Chapitre 50
« Si des journalistes se sont mis à me chercher, je dois régler ça aussi vite que possible. »
Comme leur métier repose sur les réseaux sociaux, les journalistes échangent souvent des informations. Rien ne garantit qu’une seule personne enquête sur moi. Les gens qui me connaissent ou qui ont des relations avec eux vont se multiplier en un rien de temps.
« Alors, les contrôler comme des parasites, ça va être difficile. »
Ce n’est pas qu’ils aient un esprit journalistique particulièrement développé ou qu’ils résistent mieux que les autres. S’ils sont difficiles à contrôler, c’est pour la même raison qu’il est compliqué de les gérer : leurs relations sociales. Comme leur métier les amène à rencontrer toutes sortes de gens, qu’ils soient inconnus ou qu’ils fassent partie de leur réseau, le moindre écart par rapport à leur comportement habituel éveillerait rapidement les soupçons.
Autrement dit, j’avais intérêt à m’en servir comme appât plutôt qu’à en faire une esclave.
Je repris l’appareil de communication et demandai à William : « Comment est-elle venue ? »
[Elle est venue à pied. Elle prendra probablement le métro pour traverser la ville.]
Si elle travaillait pour un journal, elle devait sans doute se trouver dans le quartier commercial. Pourtant, il n’y avait aucun journal près de la bouche d’égout.
Si elle était trop loin, je ne pourrais pas aller la chercher facilement. Mais demander à William de me l’amener posait d’autres problèmes.
« Si elle disparaît, William deviendra le principal suspect. »
Il m’était encore utile comme pion. Je l’avais laissé en vie pour une raison ; ce serait dommage de le perdre si vite.
« Attends, le métro ? »
Certains tronçons du passage secret où se trouvait mon nid étaient tout près des voies du métro. Il y avait des caméras sur les quais, mais pas de caméras directement sur les voies.
« Est-ce qu’un tronçon reliait les voies du métro au passage secret ? »
Je ne me souvenais pas d’un endroit pareil dans le jeu, mais ici, c’était la réalité. S’il y avait un passage à proximité des voies et du tunnel secret, je pouvais percer le mur pour les relier.
Je n’avais pas pensé à la station de métro jusque-là, car elle comptait trop de caméras. Mais si je pouvais accéder aux voies, mon terrain d’opération s’agrandirait considérablement.
« Le nid est terminé. Allons voir. »
Je m’allongeai par terre et reliai le système auxiliaire sous mon menton au nid. Quelque chose tira sur mes sens et les déploya. La connexion s’établit, et je commençai à recevoir des informations sur ce qui se passait en ville.
« Quel vacarme. »
Les vies et les mouvements des habitants, à l’opposé de l’immobilité du vaisseau de recherche, formaient un chaos incroyable, tant les informations affluaient.
Les trains qui chauffaient les rails métalliques en mouvement, les pas des gens, les respirations et les toux des voyageurs dans le métro, l’odeur désagréable de la sueur et des relents. Tout ce qui émanait des veines de la ville stimulait mes cinq sens.
« Les voies du métro sont couvertes. Maintenant, quel est l’endroit le plus proche des rails ? »
Après avoir élargi mes sens et inspecté les environs, je repérai plusieurs endroits où je pourrais facilement atteindre les voies en corrodant un peu les parois métalliques.
« Parmi eux, il y a trois endroits où je pourrais tenter le coup. »
Deux dans le quartier des divertissements et un dans le quartier commercial. Il y avait quelques autres points près des voies, mais je les écartai pour diverses raisons. Certains étaient trop étroits pour que je puisse m’y déplacer, tandis que d’autres étaient trop près des quais, ce qui augmentait le risque d’être repéré, même si je parvenais à creuser un passage.
« Ça semble lié au nombre de stations. »
Dans cette ville que je connaissais, le quartier des divertissements comptait le plus de stations, suivi du quartier commercial.
« Je vérifierai le quartier commercial plus tard, après avoir percé le passage dans le quartier des divertissements. »
Je coupai la connexion et me relevai.
Alors que je me dirigeais vers le passage secret qui menait près des voies, Numéro 26 m’adressa la parole.
「Où vas-tu ?」
[ZZZZ ZZZ Z (Juste faire un tour).]
「D’accord, reviens vite.」
Sur ces mots, le petit bonhomme se blottit contre Adhai et se rendormit. Tous deux étaient des animaux sauvages, alors ils s’entendaient bien. Peut-être partageaient-ils une sorte de lien tacite.
« C’est le genre de scène qu’on voit rarement dans le jeu. »
Amorph était naturellement une espèce qui imposait le jeu en solo, et la plupart des autres races que j’avais essayées se prêtaient mal aux groupes.
« À bien y réfléchir, j’ai davantage joué en détruisant les groupes qu’en en faisant partie. »
J’avais eu mon lot d’affrontements qui s’étaient soldés par la dissolution de clans.
