Chapitre 27
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 27 : Je me suis fait recaler
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L’hiver s’effaça et le printemps s’installa pour de bon.
Je me trouvais à Nevil, la ville académique bâtie dans les plaines du nord-est de Luft, la capitale impériale.
Nevil abritait toutes les infrastructures éducatives de l’académie. La ville s’était développée autour de l’Académie de Ruidel et était devenue un haut lieu du savoir où se rassemblaient les esprits les plus brillants de l’Empire.
L’Atelier Work, l’église d’Erandar, des commerces et des restaurants, des bibliothèques, des dortoirs, des terrains d’entraînement et même des lieux de divertissement. On y trouvait tout ce dont les étudiants pouvaient avoir besoin.
S’il fallait désigner un symbole de Nevil, ce serait sans aucun doute la gare centrale du train transcontinental Christoph.
Après tout, l’histoire d’Aren commençait par son arrivée ici à bord du Christoph.
Dans les scénarios à venir, je devrais moi aussi prendre le Christoph pour me rendre dans d’autres villes de l’Empire, sous prétexte de m’entraîner dans les donjons.
En ce sens, on pouvait dire sans exagérer que la plupart des scénarios de l’Académie de la Fin se déroulaient à Nevil.
Autrement dit, me voir offrir un manoir à Nevil était une bonne nouvelle.
À ceci près qu’il n’était toujours pas terminé.
« … ? »
En ce moment, je contemplais un terrain désolé où les murs avaient à peine commencé à s’élever avant que les travaux ne s’arrêtent.
Quand avais-je terminé le Donjon de la Bête ?
Ça faisait plus d’un mois, non ?
À ce rythme, combien de temps faudrait-il pour achever le manoir ?
À bien y penser, j’avais aussi entendu parler d’une récompense en argent, mais je n’avais rien reçu.
Il ne me restait que mon maigre salaire de soldat. Et comme j’avais pratiquement travaillé sans être payé pendant des années, même ça, c’était de l’argent de poche.
Mais qu’est-ce qui avait bien pu se passer ?
En y réfléchissant, je pouvais en deviner la raison.
Oui. Un titre de chevalier, un rang, un manoir et une récompense en argent.
J’avais trouvé qu’ils m’en donnaient beaucoup trop.
Un salaud d’une faction noble n’avait probablement pas supporté de voir un roturier s’élever et avait tiré quelques ficelles dans mon dos.
« Haa… »
Je laissai échapper un soupir.
J’avais déjà quitté la caserne et ma démobilisation était actée.
J’aurais dû demander une chambre au dortoir, si c’était pour en arriver là.
Où suis-je censé dormir, maintenant ?
Si les choses tournaient mal, je devrais peut-être dormir à la belle étoile sur le campus.
Enfin, râler ne changerait rien.
Ça finira bien par s’arranger.
Je finis par prendre le chemin de l’Académie de Ruidel, le pas lourd.
L’Académie de Ruidel se trouvait à un peu plus de vingt minutes du manoir qu’on m’avait offert, à une dizaine de pâtés de maisons environ.
À mon arrivée devant le portail principal, la première chose que je vis fut une arche de pierre gravée d’un soleil doré.
Sous l’arche se dressait une majestueuse statue de Cyrus, le premier empereur, qui tenait son épée bien droite et contemplait les passants.
Les étudiants passaient devant la statue sans y prêter la moindre attention.
Quelques-uns lui rendaient même hommage.
Plus tard, lors d’un scénario, la statue s’animerait et deviendrait un ennemi pendant une attaque du Culte.
Si je la démolissais maintenant, ils me passeraient un sacré savon, non ?
Ils parleraient de blasphème.
Finalement, je fis semblant de ne pas voir la statue et suivis les étudiants à l’intérieur du bâtiment.
À partir d’aujourd’hui, j’étais officiellement Halibal Velder, cadet de première année dans la classe A du Corps de reconnaissance de l’Académie de Ruidel.
En me dirigeant vers la salle de classe, au bout du couloir du deuxième étage, je passai en revue mon programme à venir.
Je connaissais bien le parcours du Corps de raid, dont Aren avait fait partie, mais j’ignorais ce qui attendait le Corps de reconnaissance.
La seule chose que je savais, c’était que Calux, un homme réputé sévère, était leur instructeur.
J’avais eu l’occasion de l’utiliser comme personnage invité plus tard dans le jeu. Peut-être parce qu’il enseignait à une classe A, je me souvenais qu’il s’était révélé plus efficace que prévu.
Quoi qu’il en soit, lors de l’évaluation des classes, le Corps de reconnaissance et le Corps de soutien seraient réunis. Les choses suivraient donc probablement un parcours similaire à celui de l’histoire originale.
