Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 18 : J’espère que ça ne tardera pas
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La Mort instantanée fonctionnait même sur Richard.
Dans le jeu original, Richard Dane tenait à la fois du figurant et du personnage secondaire.
C’était un noble typique qui méprisait les roturiers, un méchant de troisième ordre qui finirait par aider le protagoniste.
Malgré tout, il avait un rôle plus important que le Halibal original et se débrouillait plutôt bien au combat.
Mais la Mort instantanée fonctionnait même sur Richard ? Ça voulait dire qu’elle fonctionnerait sur tout le monde, à l’exception de quelques personnages jouables.
Je n’aurai qu’à me méfier de Cecilia et de Ran.
Après m’être assuré que Richard avait disparu, je m’approchai du feu de camp et m’accroupis devant.
Mon armure me pinçait bizarrement les fesses, mais je devais bien faire avec si je voulais rester dans mon personnage.
C’était le destin d’un boss.
Mais qu’est-ce qu’Adeline foutait là ? L’équipe de développement était complètement cinglée ?
Quel était le pire genre de boss dans un RPG d’action ?
Un boss puissant ? Rapide ?
La réponse, c’était un boss qu’on ne pouvait pas vaincre.
Tant que les joueurs pouvaient le tuer, peu importait sa force ou sa vitesse : il n’était qu’un délicieux morceau qui éveillait leur soif de défi.
Les joueurs étaient le genre de personnes qui ne trouvaient pas le repos avant d’avoir tranché la tête d’un boss avec une arme de base, au bout de centaines, voire de milliers de tentatives.
À cet égard, Adeline, dans Académie de la Fin, avait été l’un des pires boss.
Pourquoi ? Parce que le système avait fait en sorte qu’Adeline soit invincible. Alors, pourquoi diable lui avoir donné une barre de vie ?
Ce n’était pas difficile. C’était impossible. Ce n’était pas comme un combat contre Genichiro, où l’on gagnait avant qu’une cinématique ne nous impose une défaite. C’était tout simplement impossible.
Adeline était donc techniquement un boss, mais pas vraiment.
On entrait, on se faisait poignarder à mort, et la cinématique commençait. Quel genre de boss était-ce ? Qu’on reste immobile ou qu’on se batte comme un forcené, le résultat était le même.
Impossible de décrire à quel point j’avais été déçu en arrivant dans la partie la plus profonde du Donjon de l’Ombre et en découvrant Adeline plantée au beau milieu du temple.
Elle brillait même.
Bref, après avoir décidé d’accepter cette proposition, j’avais demandé une faveur à Viktor.
« Pourriez-vous me trouver une vieille armure rouillée ? Et si possible, j’aimerais aussi un sort qui modifie la voix. »
« Hmm… Ça ne me pose pas de problème, mais qu’est-ce que vous comptez en faire ? »
Puisque j’allais de toute façon reprendre le rôle d’Adeline, j’avais décidé de devenir un boss digne de ce nom, un adversaire délicieux qui réveillerait l’esprit combatif des challengers.
J’avais trois idées, à peu près.
La première consistait à porter une mascotte bleue et son masque, à l’effigie de Varhatan.
Le problème, c’était que mon reflet, en train de brandir une épée dans ce costume, avait l’air beaucoup trop grotesque.
C’était tellement moche que j’aurais presque préféré sortir avec la peau violette et pour seul vêtement un caleçon.
Rejeté.
La deuxième idée s’inspirait d’un chasseur de démons d’un autre jeu.
J’aurais fixé des cornes et des ailes de démon à mon masque, puis je les aurais défiés en criant : « Vous n’êtes pas prêts ! »
Le look n’était pas mal, mais ça risquait de poser problème plus tard, quand les donjons démoniaques feraient leur apparition.
Rejeté.
J’avais finalement choisi la dernière option : un boss humanoïde classique de type Soulslike, qui brandissait son épée sans poser de questions.
Le chevalier en armure, Valhilar.
