Chapitre 23
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 23 : Viens
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« Pourquoi avez-vous fait ça ? »
Pourquoi ? Il le savait mieux que personne.
Dans l’histoire originale, Viktor avait rallié à sa cause d’innombrables élèves talentueux de l’académie.
Cela avait mené à la guerre civile de l’académie.
À mesure que l’histoire approchait de sa seconde moitié, les fidèles du Dieu maléfique avaient commencé à semer le chaos jusque dans l’académie. Alors que tout était déjà sens dessus dessous, Viktor s’était mis à attiser les tensions pour de bon.
S’il m’avait approché cette fois, ce n’était probablement pas par pure bienveillance non plus.
Si l’on apprenait que j’avais reçu son aide, d’autres élèves viendraient solliciter Viktor dans l’espoir de profiter de la même occasion.
Bien sûr, j’avais ma propre excuse.
« Votre Grâce ne fait-elle pas partie de la faction impériale ? »
Du moins en apparence, Viktor était fermement lié à la faction impériale.
« Je me suis dit que Votre Grâce verrait d’un bon œil que la princesse gagne en notoriété. »
Autrement dit, il n’était pas en position de protester si je lui attribuais le mérite.
Pourtant, Viktor pencha la tête et demanda : « De quoi parlez-vous ? Je vous demandais pourquoi vous aviez renoncé à la première place. »
… J’ai merdé.
Quelle façon de s’adresser à moi.
Voilà pourquoi je ne voulais pas avoir affaire à lui.
J’avais tiré des conclusions hâtives et parlé de la princesse en premier.
C’était comme ces questions militaires particulièrement pénibles : « Vous savez ce que vous avez fait de mal ? »
Je ne traiterais plus jamais avec ce salaud.
« Les conditions n’étaient-elles pas différentes ? »
« Mais Eugene n’avait-il pas de bons arguments ? »
Après la fin de l’examen, au moment d’annoncer le premier de la classe, on avait appelé le nom d’Eugene.
Au début, il avait refusé cette place, disant qu’il ne la méritait pas puisqu’il avait perdu contre moi.
Il était sacrément agaçant, mais c’était bien son genre.
Quoi qu’il en soit, il avait insisté pour que je sois premier. Or, je n’avais même pas passé le même examen, alors je n’avais aucune raison de revendiquer cette place.
« Vous ne vouliez pas du prix ? »
Bien sûr que si.
C’était justement pour le prix que j’avais visé la première place depuis le début.
Dans l’histoire originale, Cecilia, première à l’examen d’entrée, avait reçu un Éclat de rang deux de la part de Viktor.
Même pendant les cours de duel, elle portait cet Éclat de rang deux. Si on la choisissait ensuite comme compagne, elle pouvait le posséder dès le début.
C’était aussi ce que je convoitais, mais…
« Ce n’est pas grave. Il n’a jamais été à moi, de toute façon. »
Après avoir commis l’absurdité de faire la grasse matinée, renoncer au prix était la bonne décision.
J’avais de toute façon déjà trouvé un moyen d’obtenir un Éclat de rang deux après mon inscription.
Et surtout, à mesure que le scénario avancerait, les statistiques de tous les élèves, pas seulement celles du protagoniste, deviendraient importantes.
Alors qu’Eugene le récupère ne représentait pas une grande perte pour moi.
Viktor resta silencieux un moment après m’avoir entendu.
Son regard continuait de me jauger, manifestement pour déterminer quel genre d’homme j’étais.
« … Quoi qu’il en soit, comme je vous l’ai dit, votre candidature sera officiellement acceptée. Personne ne pourra s’y opposer. »
« Merci. »
« C’est tout de même dommage. Personne n’aurait protesté, même si vous aviez été premier. »
À peine eut-il fini de parler que Viktor sortit deux petites boîtes de son manteau et me les tendit.
« Alors, acceptez ceci. »
« Qu’est-ce que… »
« Un cadeau personnel, offert à quelqu’un qui a fait forte impression lors de cet examen. »
Comme prévu, il n’avait pas l’intention de me laisser partir si facilement.
Mais je n’allais pas boire docilement dans une coupe empoisonnée qui débordait déjà de venin.
Tandis que je fixais les boîtes en silence, Viktor reprit :
« Vous ne pensez tout de même pas que ceci ne vous revient pas, à vous aussi ? »
« … »
« Très bien. Tentez votre chance. L’une contient le même prix qu’Eugene a reçu, l’autre un bibelot sans valeur. »
Un duc qui jouait aux bonneteaux.
