battu aussi désespérément pour rester en vie.
Mais voyez comme on change quand un jeu devient réalité.
La seule raison, c’était que je ne voulais pas mourir.
Quoi qu’il arrive, je n’avais aucune intention de mourir.
Si je ne courais pas maintenant, il me faudrait courir encore plus tard.
Autant courir tant que je pouvais encore le faire de mon plein gré.
Mais le plus important, c’était le combat réel.
L’entraînement restait de l’entraînement. J’avais beau améliorer ma vitesse, impossible de savoir dans quelle mesure j’étais devenu plus rapide en situation réelle.
Attends. Les monstres réapparaissent.
Dans Académie de la Fin, le système de farming de base reposait sur la montée de niveau dans des donjons que l’on pouvait refaire.
Autrement dit, certains monstres réapparaissaient quand on quittait un donjon puis qu’on y retournait. Le Donjon de l’Araignée ne faisait pas exception.
Dans ce cas, affronter une nouvelle fois l’Araignée à visage humain me permettrait de vérifier si j’étais sur la bonne voie.
« Vous allez encore là-bas ? »
« Oui. »
« Laissez tomber, maintenant. Vous avez sauvé la jeune dame, et la mort de vos camarades n’était pas votre faute. »
Ça ne me concernait pas.
« Je vais devenir chevalier. »
« Espèce de tête de mule, Halibal… ! »
Le commandant de compagnie me recommanda la prudence et me lança quelques potions.
Un mois passa. J’entrais et sortais du Donjon de l’Araignée, ajoutant toujours plus de trous à mon corps.
« Je l’ai ! »
Je poussai un cri de joie en voyant la gemme bleue flotter au-dessus de ma tête.
Pour la première fois, j’avais volé son tour à l’Araignée à visage humain.
Elle ne put pas contre-attaquer une seule fois sous mon déluge de coups et s’écroula, tout simplement.
« Merci… Merci du fond du cœur… »
« C’était la moindre des choses. »
« Grâce à vous, Monsieur Velder, ils peuvent reposer en paix, maintenant… »
Par pure coïncidence, la femme du soldat mort nous avait accompagnés dans le donjon ce jour-là.
En la voyant pleurer, j’en eus la certitude.
C’était la bonne voie.
Heureusement que j’avais misé sur la vitesse.
À partir de ce jour-là, je me mis à m’entraîner au combat avec le commandant de compagnie.
« Venez, Halibal ! »
« Je ne me retiendrai pas. »
Je m’y attendais, mais le commandant de compagnie était fort.
Surtout, il était rapide.
Même plus rapide que l’Araignée à visage humain, il m’était impossible de lui voler son tour.
Dès que mon tour vint, je lui enfonçai mon épée en bois dans le torse. Mais, évidemment, le commandant ne s’écroula pas au premier coup.
« …Je n’ai pas réussi à esquiver celui-là non plus. »
« En situation réelle, ça aurait été différent. »
Mon tour ne serait pas revenu.
« Je l’ai compris dès la première fois que je vous ai vu, mais peu de gens de votre âge seraient capables de me toucher, dans ce monde. »
« Merci. »
Je l’espérais, moi aussi.
⁎⁎⁎
La cérémonie de remise des médailles eut lieu.
« L’Empire Cyrus tient en haute estime le courage et le dévouement du soldat Halibal Velder et lui décerne par la présente la Médaille du mérite. »
Une jeune fille aux cheveux argentés et aux yeux bleus, qui dégageait une douceur paisible, s’avança en portant la médaille.
La jeune dame que j’avais sauvée du donjon se révéla être la fille aînée de la Maison Ren, une illustre famille impériale réputée pour son art de l’épée.
C’était grâce à elle que je recevais une Médaille du mérite.
Mais la jeune dame Ren dont je me souvenais ne lui ressemblait pas.
La Princesse de l’Épée. Cecilia Ren.
C’était l’une des héroïnes principales du jeu, connue dans toute l’académie comme une princesse des glaces froide et distante.
« Senia Ren, veuillez vous avancer pour remettre la médaille. »
Or, la jeune fille devant moi se nommait Senia.
Contrairement à Cecilia, dans l’histoire originale, Senia avait l’air plutôt douce et avenante. Toute son attitude était à l’opposé de celle de Cecilia.
