Les ennuis arrivent toujours au mauvais moment.
Après les cours, une fois rentré chez moi après avoir quitté Umi, je me suis enfermé dans ma chambre.
« Umi m'a dit de mettre une tenue correcte… Mais qu'est-ce que je suis censé porter ? »
Comme Umi m'attendrait en tenue d'intérieur, je ne pense pas que je devrais remettre les mêmes vêtements que pour notre rendez-vous.
J'ai fini par opter pour un jean, un sweat à capuche gris et une veste noire. Maman m'a acheté une nouvelle paire de chaussures récemment, alors je vais les mettre.
« Je suis désolée pour mon fils… Non, non, tout va bien, il a l'air en forme après tout… »
Une fois habillé, j'ai entendu la voix enthousiaste de maman. Elle devait être au téléphone avec Sora-san.
Qu'est-ce qui la rendait si joyeuse ? Je viens juste pour le dîner, après tout.
« Oui. Dans ce cas, je vous le confie. Au revoir. »
« …T'as pas besoin de l'appeler pour tout et n'importe quoi, maman… »
« C'est vrai, mais c'est une question de politesse, tu sais ? Et puis, ça fait un moment que j'avais envie de discuter avec Sora-san. »
Sa voix semblait enjouée au téléphone, mais dès qu'elle a raccroché, son visage s'est assombri. Elle avait l'air abattue. J'ai remarqué une montagne de mégots dans le cendrier ces derniers temps.
« Maman ? »
« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux dormir chez Umi ? Alors… »
« Est-ce que papa t'a dit quelque chose ? »
En entendant ça, son visage est devenu instantanément sérieux.
« De quoi tu parles ? Il n'y a rien… »
« Maman. »
« … »
« Je le savais, il t'a dit quelque chose. »
Je n'avais pas prévu de lui en parler, mais en la voyant comme ça, j'ai senti que je n'avais pas le choix.
Je veux dire, elle a pris une pause au travail juste après que j'ai vu papa le week-end dernier, sans me prévenir. C'était assez évident que c'était à cause de lui.
« …Mm… Ton père a découvert pour mon travail… Et il s'est mis en colère… »
Apparemment, maman cachait à papa sa situation professionnelle. Le fait qu'elle se tue à la tâche et qu'elle me laisse faire toutes les corvées.
Il l'a appris après m'avoir rencontré et m'avoir touché la main.
Je me souviens que la dernière fois qu'on s'est vus, il m'a fait une remarque sur le fait de prendre soin de mes mains. Fidèle à lui-même, il remarque toujours les petits détails.
« Mais papa devrait savoir que si tu ne travaillais pas autant, on ne pourrait pas vivre aussi confortablement, non ?… »
« … »
Elle n'a pas répondu.
Ne me dis pas que…
« Maman ? »
« …Je suis désolée, Maki… En fait, ton père m'envoyait assez d'argent chaque mois pour qu'on s'en sorte… Je n'ai pas vraiment besoin de travailler… »
« Alors pourquoi tu l'as fait ?… »
« Je n'ai jamais touché à l'argent de ton père. J'étais déterminée à t'élever seule, avec mon propre argent. Et puis, le travail m'aidait à ne pas penser à lui… »
Tout allait bien pour elle, jusqu'à ce que papa et moi on se croise. La journée de visite lui a suffi pour se faire une idée assez précise de notre situation.
Après qu'on se soit séparés, il a probablement contacté maman immédiatement.
Maman a refusé de me donner les détails, à part qu'il avait « utilisé des mots assez durs », mais à sa réaction, ces mots l'ont blessée. Après ça, elle a décidé de faire une pause.
« Je suis désolée, Maki. Je t'ai tout caché… Et à cause de moi, tu t'es senti seul… Mais je vais essayer de changer… À partir de maintenant, tout ira bien… Ton père, toi et moi, on ne sera plus jamais ensemble, mais je serai toujours à tes côtés, Maki… »
« …Ça te va, maman ? »
« Mhm. J'aime mon travail, mais tu es bien plus important pour moi, Maki… Je quitterai mon boulot avec plaisir si ça signifie que tu resteras près de moi. »
Elle a laissé échapper un rire faible.
Elle devait avoir ses propres angoisses par rapport à tout ça.