Même en ralentissant volontairement mes mouvements et en laissant à Richard l’occasion d’attaquer, il était resté planté là, hébété, avant de se faire tailler en pièces. Ça m’avait convaincu que mes débuts avaient été un succès.
Je souris sous mon casque et baissai les yeux vers l’épée de fer que je tenais à la main.
Heureusement que cette nouvelle épée me semble si naturelle en main.
Mon épée réglementaire s’était brisée et il m’en fallait une nouvelle. Viktor m’avait apporté cette épée de fer en même temps que l’armure rouillée.
Elle avait l’air rouillée, mais ni sa solidité ni son tranchant n’avaient été altérés.
La moitié des chances que la Mort instantanée se soit déclenchée contre Richard venait probablement de cette épée.
« Montre-moi le Groupe 1, équipe 2. »
Et je ne m’étais pas assis devant le feu de camp uniquement pour le style.
Vroooom.
À peine eus-je parlé qu’une image apparut au-dessus du feu, telle un mirage de chaleur, montrant l’équipe 2 quelque part dans le donjon.
Eh oui. Ce feu de camp faisait aussi office de caméra de surveillance.
Je savais déjà que Viktor était compétent, mais le voir s’occuper jusque dans les moindres détails de ce genre de choses m’avait fait comprendre pourquoi personne n’avait percé ses véritables intentions à jour.
Qui soupçonnerait une trahison de la part de quelqu’un d’aussi efficace ?
« Aaaah ! »
« Laphal ! »
« Aaah ! »
À l’écran, Shukarit massacrait les membres de l’équipe 2 les uns après les autres.
[Groupe 1 : Laphal Sezlec éliminé]
[Groupe 1 : Penia Agrais éliminée]
Un sourire se dessina sur mes lèvres tandis que Maître Shu instruisait assidûment les bleus.
Oui. Battez-vous davantage, les bleus.
« Ah, il faut parer l’attaque au gourdin. »
Pas que j’en sois capable, moi non plus.
« Aaaah ! »
C’est pas comme ça qu’il faut faire.
[Groupe 1 : Worcester Kaln éliminé]
J’alternai entre l’observation des bleus et l’utilisation de la Mort instantanée jusqu’à ce que l’épreuve du Groupe 1 prenne fin.
« … Vous comprenez ? »
« Qu’est-ce qu’on est censés comprendre, au juste ?! »
Flach !
« … La Lame de Ruidel, Valhilar. »
« La Lame de Ruidel, Valhilar ? Je n’ai jamais entendu un nom pareil… !! »
Flach !
Trois équipes du Groupe 1 atteignirent la salle du boss.
C’était beaucoup.
Bien sûr, je les éliminai toutes proprement avec la Mort instantanée, puis j’attendis le Groupe 2.
Pourtant, aucune équipe du Groupe 2 n’atteignit la salle du boss.
« Si on ne peut pas y aller, vous non plus ! »
« Qu’est-ce que vous espérez accomplir en vous battant entre vous ?! »
« Pourquoi ces abrutis se battent entre eux ? »
Les équipes s’étaient mises à se battre juste avant la salle du boss.
Résultat : elles s’étaient éliminées mutuellement. Le dernier candidat encore debout, apparemment abandonné à son sort, renonça à terminer le donjon sur-le-champ.
S’ils étaient venus dans l’ordre, je les aurais renvoyés un par un.
Au bout du compte, je n’eus d’autre choix que de rester assis par terre jusqu’à la fin du Groupe 2.
Les Groupes 3 et 4 ne furent guère différents.
Soit ils atteignaient la salle du boss et se faisaient massacrer par moi, soit ils se battaient entre eux et se faisaient éliminer tout seuls.
Alors que je commençais à perdre patience, un nom familier apparut au-dessus du feu de camp.
[Groupe 5 : Eugene Reygal]
Grincement.
La porte s’ouvrit et un jeune noble blond aux yeux bleus, tout ce qu’il y avait de plus classique, entra. Sans même regarder autour de lui, il fixa les yeux sur moi.
« C’est vous, le boss ? »
« …… »
Un personnage jouable : Eugene Reygal.