Son air désinvolte donnait l’impression qu’il disait : « J’ai déjà fait cette concession, alors acceptez-la avec grâce. »
Rah.
Je n’avais plus rien à gagner à reculer davantage.
M’attirer ses foudres serait encore plus merdique que de garder de bonnes relations avec lui.
Il tenait tant à me refiler quelque chose. Qu’est-ce que je pouvais faire ?
En tâchant de voir le bon côté des choses, j’en choisis une au hasard.
Ce serait bien si c’était un Éclat de rang deux, mais ce n’était pas la fin du monde si ce n’était pas le cas.
« Oh là là. On dirait que ce n’était vraiment pas pour vous. »
« On dirait bien. »
Quand j’ouvris la boîte, un Éclat transparent et incolore reposait à l’intérieur.
Il avait dit que c’était de la camelote, mais je ne pensais pas que ce serait vraiment de la camelote.
[Vide]
« C’est un sous-produit d’Éclat actuellement étudié par le département impérial du développement technologique. »
« Ah bon ? »
« Vous en avez déjà vu un ? Vous n’avez pas l’air surpris malgré la couleur incolore de cet Éclat. »
Je suis censé être surpris ?
J’aurais peut-être dû au moins faire semblant.
Mais je connaissais déjà cet objet et, avec la déception en plus, j’avais du mal à réagir comme ça.
L’Éclat spécial Vide.
On l’appelait aussi l’Éclat vierge.
C’était un objet pourri, sans aucun bonus, un sous-produit créé pendant la fabrication des Éclats, comme Viktor venait de le dire.
Dans l’histoire originale, c’était un objet du niveau des fanes de carotte ou de radis, vendu automatiquement dès qu’on appuyait sur le bouton « Tout vendre ». Il rapportait à peine plus qu’une imitation de pierre précieuse un peu plus solide.
On pouvait bien sûr l’équiper, au prix exorbitant de gaspiller un emplacement d’Éclat entier.
Mais c’est un Éclat spécial. Il pourrait avoir une capacité, non ?
« Puis-je essayer de l’équiper ? »
« Celui-là ? »
Viktor parut surpris que je veuille équiper un bibelot sans valeur.
À première vue, on aurait dit un Éclat dépourvu de tout pouvoir.
Et c’était exactement le cas.
Lorsque j’ouvris la cavité de Renee, il reprit la parole.
« Vous ne vous méfiez pas de moi ? »
« Comment ça ? »
« Vous êtes sûr de vouloir ouvrir votre cavité si négligemment devant moi ? »
Ouvrir une cavité revenait à se désarmer.
Viktor, lui, ne ferait probablement jamais une chose pareille.
Mais ça m’était égal.
J’étais déjà dans la gueule du tigre. Que je garde mon épée à la main ou que je la pose, je mourrais dans les deux cas.
À quoi bon montrer que je me méfiais maintenant ?
« Vous m’avez aidé à m’inscrire. Je ne voyais aucune raison de me méfier de mon bienfaiteur. »
« … Ah, vraiment ? »
Je retirai l’Éclat vert et insérai le Vide à sa place.
[Une capacité sera débloquée en équipant un Éclat spécial.]
[Éclat spécial : Vide]
[Capacité spéciale : Fuite]
Quoi ? L’Éclat vierge avait aussi une capacité ?
[Fuite — Permet à l’utilisateur de fuir le combat.]
Je fixai le message, hébété, pendant un long moment.
La capacité s’appelait littéralement « Fuite ».
D’une certaine manière, c’était d’une franchise rafraîchissante.
Peut-être que les capacités que j’avais obtenues jusqu’ici étaient trop extraordinaires.
C’était peut-être ma faute si je m’attendais encore à quelque chose d’incroyable. Non, cette capacité convenait peut-être parfaitement à un Éclat vierge.
« Qu’en pensez-vous ? »
« J’ai perdu un Éclat vert. »
« Hahaha. Je m’en doutais. »
Contrairement à Nuage noir, Adamant et Amour-propre, cette capacité me semblait assez décevante.
Combien de fois avais-je risqué ma vie jusqu’ici ? Aurais-je seulement un jour une raison de m’en servir ?
Est-ce que je pourrais trouver un moyen d’en tirer quelque chose ?
Sur cette pensée, je retirai le Vide et le glissai dans ma poche.
