Le lendemain. Notre travail avec Amami-san continue.
« Hein ? Sérieux ? Yuuchin, c'est toi qui as dessiné ça ? »
« Ouais ! Comme c'est mon premier festival culturel, je voulais donner le meilleur de moi-même et je me suis un peu emportée. J'ai fini ça en une nuit et j'ai pas réussi à fermer l'œil… Héhéhé… »
Amami-san montre à tout le monde le dessin qu'elle a réalisé avec un sourire timide. L'image est basée sur l'esquisse qu'on avait choisie hier et elle est déjà entièrement colorisée.
En fait, Asanagi m'a envoyé la même image par mail plus tôt ce matin, donc je l'avais déjà vérifiée et j'avais donné mon feu vert à Amami-san. Et comme Nitta-san et les autres ne tarissent pas d'éloges, on peut dire sans se tromper que la qualité du dessin est top.
Pour l'esquisse de la mosaïque, on peut scanner l'image, puis utiliser un logiciel gratuit pour la transformer en mosaïque. Après quelques ajustements, Asanagi et moi devrions pouvoir obtenir un brouillon assez correct. Une fois que ce sera fait, on pourra le transmettre au reste de la classe et au comité.
Grâce à l'énorme investissement d'Amami-san, on a pu accélérer la cadence.
« On a réussi, Umi ! Notre nuit blanche en valait la peine ! »
« Ouais ! C'était super dur de rester éveillée aussi. Si j'avais pas été la représentante, peut-être que j'aurais piqué le lit de Yuu pour dormir à la place. »
Apparemment, Asanagi est restée éveillée toute la nuit pour aider Amami-san. Elle a l'air tellement épuisée que ça me fait de la peine.
Évidemment, elle dormait chez Amami-san, mais comme ce sont deux filles, personne n'en fait tout un plat.
Maintenant, si elles étaient de sexes opposés, l'ambiance dans la classe serait très différente. Les gens commenceraient à colporter des rumeurs malveillantes et les choses tourneraient vite au vinaigre. Enfin, c'est comme ça que la société fonctionne, donc ça ne sert à rien de s'en inquiéter, aussi injuste que ce soit.
Si seulement la société était plus tolérante sur ce genre de choses, je ne me serais pas senti aussi nerveux quand cet incident est arrivé…
…Enfin, oublions ça et concentrons-nous sur mon travail.
Heureusement, aujourd'hui c'est vendredi. J'ai plus de temps pour travailler que d'habitude. C'est la moindre des choses, vu qu'Amami-san et Asanagi ont tout donné. Je dois récompenser leurs efforts par mon propre travail acharné.
Le programme d'aujourd'hui consiste à faire quelques ajustements mineurs et à calculer le nombre de canettes et autres matériaux nécessaires pour la mosaïque. Une fois que c'est fait, on pourra enfin commencer à travailler sur la mosaïque proprement dite à partir de lundi prochain.
Pas le temps de se reposer même si c'est le week-end, hein ?
Bon, Asanagi a l'air vraiment fatiguée aujourd'hui, je ne veux pas la forcer à travailler davantage. La date limite ? On s'en fiche. On a largement le temps, et si Asanagi se pousse plus que ça, elle va finir par s'effondrer et je ne laisserai pas ça arriver.
[Maehara : Beau boulot.]
[Asanagi : Félicite-moi encore.]
[Maehara : C'est bien, bravo~ Tu as travaillé dur, n'est-ce pas ?]
[Asanagi : Je suis pas un chien, arrête ça !]
[Maehara : Je plaisante… C'était dur ? D'aider Amami-san, je veux dire ?]
[Asanagi : Évidemment que oui.]
[Maehara : Bon, je suis content que tout soit fini. Alors rentre chez toi et dors un peu, d'accord ?]
[Asanagi : Mmm… Ouais, je vais faire ça. J'ai trop forcé hier, après tout.]
[Maehara : Très bien, merci pour ton travail. Je t'envoie tout dimanche, ok ?]
[Asanagi : Ouaip. Je l'enverrai à Yuu plus tard.]
Son visage a l'air tellement fatigué, mais au moins, on dirait que sa mélancolie d'hier a disparu. Elle agit normalement par message aussi.
On dirait que je m'inquiétais pour rien hier.
« Ah, c'est Maki-kun, salut ~ ! Faisons de notre mieux pour le festival ensemble ! »
« …O-ouais… bien sûr. »
Quand j'ai levé les yeux, j'ai vu Amami-san me faire signe joyeusement.
Asanagi, qui était censée l'aider, est pratiquement hors service, mais celle qui a fait le plus gros du travail a l'air en pleine forme.
Au-delà de son talent, elle a une endurance ridicule.
Sérieusement, c'est vraiment une humaine ?
…
Après les cours. Je me sens un peu fatigué parce que j'ai dû suivre les cours normalement, alors que j'avais déjà les mains pleines avec le travail du comité. Et j'ai encore du boulot à faire une fois rentré chez moi.