Fils aîné du comte Reygal, chef de la faction noble, il était le rival du protagoniste dans le jeu original.
Au début, ses notes et ses talents dépassaient largement ceux du protagoniste, mais après avoir perdu contre lui lors d’un duel d’entraînement, il avait été relégué au second rang.
Les joueurs l’appelaient la victime de l’armure scénaristique du protagoniste.
Quoi qu’il en soit, Eugene était un véritable noble, à qui l’on avait appris à pratiquer la noblesse oblige plutôt qu’à mépriser les roturiers.
Dans un scénario ultérieur, le comte Reygal perdait même le contrôle et Eugene se rangeait aux côtés du protagoniste avant de tuer son propre père.
Il défiait toujours le protagoniste loyalement et comptait parmi les rares nobles de l’histoire à avoir un peu de bon sens. Voilà pourquoi il était très apprécié des joueurs.
Il avait bien un défaut plutôt banal, mais ce n’était pas le sujet du moment.
« Commençons. »
Ce qui comptait, c’était qu’à ce stade, Eugene était plus fort que le protagoniste.
« Noyau abyssal, Égide. »
Et, comme prévu, il possédait un Noyau spécial.
Un immense dôme doré se déploya autour d’Eugene.
Égide était un Noyau abyssal défensif. Son pouvoir unique était né de la conviction d’Eugene qu’en tant que noble, il devait protéger les autres.
À l’intérieur de la barrière, les dégâts infligés par les attaques ennemies diminuaient et, à mesure qu’elle se renforçait, elle procurait divers bonus, dont une super armure.
Au moment où Eugene pointa sa rapière vers moi, une gemme bleue apparut au-dessus de ma tête.
Eugene était le premier adversaire contre lequel la Mort instantanée ne s’était pas déclenchée.
Ça va être intéressant.
À moi de jouer.
J’activai la Plongée temporelle.
Puis je réduisis aussitôt la distance et lançai l’Épée sculptante.
Clang ! Crac !
Un fracas retentit tandis que des fissures se propageaient sur la barrière de l’Égide.
« … Vous êtes fort. »
Mais aucune faiblesse n’apparut sur la barrière.
Même avec un taux de coups critiques de 100 %, le message [Faiblesse !] n’était pas apparu. Ça voulait dire que la barrière pouvait aussi annuler les dégâts de point faible.
Bien. Je pourrai m’en servir plus tard.
Au tour d’Eugene.
« L’aura qui émane de tout votre corps me dit que vous n’êtes pas un monstre. »
« … »
« Mais si vous dissimulez votre corps sous une armure, c’est que vous n’avez pas l’intention de révéler votre identité. »
La pointe de la rapière d’Eugene se rétracta jusqu’à former un point minuscule, où se concentra un éclat couleur jade.
« La révéler est aussi un devoir de noble. Je découvrirai qui vous êtes ici même. »
À peine eut-il fini de parler que sa rapière fendit les airs comme l’éclair.
L’Art de base d’Eugene.
« Croix noble. »
Une combinaison de deux coups qui tailladait en croix.
L’occasion de tester la Garde parfaite contre un personnage jouable tombait à point nommé.
Un… puis une pause, et deux.
[Garde parfaite !]
[Garde parfaite !]
« … ! »
Ça avait marché.
Cela dit, l’impact m’avait paru un peu léger.
La Croix noble ne comptait que deux coups, alors je pouvais synchroniser mes défenses. Mais avec mon niveau actuel, je ne pouvais pas gérer une attaque d’une vingtaine de coups consécutifs.
Il faut encore que je m’entraîne.
Même si son attaque avait été bloquée, Eugene ne semblait pas le moins du monde décontenancé.
« Vous avez paré ça ? »
Il ramena sa rapière en arrière, en abaissant la pointe tandis qu’il dessinait un demi-cercle.
Une énergie dorée se mit aussitôt à jaillir sous ses pieds.
« Dans ce cas, je vais vous montrer la perfection de l’escrime d’un noble. »
Eugene prenait la posture préparatoire de son prochain Art : Cérémonie royale.
