Chapitre 186 – Umi et le maillot de bain (1)
Environ dix minutes plus tard, Umi est revenue à l'auberge.
Elle est revenue à vélo, faisant tinter la sonnette avec un air joyeux en s'approchant de moi.
« Je suis de retour. Tu as été sage pendant mon absence, Maki ? »
« Évidemment. Waouh, il y a plein de trucs dans ce panier. »
« Mhm. Ils ne servent pas le déjeuner ici, alors grand-mère nous a donné ça pour qu'on puisse manger ensemble. Allez, on va là-bas pour manger ! »
Dans le panier du vélo, il y avait une grande boîte à quatre étages et du thé en bouteille. On pensait en partager un peu avec Shizuku-san, mais comme elle était partie pour une livraison, on en a laissé dans notre chambre pour lui en donner plus tard.
Umi allait se changer, alors je suis sorti de la chambre pour l'attendre à l'accueil.
Comme on allait s'éloigner un peu de l'auberge, j'ai demandé à la mère de Shizuku-san, qui était au comptoir, de me prêter un vélo. Ils en gardaient quelques-uns en réserve pour les livraisons.
Ça faisait un bail que je n'avais pas fait de vélo, mais j'aimais à penser que je savais toujours en faire. J'ai quand même fait un tour dans le coin pour reprendre mes marques avant de partir. Peu de temps après, Umi est enfin arrivée.
« Merci d'avoir attendu~ Allez, on y va~ »
Elle avait dit qu'elle voulait se changer, mais sa tenue n'était pas si différente d'avant. Elle portait une chemise à carreaux bleue par-dessus, un pantacourt et des tongs.
Elle avait aussi un chapeau de paille. Il ne lui manquait plus qu'un filet à papillons pour ressembler à une vraie chasseuse d'insectes.
Bien sûr, elle était incroyablement mignonne comme ça.
« Maki, tu as bien pris ton maillot de bain et des sous-vêtements de rechange ? »
« Ouais. Tout est dans mon sac. Et toi ? »
« J'ai déjà mis mon maillot. Je n'ai pas envie de me changer là-bas, après tout… Alors… »
« Alors ? »
« Tu sais… »
Elle m'a serré dans ses bras avant de me murmurer quelque chose avec un sourire malicieux.
« Tu veux jeter un œil ? »
« Argh… »
C'était bas. Maintenant, j'allais forcément être attiré par sa poitrine.
Tout le temps que j'avais passé avec Reiji-kun pour oublier ce qui s'était passé hier venait d'être balayé sans pitié par un simple murmure.
« …On fera ça une fois arrivés, d'accord ? »
« Oh, c'est inattendu. Tu tiens encore le coup. »
« De justesse… De toute façon, on ne va faire que jouer dans l'eau aujourd'hui, non ? On ne peut pas vraiment faire de trucs pervers en plein air. »
« Tu dis ça, mais tu as quand même apporté ça. »
« Argh… »
J'imagine qu'elle a fouillé dans mon sac quand je ne faisais pas attention.
J'avais pris la boîte entière, pas juste un ou deux, donc je ne pouvais rien répondre.
« …D'accord, je ne les prendrai pas avec moi. »
« Désolée, désolée, prends-les si tu veux, hein ? Bref, on devrait y aller. Et puis, si tu pédales aussi fort que tu peux, ça te permettra peut-être de te défouler. »
« Pff… Très bien, c'est une course. On verra qui arrive en premier. »
« Hoho, bonne idée. C'est parti. »
Et c'est comme ça qu'on a décidé de faire la course en descendant la colline, en suivant la route tout droit sur environ cinq cents mètres depuis l'auberge. On a pris le panneau d'information du village comme point de repère.
« Alors, tu es prêt, Maki ? »
« Quand tu veux. »
« Ok, un, deux… Partez ! »
Au signal d'Umi, on a commencé à pédaler de toutes nos forces.
La route à une voie était entourée d'arbres et on était seuls, à part une ou deux voitures qui sont passées.
Un vent rafraîchissant nous a fouetté le visage pendant qu'on pédalait.
« Maki. »
« Hm ? »
« Le vent est agréable ici. »
« C'est clair, non ? »
On était en pleine saison des pluies, mais le temps était beau aujourd'hui. Il fallait quand même se méfier des averses soudaines, vu qu'on était en montagne. Même si, se faire surprendre par une averse, ça ferait un bon souvenir.
En même temps, chaque souvenir est bon tant qu'Umi est dedans.
Attends, il fallait que je me concentre sur la course. Je voulais gagner contre elle, après tout.
« Et voilà, j'ai gagné. »
Le résultat de la course a été ma victoire, de justesse. Bon, je roulais sur un vélo flambant neuf, alors qu'Umi utilisait le vieux vélo de Mizore-san, donc c'était prévisible.
« Pff, tu as gagné de peu… Utiliser ce vélo, c'est pas du jeu… »
« Choisir le bon vélo fait partie du jeu, tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. »
« D'accord, j'admets ma défaite pour cette fois… La prochaine fois, je ne perdrai pas. »
Si cette « prochaine fois » arrive vraiment, pourquoi pas. Pour l'instant, je garde ses mots dans un coin de ma tête. Je me demande quand on reviendra ici, cela dit. Peut-être après avoir obtenu notre diplôme.
D'ici là, j'aimerais revenir ici, juste tous les deux.
Après notre course, on s'est mis côte à côte et on a pédalé ensemble, en suivant les panneaux indicateurs sur le chemin de montagne.
D'après Umi, il y avait une rivière limpide au bout du chemin. Le courant y était doux et l'eau peu profonde, un endroit parfait pour s'amuser.
Selon l'heure, les enfants du village venaient y jouer, mais pour le moment, on avait tout l'endroit pour nous seuls.
Elle a aussi dit que c'était un super coin pour les rendez-vous.
Je ne savais pas trop ce qu'elle voulait dire par là, mais tant que c'était un endroit où on pouvait être seuls, ça me convenait.
On a garé nos vélos dans un coin discret près de la route menant à la rivière et on a marché quelques minutes.
« Waouh, c'est trop beau… »
« Ouais. C'est calme et agréable aussi, comme Shizuku-san l'avait dit. »
Je n'ai pas demandé à Shizuku-san comment s'appelait cette cascade, mais c'était un détail. La cascade était magnifique. L'eau qui tombait du sommet de la montagne vers les creux en contrebas me faisait penser à des fils de soie blanche. Depuis le pied de la cascade, l'eau s'écoulait doucement vers le village.
L'eau elle-même avait l'air si claire qu'on aurait dit qu'elle était parfaitement potable.
J'avais peur qu'à cause des sources chaudes à proximité, la température de l'eau soit trop élevée pour qu'on puisse jouer dedans, mais elle était parfaite.
« Alors, qu'est-ce qu'on fait, Maki ? C'est encore un peu tôt, on peut jouer un peu avant de manger. »
« Mangeons d'abord. Faire tout ce trajet à vélo m'a ouvert l'appétit. »
« D'accord, alors après avoir mangé ton déjeuner, tu me mangeras, moi ? »
« L'ordre est inversé, après manger, c'est le bain, non ? »
« Tu peux juste me manger dans l'eau, non ? »
« De quoi tu parles, là ? »
…Quoi qu'il en soit, j'ai hâte de la voir en maillot de bain.