« Oui, c'est Pizza Rocket ! »
« Ah, c'est Maehara. »
« Ah ! Salut ! Tu vas commander l'habituel ~ ? »
Comme je suis un habitué, j'ai juste besoin de donner mon nom et ils savent ce que je vais commander. C'est surprenant qu'ils aient pris la peine de retenir mon nom.
Mais bref, j'ai commandé la pizza, les frites et les nuggets habituels, même si j'ai demandé à remplacer la boisson par une boisson énergisante. Pas que ça m'aide vraiment, mais ça met dans l'ambiance, tu vois ?
Bref, commençons avant que la nourriture n'arrive.
« …Ça faisait longtemps… »
La pièce est inhabituellement silencieuse.
Le seul son qu'on peut entendre dans cette pièce, c'est le ventilateur de mon PC et mes marmonnements.
En y repensant, c'est comme ça que tout était avant. Moi, assis seul dans cette pièce sombre, à jouer à des jeux en mangeant de la malbouffe. Si je m'ennuyais, je lisais des mangas ou je regardais des vidéos au hasard sur Internet.
Tout a changé quand cette fille, Asanagi Umi, a soudainement fait irruption dans ma vie sans y être invitée.
Même si elle n'a pas changé mes habitudes ou quoi que ce soit, sa simple présence a égayé cette pièce lugubre. L'air stagnant de cette pièce s'est transformé en un air rafraîchissant et doux.
Ça fait moins de trois mois que je la connais.
J'ai pris la décision de la laisser se reposer cette semaine.
Mais je suppose que sa présence me manque quand même.
« …Bon sang, pourquoi je suis dans cet état… ? »
Aujourd'hui, le salon semble plutôt spacieux, mais il m'étouffe un peu. Inconsciemment, j'ai attrapé mon téléphone et j'ai passé un appel.
Bien sûr, il n'y a qu'une seule personne que j'appellerais dans cette situation.
{Allô ? Qu'est-ce qui se passe ?}
« Désolé, Asanagi. Tu dormais ? »
{J'allais faire une sieste avant le dîner. Je ne me suis pas encore lavée, donc je ne vais pas dormir tout de suite. Je ne suis pas une vieille dame, tu sais ?}
« Ah… Je vois. »
{Alors, quoi de neuf ? C'est rare que tu m'appelles comme ça… Il y a un problème avec l'esquisse ?}
« Non, je me demandais juste, c'est ok si je m'occupe de tous les ajustements tout seul ? »
Tu me manques, je voulais entendre ta voix. Tu as toujours été à mes côtés ces derniers temps, je me sens seul…
J'avais envie de lui dire ça, mais c'est impossible.
{Ouais, bien sûr, et ?}
« Euh… enfin, je me sens mal de t'appeler comme ça alors que tu es épuisée… »
Pourquoi est-ce que je suis aussi nerveux, bordel ?
J'ai juste besoin de lui dire de venir…
« Euh… comme prévu, je peux pas faire ça tout seul, tu vois… »
{Mhm ?}
« Donc, tu peux passer ? En plus, on pourra se détendre en travaillant sur l'esquisse. »
Si seulement j'avais décidé de lui envoyer un message, je ne serais pas aussi gêné. Pourquoi parler est si difficile ? Je n'arrive même pas à m'exprimer correctement.
{…Je vois, donc je te manque.}
« Non, pas du tout. »
{C'est évident, tu sais ? Je le savais, Maehara Maki ne peut pas vivre sans moi, la seule et unique Asanagi Umi. Je suis flattée.}
« N-non ! Pff, peu importe. Je t'ai appelée parce que j'avais peur que tu te sentes seule sans moi et c'est ça que je récolte ? »
{Hmm ? Hmmm ?}
C'est entièrement de ma faute. Je n'aurais pas dû l'appeler. J'ai bégayé une seconde et maintenant je dois subir ses taquineries.
Mon visage et mes joues sont brûlants.
« Bon sang, laisse tomber. Je vais tout faire tout seul, à plus. Et puis, t'es pas obligée d'oublier cet appel… Juste, n'en parle à personne. »
{D'accord ~ Alors, en échange, je peux te demander quelque chose ?}
« Quoi donc ? »
Après une courte pause, Asanagi poursuit.
{Je peux passer quand même ? …J'ai envie de passer plus de temps avec toi aussi…}
« Ah… »
Regarde cette fille, après toutes ces taquineries, elle me sort un truc pareil.
Je ne peux vraiment pas lutter contre elle, hein ?
« Euh… ça ne me dérange pas. »
{Héhé, merci. J'arrive bientôt… Ah, c'est vrai, commande un peu plus à manger pour moi, je paierai bien sûr.}
Dès qu'elle a dit ça, elle a raccroché.
Vu que c'est elle, elle sera là très bientôt.
« Bon… Je suppose que je dois appeler maman, hein… »
Ça aurait dû être un vendredi comme les autres, mais je me sens bizarrement agité.
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