Ce qui signifiait que la première journée serait sans doute consacrée à la Sélection des compagnons.
Le moment tant attendu de choisir un membre pour son groupe.
La Sélection des compagnons était le premier grand événement de l’Académie de la Fin.
Il s’agissait de choisir un partenaire avec qui suivre un entraînement en donjon pendant un mois. On choisissait un membre du groupe, on apprenait à le connaître et on tissait des liens. En d’autres termes, c’était un contrat d’accompagnement d’un mois.
À cette occasion, le joueur pouvait non seulement obtenir une nouvelle arme, mais aussi nouer une relation avec la personne qu’il choisissait en incarnant Aren.
Selon son choix, il pouvait même obtenir des points bonus auprès de l’héroïne qu’il pourrait choisir à la fin.
Au départ, je comptais choisir un mage adapté au sein du Corps de reconnaissance comme Compagnon.
Après tout, il y avait de fortes chances que je doive conquérir le Donjon de la Poupée.
Les boss du Donjon de la Poupée étaient les poupées jumelles [Rose et Lilian].
Même si l’une d’elles était vaincue, elle ressuscitait au bout d’un certain temps.
Il fallait donc en vaincre une, puis éliminer rapidement l’autre. Rose avait une faible défense physique, tandis que Lilian avait une faible défense magique.
Autrement dit, mieux valait infliger des dégâts physiques à Rose et miser sur les dégâts magiques contre Lilian.
Le problème, c’était que les deux personnages spécialisés dans les dégâts magiques du jeu avaient fini dans le Corps de reconnaissance.
Je peux choisir entre Cecilia et Luna.
Puisque j’en étais là, autant en profiter.
Après avoir croisé le fer avec Senia, j’en étais certain.
Elle misait tout sur les dégâts physiques.
Je pouvais m’en charger moi-même ; Senia ne m’était donc pas vraiment nécessaire. Il ne restait que deux possibilités.
Cecilia m’était familière, et je serais plus à l’aise avec elle.
Mais, question efficacité pure, Luna, qui était un personnage hybride, était autrement plus tentante.
Le problème, c’était que le comportement de Luna était beaucoup trop suspect.
Les autres étudiants n’avaient changé d’attitude qu’à cause de l’effet papillon que j’avais provoqué.
Mais, pour Luna, même moi, je n’avais aucune idée de ce qui motivait ses actes.
Si je l’avais affrontée à l’examen d’entrée, j’aurais sans aucun doute perdu. Peut-être que Viktor avait délibérément placé Luna en dernière position.
Pourtant, Luna avait abandonné l’examen. Et, en plus, un personnage qui aurait dû intégrer le Corps de raid dans l’histoire originale avait rejoint le Corps de reconnaissance.
Mais surtout, je ne comprenais pas pourquoi Luna était la seule à avoir un Niveau d’affection de 3.
Quelques jours plus tôt, par curiosité, j’avais demandé à Renee de vérifier aussi les Niveaux d’affection de Senia et Cecilia.
[Senia Ren]
[Niveau d’affection : 2]
[Cecilia Ren]
[Niveau d’affection : 2]
Même ces deux-là, avec qui j’avais passé pas mal de temps, n’avaient qu’un Niveau d’affection de 2.
À titre de comparaison, celui d’Elia était de 0.
Un Niveau d’affection de 2 était déjà considéré comme élevé.
Mais Luna ?
On ne s’était même pas adressé la parole une seule fois, et pourtant, son Niveau d’affection était de 3.
C’est pour ça que je décidai de choisir Luna. Je me dis que je pourrais peut-être comprendre quelque chose en lui parlant directement.
Dès que j’entrai dans la salle de classe, tous les étudiants déjà arrivés tournèrent les yeux vers moi.
Mais je commençais à m’y habituer.
Ces regards disparaîtraient de toute façon d’ici quelques jours.
Ceux des sœurs Ren et de Luna étaient les plus remarquables.
« Bienvenue.
— Tu es arrivé plus tard que je ne le pensais ? »
Les sœurs Ren étaient assises côte à côte au tout premier rang et, pour une raison qui m’échappait, elles m’avaient gardé une place entre elles.
Mais qu’est-ce qui leur prend ?
Le premier rang, le premier jour de cours.
Et elles voulaient que je m’assoie entre deux filles.
Qui plus est, les deux beautés jumelles qui attiraient le plus l’attention sur le campus ?
Ouais. Même pas en rêve.
La règle sacrée des salles de classe, ce n’était pas le dernier rang ? Je leur adressai un petit signe de tête, puis me dirigeai droit vers le fond.