« Quand je combattais sur la planète forestière, j’étais vraiment au sommet de ma forme. »
Un jour, alors que je n’étais encore qu’une créature de rang inférieur, quatre grands clans s’étaient alliés pour m’encercler sur une planète forestière. Avec autant de joueurs de haut rang parmi eux, la victoire s’annonçait difficile.
À l’époque, j’employai toutes les méthodes et toutes les astuces dont un Amorph pouvait se servir.
Beaucoup des stratégies que j’utilisais aujourd’hui au combat avaient été inventées ou perfectionnées pendant cet affrontement.
« Ce combat m’a beaucoup apporté. Évidemment, je ne voudrais pas avoir à le revivre. »
Les clans venus me capturer étaient pourtant tombés dans mes pièges, s’étaient battus entre eux et avaient fini par s’exterminer mutuellement.
Trois des quatre clans s’étaient dissous ensuite. Même le clan relativement épargné avait subi de lourdes pertes : nombre de ses membres l’avaient quitté, faisant passer ses effectifs de cent à soixante.
« C’est ironique : avant, je démantelais les groupes, et maintenant, j’ai des compagnons. »
Et tout ça dans un monde où le contexte du jeu était devenu réalité.
Je repensais à ces vieux souvenirs en marchant et arrivai rapidement à destination. Je n’avais pas encore étendu mon nid jusque-là, dans le quartier résidentiel.
« Est-ce que je devrais en installer un autre ici aussi ? »
À chaque évolution, le nombre de nids que je pouvais créer augmentait de deux. En tant que Pré-Saint, je pouvais donc en avoir cinq au total. J’en avais déjà créé un : il m’en restait quatre.
« J’en créerai un après avoir dévoré la journaliste. »
Je décidai d’utiliser l’énergie que m’apporterait cette proie pour bâtir un nouveau nid et posai la main contre le mur. Comparé aux autres, celui que je touchais transmettait plus nettement les vibrations du train en mouvement.
« Au travail. »
Je me tailladai la paume avec un ongle. Du Sang acide, capable de dissoudre même les alliages les plus résistants, suinta de la plaie. Il coula sur la paroi métallique, qui se mit à fumer en fondant.
Une fois la plaie refermée, je répétai l’opération. Au bout d’une dizaine de minutes, un trou apparut dans le mur.
« Ça devrait suffire. »
Je cessai de me blesser et donnai un coup de pied dans le mur autour du trou. Grâce à ma force accrue, le choc suffit à déformer l’épaisse paroi en alliage. J’agrandis le trou à mains nues, puis arrachai le métal fondu.
J’avais ainsi créé une ouverture assez grande pour que je puisse m’y faufiler. De l’autre côté, sur les voies, je fus accueilli par la fine poussière caractéristique du métro. La forte odeur de fer qui émanait des rails d’acier et le faible courant électrique qui les parcourait caressèrent mon organe auxiliaire.
J’examinai les vieilles voies et aperçus une lumière au loin. Un train approchait.
« Le passage est ouvert. »
Il ne me restait plus qu’à obtenir des informations sur la proie que j’allais chasser. Je demanderais à William quand je le verrais.
***
Il était vingt-deux heures trente. La lumière du quartier commercial avait presque disparu quand Kevin put enfin quitter les bureaux de DailyMass.
« Ah, il est si tard. »
Malgré cette longue journée, elle ne se sentait pas du tout contrariée. Le responsable du bureau était très satisfait de son reportage et avait évoqué la possibilité d’une promotion après la réunion du conseil d’administration.
« Une promotion, ça veut dire que je pourrai entrer dans le district administratif ? »
Ou peut-être pourrait-elle être mutée sur une planète plus agréable, loin de cette ville misérable.
Ces pensées réjouissantes en tête, Kevin attendit le métro sur le quai.
Elle était seule sur le quai, mais n’avait pas peur. La station était équipée de nombreuses caméras, et des agents de sécurité surveillaient les éventuels problèmes hors de leur champ de vision.
Pourtant, un événement inattendu, contraire à toute logique, se produisit. Les lumières du quai s’éteignirent brusquement.
« Ah ! »
Surprise, Kevin s’assit sur place dans l’obscurité. Alors qu’elle restait figée, une annonce retentit dans les haut-parleurs de la station.
[Nous vous prions de nous excuser. Nous procédons actuellement à la vérification de l’alimentation des éclairages intérieurs de la station de métro, dans le cadre des préparatifs de la réunion du conseil d’administration. L’alimentation de secours sera activée pour les personnes présentes sur le quai. Veuillez patienter.]
L’annonce se termina et, peu après, des lumières rouges de secours illuminèrent le quai.
