Chapitre 14
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 14 : Garde parfaite
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À ma sortie du donjon, des soldats de la 2341e unité et du Groupe de Raid de la Bourrasque m’attendaient. J’avais servi dans les deux.
En leur centre se tenaient le duc Ren, Senia, Cecilia, Mine et Adeline. Le duc Grace était également là, accompagné d’une autre héroïne, Luna Grace.
Alicia se tenait parmi eux. Elle me regardait comme si j’étais une sorte de porte-bonheur.
À l’instant où je la vis, je compris que je n’avais pas demandé l’autorisation de mener ce raid contre Varhatan.
Merde, je suis dans la merde.
Quoi qu’il en soit, je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle rassemble autant de monde juste pour me passer à tabac.
« Épée Funèbre. J’aimerais savoir ce que l’on ressent en étant le premier à conquérir un Abîme. »
Et elle me demandait mon avis sans même perdre de temps.
À vrai dire, après tous les efforts que j’avais fournis pour le conquérir, je ne ressentais rien de particulier. Ce n’était que le premier donjon, après tout.
J’étais épuisé et je voulais rentrer à la caserne pour me reposer. Je répondis donc la première chose qui me passa par la tête.
« Mon épée s’est brisée, mais pas moi. »
Je m’étais déjà éloigné de cent millions d’années-lumière de Halibal Velder, le personnage secondaire du jeu, mais j’avais conservé une chose : cette personnalité chevaleresque.
Au début, je ne disais ça que pour me trouver une excuse. Mais à force de jouer le jeu, j’avais l’impression que cette personnalité m’avait entièrement dévoré.
À présent, il me suffisait de délier un peu ma langue pour que des répliques chevaleresques en jaillissent sans fin.
« Des paroles véritablement chevaleresques, soldat Halibal. Pourtant, vous n’êtes pas encore chevalier, n’est-ce pas ? »
« Je pensais qu’il était important d’agir comme le chevalier que l’on aspire à devenir pour atteindre cet objectif. »
« Je suis d’accord avec vous. »
À peine eut-elle fini de parler qu’Alicia passa elle-même autour de mon cou un collier orné d’une croix.
« Le soldat Halibal Velder s’est tenu à l’avant-garde du corps expéditionnaire et est devenu le premier, dans l’histoire de l’Empire, à conquérir l’un des Abîmes du Dieu maléfique ! Il a repoussé l’énergie démoniaque, repris des territoires perdus et protégé la population au péril de sa vie ! En conséquence, moi, Princesse Alicia Cyrus, reconnais ses hauts faits et adoube Halibal chevalier. Si quelqu’un s’y oppose, qu’il parle maintenant, ici et devant nous tous ! »
C’était une cérémonie d’adoubement.
« Dites-moi, chevalier Halibal. Si vous avez vraiment rêvé de devenir chevalier, vous savez quel serment vous devez prononcer ici, n’est-ce pas ? »
Elle voulait que je prête serment, mais j’avais passé cette étape dans le jeu et je ne m’en souvenais pas très bien.
Malgré tout, j’étais allé jusque-là en gardant mon personnage. Il suffisait de sortir une belle phrase, et ça devrait passer.
Je plaçai verticalement mon épée brisée contre ma poitrine.
« Moi, Halibal Velder, épée de l’Empire, protégerai la lumière de ce monde contre toutes les ténèbres qui menacent l’humanité. Et jusqu’à ce jour, jamais je ne plierai. »
« Excellent. »
Avec un sourire, Alicia inclina légèrement la tête et murmura :
« Votre épée aura bien des chemins à parcourir désormais, mais je serais heureuse que vous me placiez au-dessus de tout le reste. »
À son signal, un assistant déroula un parchemin.
« À compter de ce jour, je proclame que le nom de Halibal Velder a été officiellement inscrit au registre des chevaliers de l’Empire Cyrus ! »
La conquête du Donjon de la Bête ne m’avait pas seulement valu d’être adoubé.
« Halibal Velder. Vous n’avez pas reculé devant les ennemis de l’Empire et vous vous êtes battu à la place de la lignée impériale. Au nom de la Princesse Alicia, je vous nomme officiellement noble de l’Empire et vous confère dès aujourd’hui le titre de baronnet. »
J’avais également reçu un titre officiel : j’étais devenu le baronnet Velder.
Bien sûr, dans ce monde, le titre de baronnet n’était que le rang minimal séparant les nobles des roturiers. Un titre honorifique, sans réel pouvoir.
Ils m’avaient probablement accordé ce titre de noblesse symbolique parce qu’ils ne pouvaient pas faire chevalier un roturier.
J’avais pourtant toujours cru que je resterais roturier toute ma vie. Devenir noble avait donc une importance inattendue à mes yeux.
« Votre courage et votre loyauté resteront à jamais gravés dans l’histoire de l’Empire. »
Par la suite, on m’offrit également un manoir et une récompense en argent.
Ce qui me réjouissait le plus, c’était l’emplacement du manoir.
Il se trouvait à Nevil, la ville académique où se situait le campus principal de l’Académie de Ruidel et où se concentraient les plus grandes infrastructures éducatives de l’Empire.