« C’est vous qui m’avez sauvée, ce jour-là ? »
« Je le dois uniquement à la grâce de l’empereur. »
« Merci infiniment. Vous m’avez sauvé la vie. »
Alors que la mystérieuse jeune dame me souriait en épinglant la médaille sur ma poitrine, une voix sèche retentit sur le côté.
« C’est cet homme qui a sauvé ma sœur ? »
Je me retournai. Une jeune fille aux cheveux argentés et aux yeux bleus, comme Senia, se tenait là. Mais son regard, lui, était acéré et féroce.
« Oui, dame Cecilia. C’est le bienfaiteur de dame Senia. »
« Vraiment ? Il a l’air faible. »
Oui. C’était bien Cecilia.
Elle paraissait un peu plus jeune, mais c’était le portrait craché de l’illustration.
Mais pourquoi cherchait-elle la bagarre avec moi ?
« Regardez-le. Il est tout noir et il a l’air crasseux. »
C’étaient des brûlures, espèce de garce. Elle pensait vraiment que c’était une chose à dire à celui qui avait sauvé sa sœur et qui recevait une médaille pour ça ?
« Ne prends pas la grosse tête. Même si tu n’avais pas sauvé ma sœur, je l’aurais fait. »
« Cecil ! Comment peux-tu parler ainsi à notre bienfaiteur ?! »
Senia tenta précipitamment de la retenir, mais Cecilia n’en tint aucun compte. Elle s’approcha et me dévisagea de la tête aux pieds.
Au moins, la sœur aînée semblait avoir un peu de bon sens. La cadette, elle, était franchement mal élevée.
La différence de statut m’obligeait à baisser la tête, mais j’avais quand même un goût amer dans la bouche.
Ce n’étaient pas les bonnes manières élémentaires que de se comporter ainsi avec la personne qui avait sauvé sa sœur ?
L’envie de lui coller mon poing dans la figure me submergea.
À cet instant, un serviteur du duc s’avança en toute hâte.
« Soldat Halibal, dites-nous quelle récompense vous souhaitez. »
Une récompense supplémentaire. Cette scène avait aussi eu lieu dans le jeu.
La Médaille du mérite était la médaille de plus bas rang. En temps normal, elle n’apportait rien d’autre qu’une valeur symbolique.
Ça ne servait à rien de demander de l’or, des bijoux ou des reliques sacrées.
Mais ça, alors ?
« Si possible, j’aimerais assister à une démonstration du maniement de l’épée de dame Cecilia. »
Les personnes autour de nous s’agitèrent.
Bien sûr, je n’avais pas pris cette décision sous le coup de l’émotion.
Cecilia était l’un des personnages les plus puissants de la deuxième moitié de l’histoire originale.
Si je pouvais voir ses mouvements de mes propres yeux, je pourrais définir clairement la direction de mon entraînement.
Si je jouais en deuxième, je miserais sur la vitesse. Si je jouais en premier, sur la puissance d’attaque. Ce duel ne devait servir qu’à déterminer cette direction.
Ce n’était absolument pas parce que j’avais envie de lui fracasser la figure.
« Hein… ?! »
Surprise que son nom soit soudainement prononcé, Cecilia fronça les sourcils.
Mais son expression se transforma vite en rictus moqueur.
« Tu crois que parce que tu es un peu fort parmi les soldats, tu peux rivaliser avec mon épée ? »
Elle balaya du regard les personnes présentes et haussa délibérément la voix.
« Qu’est-ce que je fais ? Il le demande, alors je peux accepter ? »
⁎⁎⁎
La cérémonie de remise des médailles s’était transformée, je ne savais comment, en duel d’entraînement.
Cecilia et moi nous faisions face sur le terrain d’entraînement, une épée en bois à la main.
« J’ai entendu dire que tu étais le plus fort de ton unité. »
À cette époque, Cecilia était légèrement plus grande que moi.
C’était peut-être pour ça qu’elle m’avait pris de haut dès le début.
« Tu ne pensais quand même pas que ça suffirait pour me surpasser ? »
« Je souhaite sincèrement assister à une démonstration de votre art de l’épée, dame Cecilia. »
« Tu as tué quelques monstres et tu crois pouvoir me défier ? Tu as oublié ta place, on dirait. »
Oui, continue d’aboyer.
