Chapitre 15
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Irevi
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 15 : Un matin magnifique
──────
L’aube pointait quand je réussis à exécuter quatre fois de plus la Garde parfaite.
Je traînai mon corps épuisé jusqu’à ma caserne personnelle et m’effondrai sur place.
Quand je rouvris les yeux, toute la fatigue qui m’accablait avait disparu. Je me sentais léger comme une plume.
Voilà donc ce que ça faisait, un matin magnifique.
C’était probablement parce que toute la tension accumulée pendant la conquête du Donjon de la Bête s’était relâchée d’un seul coup.
Grâce à ça, j’arrivais plus facilement à mettre de l’ordre dans mes pensées et à prévoir la suite.
« Pour commencer, je dois finir premier à l’examen d’entrée. »
Sur cette pensée, je saisis mes papiers d’inscription et sortis de la caserne.
Et là, je la vis.
« ? »
La lueur rouge du ciel du soir.
« Merde. Ne me dites pas que j’ai dormi toute la journée ? Pas étonnant que j’aie les idées aussi claires. »
Je baissai les yeux vers le formulaire que je tenais à la main.
« Même si j’y vais maintenant, le bureau sera fermé. »
Cela dit, la date limite était fixée au lendemain, dix-huit heures.
Si j’y allais dès le matin, il n’y aurait aucun problème.
« Par précaution, je devrais veiller toute la nuit. »
À cet instant, je croisai le regard d’un soldat plus âgé qui entrait dans la caserne.
« Quoi ? Pourquoi tu sors de là ? »
« J’imagine que j’étais épuisé. J’ai fini par dormir toute la journée. »
« Toute la journée ? Je t’ai pas vu hier. »
Quoi ?
C’était pourtant bien la personne qui m’avait observé m’entraîner à la Garde parfaite depuis un coin du terrain.
Mais elle ne m’avait pas vu ?
Un mauvais pressentiment me traversa l’esprit.
« On est quel jour ? »
« Le seize. »
« … Pourquoi on n’est pas le quinze ? »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Putain. »
Je vérifiai la date une nouvelle fois et compris enfin ce qui s’était passé.
Quand la fatigue dépasse ses limites, le corps humain tend à compenser en récupérant de l’épuisement accumulé.
Et quand, dans cet état, la tension qui vous maintenait aussi raide qu’un élastique finit par lâcher, le corps se relâche à son tour.
Je ne m’étais pas vraiment reposé une seule fois en six ans.
Et puis, la veille — ou plutôt l’avant-veille — j’avais reçu beaucoup trop de récompenses en une seule journée.
Renee avait grandi, obtenu une Capacité unique et acquis un nouvel Art.
J’avais conquis le Donjon de la Bête, obtenu un Éclat spécial, reçu un titre, été adoubé chevalier et même gratifié d’un manoir. Et, pour couronner le tout, j’avais réussi la Garde parfaite.
Tout m’était tombé dessus le même jour, et mon corps comme mon esprit avaient fini par lâcher, tels un élastique qui casse.
Résultat : j’avais dormi quarante-deux heures, bien plus d’une journée entière. La date limite pour déposer mon dossier était naturellement passée depuis longtemps.
« Du calme. »
Je pris une grande inspiration et me ressaisis.
Comme par magie, mon esprit s’éclaircit et je retrouvai peu à peu la raison.
Ce n’était pas comme s’il n’y avait aucune solution.
J’avais désormais une certaine réputation et des relations.
« … Je vais demander à Adeline. »
Elle me traiterait sûrement de fou et me demanderait où j’avais la tête, mais qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ?
Elle était instructrice à Ruidel et Épée Impériale. Avec une telle influence, elle pourrait bien arranger une erreur comme celle-là, non ?
Plein d’espoir, je partis chercher Adeline.
« Moi ? Je ne suis pas instructrice. »
« … Quoi ? »
« Ah, on m’a bien proposé le poste, mais j’ai refusé. »
« … Pourquoi ? »
« Pour quelle autre raison ? J’ai des subordonnés dont je dois m’occuper. Depuis que tu as conquis le Donjon de la Bête, notre charge de travail a augmenté, nous aussi. Comment veux-tu que je quitte mon poste ? »
Dans l’histoire originale, Adeline avait accepté le poste d’instructrice après l’anéantissement du Groupe de Raid de la Bourrasque.