Senia se contenta d’en rire avec un « Ahaha », mais Cecilia continua de me fusiller du regard, l’air profondément contrarié.
Et alors ? Tu comptes faire quoi ? Tu ne peux rien y faire.
Une fois assis, je vis qu’il était neuf heures.
La salle de classe bruyante se tut. Le moment du premier cours était enfin arrivé.
Je surveillai la porte en attendant l’arrivée du professeur Calux, tout en m’efforçant de me rappeler à quoi il ressemblait.
Des lunettes, sévère… Il n’y avait pas autre chose ?
Peut-être pas.
Mais la personne qui apparut derrière la porte était quelqu’un que je n’aurais jamais imaginé voir.
Non, je m’en étais douté avant même que la porte s’ouvre. Une lumière éclatante filtrait de l’autre côté.
« Bien, silence. »
Des cheveux et des yeux dorés.
Et une voix que je connaissais mieux que quiconque.
« Je m’appelle Adeline Windsor. À partir d’aujourd’hui, je serai responsable de la classe A du Corps de reconnaissance de l’Académie de Ruidel et votre instructrice d’escrime. »
Qu’est-ce qu’Adeline faisait ici ?
Elle m’avait pourtant clairement dit qu’elle avait refusé le poste d’instructrice.
C’était pour ça que je m’étais coltiné toute cette merde à sa place pendant l’examen d’entrée. Comment pouvait-elle me poignarder dans le dos comme ça ?
Quand le regard d’Adeline balaya les étudiants, un brouhaha s’éleva aussitôt dans la salle.
La plupart la regardaient avec admiration et respect.
C’était normal. Elle était la Plus grande épée de l’Empire, et son nom était si célèbre que personne, dans l’Empire, ne pouvait prétendre ne pas la connaître.
Si l’on faisait abstraction des Noyaux des Abysses, il n’y avait probablement pas plus de trois personnes dans l’Empire qu’on pouvait affirmer plus fortes qu’Adeline.
Adeline ignora tranquillement les regards enthousiastes des étudiants, comme si elle y était parfaitement habituée.
Cela dit…
Elle ne devrait pas être avec le Corps de raid ? Pourquoi le Corps de reconnaissance ?
Dans l’histoire originale, Adeline était responsable du Corps de raid.
Le Corps de raid étant celui qui attirait le plus l’attention, le conseil de Ruidel aurait logiquement dû l’y affecter.
Comme si elle avait lu dans mes pensées, Adeline poursuivit avec un sourire doux.
« Pour information, j’avais d’abord été affectée au Corps de raid, mais j’ai insisté pour rejoindre le Corps de reconnaissance. J’ai entendu dire que cette année, il comptait de nombreux étudiants prometteurs. »
Elle me regarda et sourit.
J’avais appris quelque chose que je n’avais pas envie de savoir.
« Et certains d’entre vous le savent peut-être, mais j’ai moi-même appartenu au Corps de reconnaissance. J’ai pensé qu’il valait mieux prendre en charge ce corps, que je connais bien, plutôt que le Corps de raid, dont je n’avais encore jamais eu la responsabilité. »
Adeline s’exprima d’un ton enjoué, puis plissa les yeux.
« Alors, tant que je serai là, pas question de perdre contre le Corps de raid ou le Corps de soutien lors de l’évaluation des classes. C’est compris ? »
À la déclaration d’Adeline, je sentis les étudiants de la salle s’emplir d’enthousiasme et d’impatience.
« Dame Adeline va enseigner au Corps de reconnaissance… Je ne rêve pas, hein ? »
« J’ai bien fait de choisir le Corps de reconnaissance ! »
« Ne sous-estimez pas la discipline du Corps de reconnaissance ! »
Je ricanai intérieurement.
On verra bien…
La méthode d’entraînement d’Adeline consistait à tabasser les gens.
C’était pareil dans l’histoire originale et dans la réalité.
Dans l’histoire originale, le Corps de raid avait plutôt bien encaissé. Mais eux, est-ce qu’ils en seraient capables ?
« Bien, bien. »
Adeline tapa dans ses mains et ramena le calme dans la salle.
Après les brèves présentations des étudiants, Adeline s’avança aussitôt devant la classe et prit un morceau de craie.
« Pour commencer, nous allons suivre le programme officiel de Ruidel. Je vous donnerai davantage de détails par la suite, d’accord ? »
Au tableau, elle écrivit : Sélection des compagnons.
Comme prévu.
Quelques étudiants inclinèrent la tête et chuchotèrent entre eux. Beaucoup n’avaient apparemment jamais entendu parler des Compagnons.
