Chapitre 185 – Un enfant de 4 ans et un ado de 16 ans
Parmi tous ses jeux, Reiji a choisi un jeu de course. C’est un titre tout public auquel je joue parfois avec Umi. On peut utiliser des objets éparpillés sur la piste pour obtenir divers effets, prendre des raccourcis pour atteindre la ligne d’arrivée plus vite, ou simplement compter sur son pur talent.
Nous jouions sur un écran installé juste à côté du canapé.
Avant de commencer sérieusement, j’ai tenté un duel en un contre un face à Reiji-kun pour tâter le terrain.
« Reiji-kun, tu es doué à ce jeu, dis donc ? »
« Bah, ça fait longtemps que j’y joue ! »
Il semblait que je l’avais largement sous-estimé. Je ne suis pas mauvais moi-même, mais il a réussi à me battre sans le moindre effort.
J’avais un taux de victoire de 90 % contre Umi et j’en étais plutôt fier, mais lui, il était un cran au-dessus. Toutes mes astuces étaient inutiles face à lui.
« Grand frère ! »
« Oui ? »
« Pourquoi t’es aussi nul ? »
« … Très bien, tu l’auras voulu. »
Ce gamin de 4 ans venait de réveiller mon esprit de compétition.
Je sais, ce n’était pas très mature de ma part, mais dans ce genre de situation, l’âge n’est qu’un chiffre. Peu importe qu’il soit petit, je devais tout donner pour le remettre à sa place.
Après ça, j’ai réussi à tenir le coup grâce à un peu de chance avec les objets, mais au final, mon taux de victoire n’a pas dépassé les 20 %.
Je peux un peu mieux comprendre Umi maintenant.
« Encore une fois. »
« D’accord ! »
Il a répondu à mon air frustré par un sourire satisfait.
Ça m’énervait de perdre, mais au moins, il s’amusait. Shizuku-san me l’avait confié, après tout, alors je devais m’assurer qu’il passe un bon moment avec moi.
Au bout d’une heure environ, nous avons fait une petite pause. On a acheté du jus au distributeur.
« Reiji-kun, tu veux lequel ? »
« Du cidre… Mais maman a dit que je ne devais pas demander de boissons aux invités… »
« Tu ne m’as rien demandé, c’est moi qui t’en offre, donc ça ne pose pas de problème. Garde juste ça pour toi, vis-à-vis de ta maman, d’accord ? »
« Tu garderas le secret aussi, grand frère ? »
« Mhm. Je te le promets. C’est une promesse d’homme à homme. »
« Promesse… »
Ses yeux ont pétillé au moment de choisir sa boisson. Il était probablement intrigué par l’expression « promesse d’homme à homme ».
Ça a un peu fait mal à mon portefeuille, mais tant que je fais attention à l’avenir, ça devrait aller.
J’ai pris un petit cola pour moi, tandis que Reiji-kun a choisi un cidre au raisin. On a englouti nos boissons dès l’ouverture.
Vu de l’extérieur, on devait ressembler à des frères avec une grosse différence d’âge. Je suis fils unique, alors je n’ai pas pu m’empêcher de me demander à quoi ressemblerait ma vie si j’avais un petit frère comme lui.
« Grand frère. »
« Hm ? »
« Je peux m’asseoir là ? »
« Tu veux t’asseoir ici ? Vas-y, je t’en prie. »
Dès que je lui ai donné la permission, il s’est installé sur mes genoux.
J’ai trouvé qu’il baissait un peu trop sa garde avec quelqu’un qu’il venait à peine de rencontrer. Il s’était probablement attaché à moi parce que j’étais celui dont l’âge se rapprochait le plus des autres personnes présentes.
« Reiji-kun, je peux te demander un truc ? »
« Quoi donc ? ~ »
Je voulais lui demander pourquoi il ne se méfiait pas de moi, mais c’était sans doute une question trop complexe pour lui.