La raison était exactement celle qu’on imaginait : les subordonnés dont elle devait s’occuper avaient disparu.
Mais, grâce à moi, qui avais rejoint le groupe et foncé à travers les donjons, le nombre de victimes avait chuté de façon spectaculaire. Le groupe de raid était toujours au complet.
Autrement dit, Adeline n’avait plus aucune raison de partir à Ruidel.
« Pourquoi ? Tu as peur de t’ennuyer de moi une fois à l’académie ? »
Je n’aurais jamais cru que la boule de neige provoquée par mon mépris total de l’histoire originale dévalerait la pente jusque-là. Évidemment, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même.
« Non. J’ai raté la date limite d’inscription, alors j’ai besoin de votre aide. »
« Crève. »
Est-ce que je pourrais tenir le coup une fois habitué à la Garde parfaite ?
Non. Peu importe sous quel angle je voyais les choses, c’était la mauvaise réponse.
« Quelqu’un d’autre… Mine ? »
C’était incertain, là aussi. La Sainte impériale n’était sainte que de nom et ne possédait presque aucun pouvoir réel.
« Et Alicia… ? »
À vrai dire, Alicia et moi n’étions pas proches.
Je ne savais même pas ce qu’elle pensait de moi.
Et surtout, elle était la Princesse impériale et la présidente du conseil des élèves. En ce moment, elle se livrait à une lutte acharnée avec son frère aîné pour la succession.
Si elle m’accordait un traitement de faveur dans ces circonstances, les doutes sur l’équité pourraient nuire à son image.
« Je pourrais demander aux sœurs Ren ? »
Ça risquait d’être compliqué, elles aussi.
Quel pouvoir les sœurs pouvaient-elles bien avoir ?
La Maison Ren était, au bout du compte, la famille du duc Ren, et dans l’histoire, le duc Ren incarnait les principes à l’état pur.
Même si le grand-père de Halibal se présentait, le duc Ren ne l’aiderait jamais pour une affaire pareille.
C’était étrange. J’étais sûr d’avoir quantité de relations influentes. Comment se faisait-il que personne ne puisse m’aider quand j’en avais le plus besoin ?
Alors que je restais assis, la tête entre les mains, perdu dans mes pensées, quelqu’un m’interpella.
« Oh ? Serait-ce Sir Halibal, là-bas ? »
Je me retournai et vis un homme d’âge mûr à la barbe fournie et une jeune fille s’approcher depuis l’autre côté de la rue.
Je les avais déjà vus à la sortie du donjon, la veille.
« Pourquoi êtes-vous assis là ? »
« … Halibal présente ses respects au duc Grace. »
« Ha ha ha ! Vous avez maintenant un titre, vous aussi, non ? Inutile d’être si formel entre nobles. »
Il parlait d’un ton familier, avec une douceur désarmante.
L’homme était Viktor Grace, l’un des deux grands ducs de l’Empire Cyrus et son plus grand mage.
« Luna, salue-le. Voici Sir Halibal, l’Épée Funèbre. »
« … Bonjour, dame Grace. »
« … »
La jeune fille était Luna Grace, l’héroïne de l’histoire originale et la plus puissante spécialiste des dégâts magiques.
C’était la première fois que nous nous saluions officiellement, mais, comme dans l’histoire originale, elle avait un caractère peu loquace.
Quoi qu’il en soit, Viktor siégeait au conseil de l’Académie et jouait un rôle essentiel dans l’élaboration de l’ensemble de son programme.
Il avait l’air gentil et décontracté, mais, connaissant l’histoire originale, sa présence me réjouissait au plus haut point. Autrement dit, pas du tout.
« Pourquoi l’homme qui tire les ficelles dans l’ombre de l’Empire est-il ici ? »
Académie de la Fin était un jeu doté de deux scénarios principaux.
Le premier racontait la conquête des donjons du Dieu maléfique, qui menait finalement à la défaite de ce dernier.
L’autre était un drame politique où il fallait empêcher une lutte de pouvoir entre les nobles de l’Empire et un coup d’État.
Viktor était présenté comme un membre de la faction impériale en public, mais, en secret, il poussait la faction noble à poignarder la Famille impériale dans le dos. C’était pratiquement un agent double.
Il avait même noué une alliance avec les fidèles du Dieu maléfique.