Mais pourquoi essayait-il de bouger quand bon lui semblait pendant mon tour ?
À moi de jouer.
Si un coup d’Épée sculptante avait fissuré la barrière, il me serait facile de la détruire avec Lumière cendrée.
Je resserrai ma prise sur l’épée, visai avec précision la fissure et activai un Art.
Lumière cendrée.
BOUM !
Le dôme doré vola en éclats et disparut.
« … ! »
Au tour d’Eugene.
Il recula aussitôt et leva sa rapière, mais il avait déjà perdu sa posture préparatoire pour la Cérémonie royale.
Et surtout, une fois son lien avec le Noyau rompu, il ne pouvait plus activer d’Art.
« Comment avez-vous pu commettre une telle erreur… ! »
Je bloquai sa frappe affolée avec une Garde parfaite et lui volai aussitôt son tour.
À moi de jouer.
Le corps d’Eugene fut tranché en deux par la combinaison d’Épée sculptante et de Lumière cendrée qui suivit.
Comme il s’agissait d’une illusion, il ne ressentait sans doute aucune douleur, mais Eugene ne poussa même pas un cri en tombant.
Je m’adressai calmement à lui.
« … Vous comprenez ? La Lame de Ruidel, Valhilar. »
Je venais de finir de parler et de me détourner quand la voix d’Eugene retentit derrière moi.
« Ah… maintenant, j’en suis certain. »
« …… ? »
« La Lame de Ruidel, Valhilar. »
Je tournai légèrement la tête. Il me fixait droit dans les yeux, un étrange sourire aux lèvres.
« Quoi qu’il arrive… je vous vaincrai. »
Non, le protagoniste. Pas moi.
Eugene laissa derrière lui ces paroles lourdes de sens, puis se dispersa comme une illusion.
Cela dit, il ne se passerait rien, pas vrai ?
Probablement.
[Groupe 5 : Eugene Reygal éliminé]
Je ne m’étais pas particulièrement méfié d’Eugene, dès le départ.
C’était un personnage spécialisé dans la défense.
Aussi fort soit-il, il n’avait aucune chance de me vaincre.
Les choses sérieuses commencent.
L’écran au-dessus du feu de camp montrait le Groupe 6 en train de se préparer.
Enfin, l’équipe menée par Aren Bright, le protagoniste original que je n’avais pas revu depuis mon arrivée dans ce monde, entra dans le donjon.
Mon cœur se mit à battre plus vite en voyant cette équipe pleine de visages familiers.
On disait que les groupes avaient été formés au hasard, mais l’armure scénaristique du protagoniste était identique à celle du jeu original : elle avait réuni dans une seule équipe des personnages jouables aux performances exceptionnelles.
En vérité, dans cette épreuve, c’était cette équipe qui m’inquiétait le plus, pas Cecilia.
Cecilia était absurdement forte à elle seule, mais cette équipe avait un équilibre parfait.
Ran, combattant au poing du début du jeu, capable de réduire ses ennemis en morceaux.
Elia, le seul à pouvoir manier des armes à feu.
Mine, la meilleure soigneuse.
Et au centre de l’équipe se tenait le protagoniste d’Académie de la Fin. Un super mâle alpha ultra-viril et collectionneur d’héroïnes ambulant : Aren Bright…
… Son visage.
« …… ? »
Hmm.
Mais pourquoi avait-il l’air si rond ?
Avait-il toujours eu cette tête-là ?
Peut-être qu’après avoir vécu si longtemps dans ce monde, le visage du protagoniste original s’était effacé de ma mémoire.
Ses cheveux avaient une couleur semblable, mais pourquoi semblait-il un peu plus petit et plus trapu que sur les illustrations ?
Quoi qu’il en soit, ce que j’avais à faire ne changeait pas.
J’espère que tu ne tarderas pas.
Je me rassis près du feu de camp, prêt à continuer d’accomplir mon destin de boss.
Le sol était toujours aussi dur.
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