Chapitre 104
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Traductrice/éditrice : Irevi
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◈ Je suis devenu l’épéiste au tour par tour de l’Académie ◈
Chapitre 104 : Je te sortirai de là
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Qu’elle l’ait fait exprès ou non, Aren Bright avait choisi ses mots avec un talent presque miraculeux.
Dans un monde médiéval, « rencontrer les parents » était pratiquement la dernière étape avant les discussions sur le mariage.
Je compris une fois de plus qu’éclaircir un malentendu était infiniment plus difficile que d’en créer un.
Rencontrer ses parents était l’affaire d’Aren Bright, pas la mienne. J’avais simplement accepté de faire un détour par Baran.
Mais personne ne semblait me croire. Je n’eus donc d’autre choix que d’expliquer le malentendu dans les moindres détails, avec une patience qui frisait la pédanterie.
Même après mes explications désespérées, Cecilia, Senia et Mine continuaient de me jeter des regards glacials.
Richard et Ran n’avaient pas l’air plus bienveillants.
« Ne me dis pas… que tu es attiré par ce genre de choses ? »
« T-tu aimes les hommes… ! J-je respecterai tes préférences, mais… ! »
Comme ils croyaient toujours qu’Aren Bright était un homme, leurs regards étaient empreints de mépris.
Je vous en prie, arrêtez.
« … D’accord. À condition que tu passes aussi chez nous. »
« Tu viendras aussi à l’église de Rose, n’est-ce pas ? »
Grâce à cela, mon programme de vacances s’étoffa à toute vitesse.
Aren Bright, elle, rayonnait de bonheur.
Alors que je bouillais intérieurement, Alicia surgit de nulle part et se mêla à la conversation.
« Passe aussi au Palais impérial. J’aimerais que tu me donnes une chance, moi aussi ! »
Qu’est-ce qu’elle fichait là, au juste ?
Bref.
Après cette bruyante cérémonie de fin de semestre, je rentrai dans mon manoir de Nevil.
Quelques jours après la conquête du Donjon des morts-vivants, le manoir était enfin achevé.
Je n’avais donc plus besoin de loger à l’auberge.
Ce n’était pas vraiment une grande demeure, mais c’était une bâtisse de pierre à deux étages, située dans l’un des quartiers chics de Nevil.
Elle était meublée du nécessaire et disposait même d’un terrain d’entraînement privé. C’était bien trop grand pour une seule personne.
« Haa… »
Affalé dans le moelleux canapé du petit salon, je repensai à la question qui m’avait traversé l’esprit le matin même.
« Halibal Velder. »
Qui étais-je ?
Non. Qui était le propriétaire originel de ce corps ?
Halibal Velder avait forcément eu une vie avant d’être capturé par le culte.
« Je devrais peut-être chercher ? »
Il y avait peut-être, dans le passé de ce corps, une autre variable ou un indice qui m’avait échappé.
Je me levai et m’installai aussitôt à mon bureau.
Je mis de côté mes pensées confuses et commençai à dresser la liste de mes projets pour les vacances.
Tracer l’itinéraire le plus efficace.
C’était ma spécialité.
Avec toutes les tâches qui s’étaient ajoutées, j’étais devenu extrêmement occupé.
Il faudrait que je me mette en route tôt demain matin.
Lorsque j’eus terminé mon programme, l’aube était déjà là. Mon planning, rempli à ras bord, dépassait les deux pages.
Après avoir préparé un sac léger, je fis une courte sieste.
Peu à peu, je sombrai dans le sommeil.
⁎⁎⁎
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Quand j’ouvris les yeux, je me trouvais dans le Donjon de Halibal.
J’avais appris à y entrer et à en sortir à ma guise, mais je ne m’attendais pas à m’y retrouver en dormant.
Apparemment, les deux choses n’avaient rien à voir.
Devant moi…
« … Pourquoi ont-ils autant grandi ? »
Un troupeau de moutons, dont la laine était plusieurs fois plus épaisse qu’avant, tournait autour de Renee, ensevelie sous une montagne de toison.
Deux bras fins dépassaient de la laine. L’un tenait une part de cheesecake, l’autre une tasse de thé au jasmin.
La boisson qu’elle m’avait réclamée la dernière fois.
Le thé au jasmin préparé par Adeline avait dû me marquer.
『Aide-moi.』
« Là, là. »
Je plongeai les bras dans la laine et en sortis Renee.
Son petit corps se lova parfaitement contre moi.
« Au fait, pourquoi ont-ils autant grandi ? »
Ces moutons aussi étaient-ils le fruit de mon imagination ?
Pouvaient-ils grandir, eux aussi ?
