La première demi-finale du tournoi préfectoral.
Je m'appelle Nitori Sanae, je fais partie de l'équipe de basket du collège Tachibana. On a réussi à gagner le match sans trop de casse et on s'est qualifiées pour la finale. Notre équipe est toute nouvelle, et le moral est au beau fixe : on est sur le point d'accomplir ce que nos senpai n'ont pas réussi à faire l'an dernier, à savoir remporter le tournoi préfectoral.
La finale commence à 14 heures, donc il faut qu'on garde cette énergie jusqu'au coup d'envoi.
« Beau match, Sanae~ »
« Beau match, Manaka. Alors, c'est quoi le programme, Capitaine ? »
« Le deuxième match commence dans vingt minutes, donc vous pouvez souffler un peu d'ici là. Après avoir regardé la deuxième rencontre, on fera une réunion stratégique. »
« Ça marche. On va prendre l'air dehors ? »
« Ok. »
Le vainqueur du tournoi préfectoral se joue aujourd'hui, alors le gymnase est en ébullition, entre les participantes et le public. C'est pour ça que l'air est devenu lourd et étouffant, même avec la clim à fond.
Dehors, c'est pas vraiment mieux vu qu'on est en plein été, mais au moins, il y a un peu d'air frais. Après avoir eu l'autorisation de la Capitaine, ma meilleure amie, Houjou Manaka, et moi, on quitte les vestiaires.
« Sanae. »
« Hm ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Notre match à l'instant… C'était surprenant. »
« …Je sais, hein ? Quand on perdait au premier quart-temps, j'ai cru qu'on était dans de sales draps. »
Notre match contre le collège Joutou Higashi s'est terminé il y a quelques minutes à peine. Le score final est une victoire écrasante pour nous, mais ça a été un match difficile. On n'a pu creuser l'écart qu'une fois que l'adversaire a complètement lâché prise au quatrième quart-temps.
La plus grosse menace, c'était leur Capitaine. Je crois qu'elle s'appelle Arae-san. Elle a mené son équipe toute seule jusqu'à la victoire du tournoi régional l'an dernier et a atteint la demi-finale cette année.
Leur équipe avait une dynamique incroyable, c'était vraiment galère à gérer. Même si on s'était super bien préparées, on a eu du mal à les contenir.
Arae-san, en particulier, est douée en tout. Le maniement, les feintes, les tirs, tout ce que tu veux. En plus de ça, elle a un rythme unique qui rend la défense super compliquée. Elle est au moins aussi forte que notre Capitaine, peut-être même plus.
Pendant la première mi-temps, Manaka et moi on a essayé de la marquer de près, mais on n'était pas assez bonnes pour l'arrêter. La moitié de nos tentatives ont échoué.
Au final, on a réussi à la neutraliser grâce à un effort collectif au troisième et au quatrième quart-temps. Ça ne change pas le fait que le match a été rude. S'il y avait eu ne serait-ce qu'une autre joueuse correcte dans leur équipe à part elle, on n'aurait probablement pas gagné.
En y repensant, cette fille aimait vraiment le basket. Je me souviens encore de son expression quand elle a réussi un tir absolument dingue à travers notre défense. C'était magnifique.
Je l'enviais. J'aime le basket aussi, mais je ne pourrais jamais y consacrer ma vie comme elle le fait. Je me suis inscrite au club juste parce que mes parents me l'ont demandé. Manaka, c'est pareil.
Arae-san est la deuxième personne que je connais qui aime le basket à ce point.
« Manaka. »
« Quoi ?~ »
« Tu crois que les filles de Joutou Higashi sont encore là ? »
« Hmm~ Peut-être ? Arae-san devrait encore être là en tout cas… Quoi, tu veux les voir ? On y va ensemble ? »
« Ok, merci Manaka. »
« Pas de souci~ »
Je remercie Manaka, qui a tout de suite compris ce que j'avais en tête. Enfin, c'est normal, on est ensemble depuis qu'on est gamines.
Après avoir acheté des boissons énergisantes au distributeur à l'entrée, on se dirige vers les vestiaires où se trouvent Arae-san et ses coéquipières.
La lumière est allumée et on entend des voix à l'intérieur. Manaka avait raison, elles sont toujours là.
« Elles sont en réunion ? …Attendons un peu alors. »
« Ça marche. »
On s'adosse au mur en attendant que leur réunion se termine.
Je commence à me demander ce que je vais bien pouvoir dire. Je devrais au moins la féliciter.
Il y a un risque qu'elle le prenne mal, mais si ça arrive, je pourrai toujours m'excuser.
Après un moment, les voix derrière la porte finissent par s'apaiser, et juste au moment où je me dis qu'Arae-san va sortir…
Pan !
« Hein ?! »
Deux filles en maillot sortent en courant de la pièce.