« Quel dommage. J’espérais vous rendre redevable. »
« Vous m’avez déjà rendu bien assez redevable. Au point que je ne sais pas comment vous remercier. »
Bien sûr, je n’avais aucune intention de le remercier.
Mon regard se posa sur l’horloge au mur.
La nuit était déjà bien avancée et le lendemain approchait à grands pas.
« Nous avons tant parlé qu’il se fait tard. J’espère ne pas avoir retenu trop longtemps l’illustre Épée Funèbre. »
« Pas du tout. J’ai été ravi de pouvoir parler avec Votre Grâce. Même si j’ignore si nous aurons une autre occasion de ce genre. »
« Haha, ne vous inquiétez pas pour ça. Je siège aussi au conseil de Ruidel. Nous nous reverrons quelques fois pendant votre scolarité. »
Ce n’était que de la politesse.
Je n’avais pas l’intention de le revoir.
« Ah. »
Au moment où j’allais partir, Viktor m’arrêta.
« Quand ces cicatrices de brûlure vont-elles disparaître ? »
« … »
« J’ai entendu la Sainte parler de trois ans… Ça ne devrait pas tarder à partir, non ? »
« … Elles auraient dû disparaître demain ou après-demain, mais grâce à Votre Grâce, je pense qu’elles auront disparu dès demain. »
Je lui en étais un peu reconnaissant.
Les cicatrices de brûlure auraient dû disparaître complètement il y a environ un mois, mais j’avais sauté plusieurs prises de médicament et n’avais cessé de repousser le traitement.
Si Viktor n’en avait pas parlé cette fois, j’aurais encore oublié et remis ça à demain.
Il savait pourtant que Mine m’avait accordé trois ans et que je devais prendre régulièrement le médicament.
Voilà pourquoi il m’agaçait autant.
J’ouvris le flacon et avalai le médicament sur-le-champ. Je sentis alors une énergie chaude se condenser sous mon nombril.
Je terminerai ça à la caserne.
Viktor me salua d’un geste, toujours aussi détendu.
« Je vais donc y aller. »
« Très bien. Prenez soin de vous, Épée Funèbre. »
Je ne me retournai pas.
⁎⁎⁎
À peine de retour à la caserne, je m’assis en lotus.
Chaque fois que quelqu’un méditait dans un roman d’arts martiaux, on le voyait toujours assis dans cette position.
Mais à en juger par la douleur et les craquements dans toutes mes articulations, ça n’avait pas l’air si bon pour la santé.
Peut-être était-ce une posture conçue pour se concentrer sur autre chose et oublier la douleur.
Mine m’a dit de faire circuler mon pouvoir sacré dans cette position.
Je fermai les yeux et me concentrai près de mon dantian. Le pouvoir sacré qui s’y était condensé se mit lentement à frémir.
Des vagues de pouvoir sacré se répandirent sur les brûlures en les chatouillant, en partant de mon abdomen.
J’avais l’impression que de la peau neuve commençait à pousser. La sensation me saisit d’un coup et les démangeaisons se changèrent en douleur cuisante.
Pourtant, ce fichu pouvoir sacré se bloqua autour de mon plexus solaire et refusa de monter plus haut.
Mine m’avait guéri d’un simple clic. Je pensais donc que ce serait facile pour moi aussi.
Elle ne portait pas le titre de Sainte pour rien, j’imagine.
Tandis que je forçais le pouvoir sacré récalcitrant à monter, toutes sortes de pensées parasites m’assaillirent.
C’était peut-être l’effet de la position du lotus. Mon esprit fonctionnait étrangement bien et mes pensées s’organisaient à une vitesse inutilement élevée.
Est-ce que je devrais faire le point sur les éléments du scénario original qui ont dévié de leur cours ?
D’abord, ma propre existence.
À l’origine, Halibal était censé être capturé par l’ordre religieux.
Ensuite, j’avais sauvé Senia.
Elle aussi était censée mourir.
Troisièmement, mon duel contre Cecilia et mon affectation au Groupe de Raid de la Bourrasque.
À cause de ça, Adeline n’était jamais venue à l’académie.
Quatrièmement, j’avais terminé le Donjon de la Bête avant Aren, alors que c’était lui qui était censé le faire. C’était probablement le changement qui aurait les conséquences les plus lourdes, mais je n’avais aucune idée de ce qui allait arriver.
Et cinquièmement, l’examen d’entrée d’aujourd’hui.