『Peut-être parce que tu crois que les êtres vivants grandissent naturellement.』
« C’est ça ? »
『La prochaine fois, apporte-moi des cisailles, s’il te plaît…』
Renee dans les bras, je regardai autour de moi.
Comme si c’était devenu tout à fait normal, une nouvelle statue squelettique se dressait près de celles de Rose et de Lillian.
Une statue de Necreddin.
Renee avait donc autre chose à me raconter.
Je la déposai à côté de moi et m’assis en face d’elle.
« Alors, raconte-moi. Tout ce dont tu te souviens de nouveau. »
Mais Renee avait l’air abattue.
Comme s’ils comprenaient son humeur, plusieurs moutons s’approchèrent pour se frotter contre elle.
Renee poussa un soupir et prit la parole.
『… Je te l’ai dit la dernière fois, non ? Je croyais que quelqu’un m’avait retenue ici.』
« Oui. »
『Je retire ce que j’ai dit.』
Les yeux baissés, elle caressa la laine.
『On ne m’a pas simplement retenue ici. Je suis prisonnière du Donjon de Halibal.』
« … Prisonnière ? »
『Oui. Je ne suis pas venue ici de mon plein gré. Et je ne peux pas en sortir toute seule.』
« Ce serait à cause de moi ? »
Ce donjon se trouvait dans mon esprit.
Dans ce cas, n’étais-je pas celui qui la retenait prisonnière ?
Mais Renee secoua la tête.
『Ce n’est probablement pas à cause de toi.』
« Pourquoi ? »
『Parce que… c’est moi qui t’ai appelé, à l’époque.』
C’était vrai. Elle m’avait appelé.
Quand Varhatan m’avait vaincu et que j’étais au seuil de la mort, j’avais nettement entendu la voix de Renee avant d’être entraîné ici.
Cela signifiait que, même avant que je découvre l’existence du Donjon de Halibal — peut-être dès mon arrivée dans ce monde et ma prise de possession du corps de Halibal — Renee existait déjà en moi.
« Mais ça n’a aucun sens, non ? »
Comment quelqu’un d’autre pouvait-il exister dans mon monde mental avant moi ?
Et si ce monde mental n’était pas uniquement le mien ?
Ou peut-être…
« Le propriétaire du donjon a changé ? »
À en juger par le silence de Renee, elle n’avait pas non plus retrouvé le souvenir de cette partie-là.
Je changeai de sujet.
« Alors, pourquoi es-tu prisonnière ? »
『Je ne sais pas. Mais peut-être que j’ai fait quelque chose qui méritait de m’envoyer en prison ?』
Je ne voyais qu’une seule chose que pouvait avoir faite une fille qui peinait à couper une seule mèche de laine pour mériter la prison.
Un mot-clé que Mine avait prononcé récemment.
« Est-elle prisonnière parce qu’elle peut manier le pouvoir du temps et de l’espace ? »
Le pouvoir du temps et de l’espace.
Un pouvoir défiant les lois du ciel, capable de renverser le cours de la mort d’un simple geste.
Si l’on apprenait que quelqu’un pouvait manier un tel pouvoir, même l’Empire le condamnerait à mort. C’était pour cela que je ne l’avais dit à personne.
Mais combien de personnes, dans ce monde, pouvaient emprisonner quelqu’un doté d’un tel pouvoir ?
S’il y en avait…
« Ce seraient les Dieux principaux ou un Dieu maléfique. »
Renee ne dit rien.
Elle pouvait lire dans mes pensées et devait sans doute se dire la même chose que moi.
« Attends. »
Elle était enfermée ici ?
Alors, cet endroit était une prison ?
Je faisais donc des allers-retours à ma guise dans une prison située au cœur de mon esprit depuis tout ce temps ?
Et, à ma connaissance, il n’y avait que deux sortes de personnes capables d’entrer et de sortir librement d’une prison.
« Les prisonniers ou les gardiens. »
… Lequel étais-je ?
Si j’étais un gardien, alors tout ce que j’avais fait jusque-là était exactement l’inverse de mon devoir.
J’avais activement aidé Renee, une prisonnière, à retrouver ses souvenirs et à devenir plus forte.
Alors, étais-je moi aussi prisonnier ?
Coincé avec elle dans cette prison qu’était mon monde mental ?
Pourtant, je pouvais entrer et sortir de cette prison à ma guise, et la modifier comme je le voulais.
Les statues apparaissaient en fonction de mes expériences et les moutons grandissaient selon ma perception. Je pouvais même affronter à nouveau les boss que j’avais déjà combattus.
Comme son nom l’indiquait, cet endroit m’appartenait bel et bien.
J’étais assurément le propriétaire de cette prison.
Son propriétaire et un prisonnier.
Un gardien qui aidait une prisonnière.
