Chapitre 87
« Numéro 26 ? »
La méduse rose qui avait émergé de l’asphalte au milieu de la route était Numéro 26.
« Comment avait-elle pu autant changer pendant mon absence ? »
En un instant, son apparence s’était radicalement transformée.
Pour commencer, les nuances subtiles qui coulaient sur son corps rose étaient entièrement nouvelles. Une myriade de couleurs y miroitait doucement, alors qu’elles n’étaient pas là auparavant.
Une aura d’énergies en perpétuel changement, irradiant de toutes sortes de couleurs, semblait scruter les environs, comme autant d’yeux.
Cet effet était dû à l’un des Traits uniques du Démon marin : « Terreur abyssale ». À cause de ce Trait, les individus dépourvus de résistance aux attaques psychiques perdaient la raison ou cédaient à la panique en s’approchant du Démon marin.
« En plus, il peut affaiblir les pouvoirs psychiques auxiliaires utilisés par les adversaires à proximité. »
Dans le lore, les Démons marins possédaient une énergie psychique extrêmement puissante, qui s’échappait parfois de leur corps. Cette énergie libérée affectait négativement les organismes alentour ; le Trait Terreur abyssale avait précisément été conçu à partir de ce phénomène.
Ainsi, lorsque des utilisateurs de pouvoirs psychiques tentaient à proximité du Démon marin des techniques auxiliaires à distance, comme le Lien d’âme ou l’Harmonisation des entités, celles-ci ne s’activaient pas correctement.
« Sans parler de son apparence inquiétante, bien connue de tous. »
Imaginez un monstre des profondeurs de plus de vingt mètres, scruté par des centaines d’yeux.
C’était si terrifiant que les communautés étrangères avaient fait de l’apparence du Démon marin sous l’effet de Terreur abyssale un mème d’horreur.
Bien sûr, Numéro 26 n’avait pas l’air aussi menaçante que l’originale, car les énergies qu’elle exhalait étaient moins malveillantes.
Peut-être les régulait-elle exprès devant moi.
« À bien y réfléchir, son aspect extérieur a lui aussi beaucoup changé. »
Le Trait Terreur abyssale était impressionnant, mais d’autres aspects avaient également considérablement évolué.
Sous son corps se déployaient vingt longues grappes de tentacules effilés, entrecoupées d’épaisses excroissances en forme de nageoires qui lui servaient de pattes.
La disposition de ses tentacules rappelait les tentacules en scie circulaire que j’avais eus autrefois.
Bien que plus fins que les miens, ils étaient densément couverts de lames acérées en forme de scie sur toute leur longueur, ce qui les rendait plutôt menaçants. La créature se dévoila entièrement sur la route et m’envoya une ondulation.
「Salut, Grand Bébé !」
Numéro 26 tendit ses tentacules vers moi en guise de salut. Grâce aux effets du « Symbole de la Chasse », j’avais grandi, mais Numéro 26 était elle aussi impressionnante.
Si elle se redressait, elle devait mesurer environ sept ou huit mètres, et chacun de ses tentacules dépassait les dix mètres.
[Bzz (Comment ?)]
« J’ai fait comme tu me l’as appris ! J’ai beaucoup mangé et j’ai grandi en travaillant dur ! »
Étrange. Je me souvenais très bien lui avoir dit de se cacher.
Était-ce dû à son évolution ? Numéro 26 semblait bien plus intelligente que je ne l’avais imaginé.
「Je ne suis pas la seule à avoir grandi. La petite aussi a beaucoup grandi.」
[Bzz (Quoi ?)]
Derrière Numéro 26, une forme verte jaillit d’un trou et s’éleva dans les airs. Elle traversa avec grâce l’atmosphère de la cité cosmique, puis atterrit sans heurt devant moi.
「Maître.」 「Salutations.」
Adhai me salua en inclinant la tête.
« Le Gallagon vert a grandi, lui aussi ? »
Numéro 26 avait beaucoup changé, mais la transformation d’Adhai était vraiment spectaculaire. La plupart de ses écailles étaient devenues vertes, avec quelques-unes bleues par endroits. Son corps dépassait désormais largement le mètre de long, et ses ailes étaient bien plus grandes qu’avant.
Son apparence avait elle aussi considérablement changé, et pas seulement sa couleur et sa morphologie. Autrefois, elle ressemblait à une créature trapue aux pattes courtes, comme un scinque ; elle s’était métamorphosée en un être entièrement différent.
