Chapitre 16
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 16 : J-1
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Cecilia se tenait sur le terrain d’entraînement de sa famille, vêtue d’un haut d’entraînement sans manches.
La sueur ruisselait sur tout son corps comme la pluie. Pourtant, elle tenait son épée à deux mains, la pointait vers le mur du terrain et demeurait immobile depuis un long moment.
« Ouf… »
Elle se remémora l’homme qu’elle avait vu quelques jours plus tôt.
Sa première impression de lui, désormais un homme et non plus un garçon, avait été absolument désastreuse.
Son visage était dévoré par des cicatrices de brûlure qui lui rappelaient de vieux cauchemars, au point qu’elle n’arrivait même pas à distinguer correctement son expression.
Il avait sauvé Senia, alors que Cecilia aurait pu le faire elle-même, piétinant au passage sa fierté.
Mais après s’être mesurée à lui, Cecilia n’eut d’autre choix que de changer d’avis.
Était-ce parce qu’elle était une fille de la Maison Ren ? Jusqu’alors, la plupart de ses adversaires ne s’étaient jamais donnés à fond.
Ils brandissaient leur épée en faisant semblant d’être sérieux, mais la plupart se retenaient de façon évidente.
Mais qu’en était-il de ce garçon ?
Il avait traité Cecilia comme une véritable adversaire et l’avait attaquée de toutes ses forces, sans la moindre hésitation.
Son entaille était si rapide qu’elle avait à peine réussi à la suivre des yeux.
En un clin d’œil, son épée lui avait touché le flanc, et Cecilia avait enfin pu soutenir son regard.
Dans ses yeux rougeâtres, elle avait vu la résolution de tout miser sur une seule frappe.
Animé d’une volonté farouche et désespérée, presque digne d’un fou, il avançait droit vers son objectif.
Comment peut-on avoir un regard pareil… ?
Mais ce n’était que le début.
Le garçon n’avait pas esquivé son attaque.
À en juger par la vitesse à laquelle il avait brandi son épée, il aurait dû l’éviter sans peine.
Et pourtant, il avait délibérément encaissé le coup.
« Un véritable chevalier n’esquive jamais l’épée d’un adversaire qui frappe de toutes ses forces. »
Puis, comme si de rien n’était, il avait de nouveau pointé son épée vers elle.
Un chevalier… ?
Son visage impassible, dénué d’émotion, semblait lui dire :
Ton attaque ne me fait rien.
Une immense montagne.
Pourquoi ces mots lui étaient-ils venus à l’esprit ?
Un instant, Cecilia eut l’impression que les cicatrices de brûlure avaient disparu de son corps.
À leur place brillait une splendide lueur gris cendré.
Je suis… en train de perdre comme ça ?
Écrasée par cette lumière, elle fit un choix qu’elle n’aurait jamais dû faire.
Utiliser un Art.
Dès qu’elle activa Lumière Fracassante, Cecilia comprit son erreur en voyant le garçon s’effondrer.
Il n’avait pas semblé avoir la moindre intention d’éviter son Art.
Si cette attaque le tuait ou le laissait avec une blessure dont il ne se remettrait jamais…
Je ne reverrai plus jamais ce spectacle éblouissant.
Mais Halibal tint bon.
Son corps vacilla, ses jambes fléchirent.
Puis, finalement, il serra le poing et la frappa.
Ses souvenirs de la suite étaient flous.
Une chose était pourtant certaine : pour la première fois, Cecilia avait perdu contre quelqu’un de son âge, à l’exception de Senia.
Tandis que sa conscience s’évanouissait, Cecilia entendit les derniers mots de Halibal.
« …Alors, ça marche. »
Ce ne fut qu’à cet instant qu’elle comprit.
Le garçon n’en était pas certain, lui non plus.
Et pourtant, il avait continué d’avancer.
Quand il avait sauvé sa sœur et quand il l’avait défiée en duel, il n’avait pas agi parce qu’il en était certain.
Il avait simplement agi.
La certitude n’était pas sa responsabilité.