Que des contradictions.
Au bout du compte, seule Renee pouvait répondre à cette question.
« Pourquoi m’as-tu appelé ? »
『Je… je l’ai senti. J’ai senti que tu existais quelque part.』
« Tu l’as senti ? »
『Oui. Je suis restée ici longtemps, mais… je n’avais jamais senti d’autre présence que la tienne.』
Renee tourna les yeux vers les statues.
『Alors je t’ai appelé. En espérant que tu pourrais un jour me sortir d’ici.』
La sortir d’ici.
Ce ne fut qu’en atteignant son troisième souvenir que je finis par obtenir quelque chose.
Le troisième souvenir de Renee.
C’était son objectif.
Elle m’avait appelé parce qu’elle voulait quitter cet endroit, et elle me prêtait sa force pour cette raison.
Rien que cela suffisait à dissiper une bonne partie du brouillard dans mon esprit.
Après avoir parlé, Renee leva les yeux vers le plafond gris scellé.
Le même plafond, que la lumière reflétée par le cristal bleu teintait légèrement.
Elle disait être prisonnière ici depuis longtemps.
Mais depuis combien de temps, au juste ?
« Depuis combien de temps es-tu ici ? »
『… Je ne sais pas.』
Renee secoua la tête.
『Le soleil et la lune ne se lèvent pas ici. Je ne peux même pas savoir si le temps passe.』
« … »
『Mais il y a une chose dont je suis sûre.』
Renee me regarda.
『Depuis que tu es arrivé, le temps a commencé à s’écouler ici.』
Puis elle m’adressa un doux sourire.
Elle avait dû sourire ainsi lorsqu’elle m’avait accordé la première bénédiction du temps.
Que je sois prisonnier ou gardien, Renee, elle, était prisonnière.
Quel crime avait-elle commis pour se retrouver enfermée dans cette prison ?
Quoi qu’il en soit, la faire sortir revenait à libérer une prisonnière dans le monde extérieur.
Je partagerais le poids de son crime.
Mais j’avais reçu bien trop d’elle pour craindre les conséquences.
Sans Renee, je n’aurais pas pu en arriver là.
J’aurais perdu tous les liens que j’avais noués dans ce monde.
Rendre une faveur.
Dans mon monde d’origine comme dans celui-ci, c’était sans doute une loi immuable.
« D’accord. Je te sortirai de là. »
『… Vraiment ?』
« Alors, attends encore un peu. Grâce au pouvoir que tu m’as donné, je briserai cette prison, c’est promis. »
Je regardai les quatre piédestaux vides.
Pour y parvenir, je devrais tous les remplir.
『… D’accord. Je te fais confiance.』
[Le Niveau d’affection de Renee a augmenté.]
[Renee]
[Niveau d’affection : 3]
⁎⁎⁎
Quand j’ouvris les yeux, je reconnus le plafond de mon manoir.
La chaude lumière du matin filtrait par une ouverture de la fenêtre.
En regardant l’heure, je vis qu’il était déjà neuf heures.
J’avais décidé de m’activer dès le petit matin, mais ma résolution n’avait même pas tenu une journée.
C’était peut-être parce que j’avais retrouvé Renee comme ça pour la première fois depuis longtemps, ou peut-être à cause de la magie contenue dans le mot « vacances ».
Je m’étais bel et bien laissé aller.
Je me levai et m’étirai.
Premier jour des vacances.
J’avais une montagne de choses à faire.
« D’abord, la montagne des Étoiles, tout près d’ici. »
Il ne fallait que trois heures de train pour rejoindre Berhart, où se trouvait la montagne des Étoiles.
Le terrain était accidenté, mais si je connaissais l’itinéraire, je n’aurais pas besoin de longtemps pour arriver à destination. Une journée suffirait pour faire l’aller-retour.
Je comptais donc partir en randonnée dès le premier jour.
J’avais déjà préparé mon équipement hier.
« Très bien. En route. »
Je venais à peine de pénétrer d’un pas décidé dans le petit salon.
« Enfin réveillé ? »
« … ? »
« Tu ne crois pas que tu te laisses un peu trop aller sous prétexte que ce sont les vacances ? »
J’avais de la visite.
Non, pas une visiteuse. Une intruse.
Un léger parfum de jasmin flottait dans la chaude lumière du matin.
« Bonjour ! Je passais te rendre visite chez toi. »
Adeline.
Assise sur le canapé, elle m’adressa un doux sourire.
« Mais j’ai trouvé quelque chose que je dois te demander. »
Elle tenait le programme de vacances de deux pages que j’avais rédigé la veille.
Mon planning recensait en détail les emplacements des branches du culte et les endroits où trouver toutes sortes d’objets rares.
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