Ses quatre longues pattes robustes évoquaient celles d’un cerf et lui donnaient une allure élégante et gracieuse. En revanche, sa queue paraissait relativement épaisse et charnue, contrairement à son corps élancé.
Quant à sa tête, elle avait toujours des grappes de tentacules à la place d’une bouche, mais elle s’était allongée. De plus, les quatre cornes qu’elle portait avaient grandi.
« Elle ressemble vraiment beaucoup à un Gallagon vert. »
De plus, vu l’épaississement de sa queue avec sa croissance, Adhai était sans aucun doute une femelle. Les Gallagons présentaient un dimorphisme sexuel : les mâles et les femelles avaient une apparence différente.
[Note : désormais, j’utiliserai les pronoms « elle » pour Adhai, maintenant que son sexe a été révélé.]
Les mâles avaient des cornes plus épaisses et plus flamboyantes, tandis que les femelles, malgré leur queue épaisse, avaient des cornes plus simples.
« Les mâles étaient réputés beaux pour leurs cornes aux motifs flamboyants, et les femelles, pour leur queue bien charnue. »
À en juger par sa robuste queue, Adhai devait compter parmi les Gallagons les plus séduisants par leur physique.
« Qu’avait-elle mangé pour grandir aussi vite ? »
J’avais quelques idées. Il restait dans les égouts quantité de cadavres de chevaliers et de soldats que j’avais tués, ainsi que des employés morts dont les puces de signalisation ne fonctionnaient plus.
Et lorsque le quartier commercial s’était effondré, plusieurs personnes avaient dû tomber dans les égouts et y mourir.
« Mais avait-elle vraiment tout dévoré ? »
Et sans se faire repérer par les soldats qui patrouillaient dans les égouts.
« Si c’est le cas, elle a énormément grandi. »
« Si mes prévisions sont bonnes, la créature a non seulement grandi physiquement, mais ses capacités de combat se sont aussi considérablement améliorées. »
Numéro 26 semblait réclamer des compliments. La situation était urgente, mais je ne pus m’empêcher de lui caresser le corps. Elle frissonna, peut-être de plaisir.
L’énergie qui parcourait sa surface changeait de couleur selon ses émotions. Sous l’influence de Terreur abyssale, elle paraissait bien plus agitée que je ne l’aurais cru.
「Moi」 「Croissance」 「Moi」 「Impressionnante」 「Maître」 「Compliments」
Adhai s’avança elle aussi pour recevoir des compliments ; je lui accordai donc une caresse. En observant sa queue qui ondulait, je songeai :
« Elles ont appris mes méthodes de chasse. »
Vu le peu de temps qu’elles avaient passé avec moi, Numéro 26 avait dû prendre la tête des chasses. Elle apprenait vite et avait peut-être adopté mes techniques favorites : creuser des pièges, se cacher et tendre des embuscades.
« Bref, je réfléchirai à ça plus tard. Code Noir ne tardera pas. »
En temps normal, j’aurais caché les créatures quelque part avant de me battre, mais les circonstances avaient changé.
« Je vais devoir combattre à leurs côtés. »
[Bzz bzz bzz bzz (J’ai quelque chose à vous dire.)]
「Hmm ?」
「?」
[Bzz bzz bzz bzz bzz (Nous devons combattre un ennemi redoutable. Aidez-moi.)]
À ces mots, leurs regards se fixèrent sur les cicatrices de mon bras manquant et de mon flanc. Numéro 26 n’avait pas d’yeux, mais les émotions qui se reflétaient à sa surface me permettaient de deviner facilement où se portait son attention.
「Ceux qui ont fait du mal au Grand Bébé ? Impardonnable !」
「Maître」 「Agresseurs」 「Ennemis」
Furieuse, Numéro 26 abattit ses tentacules sur le sol. L’asphalte se fissura, et la route alentour se fendit dans un vacarme assourdissant. Adhai gratta elle aussi le sol de ses pattes arrière, manifestant son mécontentement.
« Le combat ne devrait pas poser de problème. »
Numéro 26 semblait avoir gagné en force en même temps qu’en taille. Un Démon marin était considéré comme un redoutable sous-boss. En matière de dangerosité pure, il représentait bien plus de la moitié de la menace d’un Gallagon noir.