Bien sûr, il n’était pas directement lié au Dieu maléfique, et ne m’avait donc pas marqué autant que lui.
Malgré tout, vers la fin, il avait même essayé de périr avec le Dieu maléfique au nom de l’humanité.
Si Alicia était un chat à l’allure de tigre, cet homme était un serpent géant au visage de chien.
Il avait l’air affable, mais des centaines de serpents s’enroulaient en lui. C’était le genre de personne que je voulais éviter à tout prix dans la vraie vie.
« Que faites-vous ici, duc ? »
« Ah, je suis venu pour l’examen d’entrée de l’Académie. »
Ça ne voulait pas dire que je devais me le mettre à dos tout de suite.
Ce scénario était indépendant de celui du Dieu maléfique. Tant qu’il ne dévoilait pas son vrai visage, personne n’était plus compétent que lui, et il n’avait aucun lien avec le Culte de Tartare.
« Au moins, rien d’important n’a changé de ce côté-là. »
L’Académie de Ruidel était un établissement destiné à former des équipes d’assaut pour les donjons.
De ce fait, la plupart des cours, des entraînements pratiques et des examens étaient inévitablement liés à la conquête des donjons. L’examen d’entrée ne faisait pas exception.
Il consistait en une simulation de conquête de donjon, conçue à partir d’un Donjon de la Bête recréé grâce à la magie illusoire de Viktor.
On l’appelait le Donjon de l’Ombre.
Les candidats y seraient envoyés afin qu’on évalue leur potentiel. Dans l’histoire originale, Cecilia avait terminé première à cet examen.
Viktor était donc probablement venu inspecter l’agencement du Donjon de la Bête.
Bien sûr, ça ne me concernait plus, puisque je ne pouvais même pas m’inscrire. Putain.
« Au fait, Sir Halibal, j’ai remarqué que vous n’aviez pas déposé de dossier. Vous ne comptez pas vous inscrire ? »
« … J’étais tellement absorbé par mon entraînement que j’ai raté la date limite. »
« Comment ? »
Même Viktor perdit son sourire et me regarda comme s’il se demandait à quel point il fallait être idiot.
Mais il ne tarda pas à sourire de nouveau.
« Ha ha ! J’avais entendu dire que vous étiez un mordu d’entraînement, mais j’ignorais que c’était à ce point. »
« Je suis désolé. »
« Allons, ce n’est pas la peine d’être si désolé. Vous allez donc renoncer à vous inscrire cette année ? »
« J’essaie de trouver une solution, mais je crains de ne pas avoir le choix. »
À ces mots, Luna tressaillit et ses épaules se raidirent.
« Elle se méfie de moi ? »
Ce n’était que la deuxième fois qu’elle me voyait.
Nous ne nous étions même jamais adressé la parole.
Pourquoi réagissait-elle comme ça ?
« Hmm. Un talent comme vous doit renoncer à s’inscrire parce qu’il n’a pas déposé son dossier ? »
« Je ne peux pas causer de problèmes aux autres. Et puis, il y a la question de l’équité. »
Viktor réfléchit un instant, puis frappa dans ses mains.
« Hmm, cette équité dont vous parlez, au fond, est-ce une question de justification ? »
La justification était le mot préféré de Viktor.
Si le duc Ren accordait de l’importance au processus, le duc Grace, lui, valorisait le résultat.
Du moment que la justification paraissait convaincante, peu lui importait ce qui se passait en chemin. En clair, il était extrêmement pragmatique et axé sur les résultats.
« Alors, je crois pouvoir vous aider. »
« Comment ? »
« Si vous acceptez, voudriez-vous jouer le rôle du boss lors de cet examen d’entrée ? En échange, je ferai tout mon possible pour régler votre problème d’inscription. »
« Le boss, vous voulez dire… »
« Ha ha ha ! Je vous expliquerai tout si vous acceptez. Luna est là, après tout. L’examen doit être “équitable”, n’est-ce pas ? »
Luna détourna le regard et tourna légèrement la tête.
Équitable, mon cul.
Il avait probablement déjà tout raconté à Luna.
« C’était le rôle qu’Adeline avait tenu dans l’histoire originale ? »
Le boss qui attendait au plus profond du Donjon de l’Ombre n’était pas Varhatan.