Sa responsabilité, c’était de le prouver.
À ces mots, Cecilia ne ressentit même pas de jalousie.
Elle ne ressentit qu’une envie : se prouver à son tour.
La prochaine fois, elle ferait ses preuves devant ce garçon.
Sa main se porta soudain à son flanc.
Puis au creux de son estomac et enfin à son visage.
Les traces gris cendré qui avaient émané du garçon s’étaient profondément gravées en elle, dans son corps comme dans son cœur, telles une douleur atroce.
Par la suite, Cecilia confia à ce garçon le souvenir de la personne qu’elle chérissait le plus.
Un modeste Noyau standard.
Elle espérait pourtant, en secret :
Peux-tu faire tes preuves avec un Noyau pareil ?
Sans qu’elle s’en rende compte, le garçon était devenu un homme.
Et, quelques jours plus tôt, cet homme avait fait ses preuves.
Il était devenu le premier être humain de l’histoire à conquérir l’Abîme du Dieu maléfique.
En observant son visage impassible tandis que la princesse impériale l’adoubait, Cecilia y retrouva la même expression qu’autrefois.
Il ne l’avait pas fait parce qu’il en était certain.
Il l’avait fait parce qu’il le devait.
…Je croyais l’avoir rattrapé, mais l’écart n’a fait que se creuser.
Cecilia n’avait plus l’intention d’errer sans but.
C’est ça. Tu as fait tes preuves. Cette fois, c’est à mon tour.
« Haah ! »
Cecilia abattit son épée de toutes ses forces.
BOUM !!
Un éclair blanc jaillit de la lame et fit fondre tout un angle du mur du terrain d’entraînement, ainsi que les alentours.
Grondement !
L’éclair fut bientôt réabsorbé par l’épée, et l’onde de choc fit s’affaisser tout le terrain.
« …C’est fait. »
L’Art qu’elle venait d’achever.
Ce n’était pas une forme d’épée transmise par la Maison Ren, mais une technique originale que Cecilia avait créée elle-même.
Croc de la chaîne radieuse.
C’était son épée à elle, créée pour faire ses preuves non devant cet homme ni devant qui que ce soit d’autre, mais à ses propres yeux.
Cet homme se montrera sans doute encore demain.
À l’examen du lendemain, Cecilia comptait décrocher la première place avec une avance écrasante.
Quoi qu’il arrive, elle le vaincrait.
Et elle reprendrait Renee.
Voilà quelle serait sa preuve.
Lorsqu’elle baissa les yeux vers le Noyau des Abysses qu’elle tenait dans sa main, elle vit les sept Fragments blancs enchâssés en son centre.
C’était ce que cet homme lui avait donné en guise de remboursement.
En les contemplant, elle porta de nouveau la main à son flanc.
Puis au creux de son estomac.
Enfin, à son visage.
« Haah… ! »
Depuis ce jour, c’était devenu une sorte de rituel qu’elle répétait à la fin de chaque entraînement.
Elle n’avait aucune blessure.
Elle n’avait pas mal non plus.
Pourtant, chaque fois qu’elle touchait ces endroits, la faible douleur gris cendré de ce jour-là revenait, comme une illusion.
C’était cette douleur qui la poussait à avancer.
Le regard perdu dans le vide, Cecilia marmonna, l’épée pendant mollement à son côté :
« Attends-moi, Halibal Velder. Cette fois, je te vaincrai complètement, à armes égales. »
Hah.
Son souffle, mêlé d’excitation et d’ardeur au combat, résonna sur le terrain d’entraînement.
Quelqu’un observait Cecilia depuis l’extérieur.
« …Cecil recommence. »
Senia Ren.
La future cheffe de la Maison Ren, que l’on disait être le plus grand talent à l’épée de ce siècle.
Chaque fois que Cecilia agissait ainsi, Senia la trouvait si mignonne qu’elle ne savait plus quoi faire.
Enfants, elles avaient été contraintes de vivre séparément, conformément à la tradition familiale. La première fois que Senia avait rencontré Cecilia, celle-ci ressemblait à un petit oisillon argenté.