« Mais sa croissance n’est apparemment pas terminée. »
Elle devrait toutefois pouvoir me soutenir. Adhai avait encore quelques écailles bleues, mais la majeure partie de son corps était recouverte d’écailles vertes ; je pouvais donc supposer qu’elle avait acquis la puissance d’un Gallagon vert.
« Si je ne me trompe pas, la puissance d’un Gallagon vert nous permettra d’intercepter l’ennemi. »
Le Gallagon vert n’était encore qu’au stade fluide et ne déployait donc pas une puissance destructrice écrasante, contrairement aux Gallagons blancs ou noirs. En revanche, ses aptitudes au combat avaient évolué autrement.
« Avec la capacité de Numéro 26 à utiliser Terreur abyssale, si je parviens à bien les exploiter toutes les deux… »
« Le Gallagon vert, le Démon marin et l’Amorph. »
Les trois créatures présentes ici manquaient encore d’expérience et n’avaient pas atteint leur plein développement. Mais en unissant leurs forces, elles pourraient facilement chasser même des adversaires redoutables.
Je les apaisai et leur expliquai le plan.
Code Noir était une orpheline de guerre. Chez MegaCorp, les orphelins occupaient le fond du gouffre des laissés-pour-compte, incarnant le versant le plus sombre de la société. Presque tous finissaient employés par une entreprise, et les plus chanceux intégraient les Chiens spatiaux.
« À cet égard, Code Noir était un cas à part. Elle était entrée dans la famille Yujin comme employée et était devenue un sujet d’expérimentation destiné à servir d’ombre. »
Comme d’innombrables autres sujets d’expérimentation, elle aurait dû disparaître sans laisser de trace. Pourtant, elle avait survécu. Ses pouvoirs psychiques étaient bien supérieurs à ceux des humains ordinaires. Elle était ainsi devenue la première expérience réussie de transplantation génétique du culte menée par la famille Yujin.
« En général, les prototypes étaient inférieurs aux modèles produits en série. Pourtant, même parmi les hybrides du culte et des humains, elle dépassait les limites de la norme. »
Une fois sa transformation en ombre achevée, Akira Yujin lui avait donné un nom : Code Noir. C’était le titre accordé à l’entité la plus accomplie parmi les ombres.
[Code Rouge. Où se trouve la cible ?]
« Dans le quartier résidentiel 32. Soyez prudente. »
[Prudente ? Pourquoi ?]
« Le flux des pouvoirs psychiques est instable. Une entité inconnue s’est infiltrée de manière autonome dans le réseau de contrôle psychique. »
[La cible peut-elle utiliser le Souffle psychique ? Est-ce elle qui en est responsable ?]
« Inconnu. L’entité inconnue a construit un réseau de contrôle psychique autonome. »
[Compris, pour l’instant. Continuez la surveillance.]
« Compris. »
Après avoir terminé sa conversation mentale avec Code Rouge, elle se dirigea vers l’endroit indiqué.
La plupart des ombres ressemblaient à des machines ternes, leur conscience brisée par des expériences atroces. Parmi elles, seules Code Noir et la défunte Code Blanc pouvaient converser librement.
« Maintenant, je suis la seule. »
Code Blanc avait péri en mission, faisant d’elle l’ombre la plus vénérée. Cette idée l’exaltait.
En vérité, elle l’ignorait elle-même, mais toutes les ombres souffraient d’une certaine instabilité psychologique. Code Noir était obsédée par l’idée d’être l’être le plus accompli et le plus parfait.
Si elle parlait autant pendant les combats, ce n’était pas pour converser, mais pour mettre en valeur son caractère unique.
« Si je pouvais obtenir les gènes de ce monstre… ! »
Elle croyait qu’une transplantation réussie de ses gènes la ferait accéder à un état d’existence supérieur. Après tout ce temps, elle ressentait de nouveau de l’exaltation.
La cible apparut dans son champ de vision : un large trou creusé en plein milieu de la route. Malgré le trou soigneusement creusé, la cible n’avait pas fui. Elle était étendue au sol, ses quatre grands bras plaqués contre lui.
« Tu n’essaies pas de t’échapper ? »
« Non. Ce n’est pas nécessaire… »
« … Tu sais parler ? »
Code Noir fut surprise d’entendre l’entité parler. Sa voix était étrange, presque comme celle d’une femme enregistrée puis déformée par une machine, mais c’était indubitablement de la parole humaine.