Dans l’histoire originale, Adeline attendait le protagoniste à l’extrémité du donjon.
Ils l’affrontaient et, après avoir compris l’écart écrasant entre leurs capacités, finissaient par être vaincus.
Pendant le combat, ils parvenaient tout juste à laisser une petite entaille sur la joue d’Adeline. Leur potentiel était alors reconnu, et on les plaçait tout en bas de la classe supérieure.
« Au départ, je comptais confier ce rôle à un instructeur compétent, mais en vous voyant, je me suis dit que l’Épée Funèbre en serait peut-être capable. »
Mais Adeline n’était plus instructrice.
Il comptait apparemment me confier ce rôle.
« Bien sûr, par souci d’équité, j’ai l’intention de vous faire passer un sale quart d’heure. Si vous perdez sans vous battre, il va de soi que votre inscription sera exclue. »
« … »
« Vous devrez affronter beaucoup d’étudiants, alors ce ne sera certainement pas facile. »
« C’est vrai ? »
« Mais si vous y parvenez, personne ne pourra s’opposer à ce que j’accepte votre dossier avec un peu de retard, à titre de petit privilège. »
Dans l’histoire originale, Adeline n’avait laissé aucun étudiant porter un seul coup.
Ni Cecilia, ni Luna, ni même les autres personnages jouables. L’écart de puissance était à ce point absurde.
Pour recréer le scénario principal de façon similaire, il faudrait que je montre quelque chose d’approchant.
Je ne pourrais peut-être pas éviter de me faire toucher une fois, mais il faudrait au moins que je ne perde pas une seule fois, non ?
Mais en serais-je capable ?
J’avais beaucoup progressé, mais j’ignorais comment ma force actuelle se comparait à celle des personnages originaux.
Cela dit, comme il l’avait dit, la justification tenait la route.
Après avoir raté ma chance de m’inscrire par ma propre faute, difficile de trouver une offre plus intéressante.
En plus, je commençais à avoir envie d’affronter les personnages originaux pour de vrai, au moins une fois.
La seule chose qui me gênait, c’était de nouer une sorte de lien avec l’homme qui tirait les ficelles dans l’ombre de l’Empire, dont je devais me méfier.
« J’accepte votre proposition. Quand dois-je venir vous voir ? »
« Ha ha ha ! Je savais que vous accepteriez. J’ai vraiment le flair pour juger les gens. »
Je laisserais mon moi du futur s’en occuper.
« Venez à ma résidence, à Nevil, dans deux jours. Je vous expliquerai tout là-bas. »
Si possible, je préférerais laisser le protagoniste régler ça.
⁎⁎⁎
Treize heures trente-sept, le quinze.
Le bureau de la présidente du conseil des élèves de l’Académie de Ruidel.
Alicia était d’excellente humeur ces derniers temps.
Halibal Velder, qu’elle avait été la seule de la Famille impériale à soutenir pendant les trois dernières années, venait enfin d’accomplir l’exploit de conquérir le Premier Abîme.
Grâce à cela, la position d’Alicia au sein de la Famille impériale n’avait cessé de se renforcer.
« Comme prévu, mes plans sont toujours parfaits. »
Un sourire satisfait aux lèvres, elle feuilleta les dossiers d’inscription empilés sur son bureau et songea à Halibal, qui ne tarderait pas à arriver.
Dès qu’il aurait déposé ses papiers, elle comptait mettre à exécution le vingt-quatrième des cent cinquante-deux plans qu’elle avait préparés.
Une fois qu’il serait à l’Académie, elle pourrait le soutenir autant qu’elle le voudrait.
« Kuhu hu. Je vous attends, Halibal. »
Alicia gloussa de joie.
Cinq heures plus tard, son humeur fut réduite en miettes.
« Euh… Votre Altesse, il est temps d’éteindre les lumières… »
« A-Attendez ! La personne que j’attends n’est pas encore arrivée ! »
Halibal n’avait toujours pas paru, alors que la date limite de dépôt des dossiers était passée depuis longtemps.
Alors, elle pria en silence.
Je vous en prie !!
« Venez demain, au moins ! Non, venez quand vous voulez ! Dès que vous vous montrerez, je ferai accepter votre dossier ! »
Bien sûr, Halibal ne vint pas non plus le lendemain, et de grosses larmes coulèrent sur les joues d’Alicia.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>