À vrai dire, cela me faisait plus plaisir que le titre ou l’adoubement. La plupart des occasions d’améliorer ses statistiques dans Académie de la Fin se trouvaient autour de l’académie.
Au moins, je n’aurais plus à déménager sans cesse d’un dortoir à l’autre.
« L’un des souhaits de Votre Altesse s’est simplement réalisé. »
« Mais c’est vous seul qui l’avez accompli, baronnet Velder. »
Alicia me regarda de nouveau et prit la parole.
« L’Empire n’oublie pas les mérites. Si vous désirez quelque chose, dites-le-moi. Si cela est en mon pouvoir, je le ferai. »
Elle ponctua son offre d’un petit rire familier.
Malgré ses paroles, elle n’allait pas m’accorder n’importe quoi.
Je n’avais pas vaincu le Dieu maléfique. Je m’étais contenté de conquérir le premier donjon.
Il était encore un peu tôt pour me traiter en héros.
Pour parler franchement, quelqu’un avec les statistiques d’Adeline pouvait sans peine conquérir jusqu’au quatrième donjon dès l’ouverture des salles des boss. Et l’Empire comptait beaucoup de combattants comme elle.
Autrement dit, pour l’instant, je n’avais qu’une valeur symbolique : j’étais une clé.
Et cette clé arrivait bientôt à expiration.
Dès que le scénario de l’académie commencerait vraiment, n’importe qui pourrait ouvrir les salles des boss.
Mon importance diminuerait alors à toute vitesse.
J’avais déjà reçu beaucoup : l’adoubement, le titre, le manoir et l’argent.
Pour l’avenir, mieux valait demander une récompense adaptée à ma situation, puis m’effacer.
« Si je le souhaite, pourrais-je entrer dans les donjons quand bon me semble ? »
J’avais choisi cette récompense depuis longtemps.
Comme j’étais soldat, les démarches pour entrer dans les donjons avaient toujours été compliquées.
De nouvelles régions allaient s’ouvrir à partir de maintenant, ainsi que de nouveaux donjons.
Avec l’accord d’Adeline, les donjons proches de la caserne ne posaient pas vraiment problème, mais il était peu probable qu’il en aille de même dans les autres régions.
Si je réglais la question des autorisations, je pourrais explorer les nouveaux donjons plus vite que n’importe qui.
« … Vous ne revenez pas tout juste d’un donjon ? »
Quand j’annonçai ma récompense, Alicia me regarda, complètement déconcertée, tandis que tout le monde autour de nous me dévisageait comme si j’étais fou.
Non, je dois essayer la Garde parfaite.
Ce regard m’était familier.
⁎⁎⁎
« Le premier à avoir conquis un Donjon du Dieu maléfique ! »
On aurait pu croire qu’une grande célébration impériale s’imposait. Pourtant, la réalité était tout autre.
D’abord, il restait encore six donjons.
Ensuite, ce qui suivait la conquête d’un Donjon du Dieu maléfique était bien plus important.
En somme, l’Empire avait des affaires bien plus urgentes à régler que les festivités.
À peine avais-je conquis le Donjon de la Bête que de nouveaux donjons, jusque-là dissimulés par l’énergie démoniaque, commencèrent à se révéler les uns après les autres.
Mais on ne savait presque rien à leur sujet. L’Empire fit donc de leur étude et de leur reconnaissance sa priorité absolue.
De plus, l’un des événements majeurs de l’Empire, le concours d’entrée de l’Académie de Ruidel, approchait à grands pas.
L’examen de cette année attirait particulièrement l’attention dans tout le pays, car bon nombre des personnages jouables de la Génération dorée allaient y participer.
« Je crois que vous êtes vraiment fou. »
« Pourquoi ? »
« Vous ne vous en rendez pas compte, même en vous entraînant contre moi ? »
Sur ces entrefaites, à peine de retour du donjon, j’avais même sauté le banquet de la victoire pour demander à Adeline de s’entraîner avec moi.
« La vedette du raid sèche le banquet pour s’entraîner. Même à votre âge, je n’allais pas jusque-là. »
Je trouvais ça un peu injuste.
Ce n’était pas comme si j’avais envie de m’entraîner.
Je le faisais parce que je n’avais pas le choix.
Au départ, je voulais simplement me laver et dormir à poings fermés en rentrant.
Mais chaque fois que je fermais les yeux, Adamant, qui reposait dans mon Noyau d’Abîme, me revenait en tête. Qu’aurais-je pu faire d’autre ?
[Adamant], obtenu en récompense pour avoir vaincu Varhatan.
Adamant était un fragment défensif tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Il augmentait de 3 la Santé et la Défense : ce n’était pas un objet de fin de jeu.
Comparé à Nuage noir, qui accordait l’énorme bonus de 8 en Fluidité, c’était un fragment assez médiocre.
En temps normal, on pouvait s’en contenter au début du jeu, avant de le retirer progressivement de son Noyau.
Mais ma situation était différente.
Une chose était désormais claire.