« Impressionnant. »
Elle avait supposé que cette créature, qui exigeait une surveillance stricte à l’extérieur, devait être assez intelligente pour échapper aux contrôles. Mais elle ne s’était pas attendue à ce qu’elle puisse communiquer avec les humains.
Sa mission consistait à capturer l’entité. Puisqu’elle pouvait parler, elle comprendrait parfaitement la situation. Elle prit la parole :
« Si tu es intelligente, tu comprendras. Rends-toi. »
« Hmm, voyons voir ce qui va se passer… »
En percevant l’indifférence dans ses paroles, elle fronça les sourcils.
« Quel toupet. »
« Je ne prendrai que la tête et le torse. »
Elle fit jaillir deux fouets psychiques de sa main. Lorsqu’elle les fit tournoyer, le sol se fendit sous ses pieds et des tentacules en jaillirent.
« Une embuscade ! »
Était-ce pour cela que la créature gardait le contact avec le sol ?
Elle s’éleva rapidement dans les airs.
L’embuscade ayant échoué, les tentacules se retirèrent sous terre.
Depuis les airs, elle fit claquer son fouet de toutes ses forces.
Elle ne visait pas le tentacule, mais le corps principal du monstre. Puisque les tentacules étaient reliés à ses bras, il était immobilisé. Comme prévu, la créature ne pouvait pas bouger.
Alors qu’un serpent violet se jetait sur le corps du monstre pour le mordre, celui-ci tourna la tête et bloqua la trajectoire du fouet avec son épaisse armure crânienne.
Le fouet, entièrement constitué d’énergie psychique, heurta l’armure épaisse de plein fouet, produisant une pluie d’étincelles.
« Comme prévu. »
Elle comprit que les plaques semblables à une armure, sur la tête et les poignets du monstre, étaient ses parties les plus résistantes.
« Je dois viser ailleurs. »
À peine eut-elle atterri que le serpent dans sa main gauche se jeta sur le monstre en sifflant.
Mais le monstre avait déjà rétracté ses tentacules et s’était considérablement éloigné.
Le fouet qu’elle avait lancé ne fit qu’érafler l’asphalte. Mais ce n’était pas fini. Tout en reculant, le monstre lui lança de gros fragments de la route.
« Réflexion ! »
Une barrière intangible apparut devant elle et dévia tous les fragments. Elle ne pouvait pourtant pas baisser sa garde. Les fragments et le timing précis permirent à des barbelures épineuses de se faufiler.
L’attaque avait profité du bref instant où sa Réflexion, qui pouvait la protéger parfaitement de toutes les attaques physiques, s’était désactivée. Une manœuvre astucieuse.
« Tss. »
Elle agita précipitamment son fouet pour dégager le chemin des barbelures.
« Il visait le moment où Réflexion était désactivée ? »
Réflexion pouvait la protéger parfaitement de toutes les attaques physiques, mais exigeait une concentration intense et ne pouvait pas rester activée en permanence.
Elle devait donc la désactiver lorsqu’elle se déplaçait ou faisait autre chose. Et après sa désactivation, un très court délai s’écoulait avant qu’elle puisse la réutiliser.
« Il connaît bien les combats contre le culte. »
Elle ne savait pas quelle était son identité, mais ce monstre avait visé avec précision le point faible de Réflexion.
« Je dois changer de tactique. »
Elle avait prévu d’en finir avec ses Fouets psychiques, mais cela s’annonçait difficile.
« Je vais en finir avec des Souffles psychiques. »
Code Noir leva les deux mains, paumes tournées vers l’avant, et les écarta largement. Une sphère noire apparut devant elle, puis se transforma en longs filaments noirs qui fendirent l’air.
Jugeant impossible de se défendre, le monstre se recroquevilla. Les filaments noirs, semblables à une couronne, brûlèrent son armure crânienne et les bras dans son dos, puis réduisirent en morceaux des bâtiments éloignés.
Le monstre avançait en plaquant trois de ses bras et ses pattes au sol, tout en esquivant avec agilité les filaments. Ceux-ci brûlèrent les routes et les maisons, projetant des débris du sol jusque dans les airs.
Au milieu de ses mouvements, le monstre prit appui sur les débris et lança des barbelures épineuses. Tout en tirant des Souffles psychiques, elle activa Réflexion et bloqua les barbelures.
« Arrête ! Ça suffit ! »
Tout en tirant un Souffle psychique de la main droite, elle fit apparaître un Fouet psychique dans sa main gauche.