Je les reconnais toutes les deux. L'une d'elles est une titulaire de leur équipe, et l'autre, c'est Arae-san.
Elles se dévisagent avec colère.
« …Quoi ? Je te mets au défi… Répète un peu pour voir ? »
« Comme je l'ai dit, j'en ai marre de ton égoïsme ! Quelle partie de mes paroles t'as pas comprise ?! »
Des affaires sont éparpillées sur le sol, sûrement celles de la fille qu'Arae-san tenait par le col.
Elles se battent ? J'ai entendu dire que ça arrivait dans certaines équipes après une défaite cuisante, mais c'est la première fois que je vois une telle dispute de mes propres yeux.
« Réfléchis un peu ! Pourquoi je devrais me tuer à la tâche pour un simple club ?! Notre école, c'est une école normale ! Normalement, les filles de mon âge vont faire du shopping pendant leurs jours de repos, mais moi, je fais quoi ? Je m'entraîne comme une folle ! »
« Alors pourquoi t'as supporté ça ? T'avais qu'à arrêter ! En plus, t'es pas la seule à avoir souffert, tout le monde a souffert ! On s'est entraînées du matin au soir pour gagner ce tournoi préfectoral, non ?! »
« Oui, mais tout est parti en vrille dès qu'on a atteint le top 8 ! Ce coach stupide t'a prise comme modèle et a poussé tout le monde à faire des entraînements masochistes comme tu le fais toujours ! C'est à cause de toi qu'il a fait un truc aussi inutile ! »
« Mais si on n'avait pas travaillé aussi dur, on ne serait jamais arrivées jusque-là ! Tu le sais très bien, non ? »
On dirait que l'autre fille se plaignait de leur routine d'entraînement. D'après ce que je comprends, leur entraînement avait l'air costaud, mais personnellement, je pense qu'il faut faire des efforts si on veut vraiment gagner.
En d'autres termes, je suis d'accord avec Arae-san, mais c'est mon avis, chacun a le sien.
« Bien sûr que je le sais, mais honnêtement, je n'ai jamais voulu gagner tout le tournoi. Je voulais juste qu'on gagne un ou deux matchs pour ne pas être ridicules. Mais si j'avais dit ça, qui sait ce que le coach aurait répondu. Et évidemment, je ne t'en ai pas parlé parce que tu es la chouchoute du coach. »
« …En gros, t'as fait tout ça juste pour ça ? »
« Oui. Enfin, l'entraînement n'est pas totalement inutile. J'ai progressé et maintenant je peux bomber le torse. Mais quand même, je préférerais ne plus jamais refaire cet entraînement. Si seulement on avait perdu avant d'atteindre le top 8, ma vie serait plus agréable. J'aurais pas eu à me sentir aussi mal après une défaite aussi minable… »
Elle parlait probablement de notre match.
Au début de la rencontre, le score était assez serré et le public était à fond. Mais au fil du temps, l'écart est passé à dix, vingt, trente points, et quand on a atteint les quarante, le regard du public a changé, passant de l'excitation à la pitié.
« C'est vraiment la demi-finale ? C'est tellement à sens unique… »
« Leur Capitaine est sortie une seconde et l'écart a explosé… Ah, voilà les cent points pour Tachibana… »
« La pauvre Capitaine, c'est la seule qui tient le coup. Où sont ses coéquipières ? »
J'ai entendu pas mal de gens dire ça vers la fin du match. Même s'il n'y avait pas une telle différence de niveau entre nos équipes, le public ne pouvait pas le savoir.
« …Tu dis ça sérieusement ? Et le reste de l'équipe ? »
« La plupart pensent comme moi. Tu ne te rends pas compte que t'es la seule anomalie ici, Nagisa ? T'es un génie, tu ne pourras jamais comprendre ce qu'on ressent. »
« …Je vois. Je pensais qu'on pourrait rester ensemble jusqu'au lycée, mais si c'est comme ça… Peu importe. Faites ce que vous voulez, je m'en fous. »
Après avoir dit ça, Arae-san est sortie du gymnase en courant, les cheveux en bataille.
La chose à faire, ce serait de la poursuivre, de lui dire qu'elles ont très bien joué et de lui remonter le moral.
Mais ni Manaka ni moi n'en avons été capables. On est juste restées là, silencieuses.
On n'a pas eu le courage d'aller vers cette fille qui s'enfuyait les larmes aux yeux. Et même si on l'avait fait, on n'aurait pas su comment la réconforter, on ne se connaissait même pas.
« …Sanae, c'est l'heure. La Capitaine nous appelle. »
« Mm… »
C'est la dernière fois que je l'ai vue. Et bien sûr, je ne l'ai plus jamais revue sur un terrain non plus.
…C'est l'un des plus grands regrets de Nitori Sanae.
Allez, nourris mon addiction au gacha, s'il te plaît.