« Euh, Reiji-kun, tu m’aimes bien ? »
« Oui ! »
« Et la grande sœur qui était avec moi hier ? Tu l’aimes bien aussi ? »
« Je l’aime bien aussi ! Mais c’est une inconnue… »
« Et moi, je ne suis pas un inconnu ? »
« Si, mais grand frère, tu as la même odeur que papa ! »
« Le papa de Reiji-kun ? Je sens quoi ? »
« La fumée ! »
« Ah, l’odeur de cigarette, je vois… »
Maman est une grosse fumeuse, alors l’odeur du tabac s’est imprégnée dans tout ce qu’on utilise depuis des années.
On dit que les gens qui n’ont pas l’habitude de la cigarette remarquent l’odeur très facilement. Si on ajoute à ça le fait que les enfants ont une excellente mémoire et des sens aiguisés, c’était évident qu’il allait le remarquer. Par coïncidence, son père devait fumer la même marque que ma mère.
« Tu aimes ton papa, hein, Reiji-kun ? »
« Euh… Oui. »
Il a juste hoché la tête après avoir jeté un coup d’œil autour de lui. Il essayait probablement de voir si Shizuku-san était dans le coin.
Il semblait faire très attention à sa maman.
Il ne comprenait sans doute rien à la situation, mais il savait plus ou moins ce qu’il fallait dire ou non.
Ça m’a rappelé moi, à son âge.
Quoi qu’il en soit, je comprenais mieux pourquoi il s’était autant attaché à moi.
Il voyait probablement son père en moi.
« Je vois. Et ta maman, tu l’aimes ? »
« Mhm ! »
J’avais l’impression de voir mon propre passé en lui.
Je sais que ses parents avaient sûrement une bonne raison de divorcer, mais demander à un enfant si jeune de comprendre ça, c’était forcément difficile.
On était dans une situation similaire, alors je pouvais compatir, mais ce n’était pas quelque chose dans lequel je devais mettre mon nez.
Tout ce que je pouvais faire pour le moment, c’était d’aider Reiji-kun à oublier sa solitude jusqu’à ce que Shizuku-san vienne le chercher.
« Je vois. Désolé pour cette question bizarre. Bref, on a fini nos boissons, alors continuons ! Tu veux jouer à quoi maintenant ? »
« À celui-là ! »
Une fois cette discussion lourde passée, nous avons repris nos jeux.
On a enchaîné avec divers jeux, des puzzles aux jeux de plateau. Parfois, je lui expliquais ce qu’il ne savait pas, et parfois, il me traitait de nul. Ça a duré une heure.
« Désolée pour l’attente, Maki-kun. Je suis de retour. »
« Bon retour, Shizuku-san. »
« Bon retour, maman ! »
« Je suis rentrée, Reiji. Tu as été un bon garçon ? »
« Oui ! »
Reiji-kun est descendu du canapé, a couru vers sa mère et l’a serrée fort dans ses bras.
Au début, j’avais peur de ne pas savoir m’occuper de lui, mais comme on a les mêmes centres d’intérêt, on s’est super bien entendus.
Et puis, j’ai réussi à en apprendre un peu plus sur sa situation.
« Ah, au fait, Maki-kun, Mizore-san vient de nous passer une commande, donc je pourrai ramener Umi après ma livraison. »
« Compris. Bon, si c’est tout, à plus tard, Shizuku-san. »
En fait, Umi m’avait aussi envoyé un message à ce sujet, me disant de me préparer avant qu’elle n’arrive.
« Bye bye ~ »
« À plus tard, Reiji-kun. »
Bref, grâce à Reiji-kun, j’ai réussi à tuer le temps et à me calmer, donc il ne devrait pas y avoir de problème si je sors avec Umi maintenant.
… Je vais quand même en prendre quelques-uns avec moi, juste au cas où. Même si je doute d’avoir l’occasion de m’en servir.