Le fouet fendit l’air, s’enroula autour des pattes du monstre et le maintint en l’air, tandis que les filaments noirs lui brûlaient la queue.
« Aaah ! »
Le monstre hurla de douleur. L’une de ses principales armes, sa queue, était désormais hors d’usage.
Avec un sourire en coin, Code Noir le tira violemment vers le sol. Alors qu’elle s’apprêtait à l’achever avec ses filaments, le monstre, malgré son état, se jeta sur elle.
Mais elle avait déjà activé Réflexion. Ses bras allongés se déplacèrent vers l’arrière, et elle frappa au cou le monstre désorienté avec un Fouet psychique.
« C’est terminé. Rends-toi… »
Alors qu’elle parlait, le monstre ouvrit grand la gueule et lui cracha des flammes brûlantes au visage.
« Aaah ! »
Réflexion la protégea des blessures, mais ne put arrêter la chaleur intense. Celle-ci lui brûla le visage et endommagea gravement ses yeux.
« Maudit monstre… ! »
Même désorientée, elle tira un Souffle psychique. Les filaments tranchèrent l’un des bras du monstre, mais il n’en fut pas moins neutralisé.
Il s’agissait du bras en forme de faucille, situé dans le dos du monstre.
Une arme biologique féroce la frappa à l’épaule.
« Ça ne peut pas continuer comme ça ! »
Elle signala en urgence la situation à Code Rouge. Une lumière violette émana de son corps désormais en désordre, qui se désagrégea rapidement.
Le bras du monstre la frôla en fendant l’air, puis se planta dans le sol. Alors qu’elle disparaissait, elle se recomposa rapidement derrière le monstre, indemne.
À peine rematérialisée, elle frappa aussitôt le monstre avec un Fouet psychique. Incapable d’esquiver, il chancela sans défense.
« Tu es la première à m’avoir infligé des blessures aussi graves. »
Son ton était resté calme, mais elle perdait en partie son sang-froid. Avoir failli perdre la vie en combattant un adversaire plus faible l’avait ébranlée.
« Il suffira d’extraire son cerveau pour qu’Akira comprenne. »
Alors qu’elle tendait les deux mains, les sphères noires réapparurent. Au moment où elle s’apprêtait à achever le monstre qui se débattait…
« Hum ?! »
Elle cracha du sang, tandis qu’une douleur intense lui déchirait l’abdomen. Sans comprendre ce qui lui arrivait, elle s’agenouilla et sentit quelque chose de dur à l’intérieur de son corps, bien que sa peau fût intacte.
« La rematérialisation… a un point faible. »
Au-dessus de sa tête déconcertée, une voix retentit. C’était le murmure du monstre, qui s’était approché d’elle sans qu’elle s’en aperçoive.
« C-Comment… ? »
« S’il y a un objet à l’endroit où tu réapparais, ça te fait du mal. »
Lorsqu’elle revenait d’un état déphasé à une forme solide, aucun objet ne devait se trouver dans cet espace. Sinon, il s’incrustait dans son corps, comme cela venait de lui arriver.
Bien sûr, elle connaissait les limites de la technologie de manipulation des phases.
Ce qu’elle ne comprenait pas, c’était comment l’éclat de métal avait pu apparaître soudainement sans être détecté ni par elle ni par Code Rouge.
« Non. Là, il faut que je me déphase… »
Elle signala de nouveau rapidement la situation à Code Rouge, lui demandant de la déphaser afin de l’éloigner du monstre. Mais la réponse fut tout autre que prévu.
[Attaque d’un ennemi inconnu. Défense prioritaire en cours. Déphasage impossible.]
« Quoi ? »
Un ennemi inconnu ? Son regard se reporta sur le trou creusé auparavant dans la route.
Quelques filaments de tentacules luisaient d’une lumière violette et sortaient du trou, ondulant doucement à l’extérieur.
« Des pouvoirs psychiques ! »
Elle comprit. Code Rouge avait mentionné une personne qui s’était infiltrée dans leur réseau de surveillance au moyen de pouvoirs psychiques. Elle avait construit un réseau de contrôle psychique indépendant, rendant impossible toute évaluation précise de son état.
À l’époque, elle avait pensé que la cible utilisait des pouvoirs psychiques pour échapper à la surveillance. Mais l’adversaire n’était pas seul.
« Nous… ne… sommes… pas… seuls… »
Avant qu’elle ait pu comprendre pleinement, le bras du monstre s’abattit sur elle, visant son cou.