« Bon sang, pourquoi vérifier l’alimentation à une heure pareille ? » marmonna Kevin en s’époussetant les genoux.
Depuis quelque temps, toutes les stations de métro procédaient à des vérifications électriques pendant les heures du dernier train, en prévision de la réunion du conseil. Kevin n’avait toutefois aucun moyen de le savoir : même le personnel de sécurité du métro n’en était généralement pas informé.
La lumière rouge donnait au quai une atmosphère quelque peu sinistre. Kevin serra son sac contre elle en attendant le train. Elle s’impatientait, se demandant quand il allait arriver.
« Enfin, il arrive quand, ce train… Hein ? »
Dans son regard inquiet, Kevin aperçut un homme qui ne se trouvait pas là un instant plus tôt. Il se tenait sur la même ligne qu’elle.
Être seule sous cette lumière rouge était inquiétant, mais la présence d’un autre voyageur la rassurait un peu.
Tandis qu’elle s’interrogeait sur cet homme mystérieux, elle remarqua soudain une odeur étrange.
« D’où vient cette odeur… ? »
Cette odeur particulière d’humidité, propre aux stations souterraines, n’avait pas la même qualité que d’habitude. C’était la première fois qu’elle atteignait les narines de Kevin.
« C’est à cause de cette odeur ? » Elle ne pouvait s’empêcher de ressentir un malaise inconnu.
« À bien y penser, quand est-ce que ce type est entré ? »
L’homme se tenait près de l’escalier qui descendait sur le quai. Même s’il était arrivé pendant que les lumières étaient éteintes, elle aurait dû entendre ses pas, non ? Il n’avait quand même pas traversé les voies plongées dans le noir de l’autre côté.
« … »
Les pensées humaines avaient quelque chose d’étrange. Essayer de ne pas penser à quelque chose d’effrayant ne faisait qu’attirer des idées encore plus inquiétantes.
« Peut-être que je ne devrais pas voyager seule la nuit. » Les paroles de William lui revinrent soudain en mémoire. Elle déglutit et jeta un regard en coin à l’inconnu suspect.
Et elle sursauta. À son insu, l’homme suspect s’était tourné vers elle pour la surveiller. Après avoir observé l’endroit où elle se tenait, il se mit en mouvement. Il s’approcha lentement.
« Oh, je vous en prie, non ! » Elle voulut s’enfuir, mais son corps s’était figé et elle ne parvenait plus à bouger.
Ses collègues de DailyMass l’appelaient « Kevin la dingue ». Elle avait hérité de ce surnom parce qu’elle poursuivait sans peur les sujets les plus sensationnels, peu importe qui était concerné.
En réalité, elle n’était pas si courageuse. Si elle pouvait agir ainsi, c’était parce qu’elle appartenait à DailyMass et, plus encore, grâce à l’aura de la famille Zhao.
Sans la protection de la famille Zhao, DailyMass n’était qu’un petit tabloïd sans importance. Si Kevin comptait, c’était uniquement grâce à l’influence des Zhao. Sans elle, elle n’était rien.
Alors que l’homme approchait et que Kevin désespérait, un son salvateur lui parvint. De l’autre côté des voies, un train arrivait, ses phares allumés.
Quand le train entra en station, l’homme s’immobilisa. Dès qu’il atteignit le quai, les portes s’ouvrirent et Kevin se précipita à l’intérieur.
L’homme hésita, puis tenta de monter à son tour, mais les portes étaient déjà refermées.
« ■■ ■■■ ! »
Ses lèvres bougèrent. Il cria quelque chose, mais elle ne l’entendit pas.
« Espèce de fils de ****. »
Tandis que Kevin l’insultait en pensée, le train se mit en marche.
« Quel putain de cinglé. »
L’inconnu suspect s’était éloigné et le train filait désormais vers la station suivante. Soulagée, elle s’assit.
À mesure que la tension retombait, une brusque somnolence s’empara d’elle. Elle envisagea de fermer les yeux un instant, jusqu’à l’arrivée.
« Cette odeur, encore ? »
L’odeur désagréable s’intensifia. Elle ouvrit les yeux et regarda autour d’elle, mais sa voiture était vide.
« Si cette odeur désagréable n’était pas revenue, j’aurais peut-être fini par m’endormir. »
En promenant son regard, elle aperçut quelqu’un assis dans la voiture voisine.
Cette personne portait une combinaison qui ressemblait à une combinaison de plongée, renforcée de plaques d’alliage noir faisant office d’armure.
« C’est un policier ? » En tant que journaliste, elle connaissait cette tenue. Elle ressemblait à l’équipement renforcé des policiers lourdement armés.
« Pourquoi porter un casque et un masque en pleine nuit ? Où peut-il bien aller comme ça ? »
La tenue n’était pas la seule chose étrange : le comportement l’était aussi. Bien que la voiture voisine fût vide, le policier restait debout au lieu de s’asseoir.