Mais quand même…
« Je t'ai toujours admirée, maman… J'adore te voir travailler dur, t'as l'air vraiment cool… »
« Merci, Maki. Alors, une fois que tu auras fini tes études et que tu seras marié avec Umi, je reprendrai le travail. Oh, si tu veux te marier plus tôt, ça me va aussi. Tu vas l'épouser après le lycée ? »
« De quoi tu parles, maman ? »
Ouais, super, elle me donne son feu vert, mais je ne pense pas que sa famille sera aussi compréhensive.
Et puis, pour une raison étrange, elle semble persuadée que je vais épouser Umi dans le futur.
…On n'est même pas encore ensemble…
« Allez, allez, arrêtons de parler de ça. Tiens, prends ces snacks, je les ai eus au travail. Donne-les à Sora-san, d'accord ? »
« D'accord, mais… »
« Allez, file, tu vas les faire attendre. »
« C'est bon, c'est bon… J'y vais… »
Je me suis fait mettre à la porte, mais je me demande si elle va vraiment aller bien.
Cette nuit va être longue…
* * *
Je connaissais le chemin jusqu'à chez Umi pour l'avoir raccompagnée plusieurs fois, mais c'était seulement la deuxième fois que je mettais les pieds à l'intérieur. La première fois, c'était quand elle avait dormi chez moi.
« Comme il fait froid aujourd'hui, on va manger une fondue. Il y a quelque chose que tu n'aimes pas, Maki ? »
« Ah, je mange de tout. »
« Très bien, alors je te laisserai mes carottes. »
« Ça ne me dérange pas, mais c'est bon pour la santé, tu devrais en manger au moins un peu. »
J'ai franchi le portail en discutant avec Umi. Elle m'attendait près de la voie ferrée.
J'ai entendu le bruit du portail qui se refermait. Il n'y a plus de retour en arrière possible.
Dès que j'ai passé la porte d'entrée, Sora-san m'a accueilli, vêtue d'un tablier.
« Oh, bienvenue, Maki-kun. Désolée de t'avoir fait venir jusqu'ici. Ne sois pas timide, entre. »
« Ne soyez pas désolée… Euh… Excusez-moi… »
En entrant, l'atmosphère semblait différente de la dernière fois.
À l'entrée, j'ai vu une paire de chaussures. Elles étaient 1,5 fois plus grandes que les miennes. Elles avaient l'air usées, mais étaient impeccables, leur propriétaire devait en prendre soin. Ça devait être celles de Daichi-san.
S'il était là, ça voulait dire qu'il était à l'intérieur.
« Maki, ça va ? Tu n'as pas l'air très bien… »
« Je vais bien… *Gulp*… Enfin, je crois… »
J'ai pris une grande inspiration avant d'entrer dans le salon.
La première chose à faire, c'est de le saluer, non ? Si je fais bonne impression, il réfléchira peut-être à deux fois avant de décider de me couper la tête… non ?
« Excusez-moi… ! »
« Ouh ! »
« Woah ! »
Au moment où j'allais saluer, quelque chose a soudainement bloqué ma vue.
C'était quelque chose d'assez massif. Ça m'est rentré dedans et je suis tombé.
« Maki, ça va ? Tu t'es fait mal ? »
« Ah… Ouais, ça va. J'ai juste été surpris… »
Je me suis relevé en prenant la main d'Umi. En relevant les yeux, j'ai vu un homme grand.
Il avait l'air jeune et portait un sweat… Ça devait être Riku-san.
« Grand frère ? Tu pourrais faire attention, il y a un invité qui arrive ! Pourquoi tu essaies de sortir de la pièce ? »
« J'ai envie de pisser, espèce de petite sœur stupide. »
« Hein ? M'appelle pas stupide ! Et puis, t'y es allé il y a pas longtemps ! »
« …J'ai bu trop de café… »
Riku-san m'a jeté un regard en passant devant moi vers les toilettes.
« …Euh… Je suis Maehara, enchanté… »
« …Ahh… Mm… »
Sa réaction était… plutôt plate… Je m'attendais à un truc plus cliché du genre « Comment oses-tu toucher à ma sœur ! », mais ça me va aussi.
C'était mon premier contact avec Riku-san.
« Pff, ce type… Ah, papa, c'est lui. »
« Mm. Maki-kun, assieds-toi. »
J'ai obéi à Sora-san et je me suis assis sur le canapé.
« Enchanté, Maehara-kun. Je m'appelle Daichi. Le père d'Umi. »
« E-Enchanté… Je suis Maehara… »
Dès que j'ai fait face à Daichi-san, je me suis crispé.