Chapitre 202 – Ensemble
Nous avons décidé de nous retrouver chez Umi avant d’aller chez Amami-san.
Cela ne faisait qu’une semaine que j’étais allé chez Amami-san, mais j’étais vraiment nerveux à l’idée d’y retourner. La cause ? Rocky. Je savais bien qu’il ne me mordrait pas, mais ces derniers temps, sa façon de m’accueillir était plus brutale que d’habitude.
J’étais le seul à avoir droit à ses plaquages et à ses léchouilles. Il devrait être plus habitué à Nitta-san ou à Umi, alors pourquoi étais-je le seul à subir ce traitement ?
« Est-ce que j’ai une odeur que les chiens adorent ? »
J’ai reniflé le col de ma chemise. Mais je ne sentais qu’un mélange d’adoucissant et de sueur.
« Qu’est-ce que tu fais ? T’as oublié de laver ta chemise ou quoi ? »
« Je l’ai lavée, merci de t’en soucier. Je l’ai même repassée correctement. Je me demande juste pourquoi Rocky est si attaché à moi. »
« Ah, je vois. Eh bien, qui sait ? Je le connais depuis qu’il est chiot, mais il n’agit comme ça qu’avec toi. Peut-être que les chiens trouvent ton odeur attirante ? J’en sais rien, je ne suis pas un chien. »
Elle s’est penchée vers moi et m’a reniflé. Comme prévu, elle n’a rien trouvé d’anormal à mon odeur.
Ceci mis à part, j’avais suivi les conseils d’Umi et porté une eau de Cologne pas trop forte. Mais pour une raison quelconque, Umi m’avait dit de ne pas le faire aujourd’hui, alors j’ai mis du déodorant à la place.
Quoi qu’il en soit, je n’irais pas souvent chez Amami-san, alors je pouvais bien laisser le chien tranquille pour le moment. Je veux dire, ce n’était pas comme s’il me détestait.
« Je suppose que je vais devoir me préparer mentalement… Au fait, on est prêts à y aller ? »
« Ouais. Frérot a fini de se changer quand j’ai jeté un œil dans sa chambre il y a un instant, il devrait bientôt descendre… Frérot, on t’attend, dépêche-toi ! »
Accompagné par le bruit de pas précipités, Riku-san est apparu dans une tenue décontractée.
« Salut, Riku-san. Ça fait un bail. »
« Yo, ça fait un bail. Enfin, ça ne fait que deux semaines… »
Il n’y avait pas si longtemps que nous étions rentrés du voyage, mais Riku-san avait une apparence plus soignée qu’avant. Ses cheveux étaient plus courts et les cernes sous ses yeux avaient disparu.
Il ressemblait à un jeune homme ordinaire. C’était difficile d’imaginer son allure négligée d’autrefois en le voyant comme ça.
Au fait, il nous accompagnerait chez Amami-san aujourd’hui. Bien sûr, Amami-san nous avait donné sa permission.
« Tu as beaucoup changé, Riku-san… Je suis surpris. »
« Je suis surpris moi-même. Et puis, il a été décidé que je travaillerais à l’auberge Shimizu à partir de la semaine prochaine. Shi-chan n’a pas arrêté de m’appeler pour me rabâcher les oreilles ces dernières semaines. »
J’avais déjà tout entendu de la part d’Umi. Riku-san allait déménager et retourner chez Mizore-san la semaine prochaine. Il ne pouvait pas emporter son énorme collection de jeux et de mangas, alors il nous avait laissé faire ce qu’on voulait avec après son départ.
Mais avant de partir, il voulait dissiper tout malentendu entre lui et Amami-san.
« Umu… Tu as fait du bon boulot, Frérot, je suis fière de toi. Mais, tu peux parler correctement à Yuu ? Promets-moi de ne pas agir comme un pervers devant elle, sinon je te réduis en bouillie. »
« Bien sûr que non ! Je suis un homme changé… Je crois… »
Il ne devrait pas y avoir de problème avec lui, mais je devais le garder à l’œil, juste au cas où.
Ce n’était pas que je ne lui faisais pas confiance, c’était juste que la fête d’anniversaire d’Amami-san était plus importante que prévu. Comme la plupart des invités seraient des filles, il serait plus simple pour moi de rester avec Riku-san plutôt que de me mêler aux autres.
Et c’est ainsi que nous nous sommes rendus chez Amami-san, la peluche sous le bras.
Leurs maisons n’étaient qu’à dix minutes l’une de l’autre. En chemin, j’ai posé à Riku-san la question qui me taraudait depuis un moment.