Petite et éblouissante. La voir courir vers Senia en brandissant maladroitement une épée était si adorable que Senia avait eu envie de la serrer dans ses bras et de la mordiller à chaque fois.
Elle ne pouvait détacher les yeux de cette enfant qui luttait désespérément pour se rapprocher d’elle, Senia étant son modèle.
Bien sûr, parfois, Senia avait envie de lui dire :
Cecil, ne te donne pas tant de mal. Tu sais bien que c’est inutile.
Si Cecilia avait entendu ça, elle aurait sans doute eu l’air de voir le ciel lui tomber sur la tête.
Alors Senia ravala ces mots.
Cecilia était trop adorable et précieuse quand elle s’efforçait ainsi de la rattraper. Senia ne pouvait pas se résoudre à l’arrêter.
Mais, à un moment, Cecilia avait cessé de prendre Senia pour objectif.
Un autre homme occupait désormais son regard.
Quand Senia s’était retrouvée piégée dans un donjon après avoir été victime des manigances d’un adepte du Dieu maléfique infiltré dans la famille, celui qui l’avait sauvée était Halibal Velder, le nouvel objectif de Cecilia.
La première fois que Senia lui avait vraiment fait face, c’était lors de la cérémonie des médailles.
Quand elle avait personnellement remis sa médaille à Halibal Velder, la pensée qui lui était venue à l’esprit avait été d’une banalité surprenante.
Quelqu’un d’aussi faible que lui peut quand même me sauver.
Rien de plus.
Si elle n’avait pas été droguée, Senia était certaine qu’elle aurait pu trancher une Araignée à visage humain d’un seul coup.
Elle trouvait plutôt amusant que l’homme qui l’avait sauvée ait eu l’air encore plus faible que Cecilia.
« C’est vous qui m’avez sauvée ce jour-là ? »
« Je le dois à la grâce de Sa Majesté l’empereur. »
« Merci infiniment. Vous m’avez sauvé la vie. »
Senia retint un rire.
S’il est plus faible qu’un poussin… c’est un œuf ?
Mais un changement inattendu survint ensuite.
Le duel entre Halibal et Cecilia s’était imposé tout naturellement.
Après cela, Cecilia avait changé de façon frappante.
Senia gardait de l’avance sur elle. Ça ne changerait pas de sitôt. Toute sa vie, Cecilia avait pris Senia pour modèle.
Et pourtant, d’une manière ou d’une autre, Cecilia ne regardait plus uniquement Senia.
Elle avait commencé à porter son regard sur quelqu’un d’autre.
Halibal Velder.
Senia reconnut instinctivement l’instant où tout avait changé.
L’admiration et l’obsession qu’elle lui avait toujours vouées se détournaient désormais d’elle pour se reporter sur cet homme.
Mon petit poussin est sur le point de quitter ma main.
L’émotion que cela lui inspira était difficile à décrire.
De la jalousie ?
De l’obsession ?
Ou de la colère et de la haine ?
Ce n’était rien d’aussi cliché.
Senia détestait-elle Halibal ? Non. Il était, sans l’ombre d’un doute, celui qui l’avait sauvée. Elle n’avait aucune raison de le détester.
Alors, qu’était cette vague sensation inexplicable ?
…Je ne sais pas.
À cette pensée, Senia saisit son épée d’un geste distrait.
Contrairement à Cecilia, elle ne la tenait que d’une main.
Fouish.
D’un seul mouvement de son épée, elle fit s’effondrer tout le mur du terrain d’entraînement, tandis qu’un éclair bleu-blanc se dessinait dans sa lame.
Croc de la chaîne radieuse.
C’était l’Art que Cecilia avait passé des mois à créer pour faire ses preuves devant cet homme.
Senia n’avait vu la technique qu’une seule fois, et l’avait reproduite à la perfection sur-le-champ.
Seule différence : des fleurs de glace éclosaient lentement sous ses pieds, tout à fait déplacées à l’approche du printemps.