Les fragments rares que j’obtenais étaient dotés de capacités spéciales que j’étais le seul à pouvoir utiliser, adaptées aux combats au tour par tour.
La capacité appelée « Mitigation », associée à Adamant, correspondait à une mécanique connue sous le nom de Garde parfaite.
Les combats au tour par tour consistaient en gros à échanger un coup chacun. À première vue, ça semblait équitable. Mais en réalité, pas du tout.
Quand j’éliminais un ennemi d’un seul coup, c’était génial. Quand un ennemi me tuait d’un seul coup, c’était atrocement frustrant.
La Garde parfaite avait été conçue pour atténuer cette frustration.
Elle permettait au joueur de bloquer, d’esquiver ou de parer même pendant le tour de l’adversaire, ajoutant du contrôle et du suspense à des combats au tour par tour autrement monotones.
Jusqu’ici, pendant le tour d’un adversaire, je ne pouvais rien faire d’autre que rester planté là et me faire tabasser.
C’était pour ça que, pendant trois ans, je m’étais accroché à cette astuce minable qui consistait à encaisser les coups les moins douloureux. Si je ne voulais pas souffrir, je devais employer tous les moyens à ma disposition.
Adamant avait rendu tous ces efforts inutiles. Mais impossible de nier que la Garde parfaite était bien plus intéressante.
Désormais, contrairement à Nuage noir, je ne pourrais pas retirer Adamant avant d’avoir trouvé un fragment incontestablement supérieur.
Contrairement à la Mort instantanée, la Garde parfaite aurait une infinité d’applications une fois maîtrisée.
C’était ironique.
Dans l’œuvre originale, Nuage noir était surpuissant et Adamant décevant. Pourtant, dans la réalité, Nuage noir servait contre les monstres ordinaires, tandis qu’Adamant était la clé.
Le problème, c’était que je m’étais tellement habitué aux combats au tour par tour que j’avais oublié comment bloquer ou dévier une attaque.
J’avais besoin d’une rééducation.
Je devrais commencer à m’entraîner dès mon retour.
Garde parfaite.
Garde parfaite.
Garde parfaite…
C’est ainsi que j’en étais venu à conclure que je devais demander à Adeline de s’entraîner avec moi.
Et voilà où j’en étais.
Paf ! Paf !
« C’est quoi, cette posture ? Vous ne prenez pas le coup, mais vous ne le bloquez pas non plus. C’est bizarre. »
Comme prévu, la Garde parfaite n’était pas facile à maîtriser.
D’ordinaire, dès qu’un joyau rouge flottait au-dessus de la tête d’Adeline, mon corps se figeait par réflexe.
Mais maintenant, je ne pouvais bouger qu’à l’instant précis où son épée allait toucher ma peau.
Je devais saisir cette unique occasion et bloquer parfaitement son attaque.
Mais comment j’étais censé faire ça ?
« Le fait d’être devenu officiellement chevalier a changé votre façon de voir les choses, baronnet Velder ? »
« J’ai compris que respecter son adversaire ne signifie pas forcément recevoir ses coups de plein fouet. »
« Vous avez beaucoup appris dans le Donjon de la Bête, on dirait. »
Bref, mon objectif du jour était de réussir une seule Garde parfaite, mais j’avais déjà laissé passer ses attaques des dizaines de fois.
« Au fait, vous avez déposé votre dossier ? »
« Je le ferai. Demain. »
« La date limite est après-demain, et vous comptez le déposer demain ? Même si vous adorez vous entraîner, vous ne trouvez pas que vous vous y prenez un peu à la légère ? »
Je n’avais pas l’énergie de répondre à la pique d’Adeline.
« J’ai déjà assez de choses en tête. J’y réfléchis. »
La Garde parfaite ne marchait pas.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Allez, raconte tout à ta grande sœur… »
Avant qu’elle ait pu finir, son épée fendit soudain l’air.
Elle avait toujours été comme ça.
Elle me faisait parler, puis frappait dès que je baissais ma garde.
Parfois, je me reposais tranquillement et un joyau rouge apparaissait au-dessus de la tête d’Adeline, ce qui me faisait sursauter.
Cette fois, pourtant, dès que la pointe de son épée entra dans mon champ de vision, mon bras bougea par réflexe.
Cling !
L’épée de bois que je tenais bloqua le coup d’Adeline.
[Garde parfaite !]
… J’avais réussi.
Le choc qui m’engourdit tout le corps quand je déviai son épée me fit lâcher la mienne par réflexe.
J’étais tout de même satisfait : une attaque qui aurait dû s’abattre sur le sommet de mon crâne s’était arrêtée là.
Je finirais bien par ne plus lâcher mon épée, avec un peu d’entraînement.
Je ne pus empêcher les coins de mes lèvres de se relever : je venais de réussir ma première Garde parfaite.
« Oh ? »
Adeline semblait elle aussi surprise.
« Vos mouvements se sont nettement améliorés. Mais vous venez seulement d’atteindre la ligne de départ. »
Alors que j’étais allongé par terre, elle me tendit la main.
« Allez, debout. On doit continuer, non ? »
C’était exactement ce que je voulais.
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