De toute façon, il ne s’agissait pas de gagner ou de perdre.
Pour moi, il suffirait de lui voler ne serait-ce qu’un tour pendant ce duel.
Bien sûr, gagner serait encore mieux.
« Le monde est vaste, gamin. Ne sous-estime pas l’art de l’épée de la Maison Ren avec tes tours minables. »
« Je ne l’ai jamais sous-estimé. »
« Commencez ! »
À peine l’arbitre eut-il parlé que Cecilia s’élança.
Le temps d’un clignement d’yeux, elle se tenait juste devant moi.
Elle était incontestablement plus rapide que l’Araignée à visage humain.
À première vue, on aurait dit qu’elle avait traversé l’espace d’un seul bond.
Mais je n’étais pas particulièrement inquiet.
La gemme bleue au-dessus de ma tête brillait.
J’avais le premier tour ?
Paf !!
Alors crève.
« Ouf… ! »
La vitesse, c’était vraiment tout.
Quand mon épée en bois s’enfonça profondément dans le flanc de Cecilia, son corps fut projeté en arrière en un instant.
J’étais tout de même un peu déçu.
Contrairement aux monstres, les humains avaient des points vitaux. Il était donc plus facile de déclencher [Faiblesse !].
Mais si je visais ces points pendant un duel d’entraînement, tout le monde me traiterait de fou.
Surtout quand mon adversaire était une jeune dame noble.
Cecilia se tint le flanc et cria :
« Toi… C’était quoi, ça ?! Comment un simple soldat peut-il bouger aussi vite ?! »
Tss. Ça ne s’était pas terminé en un coup.
Je suppose que les personnages jouables avaient une endurance comparable à celle de la plupart des monstres.
Et le moment arriva enfin.
L’heure de me faire battre.
« Réponds-moi !! »
Cecilia retrouva son équilibre et fonça sur moi comme l’éclair.
Son épée en bois fonça vers mon plexus solaire.
Bam !
[Faiblesse !]
T’as aucun esprit sportif, espèce de garce.
Moi, j’avais délibérément évité tes points vitaux.
Sa série de coups suivants me projeta dans les airs. Je volai sur plusieurs mètres avant de m’écraser au sol du terrain d’entraînement.
Mais je ne mourus pas.
Contrairement à l’Araignée à visage humain, Cecilia ne cherchait pas froidement à tuer son adversaire.
Je réprimai un cri et me relevai lentement.
À mon tour.
Toi aussi, tu m’as frappé au plexus, non ?
Cette fois, je ne me retiendrai pas.
J’enfonçai aussitôt mon épée en bois dans le plexus solaire de Cecilia.
« Keugh… Ngh… !! »
Elle expulsa son souffle dans un râle étranglé et son corps se souleva dans les airs, plié presque en deux.
Ce n’est pas fini.
[Faiblesse !]
Un tour supplémentaire. J’en profitai pour frapper de nouveau son flanc.
Paf !!
Elle chancela, puis s’effondra sur place.
« C’est donc ça, le célèbre Vent Cendré ? »
« On dirait vraiment qu’il a frappé deux fois. Quel talent ! »
Je l’avais frappée deux fois.
Cecilia serrait les dents, s’efforçant d’endurer la douleur tout en haletant.
Même ça ne suffisait pas à l’achever.
Ce fut donc de nouveau à mon tour de me faire battre.
Inutile de courir partout si j’allais quand même me faire toucher.
« Pourquoi… ? »
Je m’approchai lentement et m’arrêtai devant elle. J’entendis sa voix tremblante.
« Pourquoi… tu n’es pas en train d’esquiver ?! »
Parce que je ne peux pas.
Pourquoi pensait-elle que, parce que j’arrivais à frapper quelqu’un, je devais forcément savoir esquiver aussi ?
Qu’est-ce qu’un abruti du tour par tour comme moi, capable uniquement d’attaquer et incapable d’esquiver, était censé faire ?
Mais si je le disais franchement, le duc qui me regardait d’un air stupéfait ferait certainement de moi un Hal/ibal.
Je maquillai donc la vérité avec une excuse convaincante.