« Qu’est-ce que tu comptes faire, grande sœur ? »
« Hum ? »
« Pour l’examen d’entrée. Tu comptes viser la première place ? »
« Je ne sais pas. Tu sais que je n’aime pas trop attirer l’attention. »
« Désolée, mais j’aimerais que tu vises la première place, grande sœur. »
« Hum… ? »
« Parce que je compte battre tout le monde, toi comprise, et décrocher la première place à cet examen. »
En voyant la détermination de Cecilia ce jour-là, Senia ne put retenir un rire.
Quand as-tu grandi à ce point, Cecil ?
Elle avait l’impression que son amour de l’épée, oublié depuis longtemps, renaissait.
Mais ta grande sœur voudrait quand même que tu restes dans ses bras.
Ce ne serait toutefois jamais une fleur chaleureuse.
Et c’est ainsi que Senia Ren, Princesse de l’Épée de la Maison Ren, prit sa décision.
Si je battais Halibal, cet homme, à plate couture pendant l’examen, est-ce que cette enfant reviendrait dans mes bras ?
Senia prendrait la première place à cet examen d’entrée.
C’était décidé.
Personne ne pourrait l’arrêter.
Ni Cecilia, ni Halibal.
⁎⁎⁎
Dans un wagon du train interurbain Christoph Cross-Country, un jeune homme aux cheveux noirs, d’une rare beauté, était assis près de la fenêtre, le menton appuyé dans une main, perdu dans ses pensées.
Son visage androgyne était encore si jeune qu’il était difficile de savoir s’il s’agissait d’un garçon ou d’une fille.
Mais ce jeune homme, probablement un garçon, contemplait le paysage qui défilait et se remémorait sa ville natale et son maître.
« Je manque encore d’expérience, maître. Je ne suis pas digne de porter l’Épée divine suprême. »
« L’inexpérience est comme une lame. Ce n’est qu’en la trempant dans l’acier de l’expérience qu’elle finira par s’aiguiser. »
Le garçon baissa les yeux sur l’épée posée sur ses genoux, étroitement enveloppée de bandages.
Lorsqu’il desserra légèrement les bandages, il aperçut l’inscription gravée sous la garde.
Unité du corps et de l’épée
« Haah… Ce n’est pas aussi facile que vous le dites. »
Le garçon se leva soudain et regarda autour de lui.
« …Il n’y a personne, hein ? »
Après avoir marmonné pour lui-même, il pointa son épée devant lui.
Fssht ! Fssht !
Le vent se dispersa sous deux coups successifs.
On aurait dit que l’épée n’avait rien tranché, mais ce n’était pas le cas.
Un courant d’air qui pénétrait dans le wagon avait été fendu en deux par ses entailles.
Sa technique était si raffinée que ceux qui n’avaient pas atteint un tel niveau auraient du mal à la distinguer correctement.
C’est alors que cela arriva.
« Voyageur, je suis désolé, mais il est interdit de brandir des armes à l’intérieur du train. »
« Ah, ah ! J-je suis désolé ! »
Le garçon, surpris, se recroquevilla.
Il y avait quelqu’un ici… !!
« Pourriez-vous me montrer une pièce d’identité, s’il vous plaît ? »
« Ah, oui ! »
Le garçon sortit rapidement sa pièce d’identité et la tendit à l’employé du train.
[Nom : Aren Bright]
Après le contrôle d’identité, il retourna précipitamment à sa place, rouge comme une tomate.
« …Quelle honte. »
Sans qu’il s’en aperçoive, un paysage tout différent avait commencé à se déployer au-delà de la fenêtre.
« Waouh… !! »
Au-delà de la majestueuse chaîne de montagnes s’élevaient des bâtiments colorés, qu’il n’avait jamais vus dans sa ville natale.
C’était Nevil, la ville académique.
En son centre se dressait la construction la plus remarquable : le bâtiment principal de l’Académie de Ruidel, celle qu’il s’était fixé pour objectif d’intégrer.
« J-je vais être admis ? »
J-1 avant l’examen d’entrée à l’Académie de Ruidel.
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