La tenue était étrange et son attitude, tout autant. Dans une voiture vide, le policier demeurait debout plutôt que de s’asseoir, sans changer de posture.
« Quel drôle de type. »
Mais elle ne soupçonna pas qu’un policier en armure complète puisse être autre chose qu’un policier. Elle se désintéressa donc de lui et ferma les yeux.
Alors qu’elle gardait les yeux fermés, le policier immobile s’approcha. Lorsqu’il ouvrit la porte de sa voiture et entra, le wagon trembla légèrement.
« Mademoiselle, qu’est-ce que… hein ? » Le wagon trembla et la tira de sa demi-somnolence.
Le mouvement avait interrompu sa sieste. En ouvrant les yeux, elle put enfin voir le reflet de l’intérieur du wagon sur la vitre renforcée.
Dans la voiture où elle était montée, la seule « humaine », c’était elle.
***
« Où crois-tu aller ? »
Je baissai la queue et fis trébucher Kevin, qui tentait de s’échapper. Grâce aux phéromones émises par mon exosquelette, elle s’y prit les pieds.
« Hiii, je vous en prie, épargnez-moi ! »
Évidemment, je ne pouvais pas l’épargner. Pour faire taire ses cris assourdissants, je décidai de me servir de mon dard empoisonné.
« Ah… J’ai failli tout gâcher, tout à l’heure. »
Au départ, j’avais prévu de la prendre en embuscade et de la piquer pendant qu’elle serait attirée sur le quai par l’inspection des éclairages. Mais un homme sorti de nulle part s’était interposé et avait failli me faire repérer. Malheureusement, il m’avait vu grimper depuis l’autre côté des voies.
Mais il n’était pas facile de s’occuper de cet homme. Il se trouvait près des escaliers, tout près des lumières, et était bien en vue des caméras. Tenter de l’éliminer en même temps que la journaliste aurait été trop risqué.
La tuer était facile : un seul coup de mon dard empoisonné aurait suffi. Le problème, c’était ce qui viendrait après.
À cause de cet homme, je dus revoir mes plans. Heureusement, le train arriva juste à temps. Quand Kevin monta à bord, je la suivis.
L’homme cria trop tard de courir, mais Kevin ne l’entendit pas. À cause de cet homme, je dus revoir mes plans. Heureusement, le train arriva juste à temps. Quand Kevin monta à bord, je la suivis.
L’homme cria trop tard de courir, mais Kevin ne l’entendit pas.
« Une journaliste qui n’écoute personne, même quand sa vie est en jeu. »
La vie était pleine d’ironie. Elle avait le visage en charpie, le mascara coulant sous ses larmes, la bouche grande ouverte à force de crier et la bave dégoulinant de son menton.
« … »
À quoi pouvait-elle bien penser, en ce moment ? Ne voulait-elle pas mourir, ou avait-elle simplement peur d’affronter un monstre ?
Ça m’importait peu. Ce qui comptait, c’était qu’elle allait bientôt devenir le combustible de mon nid.
Je tendis la main, lui saisis la tête et la tordis dans un bruit de caoutchouc qui se déchire. Sa tête se détacha.
Cette journaliste, qui avait passé sa vie à tourmenter les autres avec ses mots, vécut ses derniers instants dans le silence. J’ouvris grand la gueule et avalai sa tête d’une seule bouchée.
« Mmm, pas mal. »
Pour une journaliste, elle n’avait pas si mauvais goût. Parmi les humains que j’avais mangés depuis mon arrivée dans la cité spatiale, elle avait une saveur plutôt correcte.
« C’est étrange. Les loups, pourtant plus proches des animaux, n’avaient pas ce goût-là. Fascinant que les humains aient cette saveur. »
Les loups n’étaient pas mauvais, mais leur fourrure rendait le repas un peu pénible. Des poils se coinçaient sans cesse entre mes dents.
« Et puis, ils sentent l’humain. »
Et je devais encore manger dix-huit autres de ces créatures semblables à des loups.
« À bien y penser, elle a le Trait de renforcement des dents. J’espère que l’Effet de prédation va s’activer. »
« … Bon, finissons ce repas. »
Je chassai ces pensées inutiles et terminai mon repas.
Et alors…
[Conditions d’évolution « Pré-Saint > Quasi-Saint » partiellement remplies]
[Conditions : Espèces métamorphosables 2/20 (incomplet), espèces humanoïdes 13/20 (incomplet), espèces utilisant la puissance psychique 0/20 (incomplet)]
[Effet de prédation activé ! Essence génétique « Puissance carnivore » obtenue avec succès.]
[« Puissance carnivore » extraite des caractéristiques biologiques de l’« humain ».]
[Voulez-vous appliquer « Puissance carnivore » ?]
« Hein ? »
Un coup de chance inattendu venait de se produire.