À ce stade, pratiquement tout n’avait-il pas dévié de son cours ? Académie de la Fin était déjà devenue Académie de la Fin Royale, bien loin de ce qu’elle avait été.
Mais ce qui embrouillait encore plus mes pensées que tous ces changements, c’était l’existence de Renee.
Renee, qui était à l’origine un Noyau des Abysses standard, s’était éveillée en tant que Noyau spécial, et j’avais même vu une fille inconnue.
La fille appelée Renee n’avait assurément jamais existé dans l’histoire originale.
Mais qu’est-ce qui se passe, bordel ?
Tandis que je me perdais dans mes pensées, les vagues de pouvoir sacré finirent par franchir mon plexus solaire et commencèrent à monter vers ma poitrine.
« Ghh… »
La douleur dépassa la simple brûlure. Je pris une inspiration sifflante et ouvris les yeux.
Mais ce qui s’offrait à moi n’était pas la caserne.
« C’est… »
Je n’y étais allé qu’une fois, mais c’était un endroit que je n’aurais jamais pu oublier.
L’espace entier était constitué de pierres précieuses bleues. Un autel, à peine assez grand pour une personne, et un immense trône occupaient le fond de la pièce.
La fille assise sur le trône, adossée à un dossier bien plus grand qu’elle, était naturellement Renee.
La tête posée sur ses ailes en guise d’oreiller, elle me regardait calmement de haut.
J’étais pourtant bien à la caserne… ?
La voix de Renee résonna alors dans mon esprit.
『Tu es plutôt impatient, toi aussi, non ?』
Elle désigna l’espace derrière le trône.
『Regarde. Il n’en reste déjà plus que six.』
Je me tournai vers l’endroit qu’elle indiquait.
La dernière fois que j’étais venu ici, une grande gemme bleue et éclatante y était incrustée.
Mais elle avait disparu sans laisser la moindre trace, comme si elle n’avait jamais été là.
À sa place, une petite statue à tête de bison occupait l’espace vide.
Son nom me vint spontanément à l’esprit dès que je la vis.
« … Varhatan. »
Renee entrouvrit les yeux et bâilla, comme si tout cela l’ennuyait.
Elle avait l’air si somnolente qu’on aurait dit qu’elle pouvait s’endormir d’un instant à l’autre.
Mais je n’allais pas la laisser dormir comme ça.
Je doutais d’avoir souvent l’occasion de parler à une fille dont l’existence même était une énigme.
« Qu’êtes-vous ? »
『Renee.』
« Je connais déjà votre nom. »
『Moi non plus, je ne sais rien d’autre que mon nom.』
Son regard se porta alors sur une autre gemme bleue, près de la statue de Varhatan.
『Mais je ne peux pas rester ainsi éternellement. Un jour, mes souvenirs me reviendront peu à peu… et tu sais déjà comment faire.』
« … Qu’est-ce que je sais ? »
Les paupières de Renee s’abaissèrent lentement.
『Quand nous nous reverrons… j’espère que quelque chose aura aussi pris cette place.』
« Hé, attendez… »
『D’ici là… j’aurai peut-être davantage de choses à te raconter.』
Alors que j’essayais de m’approcher de Renee, le sol sous mes pieds sembla s’effondrer et ma vision se mit à tanguer violemment.
C’est… comme quand j’ai combattu Varhatan… !
Quand je rouvris les yeux, j’étais toujours assis en lotus dans la caserne.
La lumière du matin commençait déjà à filtrer par la fenêtre.
Ce qui signifiait que j’avais passé toute la nuit dans cette position.
« Ghhhhh… ! »
Tout mon corps était raide, comme si j’étais devenu une poupée articulée dont chaque joint était bloqué.
Pourtant, l’énergie chaude qui avait circulé dans mon dantian avait disparu, comme si elle n’avait jamais existé.
C’est alors que je remarquai mon visage dans le miroir.
Il ne restait plus la moindre trace des brûlures encore visibles la veille.
Sans quitter le miroir des yeux, je touchai encore et encore les endroits où se trouvaient les brûlures.
Avant même que je puisse constater qu’elles avaient guéri, la voix ensommeillée de Renee sembla résonner encore à mes oreilles.
Qu’est-ce que c’était que ça, au juste ?
À cet instant, je sentis quelqu’un dehors, près de la caserne.
« Entrez. »
« Hé, Halibal ! Encore en train de dormir… »
Adeline ouvrit brusquement la porte de la caserne et se figea en me voyant.
« … Oh. »
Une courte exclamation lui échappa.
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