« Un véritable chevalier n’esquive jamais l’épée d’un adversaire qui la manie de toutes ses forces. »
« Q-Quoi… ?! »
La foule s’agita.
Je le savais. C’était insensé.
Quelle absurdité. Quand ça fait mal, on esquive.
« Je vous ai dit dès le début que je souhaitais assister à une démonstration de votre art de l’épée, dame Cecilia. Je voulais vous voir manier votre épée avec sérieux. »
Je lui tendis la main en parlant. Cecilia me regarda, déconcertée.
Mais son regard se durcit bientôt de nouveau et elle repoussa ma main tendue.
« …Alors je vais te montrer. C’est bien ce que tu voulais voir ! »
Elle leva haut son épée en bois et se mit à concentrer de l’énergie dans sa lame.
L’air qui effleurait ma peau crépitait en s’écoulant autour de moi.
Qu’est-ce que c’était ? J’en avais trop dit ?
« Cecilia, arrête ! »
La voix du duc retentit depuis les gradins pour tenter de l’arrêter.
Mais il n’avait pas l’air de vouloir descendre. Si c’était assez dangereux pour qu’il lui ordonne d’arrêter, ne devrait-il pas venir la retenir lui-même ?
« Style de l’Épée Ren. Première épée. Lumière Fracassante. »
À peine eus-je entendu ce nom que je claquai mentalement des doigts.
Les Arts.
Les Arts étaient un système propre à Académie de la Fin : des compétences spécifiques à chaque personnage, qui s’activaient quand certaines conditions étaient remplies.
Je les avais utilisés d’innombrables fois dans le jeu. Naturellement, ils étaient plus spectaculaires et plus puissants que les attaques normales.
Le problème, c’était que cette fois, c’était moi qui allais les prendre.
Ça va me défoncer si je me prends ça.
Je me rappelai une scène de l’histoire originale où un monstre ordinaire frappé par la Lumière Fracassante s’était retrouvé coupé en deux, du haut jusqu’en bas.
Alors, Hal/ibal était inévitable ?
« Haaaaah… !! »
BOUM !!
Un éclair de lumière jaillit de l’épée de Cecilia et fonça droit sur moi, m’enveloppant tout entier.
Crépitement !!
Un grondement assourdissant sembla me déchirer les oreilles, tandis qu’une douleur déchirante me coupait le souffle.
« Aaargh !! »
La douleur était si vive que je hurlai, mais le vacarme avala ma voix.
C’était donc ça, la puissance des Arts ? C’était plusieurs fois plus douloureux que l’attaque de l’Araignée à visage humain.
J’avais l’impression que tout mon corps était pétri comme de la pâte.
Mes entrailles se tordirent et tout devint blanc devant mes yeux.
Quand l’éclair disparut enfin, l’épée en bois que je tenais à la main était réduite en morceaux et de la fumée s’élevait de mon corps.
« Utiliser les Arts pendant un duel amical ? Elle a perdu la tête ?! »
« Appelez les médecins ! Si nous ne le soignons pas vite, sa vie est en danger ! »
Et pourtant, je ne tombai pas.
« Quoi ?! »
« Un simple roturier a résisté aux Arts de dame Cecilia, alors qu’il n’avait qu’une épée en bois ?! »
Exact. J’avais oublié les Arts. Comment avais-je pu les oublier ?
À bien y réfléchir, je n’avais utilisé que des attaques normales jusqu’ici, à chaque tour.
Mais si je pouvais moi aussi utiliser les Arts ?
Je pourrais frapper plus fort.
Et donc, naturellement, j’aurais moins de chances de me faire toucher.
« Toi… Tu as résisté à la Lumière Fracassante… ? »
Cecilia me regardait comme si elle n’en croyait pas ses yeux, mais je ne la regardais pas.
À la place, je levai la tête vers le ciel.
Là-haut brillait une gemme plus bleue encore que le ciel.
« C’est à mon tour, maintenant. »
Je m’avançai lentement vers elle.
J’étais lent, mais ça n’avait aucune importance.
C’était mon tour, maintenant.
Quand je fus assez près, je rassemblai toutes mes forces dans mon poing et le lui envoyai en pleine figure.
Paf !!
Crève, garce.
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