« Au fait, Riku-san. Tu es confiant sur le fait de t’entendre avec Reiji-kun ? Tu y es allé quelques fois après le voyage, non ? »
« Ouais, c’est vrai. Le père de Shi-chan a dû m’apprendre quelques trucs, donc j’ai dû y aller pour le rencontrer… Pour ce qui est de Reiji-kun… Pff… »
« C’est dur, hein ? »
« Ouais. Je veux dire, qu’est-ce que je peux faire ? Même si je me présente comme l’ami d’enfance de Shi-chan, je reste un étranger pour lui… Tout ce que je peux faire, c’est essayer de faire de mon mieux… Pour l’instant, en tout cas. »
Il semblait que Riku-san allait garder ce sourire en coin pendant un bon moment. Enfin, ils avaient une passion commune pour les jeux vidéo, ils avaient juste besoin d’apprendre à mieux se connaître, ça ne devrait pas poser trop de problèmes.
Reiji-kun s’était vite attaché à moi, donc il ne devrait pas avoir de souci avec Riku-san, vu qu’on se ressemblait sur pas mal de points.
« Ah, bienvenue à tous ! Le lieu de réception est par ici~ »
Tout comme la semaine dernière, Amami-san nous a accueillis devant chez elle. Comme elle était la star du jour, elle semblait avoir fait beaucoup d’efforts sur sa tenue. Elle était encore plus jolie que d’habitude.
Sa robe était une pièce bleu pastel, un accord parfait avec ses cheveux dorés.
« Wouf ! »
Rocky, qui se tenait à côté d’elle, m’a remarqué et a aboyé. Mais probablement parce qu’il se méfiait de Riku-san, il ne m’a pas sauté dessus. Au lieu de ça, il a juste remué la queue joyeusement.
Sa façon d’agir envers Riku-san ressemblait vraiment à celle de sa maîtresse…
« Riku-san, tu peux rester près de moi toute la journée ? »
« Quoi ? Pourquoi je ferais ça ? »
« Laisse tomber, oublie. »
J’avais de la peine pour Rocky, alors j’ai décidé de m’éloigner de Riku-san pour aller affronter l’accueil musclé du chien.
Alors que je subissais ses léchouilles vigoureuses, une grosse main a soudainement touché mon épaule.
Je me suis retourné pour voir mon seul ami masculin debout là.
« Yo, Maki, qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi il te lèche comme ça ? T’as tartiné ton visage avec du beurre ou quoi ? »
« Pff… Bien sûr que non. Je me suis lavé le visage à fond, tu sais ? Et yo, Nozomu. C’est dommage pour le tournoi, hein ? »
« Ouais… J’ai fait de mon mieux, mais l’adversaire était trop fort. »
Nous étions allés l’encourager l’autre jour, mais nos efforts avaient été vains car notre équipe de baseball avait perdu. C’était serré, pourtant. La neuvième manche avait été rude pour l’atout maître de notre équipe. Il avait réussi à lancer parfaitement, mais le reste de l’équipe n’avait pas pu gérer les attaques incessantes de l’adversaire.
J’avais entendu dire qu’ils avaient déjà formé une nouvelle équipe pour le prochain tournoi, mais comme les examens approchaient, ils avaient fait une pause dans les entraînements. C’était pour ça qu’il avait pu venir à la fête.
« Au fait, Maki… Merci beaucoup de m’avoir invité… J’ai l’impression de rêver… Ah, la maison d’Amami-san… »
« Je n’avais pas le choix. Je ne veux pas être le seul garçon ici. »
À part Riku-san, qui partirait plus tôt que nous tous parce qu’il devait préparer ses bagages, le reste des invités, hormis Nozomu et moi, n’était composé que de filles.
Pour autant que je sache, en plus du groupe habituel avec Umi et Nitta-san, Nitori-san et Houjou-san seraient aussi de la partie. Nakamura-san et les autres filles de la classe 11 étaient également invitées et arriveraient un peu plus tard.
« Ah, évidemment que tu serais là aussi… Pff. »
« Arae-san… »
« Écoute, ce n’est pas comme si je voulais être là. Amami m’a invitée, alors je devais venir. En plus, je dois voir les Tachibana… Euh, Houjou et Nitori, parce que je n’ai pas encore réglé mes comptes avec elles. Donc ouais, je ne suis pas là parce que j’en ai envie, compris ? »
Je n’avais pourtant rien dit.
Quoi qu’il en soit, il y aurait beaucoup de monde, donc la fête serait certainement animée. J’espérais juste que les choses ne dégénéreraient pas.