« Comme vous le savez tous, l’Académie de Ruidel a été fondée pour conquérir les donjons du Dieu maléfique. Mais vous savez qu’on ne peut pas conquérir un donjon tout seul, n’est-ce pas ? »
À ces mots, plusieurs personnes me regardèrent.
Comme pour dire : « Ce salaud, il l’a pourtant fait tout seul. »
Ils n’avaient pas tort, mais ce n’était pas tout à fait vrai non plus. Ici, « tout seul » ne concernait que la ligne de front.
Je n’avais pu conquérir le Donjon de la Bête que parce que des gens m’avaient soutenu à l’arrière.
Pour commencer, si Mine ne m’avait pas soigné, je serais peut-être déjà mort plusieurs fois.
« C’est pourquoi, à Ruidel, on commence toujours par choisir le compagnon en qui l’on a le plus confiance. Dans mon cas, la personne avec qui j’avais noué des liens à l’époque est ensuite devenue mon adjudant. »
Elle parlait de Kruus.
« Le mois prochain, vous suivrez la formation de Ruidel avec le partenaire que vous choisirez aujourd’hui. Entraînement en donjon, épreuves pratiques, duels… tout y passera. Voilà ce qu’est la Sélection des compagnons. »
Adeline baissa les yeux vers les feuilles d’évaluation de l’examen d’entrée qu’elle avait apportées, puis poursuivit.
« Vous aurez la priorité pour choisir un Compagnon en fonction de vos résultats à l’examen d’entrée. L’autre personne pourra accepter ou refuser votre proposition. En cas de refus, vous passerez tout à la fin de la liste et devrez attendre que quelqu’un vous choisisse. »
Bien sûr, en général, les gens ne refusaient pas.
On n’avait aucune raison de décliner la proposition d’un étudiant bien classé, qui bénéficiait de la priorité.
La Sélection des compagnons avait une incidence directe sur toutes les notes du mois suivant.
Personne n’avait envie d’être relégué au bas de la liste et de se retrouver coincé avec un partenaire moins compétent.
Mais ce système ne m’enchantait pas complètement. Je n’avais pas passé l’examen de la même façon que les autres étudiants.
Impossible de savoir comment mon score avait été calculé.
Le problème, c’était que Cecilia et Luna, que je visais, étaient pratiquement les choix les plus convoités.
Si je me retrouvais dernier, que je les perdais toutes les deux et qu’on me prenait aussi les étudiants mages, mon plan serait complètement foutu.
« Bien, je vais annoncer le premier choix prioritaire. »
À cet instant, Adeline tourna les yeux vers moi.
« Score total : 85 points. Halibal Velder. »
Heureusement, je m’étais inquiété pour rien.
J’ignorais les critères d’évaluation, mais la priorité m’était acquise, dans tous les cas.
Les étudiants semblaient aussi l’accepter sans trop de surprise. Un bon nombre d’entre eux avaient été vaincus par mon « Vous avez compris ? », et ils paraissaient trouver ce résultat justifié.
« Alors, Cadet Halibal ? »
Adeline prit un air malicieux.
« Souhaites-tu choisir un étudiant ici présent comme Compagnon ? Pour information, tu peux aussi me choisir, moi, ton instructrice. Mais je ne garantis pas tes notes si tu le fais. »
Pour être honnête, j’étais tenté.
Et si je choisissais Adeline et fonçais droit vers le quatrième donjon ?
La tentation était forte, mais je résistai de toutes mes forces.
Cecilia et Luna, comme prévu.
Je regardai tour à tour les deux jeunes femmes.
Le visage de Cecilia rougit quand elle croisa mon regard.
Malheureusement, cette fois, ce n’était pas elle que je choisissais.
En réalité, Cecilia n’était pas encore une spécialiste des dégâts magiques pleinement développée. Même équipée de Fragments blancs, il lui faudrait longtemps avant d’atteindre une efficacité optimale dans ce rôle.
La décision était donc prise depuis le début.
« Je choisis la cadette Luna Grace. »
Les têtes hochèrent dans toute la salle.
Fille unique de la Famille Grace et mage de génie. Choisir Luna était une décision parfaitement raisonnable.
Seules Senia et Cecilia faisaient exception. Toutes deux me fixaient comme si elles n’en croyaient pas leurs yeux.
Mais qu’y pouvais-je ?
Si ça ne leur plaisait pas, elles n’avaient qu’à apporter une spécialiste des dégâts magiques.
Je m’approchai discrètement de Luna et attendis sa réponse.
Alors, Luna prit la parole.
« J-je refuse… »
« ? »
Je venais de me faire recaler.
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