Chapitre 216 – Un peu de jalousie
Avant la fin de la pause, on a essayé de se motiver pour tenir les trois heures de cours d'été restantes.
Comme c'était juste après la pause déjeuner, j'avais un mal de chien à rester éveillé. Malgré ça, j'ai réussi à suivre les cours avec Umi et Nitta-san. Quant à Amami-san, on a dû la réveiller plusieurs fois pendant la leçon.
J'ai entendu dire qu'il y aurait un quiz le dernier jour. Je suppose que je devrai réviser et me préparer une fois rentré chez moi. Mais pour l'instant, je pouvais souffler un peu.
« Pff… Enfin fini pour aujourd'hui… J'ai l'impression d'avoir ingurgité une année de programme en une fois… Je veux juste rentrer et m'écrouler dans mon lit… »
« Hé, hé, je sais que t'es crevée, mais faut encore faire un petit effort. Sors tes notes. »
Le rythme des cours de l'après-midi était encore plus soutenu que le matin. À part Umi et moi, les deux autres avaient l'air encore plus à la ramasse. Si on les laissait se débrouiller toutes seules, elles allaient galérer pour le deuxième jour, c'est pour ça qu'on a décidé de rester pour revoir le contenu du cours.
Heureusement, il n'y avait plus de cours prévus dans cette salle, donc on pouvait l'occuper jusqu'à la fermeture du bâtiment. La raison pour laquelle on n'a pas changé d'endroit, c'est qu'on risquait de se laisser distraire.
« Ah, désolé tout le monde, je dois aller aux toilettes. Umi, je peux te laisser gérer le truc ? »
« Ok. Ça veut dire qu'on commence par les maths. Regarde-les, elles avaient l'air super enthousiastes en entendant le mot "maths". »
« Je te laisse faire alors. Je vous ramènerai des boissons en revenant. »
« Ah, là on parle ! C'est pour toi, Rep, c'est ça ?~ »
« Pff… D'accord… De toute façon, chaque boisson coûte 100 yens ici… »
Quelle grande gueule j'ai… Enfin, au moins Umi et Amami-san me rembourseront plus tard.
Après avoir écouté leurs requêtes, je me suis dirigé vers les toilettes des hommes. Dans ce bâtiment, les toilettes sont réparties comme ça : celles des hommes aux étages pairs et celles des femmes aux étages impairs. Ils ont probablement fait ça pour gagner de la place. Bref, comme j'étais au cinquième, je devais d'abord descendre au quatrième. Le distributeur étant au rez-de-chaussée, j'allais devoir marcher un bon moment.
Comme c'était la première fois que j'allais au quatrième, je me suis un peu perdu, mais j'ai fini par trouver les toilettes sans problème.
Au moment où j'ai posé la main sur la porte, elle s'est ouverte brusquement et quelqu'un est sorti.
« Oh ! »
« O-Oups ! »
Comme moi, l'autre personne n'avait probablement pas réalisé qu'il y avait quelqu'un de l'autre côté, et on s'est rentrés dedans avec une sacrée force. J'ai réussi à faire un pas de côté, donc j'ai juste trébuché un peu, mais l'autre personne a reculé de quelques pas sous l'impact.
« D-Désolé, je viens de finir mon cours, j'étais un peu dans la lune… »
« Non, non, c'est moi qui t'ai surpris en surgissant comme ça… »
« « …Hein ? » »
On a lâché un cri de surprise en réalisant qui était en face.
« Ooyama-kun ? »
« Maehara-kun ? »
La personne que j'avais percutée était Ooyama-kun, un camarade de classe que je connaissais très bien.
Son nom complet était Ooyama Takefumi. On était dans la même classe depuis la première année et c'était l'une des rares connaissances que j'avais.
Depuis l'automne dernier, quand j'ai commencé à traîner davantage avec Amami-san et Umi, j'ai commencé à moins lui parler. Mais pour moi, ça restait un bon camarade.
On n'était pas assez proches pour être amis. Mais le fait de tomber sur quelqu'un que je connaissais m'a soulagé.
« Euh… Quelle coïncidence… Tu suis ces cours d'été aussi, Ooyama-kun ? »
« Non, je suis dans ce centre depuis le printemps… Ah, je vois, c'est pour ça que les autres sont plus bruyants que d'habitude… »
« Hein ? »
« J'ai entendu des gars de ma classe parler d'une jolie blonde qui suivait les cours d'été. J'ai pas fait attention au début, mais comme Maehara-kun est là, ça veut dire que les autres sont là aussi, non ? »
« Ouais. À part Nozomu, on est tous les quatre là. »
J'avais remarqué qu'il y avait pas mal de gens qui venaient voir notre classe pendant la pause, j'imagine que la nouvelle s'était répandue.
« Tu es toujours en bons termes avec elles trois, hein ? À part Asanagi-san et Amami-san, Nitta-san qui est dans une classe différente aussi… Je t'envie… »
« C'est vraiment quelque chose qui mérite d'être envié ? Honnêtement, être le seul mec du groupe, c'est parfois agaçant. »
Si Nozomu avait été là, ça aurait été une autre histoire, mais quand on n'est que quatre, je ne peux pas toujours participer à leurs conversations. Genre, je vois mal comment je pourrais m'incruster dans une discussion sur les fringues, tu vois ?
C'était différent quand on n'était qu'entre Umi et moi, par contre.
« C'est normal, non ? Je veux dire, si tu veux continuer à t'entendre avec elles, tu dois au moins accepter ce genre de petits désagréments. »
« Y compris les remarques dans mon dos ? Je dois aussi supporter ça ? »
« Ah, non, je voulais pas dire ça… Quoi qu'il en soit, contrairement à moi, tu es dans une position enviable, Maehara-kun, garde ça en tête. »
« …Ouais. »
Je voyais où il voulait en venir. J'avais une petite amie mignonne et j'avais réussi à me faire des amies mignonnes grâce à ça. Pour les autres qui ne connaissaient rien à notre relation, ma position devait faire des envieux.
Mais quand même, c'était abusé de dire que je devais supporter tout ce que ces types racontaient derrière mon dos.
Me détester juste parce que j'avais quelque chose qu'ils n'avaient pas, c'était vraiment stupide.
"Tu dois supporter ce genre de désagréments", c'était juste une excuse facile pour les gens qui essayaient de se rassurer sur leur propre situation, et ça ne devrait en aucun cas être imposé aux autres.
Je savais qu'Ooyama-kun ne pensait pas à mal, mais l'entendre dire ça avec autant de désinvolture m'a un peu énervé.
« Euh, désolé, j'ai un autre cours, je dois y aller… »
« Mm. »
J'ai hoché la tête. En ravalant mon agacement, je suis entré dans les toilettes et j'ai pris une grande inspiration.
J'avais Umi, Amami-san, Nitta-san et Nozomu… C'étaient des personnes qui me comprenaient vraiment. Je n'avais pas à m'inquiéter de quoi que ce soit…
Je me suis répété ça pour me calmer.
« Pfiou… Il faudra que j'en parle avec tout le monde… Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de garder ça pour moi… »
Grâce à ça, j'ai réussi à retrouver mon calme. Je n'avais pas encore fini ce que j'avais à faire, alors je m'y suis mis.